| "Je n'avais aucun instrument, je les ai juste écrite dans ma tête?" |
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| Ton nouvel album s'appelle Billie-Eve, du nom de ta fille. Est-ce que ce disque traite de ta maternité? |
| En fait, le disque n'est pas vraiment sur la maternité mais ma maternité en fait forcément partie. Parce que c'est quelque chose de naturel. Et je pense que la maternité est aussi une source d'inspiration, sur plein de plans. Tout ce que j'ai écrit sur cet album et tout ce que j'ai enregistré est, d'un côté, inspirée par le fait que je suis mère. Mais d'une manière différente. Ça ne traite pas littéralement de ça. Ça ne tourne pas autour de mes enfants. Mais ça s'en inspire beaucoup. |
| Quand on devient mère, on change personnellement. Ca a aussi changé ta musique? |
| Oui, devenir ou être une mère te change définitivement. Tu deviens plus affûtée. Tout ce que tu fais, tu le fais plus vite. Et tu dois toujours être opérationnelle, toujours être prête. Tu dois consacrer tant de temps à tes enfants que tu dois retirer le meilleur d'une minute et même d'une seconde! C'est comme ça que je le ressens. Donc ça m'a définitivement changé. Je me sens différente en tant que femme aussi. D'une manière très naturelle. Parce que devenir mère, est un peu une façon de devenir encore plus femme. Tu changes physiquement. Et tu te sens différente. Je pense que ça vient aussi du fait que, quand tu es enceinte, tu as toutes ces hormones en toi. La grossesse, c'est un peu comme un grand huit. C'est très extrême comme expérience! |
| Dans ta musique, on te sent encore plus libre d'explorer de nouveau horizons? |
| Je me sens définitivement plus libre que jamais. Peut-être que je sens que je peux faire encore plus qu'avant, bizarrement. J'aurais pu ça avant mais peut-être que je n'étais pas prête. J'étais prête mais pas pour ça, j'ai fait d'autres choses. C'est une progression naturelle. Sur cet album, il y a beaucoup d'influences rock. Mais, en même temps, c'est mon interprétation du rock. Et je suis sûre que beaucoup de fans de rock me diront: "ce n'est pas parce que tu as mis des guitares électriques que ça fait de toi une artiste rock!" Mais je ne veux pas être une rockeuse! Je veux juste explorer et être capable de vivre tout à fond pour l'exprimer au mieux. Pour moi, la musique, c'est le meilleur moyen de m'exprimer. Aujourd'hui, je me sens peut-être plus agressive ou dynamique. Mais je peux aussi devenir triste, avoir une sorte de blues. Et d'autres jours, je peux me sentir très sentimentale. On a tellement de facettes différentes que c'est dommage de n'en montrer qu'une. D'autant plus quand on est une femme car les femmes sont plus versatiles. Nous ne quittons jamais la maison avec le même style. On change tous les jours! C'est ça, être une femme! |
| Sur le titre Believe, Saul Williams parle de toi. Comment l'as-tu choisi? |
| Saul est quelqu'un que j'ai toujours beaucoup admiré en tant que personne comme en tant qu'artiste. C'st un incroyable être humain avec un très bel univers. J'adore son univers! J'adore la manière dont il utilise ses mots. Pas seulement dans ses livres, ses poèmes mais aussi dans la vie de tous les jours, dans sa manière de communiquer. Il est devenu un ami. Et, pour moi, je ne pouvais pas choisir quelqu'un de plus approprié que Saul Williams pour parler de moi, de mon album, de ma vie, de mes croyances. Et je suis vraiment très honorée qu'il soit sur mon album. Ce qu'il a écrit sur moi m'a énormément touchée. Parce qu'il a écrit ça en studio, d'un coup. Je jouais de ma guitare, des choses différentes et il m'a dit: "joues-ça encore, j'aime vraiment ça!" J'ai continué à joué la même mélodie encore et encore pendant 10 minutes et il a écrit dessus, sur le moment. 15-20 minutes plus tard, il avait terminé et il était prêt à enregistré. |
| Qu'a-t'il comprit de toi? |
| C'est quelque chose que je devrais lui demander! Je pense que personne ne peut vraiment me comprendre. Peut-être que je suis un peu trop folle. J'ai trop de facettes, trop de personnages différents. C'est une bonne question, je devrais lui demander! Mais en écoutant ce qu'il a écrit, je me suis dit qu'il avait bien compris! En même temps, c'est peut-être un peu arrogant de dire ça, c'est tellement beau, ce qu'il a écrit! Il y a beaucoup de moi dedans. Mais je pense qu'on peut tous l'interpréter à sa manière. Même moi, je ne lui ai jamais demandé ce qu'il pensait exactement en écrivant ça, ce qu'il voulait vraiment dire. Mais, pour moi, comme ça veut déjà dire quelque chose, je ne lui demanderais pas ce qu'il a voulu dire. La beauté des mots, tu peux la réinterpréter de manières tellement différentes! |
| Quand tu as sorti ton 1er album, tu te définissais comme un globe trotteur. C'est toujours le cas? |
| Oui. Je suis toujours une voyageuse. Mais d'une manière différente. Avec mon 2nd enfant, beaucoup de choses ont changé. Parce que mon fils va avoir cinq ans et qu'il va devoir aller à l'école. Donc je commence à me forcer à me poser quelque part. C'est encore difficile pour moi parce que, d'un côté, c'est un peu une maladie. J'ai besoin de bouger. Je ne peux pas rester au même endroit trop longtemps. Mais ce n'est pas forcément bien. J'ai toujours ressenti ce besoin de partir. C'est comme si je fuyais quelque chose. Aujourd'hui, je recherche une autre forme de paix. Avant, je trouvais la paix dans le voyage. Ca ne me stressait pas, au contraire! Voyager, c'est amusant. J'adore vivre dans différents endroits. J'ai tellement de choses que je les dissémine un peu partout. J'ai beaucoup de choses stockées à New-York, en Allemagne, à Paris. Ça a toujours été comme ça. Et maintenant, il faut que je me calme un peu. J'essaie de me poser, d'offrir une routine à mon fils parce que je pense que c'est ce dont il a besoin aujourd'hui. Il n'est plus question de moi mais d'eux. Alors je dois apprendre à être un peu moins égoïste. |
| Tu as voulu enregistrer cet album à New York. Pourquoi? |
| C'est la chose la plus facile du monde, pour moi, que d'enregistrer à New-York! Mes musiciens sont américains, beaucoup de New-York même. J'ai mon appartement là-bas, je n'ai pas besoin d'aller à l'hôtel, je me sens comme à la maison. En plus, comme j'étais enceinte quand j'ai enregistré, j'avais besoin d'être chez moi. Et puis, il y a aussi le fait que j'ai fait mon premier album à New-York! Et avec ce troisième album, je me sens vraiment très proche de mon premier album. Mes émotions ne sont pas les mêmes mais elles sont très proches de celles du premier album. Alors j'ai ressenti que je devais le faire à New York. Aussi parce que j'adore ce studio, le Sear Sound, incroyable! Il a une longue histoire. Tu te sens chez toi quand tu y vas parce que c'est cosy, petit mais que l'équipement et l'émotion, l'esprit, est juste génial. C'est un très bel endroit. C'était mon v?u d'enregistrer là-bas aussi parce que j'adore New-York. C'est une ville qui inspire beaucoup. Comme Paris! Je pense que j'enregistrais à Paris mon prochain album parce que j'ai découvert ce superbe studio Ferber. Le corps de l'album a été enregistré à New-York. Mais quand je suis allée à l'hôpital avec ma fille, c'était à Paris. J'ai eu des contractions très tôt. J'ai du aller très vite à l'hôpital. Et pendant que j'étais en plein travail, j'ai commencé à écrire d'autres chansons. Mais je n'avais aucun instrument, je les ai juste écrite dans ma tête, mon imagination. Quand ma fille est née, j'ai appelé Jean-Philippe et je lui ai dit que je devais repartir en studio. Parce que j'avais de nouvelles chansons qui devaient être dans l'album. Donc on a été au studio Ferber à Paris. C'était ma première fois là-bas et j'ai été étonné. C'est un superbe studio, avec une vibe étonnante. Ça pourrait être à New-York. Et le fait que Serge Gainsbourg qui a enregistré là-bas, c'est fantastique. C'est aussi un endroit très inspirant. Pour moi, il faut que, dans chaque studio, tu ressentes l'énergie des artistes qui ont enregistré avant toi. Ferber, est un endroit comme ça. |
| C'est là que It Hurts, avec Mathieu Chédid, est né? |
| Oui. En fait, la chanson, je l'ai écrite dans mon petit appartement de Paris. Un matin très tôt où mon fils se réveillait et m'a raconté son rêve. Il avait cette mélodie qu'il chantait. Parce que c'était un rêve à propos d'un concert. Je lui ai pris la mélodie et j'ai commencé à travailler dessus. J'ai écrit une chanson autour, It Hurts. Sur la version originale, il y a mon fils qui me pose plein de questions. Et je joue du piano avec mon fils à côté. Je chantais la chanson seule au départ. Mais j'ai toujours voulu travailler avec Mathieu. Ca fait longtemps qu'on veut travailler ensemble mais on était toujours ailleurs à voyager. Donc, quand j'ai fait écouter la chanson à Jean-Philippe, il m'a dit que ce serait bien de la faire en duo avec Mathieu. C'est amusant parce que j'y pensais aussi. Alors j'ai appelé Mathieu, il a accepté, on est allé en studio. Et là, j'ai quitté le piano, je joue des percussions et je chante et Mathieu joue de la guitare et de la basse. Ça été une très forte collaboration. On a passé un très bon moment en studio. C'était magique. Je me rappelle, quand il m'a demandé de traduire mes paroles pour savoir de quoi je parlais et que je l'ai fait, il a commencé à jouer différemment. Il a commencé à jouer l'histoire et c'était très touchant. Sa manière de jouer de la guitare m'a toujours fait pleurer. Donc c'était magique. C'est un merveilleux musicien, un merveilleux être humain. Comme Saul, je l'admire pour ça. J'ai choisi deux personnes, pour mes duos, avec lesquelles j'avais de très belles relations. Rien n'a été forcé. |
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| Propos recueillis par Adeline Lajoinie
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