Interview de Akhenaton |
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Akhenaton
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| « La musique est très pauvre au niveau de la création, maintenant comme dans les années 80. En même temps, c'est dans ces années-là que naissent les plus gros contre-courants. » |
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| Comment ça fonctionne, Me Label ? |
| Le site est déjà en ligne, depuis quelques mois. Mais on n'en parle qu'aujourd'hui parce que je ne voulais pas en parler au lancement. C'est compliqué internet en France. Surtout quand il y a de la gratuité en face, c'est extrêmement complexe. Donc je voulais avoir 3-4 mois de fonctionnement. Et montrer aux personnes qui veulent le voir que ça fonctionne. C’est un nouveau type de label indépendant. Hormis le fait d’avoir une partie « store » classique où on vend du disque, il y a surtout une partie abonnement, très importante pour nous. Les gens s’abonnent sur ce label pour le prix d’un album à l’année. Et obtiennent un morceau qui est enregistré, mixé, masterisé uniquement pour eux. C’est-à-dire que les morceaux que je mets sur Me Label ne sont trouvables sur aucune plateforme, sur aucun disque, sur aucune compilation. On a aussi des tas d'inédits. Par exemple, je mets des morceaux en live qui sont super bien filmés, montés et mixés. C'est de la qualité presque HD pour certains morceaux. Donc on créé notre propre type de contenu. Par contre, on ne gomme pas du tout le support ! C'est-à-dire qu'on a passé des accords et que, dés janvier prochain, on devrait avoir le CD à la demande. On clique, on choisit son tracklisting avec les morceaux qu'on veut et on choisir sa pochette. On a aussi créé 10 artworks différents pour les rondelles et les pochettes. Et, peut-être, je croise les doigts, si on en a les moyens, de presser 4-5 matrices et d'offrir le vinyle à la demande. Pour nous, l'ennemi c'est le stock. Mais avec ce système-là, on peut arriver à faire des trucs super intéressants parce qu'on fonctionne sans stock. C'est marginal. Mais c'est bien. Parce qu'on a l'impression de se retrouver dans une jungle inconnue. Après, oui, y'a des risques parce que, quand tu passes en premier sur des terres, y'a toujours des risques ! |
| Pour toi, c’est quoi la différence entre Me Label et My Major Company ? |
| Me Label, je le fais pas avec l’argent des internautes, je le fais avec le mien. Ca fait une grosse différence ! C’est un véritable travail où je me produis moi-même. Après, My Major Company est une autre expérience sur internet, qui est très intéressante et qui doit vraiment exister. Si, après, les internautes ont envie de s’impliquer dans la prod d’un album, je trouve ça génial ! Mais Me Label, c’est vraiment une prise en charge personnelle. Après, on espère bien avoir d’autres artistes qui récupèrent la coquille. Mais je gérerais pas du tout la coquille des autres. Si ça fonctionne et que les autres artistes le récupèrent comme leur propre site, ce sera administré par eux-mêmes. Au lieu de trainer comme un branleur sur Facebook pendant des heures, on peut faire fonctionner Me Label comme un Facebook et, au moins, y’a une création artistique qui en ressort. |
| Avec ton recul personnel, t’as l’impression qu’internet ça aide ou ça freine la créativité ? |
| Les deux ! Ca aide parce que ça permet d’exposer des gens qui ont un véritable talent et qui n’auraient jamais été exposés si y’avait eu la pyramide classique. Et, par contre, pour parler des branleurs dont on n’aurait jamais du entendre parler, ils sont très présents sur le net. Vous voyez des morceaux de merde et de bonnes vidéos de merde. Le seul problème, c’est qu’on a remplacé une jungle par une autre. Après, y’a des deux. Ca peut être super bien comme super problématique. |
| Toujours à la lumière de ton expérience, c’est plus ou moins facile aujourd’hui de se faire produire quand on est un nouveau groupe ? |
| Honnêtement, c’est pareil que quand on a démarré. Nous, on devait émerger du néant. D’un système pyramidal. Eux, ils doivent émerger d’un système horizontal. C’est les mêmes soucis. On vit des époques complètement similaires, aussi difficiles. Dans les années 80, comme dans les années 2010, c’est la même difficulté. La musique est très pauvre au niveau de la création maintenant comme dans les années 80. En même temps, c’est très intéressant parce que c’est dans ces années-là que naissent les plus gros contre-courants. Et je pense que les soucis artistiques qu’il y a en ce moment ne touchent pas que le rap. La chanson française a aussi de gros problèmes ! De gros problèmes d’écritures et de composition aussi [rires]. Et quand tu regardes les clips ! Ca ressemble un peu à des films de vacances. |
| Mais est-ce qu’internet n’a pas aidé les rappeurs à trouver de nouveaux producteurs ? |
| Ca oui ! Bien sûr ! A travers le net ou des posts sur nos sites, ça met en relation avec de nouvelles personnes. Moi, j’ai rencontré comme ça des gens très talentueux. Ca permet quand même de partager la musique. Y’a beaucoup de trucs géniaux pour la musique sur le net. Moi, ce que j’aime pas, c’est les forums. L’autre jour, je voyais des débat sur le rap américain sur un forum, qui viraient au final à « 9-5, vous êtes des enculés, 7-5, vous êtes des pédés. » Ca, ça m’horripile parce que ça finit dans des trucs de branleurs. Et on sait qui se cache derrière ces remarques. C’est des mecs que leurs mamans appellent pour manger et qui disent : « attends, maman, j’insulte un mec du 9-3 et j’arrive ! » |
| Revenons sur ton année musicale à travers 3 feats que tu as faits. Le plus proche, Les saisons, avec Margaux Simone… |
| C’est quelqu’un que je connais depuis longtemps et que j’aime beaucoup. Parce qu’en ce qui concerne l’écriture et la prise de tête dans la composition, c’est à un autre niveau que la simple guitare sèche à la George Brassens qu’on entend souvent. On avait déjà travaillé avec elle avec IAM. Elle avait déjà fait des voix sur certains de nos titres. Moi, je l’ai connu, personnellement, elle avait deux ans ! Mais pour moi, c’était logique qu’on fasse un morceau ensemble un jour. Et quand j’ai entendu ce morceau-là, j’ai dit que j’allais jouer l’automne. Parce qu’en plus d’avoir travaillé sur la musique, poser ma voix, c’est bien aussi. C’est un double challenge. C’est un thème assez intimiste mais j’en ai déjà fait des morceaux comme ça. |
| A mi-chemin, avec Hocus Pocus et Ben l’oncle soul… |
| Alors là, c’est plus dans la logique musicale de ce que je fais. En plus, le sujet, le texte m’ont parlé tout de suite. Donc c’est quelque chose que j’ai fait avec beaucoup de plaisir. Quelque chose d’un peu philosophique. Parce que c’est un sujet qui peut s’appliquer à n’importe lequel d’entre nous. Et puis, eux aussi ce sont des gens que j’ai connus plus jeunes. Dans des freestyles à la radio à Nantes. Et ce sont des personnes géniales. |
| Et enfin, Plus que de la musique avec Sat l’artificier et Sopra... |
| C’est un truc sur lequel je me suis vraiment éclaté. Parce que le producteur de ce morceau, So Fly, c’est un gamin du 91 qui fait partie, pour moi, des meilleurs producteurs français actuels. Raphaël, c’est vraiment quelqu’un qui est très fort ! Et puis les personnes avec lesquelles j’ai rappé, Soprano et Sat, c’est vraiment des personnes importantes dans ma vie et dans ma carrière. Alors j’ai fait un truc un peu technique pour l’occasion. Un truc bien hip-hop, plus basé sur la performance que sur le sens. Mais pour moi, c’est bien d’être éclectique, comme ça. C’est diamétralement opposé à ce que j’ai fait avec Margaux, chez qui il y avait surtout du sens. |
| Au niveau des projets musicaux t’es en studio pour… |
| On commence juste à travailler sur le nouvel album d’IAM. Mais là, je suis surtout sur l’album We Luv NY avec Faf Larage. Ca va sortir le 21 mars. On termine les titres dans les semaines qui arrivent. Mon album solo est un peu retardé, du coup. Parce que, sur Me Label, je lance un nouveau titre inédit par mois. Et on a vraiment des super retours au niveau des moreaux. Je fais des trucs très soul. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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