| "Ava Gardner, c'est le symbole de la beauté, de l'élégance, de la féminité. Et puis dans la voix de Jérémy, on retrouve une très grande sensibilité féminine." |
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| Comment avez-vous commencé la musique, chacun de votre côté ? |
Dimitri : Moi, j’ai commencé y’a très très longtemps. Quand j’avais 8 ans, mes parents m’ont inscrit dans un conservatoire de piano. J’ai fait 8 ans de solfège. Après, comme beaucoup d’ados, j’ai décidé de mettre ça de côté parce que les profs, je les trouvais un petit peu chiants. Et puis, vers l’âge de 14ans, j’ai commencé à faire de la musique en groupe suite à mes écoutes e nombre de Nirvana. J’ai intégré mon 1er groupe en tant que bassiste. Ça a duré 4 ans. Puis j’ai monté le groupe de rock Ed-äke, dans lequel j’étais chanteur. Et, par la suite, j’ai fait aussi du piano et de la guitare acoustique dans ce groupe-là. Et, très récemment, il y a 1 an, on a monté Ava avec Jérémy.
Jérémy : C’est ça qui est bien quad on travaille avec lui, c’est qu’il sait jouer de tout. Comme ça, moi, après, je suis tranquille ! Moi, mon parcours, c’est venu un peu plus tard. Si on reprend tout depuis le début, j’ai eu une guitare acoustique tout jeune, mais j’ai jamais u la patience de m’y mettre. Au lycée, c’est revenu, mais comme je n’avais toujours pas la patience de prendre des cours, j’ai commencé à frotter ma guitare contre des cannettes de bière, ce genre de trucs. Et puis j’avais l’impression que a faisait des chansons à l’époque. Pas vraiment. J’ai eu un 1er groupe qui s’appelait Armande Altaï Sexy Destruction.
Dimitri : La Star Academy en a marqué plus d’un !
Jérémy : Oui. Et ça, c’était ma 1ère expérience du live. Et c’était assez rigolo à faire. Et puis j’ai eu un autre groupe qui s’appelle I Love My Neighbours où je suis chanteur-guitariste. |
| Alors, la rencontre, elle se passe quand ? Comment ? |
Dimitri : On se connaît depuis un moment, forcément, parce qu’on fait du rock tous les 2. On s’était déjà croisé sur des scènes de la région parisienne. A doit faire 6 ans qu’on se croise, mais on ne s’était jamais vraiment parlé. On n’avait pas une très bonne image l’un de l’autre. Moi, je pensais qu’il était assez prétentieux et que c’tait un petit con.
Jérémy : C’était exactement ce qu’on me disait de lui, en fait !
Dimitri : Et un jour, on se retrouve un peu obligés de parler parce qu’on se retrouve face à face, on était avec des personnes qui nous disent : attendez-nous là, on revient. Et puis au bout de quelques instants à parler ensemble, on se rend compte que c’est complètement faux et que l’un comme l’autre est plutôt intéressant et qu’on aurait des choses à échanger d’un point de vue musical. Moi, j’écrivais des musiques depuis un bon moment, tout seul, parallèlement à mon groupe de rock. Des musiques qui n’avaient un petit peu rien à voir, qui étaient beaucoup plus acoustiques. Et donc je dis à Jérémy : « voilà, je fais quelque chose à côté, mais je n’ai pas envie de chanter dans ce truc-là. » Il me demande de lui faire écouter, je lui envoie le MP3 et il me dit qu’il va tenter quelque chose. Le lendemain, il m’appelle, il me dit qu’il a ait quelque chose en français. J’étais un peu décontenancé parce que ça fait pas trop partie de ma culture, la chanson française. Même pour lui, qui a toujours chanté et écrit en français. Et quand j’ai écouté, j’ai été vraiment bluffé. C’était vraiment la révélation avec cette voix et surtout ces textes qui m’ont beaucoup ému. Je l’ai rappelé tout de suite en lui demandant si on en faisait d’autres. Il a dit oui. Et voilà.
Jérémy : Mais même si on avait appris à se connaître et à s’apprécier, toute la 1ère partie s’est faite par mails. On sait jamais. Des fois qu’on s’engage trop… |
| Après la création du groupe, qu’est-ce qui arrive en 1er : le nom Ava, la 1ère partie de Babet, la BO du film Poupoupidou ? |
Jérémy : Alors, après qu’on ait composé notre 1er morceau, Gérald Hustache-Mathieu, le réalisateur du film, l’entend, un peu par hasard. Il accroche bien sûr la sensibilité du morceau, sur cette espèce de mélancolie qui se dégage. Et il ouvre la porte sur une collaboration éventuelle sur le film qu’il était en train de faire, Poupoupidou. Nous, évidemment, on était tout excités. On commence à se renseigner sur le film, les acteurs, l’histoire et on enregistre la reprise de I Wanna Be Loved By You de Marylin.
Dimitri : De notre propre initiative.
Jérémy : Donc, on se pose devant mon Mac et on enregistre cette cover dans le petit trou qu’il y a en haut de l’écran, avec une guitare que j’avais coincée dans une porte 2 jours auparavant et qui sonnait vraiment très très faux. Donc c’était vraiment quelque chose de très spontané. Pour nous, c’était une maquette. Quand Gérald l’a entendu, il a dit : « banco, c’est ça ! » Et c’est ça qu’il a mis dans son film. Derrière, il nous a rencontré plus longuement, on a beaucoup discuté, il nous a passé un scénario chacun, on a commencé à le lire et c’était vraiment super agréable de lire un scénario aussi bien écrit, où il y avait tout plein de choses. Du coup, nous on prenait des petites notes. Be My Guide, par exemple, c’est un morceau qui est presque intégralement issu de la lecture du scénario. Y’a des bouts de dialogues. Ensuite, nous, on a commencé à foncer tête baissée dans cette histoire. On lui a proposé énormément de choses. Gérald, c’était un peu délicat pour lui parce qu’il avait une idée globale de ce qu’il voulait faire. Et, en même temps, il était en train de terminer son tournage donc c’était encore un peu difficile pour lui de prendre la mesure de toute la musique vu qu’il n’avait pas encore toutes les images. Et puis, la dernière étape, c’est quand il a eu toutes les images à sa disposition. C’est là qu’il a commencé à nous diriger concrètement, à nous donner des indications précises. A partir de là, on a commencé à comprendre qu’il fallait vraiment se mettre au service du film. Gérald a été très précieux parce qu’il nous a vraiment canalisés, nous a donné les clés du truc et, au final, il a fait un BO que moi je trouve très homogène et dans laquelle on s’intègre plutôt bien à côté de morceaux qui, a priori, sur le papier, n’ont rien à voir avec nous. |
| Et le nom d’Ava, ça arrive quand ? |
| Dimitri : Pendant le montage du film, Gérald nous appelle un jour en nous disant : « écoutez les gars, je ne vais pas tarder à arriver au générique et il va me falloir un nom. Parce que Jérémy et Dimitri, c’est cool, mais je ne sais pas si vous voulez vraiment vous appelez comme ça. » Donc on cherchait un petit peu, sans succès. Et un jour, Jérémy tombe complètement par hasard sur le nom d’Ava, pour Ava Gardner évidemment. Et ça a pris tout son sens. On a accepté tout de suite cette proposition venue du destin. Parce que dans Ava, il se passe beaucoup de choses. Notamment cette symétrie parfaite quand c’est écrit en majuscules. C’est un palindrome. On peut le plier de nom et pour un duo, on trouvait que c’était plutôt joli. Ensuite, la signification d’Ava Gardner par rapport au film sur lequel on était en train de travailler, qui est vraiment notre 1ère expérience sur ce duo. Qui nous donne un petit coup de pouce pour être diffusé au grand public. Ava Gardner, c’est le symbole de la beauté, de l’élégance, de la féminité. Et puis dans la voix de Jérémy, on retrouve une très grande sensibilité féminine. Y’a beaucoup de choses qui font qu’Ava s’imposait. |
| Comment est-ce qu’on fait le grand écart entre du rock et les « chansons pour dépressifs » d’Ava. Ava, du coup, c’est juste un projet ponctuel ? |
Dimitri : Non, nous, à la base, quand on a commencé à travailler ensemble, ce n’était pas quelque chose d’éphémère. C’était vraiment un nouveau projet sur de nouvelles envies communes qu’on avait. Et, bien qu’on vienne du rock tous les 2, on n’a jamais aimé écouter que du rock. Là, c’est simplement une nouvelle envie qui traîne depuis un bon moment. Mais on n’avait pas trouvé la bonne personne pour partager ça. On continue à aimer et à faire du rock. Mais on ne se ment pas à nous-mêmes quand on tente de nouvelles choses.
Jérémy : On est très fiers de nos parcours respectifs et c’est aussi ça qui nous amène ici. On vieillit, on a d’autres envies qui ne sont pas incompatibles. Par exemple, l’approche du français, ce n’est pas quelque chose que je ne voulais pas faire, c’est quelque chose que je ne savais pas faire. Et je n’ai toujours pas la prétention de savoir le faire, mais, aujourd’hui, j’ai l’impression que je le fais mieux. Et c’est vraiment un exercice que j’essaie d’appliquer au mieux pour que ça me plaise à moi d’abord puis aux autres. |
| Dans vos morceaux, y’a beaucoup de mélancolie. C’est quelque chose qui est venu naturellement ? |
Dimitri : Chemistry, qui est un des 5 titres de la BO, correspond beaucoup plus à ce qu’est Ava et à ce que peut rendre Ava dans sa version la plus complète. Puisque c’est beaucoup plus instrumentalisé. Après, je pense que pour le film, on a vraiment obéi à la demande de Gérald, qui était très précise : il voulait quelque chose d’assez froid et, en même temps, de très chaleureux, ce qui est assez paradoxal. Je pense que c’est ce qui se dégage de ces mélodies de guitare-voix.
Jérémy : Je pense que cette mélancolie, elle est ultra naturelle. Ce n’est pas quelque chose qu’on a calculé. On est un peu comme ça. Après, c’est vrai que Gérald avait cette volonté de quelque chose d’acoustique pour cadrer avec cette vision qu’il voulait donner de , qui est une vision assez américaine. Donc ce petit côté folk et mélancolique collait très bien à l’univers du film. Le choix de l’anglais était assez raccord avec une vision plutôt américanisante.
Dimitri : Mais oui, la mélancolie ne se calcule pas ! On fait ce qu’on a envie de faire sur le moment. Mais on est 2 personnes assez sensibles, c’est vrai. Ava, c’est une sensibilité qui est plus exacerbée que dans nos autres groupes rock.
Jérémy : Moi, ce que j’aime bien, c’est quand les gens viennent nous dire que Be My Guide, c’est un de nos morceaux les plus enjoués. Alors que pas vraiment ! J’aime bien ce contraste-là, avec ce que les gens y voient. |
| Comment ça se passe quand on entend pour la 1ère fois sa musique sur les images d’un film ? |
Dimitri : Béh il a pleuré, lui, Jérémy !
Jérémy : Y’a eu 2 étapes. La 1ère, c’est quand on s’est retrouvés avec Gérald, au montage. Il nous avait demandé de faire quelques covers. On en avait fait une de Sunny et une de California Dreaming. Et on avait fait ça très Johnny Cash, très très froid, très très lent, à mille lieues de ce que sont les chansons au départ. On s’est dit que comme c’était bien froid, bien dépressif, ça allait coller parfaitement avec le film. Et Gérald les a trouvées très très bien, mais il nous a dit : « je ne sais pas si c’est ça. » On a compris ce qu’il voulait dire quand il les a posées sur une séquence du film où Jean-Paul Rouve roule dans sa voiture, allume l’iPod de Candice et on voit les grandes plaines recouvertes de neige. Avec les covers, on était là : « yes, trop bien, ça colle trop bien ! » Derrière, il nous met les versions originales, beaucoup plus enjouée. Et ça fonctionnait vachement bien aussi. Et là, on s’est dit : « ah zut, ça veut pas du tout dire la même chose ! » Y’avait vraiment un décalage entre les 2 versions et ça crée des intentions différentes. Du coup, notre démarche a vraiment été d’aller chercher les intentions de Gérald parce que lui il a un langage cinématographique et nous, on devait lui apporter un langage musical.
Dimitri : Parce que lui, Gérald, il voulait souvent aller à contre-courant. C’est ça qu’il a bien compris : surprendre le spectateur.
Jérémy : A tel point que Chemistry, on l’avait proposé pour la scène de l’église, pour un enterrement. Et on a été très très heureux de la voir dans la scène… du bowling !
Dimitri : C’est vrai que c’était assez surprenant. Et au final, quand on l’a vu, il faut avouer que ça a tout à fait sa place.
Jérémy : On l’a vue dans la salle, pendant la projection technique. Et donc, la 1ère fois qu’on a vu les morceaux sur le film, c’était un peu dur de rentrer dedans parce que nous, on cherchait nos chansons. On l’a plus appréciée à l’avant-première parce qu’on avait dépassé l’écoute de nos propres morceaux.
Dimitri : Et ça fonctionne très bien ! |
| Cette présence sur cette BO, ça a engendré de nouveaux projets ? |
Dimitri : C’est possible !
Jérémy : Nous, déjà, ça nous booste dans notre démarche à nous. Parce que, même si Ava existait déjà avant, ce film c’est un vrai tremplin. Ça a considérablement accéléré les choses. Donc, oui, y’a de nouvelles perspectives. Mais on n’en dit pas plus.
Dimitri : En fait, on est sur notre 1er album. Et c’est une question qu’on nous pose assez souvent. Mais cette BO, ça nous a inspirés, ça nous a aidés à écrire sur de nouvelles pistes. On bosse dessus depuis un moment, mais on est très pointilleux. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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