Interview de Alain Chamfort |
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Alain Chamfort
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| "On avait envie que les chansons gardent leur potentiel, ce qui a su séduire à l'époque, essayer de le conserver même si on le transpose et qu'on essaye de l'amener un peu ailleurs." |
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| Quelle personne auriez-vous rêvé d'avoir en duo? |
| Alain Chamfort: Norah Jones. Mais c'était très compliqué de s'adresser au management, aux labels. Et les gens ne me connaissent pas là-bas. C'est dommage qu'il n'y ait que très peu de spontanéité dans ce genre de choses. Si on avait eu l'occasion de se rencontrer et de passer un moment ensemble, peut-être qu'à ce moment-là, ça aurait été plus facile qu'elle accepte. |
| Avez-vous fait vos choix selon votre tessiture de voix? Y a t il des filles qui n'allaient ps que vous n'avez pas choisies? |
| Alain Chamfort: Oui, bien sûr! Elles étaient éliminées d'office. En revanche, on a fait toutes les tonalités par rapport à ma propre voix. Ce qui peut sembler pas très élégant pou inviter des chanteuses à chanter avec ma propre voix, mais, d'un autre côté, il fallait aussi que je sois au service de mes chansons de la meilleure manière. Parce que l'album, c'est aussi moi qui le défends. Donc il fallait que je le chante bien et pour ça, c'est important de respecter mes tonalités. Donc toutes mes invités se sont adaptées à mes tonalités. Donc elles ne sont pas toujours au mieux de leurs possibilités vocales. Je ne leur ai pas fait un super cadeau non plus. Mais je trouve qu'elles s'en sortent très très bien! |
| C'est étonnant de savoir que vous n'avez pas été en face à face avec les artistes, car il y a une telle complicité voire une telle sensualité dans le voix? |
| Alain Chamfort: Le principe a été que je pose des voix témoins d'abord. Donc, elles ont entendu mes interventions avant, ce qui leur a permis de se placer, elles, dans le dialogue ou dans les moments où elles devaient chanter et après, j'ai refait mes voix, moi, en entendant leurs participations. Donc ça s'est fait par ricochet. L'autre était donc toujours présent quand l'un faisait sa partie. |
| Sur tous les morceaux, il y a un vrai côté enjoué. Vous l'avez ressenti comme ça? |
| Alain Chamfort: Oui parce que, de toute façon, dans les orchestrations, y'a un parti pris optimiste. Il y a eu un refus de pathos. Donc y'a quelque chose, une certaine gaîté qui se dégage sur l'ensemble de l'album et on la doit aux musiciens qui ont pris ces options-là et que j'ai partagés avec beaucoup de plaisir. C'est aussi parce que ça c'est fait dans la joie, cet album, où tout le monde était content de participer. Et ce sont des musiciens qui appréciaient mon travail donc, pour eux, c'était un challenge de rependre des chansons qui, pour eux, ont été es chansons importantes. Ils n'avaient pas envie de passer à côté. Tous ces moments-là sont intégrés dans l'album maintenant. |
| Quel regard vous portez sur la nouvelle scène de la chanson française? |
| Alain Chamfort: Vous savez, y'a des choses qui me plaisent, d'autres qui me plaisent moins. Comme à toute époque, comme tout le temps. Je ne sais pas quel regard poser, je leur souhait le mieux possible de s'en sortir, de rendre le public heureux et de faire de belles carrières. Je ne me pose pas comme un juge, comme celui qui sait mieux que les autres. Il y a des gens vers qui je me sens plus naturellement aller, à qui je suis plus réceptif que d'autres. Mais ça a toujours été le cas. |
| Est-ce que vous vous rappelez la 1ère personne que vous avez eu envie d'inviter? |
| Alain Chamfort: Je crois que c'est Vanessa à laquelle j'ai pensé en premier. Parce que je m'étais dit: il faut que ce projet ait quand même un certain prestige et que, si Vanessa accepte de venir, on aura aucune difficulté après à faire venir tous les gens qu'on souhaite avoir sur cet album. Vanessa a été longue avant de donner une réponse parce qu'elle était occupée par un tas de projets différents de cinéma, de post-synchronisation, de sa vie privée à Los Angeles. Elle avait dit oui sur le principe, mais tant que ce n'était pas enregistré, je me suis dit que ça n'allait peut-être pas être possible à cause de son emploi du temps. Et le jour où on a pu vraiment fixer une date, j'étais satisfait parce que c'est vrai que sa présence était importante dans ce projet. |
| Et quand vous avez découvert ces 12 titres, quel duo vous a le plus étonné? |
| Alain Chamfort: Je crois que c'est Comme un géant avec Keren Ann. Cette chanson, à l'époque, je ne la défendais pas bien. Je n'étais pas vraiment un interprète à ce moment-là. Je trouvais que j'étais très effacé, en arrière-plan, la voix mixée très loin. Et là, de dialoguer sur un sujet d'enfant, ça me mettait presque dans une histoire de couple avec elle. Et de faire un constat sur le rapport qu'on a à notre enfant. Et je trouve qu'il y a quelque chose qui est, à mon avis, mieux défendu. Je trouve que la chanson a trouvé sa vraie place, là, et que la version actuelle est mieux que la version originale. |
| Est-ce que certaines vous ont parlé de leurs histoires avec vos chansons? |
| Alain Chamfort: Elles connaissent toutes plus ou moins 3-4 chansons des plus connues. C'est vrai qu'elles m'en parlaient en me disant: c'est drôle, quand j'étais petite, mes parents me faisaient écouter tel titre, que j'ai souvent entendu. Mais toutes celles qui sont venues sur cet album sont venues d'une manière très spontanée et avec enthousiasme en envie. On a eu des refus d'artistes que, dans un premier temps, j'avais souhaité avoir dans cet album et qui n'ont pas eu envie d'y participer. Ça, je l'ai accepté. Mais celles qui sont là ont toutes accepté avec beaucoup de plaisir. Elles étaient heureuses de participer à e projet. Et c'était parce qu'elles appréciaient une partie de ce que j'ai fait. Elles ne seraient pas venues comme ça chanter avec quelqu'un qui ne correspondaient à rien pour elle. |
| Est-ce qu'il y en avaient avec lesquelles vous aviez un rapport plus personnel? |
| Alain Chamfort: J'avais déjà fait des duos pour la télévision avec Alizée, Elodie Frégé. Et puis je les connaissais toutes. On s'était tous plus ou moins croisés à des occasions diverses. Et puis Vanessa, évidemment! La seule que j'ai découverte plus tard, c'est Capucine que j'ai connu lors d'un concert au café Joseph à Montpellier qui appartient à un ami à moi et qui a découvert un groupe qui s'appelle Las Vegas Wedding, constitué de trois personnes et ils font de la reprise d'une manière super efficace. Et cette fille, elle est capable de chanter n'importe quoi, elle a une voix extrêmement puissante, elle peut faire du Tina Turner? Donc là, pour La fièvre dans le sang, on voulait quelqu'un d'un peu comme ça, qu'on sente une personnalité forte derrière et j'étais content de l'avoir découverte à cette occasion-là et de pouvoir l'inviter sur mon album. |
| Mais vous les avez quand même rencontrées, les artistes? |
| Alain Chamfort: Bien entendu: J'étais là à chaque fois qu'elles chantaient, je les accueillais pour les remercier d'être venues, déjà. Et puis après, je les laissais avec les réalisateurs pour ne pas ajouter à la pression et au stress et je venais les retrouver quand c'était fini. |
| Justement, comme on fait quand on a écrit une chanson comme Trace de toi, qui touche tant à l'intime, pour la chanter face à une femme qui n'a rien à voir avec la chanson originale? |
| Alain Chamfort: Une chanson, avec le temps, je ne dirais pas qu'elle perd de son pouvoir d'émotion. Mais par rapport à soi-même, la période à laquelle elle a été écrite, le temps va quand même atténuer un petit peu tout ça, on va prendre un peu de distance par rapport à la chanson elle-même. On ne va pas être bouleversé à chaque fois qu'on la chante, quand même! Et puis la situation qu'on évoquait au moment où on la chantait, c'est-à-dire en 1986, elle est passée dans l'histoire, dans les souvenirs. Donc quand on chante la chanson, on est dans un état d'esprit un peu différent. D'autre part, les duos, on ne les a jamais faits en face à face. On a différencié les moments où on enregistrait pour ne pas que ça devienne trop compliqué. Parce que si y'en a un qui est bien, l'autre pas, on est obligés de recommencer indéfiniment. On a préféré opter pour la solution de faire chanter chacun seul. Et puis après, rassembler les voix dans la montage. Ce qui évitait peut-être d'être gêné l'un par rapport à l'autre. En même temps, on doit être capable de le faire aussi, ça fait partie de notre métier! |
| On a l'impression d'un vrai coup de jeune. On pourrait limite troquer l'ancienne version comme celle-là! |
| Alain Chamfort: C'est vrai! Moi, par exemple, sur Trace de toi, j'aimais beaucoup la version d'origine, que je trouvais travaillée, aboutie. C'est difficile d'aborder une chanson comme ça, où on a l'impression qu'on a touché quelque chose d'un peu parfait. Et puis là, elle est représentée d'une manière très différente, orchestrée, mais le duo aussi apporte cette espèce de complicité, d'échange autour de cette chanson d'amour. Et je trouve qu'elle est extrêmement séduisante aussi aujourd'hui. J'aurais du mal à faire un choix sur la version. |
| Ce n'est pas un album de remix, juste d'adaptations. Il n'y a pas de chansons qu'on ne reconnaît pas? |
| Alain Chamfort: Non, à quoi bon? Je crois que les chansons, dans leur version d'origine, moi j'avais été vraiment au bout de leur production. Parce que généralement, quand je fais une chanson, je l'entends, j'ai une idée sur ce que j'aimerais qu'elle soit à l'arrivée. Dans ce cas-là, c'était plus le cas. Je n'ai pas voulu me responsabiliser de ce travail-là. Mais y'a une logique, toujours. Et à quoi bon vouloir casser cette logique là? Si, ça peut être juste un acte artistique. Mais s'il n'est pas au service de la chanson, c'est gratuit, ça ne sert à rien. On avait envie que les chansons gardent leur potentiel, ce qui a su séduire à l'époque, essayer de le conserver même si on le transpose et qu'on essaye de l'amener un peu ailleurs. |
| Pourquoi, par exemple, aller dans cette voie-là pour un titre aussi connu que Manureva? |
| Alain Chamfort: Tout simplement parce que ce n'est pas une version très éloignée de la version d'origine. On ne pouvait pas. On aurait pu la faire au pipeau. Mais ce n'était pas le but, de vouloir être original, absolument pour être original. Donc on s'est dit que c'était difficile de retirer certains éléments qui avaient constitué la chanson elle-même. Parce qu'elle est née, cette chanson, avec le petit accompagnement derrière. Elle s'est intégrée à la chanson dans sa composition donc on ne pouvait pas lui ôter ça! Et puis le rythme, parce qu'elle était aussi liée à un rythme, les gens ont dansé dessus donc il y avait tout un tas de choses qu'il était difficile d'extraire d'un seul coup. Surtout, ça lui aurait ôté des chances de re-séduire les gens. Alors que là, finalement, c'était un peu dans son ADN, on a conservé ça! Et c'était aussi le cas pour certains titres. Alors que d'autres nous ont permis de les revisiter totalement, de les amener ailleurs. Mais je crois qu'on l'a fait uniquement quand c'était possible. On ne voulait pas faire un effet de style. On a essayé d'être logique, tout simplement. |
| Votre dernier album, c'était La vie Yves Saint-Laurent en 2010. Qu'est-ce qu'il s'est passé ces deux dernières années pour avoir envie de faire votre 1er album de duos? |
| Alain Chamfort: C'est tout simplement qu'on me l'a proposé! On était partis sur l'écriture d'une petite comédie musicale avec Pierre-Dominique Burgaud, qui était l'auteur également d'Une vie Saint Laurent. Et entre-temps, cette proposition est arrivée de faire un album de duos, mais dans un vrai label, avec des moyens différents de ceux que nous avion quand nous avions produit Une vie saint-laurent. Je m'étais dit que ce n'était pas une proposition à rejeter comme ça, du pied, sans l'étudier un peu plus. Je me suis dit: après tout, c'est une manière de repositionner les chansons, de leur redonner une nouvelle fraîcheur. Et dans ce label où je sentais qu'il y avait une vraie volonté de faire ce projet avec enthousiasme, ils ont su me convaincre de me lancer dans cette nouvelle histoire. |
| Comment ça se passe? Au début, vous vous entourez de votre propre équipe? |
| Alain Chamfort: On a travaillé avec le directeur artistique qui était investi de cette mission et qui s'appelle Dominique Gaud, qui a fait une sélection de chansons, qui a proposé que ces duos ne soient qu'avec des jeunes filles de la nouvelle génération de chanteuses et après, on a essayé ensemble. Je trouvais effectivement que c'était un concept approprié plutôt que de refaire un énième album de duos, sans le préciser un peu plus par rapport à mon répertoire et à l'image que j'avais. Il trouvait que c'était plus cohérent de faire ça et je trouvais qu'il avait raison! Et puis on a défini ensemble l'aspect de la réalisation artistique, à qui confier ça, à quels musiciens. On a travaillé main dans la main tous les deux jusqu'au choix des filles et quelles filles pour quelles chansons. C'était un moment agréable. Ça a pris beaucoup plus de temps qu'on ne l'imaginait. Parce que ce projet, la 1ère fois dont on en a parlé, ça remonte au moins à il y a deux ans! Mais faut accepter ça. Moi, j'ai un rythme assez lent aussi donc ça me convient assez bien! |
| Quand on a un répertoire riche comme le vôtre, comment on choisit les chansons? |
| Alain Chamfort: L'idée, c'est plus de choisir les chansons qui avaient le plus marché, les plus connus, celles qui avaient rassemblé le plus d'intérêt, qui ont été médiatisées, passées à la radio, que les gens connaissaient. C'est plus sur des critères comme ça qu'on a décidé de faire cet album. Finalement, c'est comme une sorte de best-of mais chanté avec des jeunes filles et retravaillé. Il y a beaucoup de titres dont les versions sont vraiment différentes de ce qu'elles étaient à l'origine. D'autres dont on a conservé une partie des orchestrations. Parce qu'il y a des chansons qui sont très liées aux arrangements qui les ont fait connaître à l'époque. Chaque chanson a donné lieu à une approche. Essayer de faire le mieux possible. |
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| Propos recueillis par Adeline Lajoinie
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