Interview de Bisso Na Bisso |
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Bisso Na Bisso
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| "L'Afrique a participé au développement du monde et ses enfants ne sont pas respectés ou traités à leur juste valeur. Ces sujets-là, il est temps de les mettre sur table, il est temps d'en parler." |
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| Comment vous êtes vous retrouvé ? |
| Passy : Avec certains des Bisso, on a des liens du secteur A ou des liens familiaux, cousins, cousines. On se réunis donc même sans Bisso. On se croise aussi quelquefois sur les projets des uns et des autres. Et puis depuis 3 ans, on a commencé à se remettre la pression : « Faut qu’on rentre en studio, faut qu’on rentre en studio…. ». Cela a mis un peu de temps pour caller tout le monde et finalement nous avons mis deux ans entre la réflexion et le studio. On s’enfermait tous ensemble durant des périodes d’une dizaine de jours loin de tout pour couper chacun de sa vie. Nous sommes devenus parents, certains ont des carrières solos. A force d’aller en studio, nous avons réussi à affiner le son, à retrouver l’esprit du Bisso. Ce n’était pas évident. Il y a dix ans, nous nous sommes retrouvés en studio car il y avait une sorte de délire dans l’air qu’il fallait structurer et conceptualiser. Pour le dernier album, on a voulu de nouveau élaborer quelque chose car ce n’est pas un premier album et des gens nous attendaient. Fort de certains concerts que nous avons faits à travers le monde, on voulait une nouvelle couleur africaine. On a voulu que cet album touche toute la diaspora africaine dans le monde. C’est pour cela que pour les invités, on a Jerome Prister, paix à son âme, qui représente les Etats-Unis, on a Sizzla de la Jamaïque, Ismaël Lo pour le Sénégal… des gens d’Afrique du sud, Manu Dibango pour le Cameroun, Espoir 2000 pour la Côte d’ivoire et Christophe Maé pour la France. Bisso Na Bisso, c’est du rap français mélangé à notre africanité, c’est donc un carrefour culturel. On a 50% d’éducation africaine mais nous avons grandi en France, cela se mélange. Avoir Christophe Maé sur le projet, c’est pour montrer notre culture franco-congolaise ou franco-africaine ou encore euro-africaine, c’est comme tu veux. Il y a aussi dans Christophe Maé ses guitares et sa chaleur africaines, son sourire. On est très proche et il fallait que l’on fasse quelque chose ensemble depuis toutes ces années. Cela s’est fait sur Bisso et c’est très très bien. |
| Tu parles des différences d’influences. C’est clair qu’il y a une base hip hop mais il y a aussi du reggae, des choses plus africaines... Comment on fait pour que certaines choses ne prennent pas le pas sur d’autre ? |
| Passy : En fait, Bisso c’est un carrefour culturel entres les instruments et les machines, l’Europe et l’Afrique, les rappeurs et les chanteurs, les garçons et les filles. Il y a plein de gens qui s’y retrouvent. Il nous fallait l’esprit reggae car nous avons grandi là-dedans, c’est très proche de la culture hip hop, de la culture urbaine et de la culture africaine. Il y a toujours un zouk dans les Bisso, il nous en fallait donc un. Cette fois-ci, nous avons fait un dirty zouk, cela rentre dans les expérimentations, les nouvelles couleurs de musique. Je dis souvent que Bisso, c’est un tiers de fond, un tiers de fun et un tiers d’expérimentation. Cela se ballade entre tout cela. On a du message comme dans les titres « Endetté » ou « Bon voyage », ou même dans un titre comme « Electrochoc. Pour la première période de studio, on a fait que des titres avec du fond, pour la deuxième période, on a voulu retrouver le délire de la musique africaine car malgré les problèmes, les africains font quand même la fête. Il fallait donc que l’on sente cela dans Bisso na Bisso. Le côté où l’on se dit des choses, mais ou l’on s’éclate quand même. Un titre comme « Electrochoc » où l’on dit qu’ «il faut avancer, ne plus reculer, qu’on n’est pas fatigué, la vie doit continuer », cela a l’air fun, mais on remet en question notre façon africaine de voir l’Afrique. Nous avons des pays pétroliers et on se demande pourquoi ils ne ressemblent pas à Dallas. On ajoute un esprit d’unité, c’est nouveau et aussi un esprit de panafricanisme. C’est pour cela que l’album s’appelle « Africa ». |
| Effectivement, sur cet album il y a plus le côté Afrique que congolais comme sur le premier album… |
| Passy : A la sortie du premier album, il y avait des conflits chez nous, nous voulions donner notre vision. Ensuite, nous nous sommes aperçus que la vision que nous avions du Congo collait aussi à la Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal et pouvait aussi toucher le peuple antillais et d’autres peuples aussi. Nous avions plein d’invités sur notre premier album qui nous ont permis de voyager. Là, on a encore élargi un peu plus. On parle vraiment à la diaspora africaine à travers le monde. Tous ceux qui aiment l’Afrique ou qui ont eu delà l’occasion de parler avec des africains, écouté de la musique africaine, je pense qu’ils se retrouveront dans les titres de Nasso na Bisso. |
| Tu parles des morceaux un peu plus engagés. Il revient assez souvent dans vos morceaux le thème de l’exil, la difficulté pour les gens de venir ici, d’être mal considéré… |
| Passy : Il y a deux côtés. La première, c’est la difficulté du peuple africain à se faire accepter en Europe ou dans le monde. Aussi bien ceux qui partent de là-bas pour arriver ici que ceux qui vivent ici pour arriver à atteindre certains postes clés. Souvent, il y a des africains qui ont fait des études, qui ont des capacités mais on ne les laisse pas forcément atteindre ces postes-là. Cela fait une jeunesse qui n’a peut-être plus d’espoir, qui doute, une jeunesse dans la rébellion. Cela se sent en Afrique et en France. Je pense qu’il faut percer les abcès, parler de certains problèmes dont on n’a pas parlé et qui concernent l’Afrique, la France, l’Europe voir même le monde. Je pense que l’Afrique a participé au développement du monde et ses enfants n’en tirent peut-être pas profit, ne sont pas respectés ou traités à leur juste valeur. Ces sujets-là, il est temps de les mettre sur table, il est temps d’en parler. On avance en perçant les abcès, c’est ce que l’on fait avec Nasso Na Bisso, c’est juste un besoin d’espoir, d’équité, un besoin de ne plus voir l’Afrique juste derrière vu ce qu’elle a ou peut encore apporter au monde. Il est temps que ses enfants soient considérés dans le monde. On sait tous les problèmes qu’il y a sur ce continent. Nous, les gens du Bisso, nous avons eu la chance de bouger, de voyager, de faire des études, cette chance-là, elle n’est pas donnée à tous les fils de l’Afrique. On le sait, on en a conscience et on en parle dans ces titres-là. Justement ce qui était intéressant dans le premier album, c’est de voir la vision que nous, franco-africains avions de l’Afrique. Nous avons souvent la vision des gens de l’Afrique, ou des médias mais pas de ceux qui sont entre ces deux cultures. C’est important. |
| Un titre fait particulièrement sourire, c’est le titre « Tonton », c’est quelque chose que nous, occidentaux, ne connaissons pas particulièrement. Peux-tu nous expliquer ce concept ? |
| Passy : En Afrique, c’est assez spécial, car même les amis de ton père, tu les appelles tonton. C’est une marque de respect qui est là depuis des temps et il ne faut pas que cela change car il y a quand même des différences entre l’éducation africaine et française. Je vais te donner un exemple, quand un africain arrive en France et qu’il rentre dans le métro, il dit bonjour. Il voit que tout le monde tire la gueule et que personne ne répond. Dans ces différences d’éducations, on a ces tontons qui sont des tontons de sang ou des bons amis du père, qui ont grandi avec le père. Il y en a qui sont merveilleux et d’autres qui abusent de leur droit. Voilà, on a voulu rigoler des tontons comme ça. Il y en a dans tous les coins de l’Afrique et même en France il y en a qui ressemblent à cela. C’est un titre qui marche bien. |
| Tu parles du titre « Electrochoc », mais il y a aussi la chanson « We are Africa » où vous avez pris tous les featurings possibles. Il y a un côté hymne… |
| Passy : C’est nôtre « We are the world » à nous. Nous avons voulu rassembler plein de voix de l’Afrique. Il y a une vingtaine d’artistes. Ce titre se veut réunificateur, nous l’avons mis à la fin de l’album justement pour souligner cette Afrique qu’on aime et ce besoin d’unité, dire que si des artistes peuvent le faire, alors peut-être que le peuple pourront aussi le faire et penser comme cela. Nous avons même mis un refrain en anglais pour que le message soit encore plus universel. |
| Et toujours pour cette envie d’universalité, vous vous êtes ouvert au Maghreb avec Rhaled… |
| Passy : Rhaled, c’est un peu incontournable, il y a plein de morceaux qui tournent ou il est présent. Parmis tous ces chanteurs de raï, c’est un des patrons si ce n’est le patron. Il est là depuis longtemps et il continue à jouer. Il a ses propres tournées et va jouer un peu partout. Il est accepté par les jeunes, touche les parents. Voilà, dans tout ce qui concerne le raï, je pense que Rhaled est un très grand. En plus, je l’ai rencontré, c’est un phénomène. C’est un vrai artiste qui a tout le temps pleins d’idées, il ne s’arrêtera jamais. Il y a des gens comme cela, moi j’ai rencontré Wyclef, en studio, il a plein d’idées de guitares, de mélodies. Rhaled est un peu pareil. Quand tu le connais et que tu parles avec lui, tu vois l’ampleur du personnage, les anecdotes, ce qu’il a vécu, avec qui il a travaillé… Quand il passe à la télé, il est posé mais quand il est là, devant toi, c’est quelqu’un de vraiment bien et nous avons vraiment aimé de faire le titre avec lui, il s’appelle « Avec le sourire ». Ce nom de chanson, c’est un jeu que Rhaled aime bien. En Afrique, on t’accueille toujours avec le sourire, on va t’embrouiller avec un sourire, on va te la faire à l’envers avec un sourire, il y a la guerre mais c’est pas grave, le soir on va se détendre avec le sourire.Avec le sourire, c’est un concept qui peut paraître bête mais quand tu t’aperçois que c’est bête, alors tu comprends que l’autre, il te l’a fait à l’envers. On a voulu un peu parler de cela… |
| Pareil, grosse pointure du reggae avec Sizzla… |
| Passy : Zizzla, effectivement. Il nous fallait vraiment ce voyage en Jamaïque et un de ceux qui est le plus respecté par tous les gens de Nasso na Bisso, c’était Zizzla et nous sommes très fiers de ce morceaux. « Même combat », on a voulu dire que le combat qu’ils ont en Jama¨que comme aux Antilles ou en Afrique, c’est un peu le même combat, c’est un peu comme pour le mec d’en bas. C’est un combat pour le respect, les valeurs, d’envies de percer aussi. Je pense qu’en Afrique, il y a plein de gens qui vivent des situations difficiles et je pense qu’à force de le chanter, un jour tout le monde en prendra bien conscience. On change les choses petit à petit en parlant dans nos chansons, en voyageant, en rencontrant des gens, en échangeant des idées. Je pense qu’il faut continuer le même combat. Tu sais que Zizzla est adoré en Afrique, ici aussi, nous sommes donc content de ce titre. |
| Ce n’est pas compliqué de le chopper ? Il paraît qu’il vit dans une sorte de forteresse… |
| Passy : C’est compliqué, mais on a réussi, il a aimé le titre et puis cela s’est bien fait. |
| Le Bisso, quand on vous connaît, c’est une grande famille. Alors qui sont les grands et petits frères ? |
| Passy : Est-ce qu’il y a encore aujourd’hui des grands frères et des petits frères ? je sais que parmis les grands frères, il y a Calbo et moi qui sont les plus âgés, on va dire. Mais les artistes du Bisso ont déjà des personnalités fortes qu’il peut effectivement y avoir des grands frères mais tout se négocie. On peut parler des heures sur des sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accord. C’est pour cela que nous avons mis deux ans à faire l’album. Cela peut être dur pour avancer, mais cela devient l’avantage quand nous nous retrouvons sur scène, les personnalités ressortent chacun de son côté. Bisso, c’est vraiment un groupe de scène. Quand les gens nous voient ce que cela rend sur scène, l’apport de ces différentes personnalités à cette musique, tous ensemble, c’est vraiment terrible. La plupart des gens qui sortent d’un concert du Bisso est contente, elle s’est éclatée car il y a du fond et l’on sait délirer quand même. Il y a ce dépaysement africain dans les guitares, dans les mélodies, dans les idées, les histoires. Tu sors d’un concert du Bisso avec le sourire normalement. Nous avons essayé ce nouvel album au Sénégal quand on a tourné le clip. Voir un public avec les costards et les cravates, nous avons été un peu surpris, mais nous leur avons demandé de retirer les cravates vers la fin du concert. Après, ils sont venus nous voir, il y avait l’ambassadeur et nous ont dit « Regardez, on a enlevé la cravate ». On a donc réussi à faire bouger un public qui n’était pas forcément gagné avec ce genre de musique. Et bien tout le monde était debout entrain de s’éclater. Maintenant, on sait que c’est un album à bien défendre sur scène. Pour le premier album, en France, nous n’avons fait que le Zénith pour une date unique. Ensuite nous avons tourné en Côte d’Ivoire, les Antilles, La Réunion nous avons fait plein de pays mais pas beaucoup en France. Pour cet album, nous voulons vraiment tourner en France et d’autres pays. |
| Vous qui avez tous l’habitude de monter sur scène avec vos propres formations. Qu’est ce que cela change avec le Bisso ? |
| Passy : Avec le Bisso, il y a déjà plus de délire. On se retrouve avec un côté plus gamin. On sort des conneries et on rigole à sept. En plus, le Bisso, cela se danse beaucoup, il y a des pas qui vont avec. Je vais faire des trucs que je ne ferais pas en solo. Je pense que c’est pareil pour les autres. C’est ce qui nous a attiré, on bosse comme des fous, la nuit aussi, on prépare tout, mais quand on se retrouve sur scène avec tous les membres du groupe et ma cousine, il y a ce truc. C’est Bisso qui nous prend, en fait. Au début, on a fait un titre pour parler de ce qui se passe au Congo et c’est cette ambiance qui nous a donné l’envie d’en faire un autre. Pour ce deuxième album, c’est l’envie de remonter sur scène et de partager des moments tous ensemble qui nous a donné poussé à enregistrer ce nouvel album. Les gens ressortent contents de nos concerts. C’est bien car vu les prises de tête de la vie de tous les jours quand tu allumes les infos, c’est bien de venir se changer les idées et même pour nous de nous éclater. |
| En aparté, tu en penses quoi de ce nouveau président américain black ? |
| Passy : De ce nouveau président black africain ? Je pense que cela fait du bien parce que pour tous les enfants d’Afrique à travers le monde, il a réussi à avoir le poste le plus haut du monde. Bien sûr que cela ouvre des portes, même le fait qu’il y ait Harry Roselmack qui présente le journal sur TF1. Ma cousine M’Passi disait l’autre jour, nous étions en interview, qu’elle était à la fac et faisait des études de communication et elle a regardé comment cela se passait, comment nous étions représenté à la télévision et comment c’était dur. Cela l’a poussée à arrêter ses études de communication pour se lancer dans la musique. Bon, maintenant elle est dans le Bisso, elle n’a pas fait obligatoirement le mauvais choix, elle a réussi à sortir la tête de l’eau, mais elle a dit qu’à l’époque si elle avait vu un Roselmack à la télé, elle se serait dite que s’il avait réussi à le faire, et elle aussi aurait pu le faire. Elle serait aussi restée à fond sur ces études au lieu de choisir totalement la musique. C’est un exemple. Le fait qu’il y ait Barack Obama, et bien j’espère qu’il y a des jeunes Barack qui se créent dans les pays d’Afrique pour demain, aux Etats unis ou même en France. Mais vu comment les politiques français accueillent cela, un Barack Obama qui bégaye, il y a encore pleins d’autres choses à faire. Mais c’est bien, cela pousse une certaine jeunesse à y croire. Je pense que les jeunes des quartiers ou qui ont des situations difficiles, les jeunes qui viennent d’Afrique ont besoin d’y croire ce qui va à l’encontre de cette politique de répression que je ne cesse de critiquer. Il n’y a pas d’amour dans cette politique de répression. Pour le cas de la France, ce sont des jeunes français même s’ils ont des origines mais ils sont nés ici. Pour l’Afrique, il faut pousser le noir à s’aimer encore plus. Il y a une sorte de fierté, c’est un frère, mais c’est pas grave, je le soutiens parce qu’il y a beaucoup de pensées différentes, il y a un moment ou il faut regrouper tout le monde derrière quelque chose, que cela soit la beauté de l’Afrique, de sa couleur de peau. Il faut trouver la force de réunir ce peuple pour déjà s’entraider et une fois que cela sera fait, je parle pour le continent en général, et bien il pourra faire valoir ses droits aux yeux du monde plus efficacement. En Afrique, on en a besoin, car je vois certains quartiers, certains petits dans la rue qui marchent, c’est de la matière grise qui se perd. Pour parler d’éducation et d’avenir, il faut avant tout parler d’unité et mettre des étapes obligatoires, quitte à les imposer au peuple, comme la santé, le travail aussi. Je pense que c’est à faire. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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