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Interview de Axiom
Axiom
   
« On a tous samplé la soul, la funk, la variété française donc j’avais envie de faire quelque chose de plus. Et je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas d’album de musique arabe, réel. »
   
Il y a 5 ans, tu sortais un album appelé Axiom. Aujourd'hui, ton nouvel opus s'appelle Axiom aka Hicham. Ça veut dire qu'il y a plus d'Hicham ici que d'Axiom?
Axiom: Non, pas spécialement. Comme le projet tourne autour de la musique arabe, j'avais juste envie de remettre mon prénom en avant, en fait! C'est juste ce besoin. Ce n'est pas Marshall Matters vs Slim Shady. Ce n'est pas La Fouine vs Laouni. C'est juste mes deux noms. Les gens m'appellent par les deux donc ça veut peut-être dire que je fais moins de distinction entre la vie privée et la vie publique.
Sur cet album, tu parles quand même de ton côté Hicham, de tes origines arabes via la musique. Comment t'es venue cette envie?
Axiom:Béh en fait, je suis beatmaker, compositeur, concepteur. Donc t'es toujours à l'affût de ce que tu peux faire de nouveau, rythmiquement, musicalement? Peut-être qu'en France, on est un peu moins dans cette démarche. Mais aux États-Unis, c'est très prononcé. Les mecs essaient toujours d'amener un nouveau son. Avec nos influences propres en France, en puisant dans nos origines, on a forcément un panel un peu plus grand de ce que l'on pourrait faire rythmiquement. Par exemple, on utilise nos machines toujours de la même manière. Alors que, dans nos musiques d'origine, on a du ternaire, du trinaire dans les musiques africaines. Si on essayait de copier les rythmiques, ça donnerait des trucs de dingue. Après, faut savoir le faire? Après, je ne sais pas si la France est capable d'entendre ça, tellement on est dans un stéréotype de ce qu'est le rap. Comme t'as une population très jeune qui écoute, les gens pensent qu'il faut un boom boom tap caricatural. Ce qui n'est pas vrai pour tout le monde. En France, c'est très difficile, même médiatiquement, dès que tu mélanges les musiques. C'est comme si tu devenais moins rap. Alors que le rap, ce n'est pas une musique en soi, c'est une technique vocale, une façon de dire les choses. Du coup, pour un compositeur, c'est très compliqué à la fois d'amener du nouveau et de rester dans les clous. On a tous samplé la soul, la funk, la variété française donc j'avais envie de faire quelque chose de plus. Et je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas d'album de musique arabe, réel. Donc c'est parti comme ça. Ma mère écoutait ce jour-là un titre de Farid El Atrache et je me suis dit: c'est ça! Je suis parti là-dedans, j'ai commencé à chercher les vieux vinyles. Je suis allé au bled, j'ai acheté plein de sons et j'ai commencé à travailler là-dessus. Ce qui n'était pas évident parce que c'est un univers tellement riche, tellement vaste, la musique arabe! C'est comme si un mec de l'autre côté de la Méditerranée se décidait pour faire de la "musique occidentale". Donc, ça a mis beaucoup de temps pour dépouiller le truc. Je ne pense pas que je mettrais autant de temps sur les prochains albums. Mais du coup, c'est un album profondément creusé. Je pense qu'il a même plusieurs écoutes. T'as la 1ère couche et, une fois que tu as dirigé les propos, tu vas rencontrer différentes dimensions en technique, un vrai taf en composition et au mix. Y'a des titres qui ont été mixés quatre fois. Sur cent titres, on en a gardé une cinquantaine, dessus trente-cinq avec les titres digitaux. Mais après, c'est un luxe! Ce n'est pas en adéquation avec la réalité du marché, les tendances! Finalement, quand t'as une démarche à part, ou ça explose et tout le monde crie au génie ou ça explose moins et les gens comprennent pas très bien ce que t'as voulu faire. Là, on attend de voir ce que ça va donner! Parce qu'internet a favorisé la diffusion, mais ça a cassé le format album. Donc on verra comment vont marcher les singles.
Tu dis musique arabe, mais c'est DES musiques arabes que t'as utilisé?
Axiom: La musique arabe, c'est une musique qui s'étend quasiment de ce qu'on appelle l'Orient, frontière Chine à la Turquie, en passant par l'Europe de l'Est, les musiques tziganes, balkaniques ressemblent beaucoup aux musiques arabes, sauf qu'elles ont enlevé le quart de ton qui fait la spécificité des musiques arabes. Le quart de ton, sur un synthétiseur, ce serait, entre les touches noires et les touches blanches, une touche rouge qui serait un autre ton. Ce qui, à l'oreille occidentale, paraît un peu faux. Alors que pour un jazzman, c'est du dodécaphonique, c'est super technique. Les jazzmen sont à la recherche de ça! Donc ça s'étend de la Turquie jusqu'au Sénégal. On partage ensemble la musique Chaâbi, qui signifie "populaire", littéralement. En Europe, on est sur du 4-4, là c'est du 6-8. Après, t'as certains pays qui ont enlevé le quart de ton comme dans le Moyen-Orient. Et, dans la musique arabe, on a autant de genres que de pays, quasiment: y'a le charki, le cliché qu'on a nous, de la musique égyptienne. Et autant de genres que de villes aussi. Comme on est proche de la musique africaine, aussi, t'as des frappes percussives qui sont typiques de certaines villes. Après, t'as les musiques berbères, qui sont typiquement des musiques africaines, mais d'influence eurasienne. Et donc voilà, la musique arabe, c'est tout ça!
Ce luxe de temps dont tu parlais tout à l'heure, ça vient en partie de Luc Besson, qui t'a produit sur Europacorp. Tu l'as rencontré comment?
Axiom: Avec Luc Besson, c'est assez simple, on s'est rencontrés à Clichy-sous-Bois. Moi, j'étais militant pour AC Le Feu, porte-parole, même, de cette association autour de ce qui s'est passé avec Zyed et Bouna, comme je l'ai toujours fait. Luc Besson venait rencontrer l'association pour préparer le projet du festival Cannes et Banlieue, pour fêter Cannes en banlieue. Pas médiatique, c'est vraiment pour le geste et la symbolique. Et moi, comme j'avais fait pas mal de télés à ce moment-là, avec le Grand Journal et tout, Luc vient vers moi et me dit: toi, je te connais. On a commencé à parler prods. Il ne comprenait pas pourquoi l'album d'avant avait été si mal développé par Universal. Je lui ai dit: écoute, si tu ne comprends pas, produis le prochain! Et voilà, tapes-en cinq et c'est parti, aussi simplement. Après, ce qu'il a fait, c'est qu'il a sélectionné quelques titres pour la B.O. de B-13. Mais ça s'est arrêté là. Je suis directeur artistique de mon album, réalisateur artistique. Finalement, j'ai fonctionné comme quand j'étais en indépendant sauf qu'il y avait un confort de travail en studio supplémentaire. Plus que de réseau, contrairement à ce que les gens pensent. Après, ça reste une maison de cinéma donc ce n'est pas comme les maisons de disque. Une maison de cinéma, elle est sur d'autres saisonnalités. Pour eux, faire un film en cinq ans-dix ans, c'est normal! Donc un album en cinq ans, pour eux, pas de problème. Pour moi, il m'a pris trois ans de ma vie et c'est déjà un peu trop, c'est la dernière fois de ma vie! En rap, on ne peut pas, il faut bastonner!
Sur cet album, y'a des trucs plus personnels qu'auparavant, comme sur 1+1 = -1 ou Maman?
Axiom: Ouais, c'est vrai. Mais je pense que j'ai plus tendance à le faire. Sans parler de concept. Parce que je trouve qu'il y a des histoires, une fois qu'elles sont racontées, elles disent plus que tous les discours politiques. Et pas que mes histoires, celles de mon entourage, des gens que je rencontre. Je trouve que c'est la force de l'histoire. De l'humour aussi! Ce sont des arts suprêmes. Savoir raconter, c'est plus punchy que tous les discours. Parce que tu vis le truc avec l'émotion, si t'es de bonne foi et que t'es à fond dedans. C'est pas que c'est personnel ou pas, c'est que j'aime de plus en plus raconter, comme dans La souris. La dimension scénarisée, cinématographique, je trouve que c'est plus fort que: "je débite mon rap, j'ai plié le beat et j'ai claqué dix rimes, quand tu rappes, t'es moins bon que moi et je suis meilleur que toi." C'est super, il en faut parce que ça créé l'entertainment sur scène. Mais je trouve qu'en termes de sens, les histoires sont plus fortes. Comme Un brin de haine, d'Akhenaton.
Sur cet album, y'a un côté très géographique, on se balade dans des médinas, à Bagdad. Pour toi, les voyages, c'est important?
Axiom: C'est marrant, je parlais avec un pote, hier et il me disait: "tiens, je te vois bien sur une route, avec une valise!" Je pense que je suis en train de dégager ça, comme sur Tout est normal, mais c'est un peu malgré moi. Je suis un peu préoccupé par ce qui se passe dans le monde. Tu sais, le top du titre que j'aimerais écrire, ce serait de faire quelque chose sur l'effet papillon. Comment ce que tu fais là a une incidence là-bas, ce qui se passe là-bas a une incidence sur toi, ton voisin. En fait, tout est lien. Et je pense que je suis là-dedans, aujourd'hui. J'ai une vision un peu moins égocentrée, je n'ai plus envie de ne parler que de ma rue, ma vie, personnellement, moi-même. A un moment, t'as fait le tour. Mais, même en termes de lutte politique, c'est bien de comprendre la vie des autres, parce-que ça te permet d'apprécier la tienne, pour commencer. Ça, en rap, on ne sait pas le faire, on se plaint beaucoup. J'ai même l'impression que plaindre, ça marche mieux! Et, en même temps, s'intéresser aux autres, ça te permet de te resituer en tant que personne, dans le monde. J'aime bien ce côté-là!
Toi qui as écrit Lettre au président, aujourd'hui, t'en penses quoi de ton étiquette de "rappeur engagé"?
Axiom: Le problème, ce n'est pas l'étiquette parce que je suis un engagé. J'ai une association, je lutte dans cette association, on a de vraies actions spécifiques, pointues. J'ai du parcours, je n'aime pas la parole pour la parole, ça me parle plus. Moi, les petits révoltés, avec leurs discours? J'ai plus de respect pour des gens qui sont contre ce discours et qui l'assument pleinement, comme Booba! Parce que, pour moi, à partir du moment où tu as le discours du militant, il faut impérativement basculer dans l'acte. Je préfère l'acte aujourd'hui. Donc ce qui me gêne le plus, ce n'est pas l'étiquette, c'est qu'en France, quand t'as une étiquette, c'est une seule! Comme si nous, dans notre vie, on pouvait pas faire plusieurs choses en même temps comme militer, mais aussi passer du bon temps, sortir avec ses potes, être avec sa nana. Je ne peux pas porter toute la misère du monde sur mon dos tout le temps. On me pose toujours des questions sur des trucs très précis, sur lesquels je suis pointu. Mais invite-moi sur autre chose et tu vas voir que j'ai aussi un bon sens de l'humour! En France quand t'es dans une catégorie, t'en bouges plus. Alors que mes albums ne sont pas spécialement militants. Parce que, quand je suis sur les plateaux télé, y'a toujours des mecs qui parlent de la banlieue ou des mecs en casquettes. T'es obligé de monter le level! Mais, dans l'absolu, parlez-moi aussi de la plage, des choses simples, de la vie de tous les jours, comme sur Hami, de la fête. Quand je suis avec mes potes, on part pas dans des thèses philosophiques et politiques sur tous les sujets! Ce qui me gêne plus, c'est la mono-étiquette.
Tu peux nous expliquer ce que ça veut dire Hami, Macha Allah et Samahni, qui sont des titres de morceaux?
Axiom: Hami, ça veut dire "chaud", "brûlant" et nous, on l'utilise à toutes les sauces, que ce soit positif ou négatif. Le temps: il fait bon, c'est Hami! Ou bien tu peux dire: je me suis fait contrôler, c'était Hami! C'est positif et négatif. Macha Allah, c'est une expression qu'on utilise pour la beauté du monde. Dieu a fait ça, Macha Allah! Ton bébé, il vient de naître, Macha Allah! T'as réussi, Macha Allah! Et Samahni, c'est très particulier. C'est une Ivoirienne qui chante sur ce titre. Et, en fait, je lui ai demandé de chercher une expression pour dire "pardon" dans sa langue. Elle m'a dit: Samahni. Et il se trouve que ce mot vient de l'arabe, en fait.
Pour terminer, après Axiom, Axiom aka Hicham, le prochain album, il va falloir qu'il ait un vrai nom parce que t'as plus de aka!
Si, Hicham! Il s'appellera Hicham, je pense. Je suis sur une trilogie. Et je pense voir la couleur vers laquelle je vais dans le prochain. Ce sont des chapitres donc le prochain sera vraiment très différent. On retrouvera du second et du premier. Mais je pense que j'ai besoin de boucler ce chapitre. Ça va venir vite, je n'ai pas envie d'attendre. Je pense que je ferais un retour aux sources, un travail plus basique, plus fort.
   
Propos recueillis par Adeline Lajoinie
     
     
     
     
 Artiste
 Axiom


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Axiom" 26/08/2011


 Chronique(s) Date publication
 Axiom : AKA Hicham 04/04/2011
 Axiom : AKA Hicham 04/04/2011



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