Interview de Brian Jonestown Massacre |
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Brian Jonestown Massacre
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| "Ce n'est pas important de prendre des drogues. Toutefois, il y a quelques moments effrayants sur le nouvel album, si tu planes lorsque tu écoutes le disque, ça va te terrifier..." |
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| Abordons ce nouvel album, Who Killed Sgt. Pepper?, par le son, très rugueux, sale parfois. Était-ce important d’avoir ce son organique à une époque où la musique est bien souvent clean et surproduite ? |
| Anton Newcombe : À notre époque, les gens écoutent de la musique avec leurs écouteurs, sur leur iPod, dans leur voiture… La relation avec la musique est lointaine, elle est en arrière, reléguée au second plan, jouée dans les magasins, dans les bureaux… C’est une bonne question, je n’aime pas trop les effets… Bien souvent, les gens me disent « comment as-tu eu ce son ? Quelles pédales as-tu utilisé ? ». Mais je n’utilise pas de pédales, c’est le son de l’ampli. J’essaie de réfléchir à une bonne réponse pour ta question. C’est comme des hallucinations, ce qui arrive quand l’ensemble sonne à la perfection. Voir deux éléments séparés devenir quelque chose de différent, est-ce que c’est vraiment là ? C’est comme une illusion auditive. Dans les échos, j’aime bien King Tubby et son approche dub, très minimaliste, lo-fi. Le son de notre époque, je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire, parce que tout est samplé… ce n’est pas ce qu’il y a de mieux ! |
| Que penses-tu de ces nouveaux groupes avec des sons très amples et éthérés, presque trop propres, comme MGMT ? |
| Eh bien, si c’est conforme à ce qu’ils veulent faire, c’est bien… Tu sais, j’aime toute la musique qui est sortie depuis les années 20, tout ce qui s’est fait sur la planète, alors la qualité de l’enregistrement n’a jamais été la chose la plus importante pour moi. Il y a d’autres types de magie que j’apprécie et que j’identifie dans la musique. Mais encore une fois, à notre époque bizarre, ils sont très populaires. C’est bien que ce genre de choses existe, car elles offrent tout un tas d’alternatives à d’autres groupes. Il faut suivre tel chemin pour obtenir un gros contrat de disque et passer à la TV ? Pour moi, tout cela est une vaste illusion. J’aime l’idée que chacun puisse y arriver, mais j’aime aussi l’idée que certaines expérimentations ne sont pas accessibles à tout le monde et ne seront pas reproduites. Tu sais, avec des groupes comme My Bloody Valentine. Ils ont ce son particulier, j’aime ça, et leur musique bien sûr. Je ne suis pas intéressé par le fait d’avoir le meilleur son. Tu as de bonnes questions, tu me fais me creuser la tête (rires). |
| J’ai été surpris par certaines chansons de l’album, très électroniques et groovy, parfois proches des scènes dub et world, par exemple This Is the First of Your Last Warnings… |
| Lorsque j’entre en studio, je me fixe un but à atteindre, là où j’ai envie d’aller. C’est ma façon de procéder. Cette fois, j’ai été très intéressé par ces rythmiques des eighties, celles qu’on trouve sur les hits de l’époque qui sont encore joués (il fredonne l’air disco de Ring My Bell d’Anita Ward puis Rock With You de Michael Jackson, Ndlr). J’étais curieux de comprendre ce qui avait fait vendre plus de 40 millions de copies de ces disques et le fait qu’ils soient encore joués contrairement à plein d’autres choses de l’époque. Est-ce que c’était le charisme des artistes, les instrumentations, la production le rythme, le business… Qu’est-ce qui a rendu cette musique formidable ? J’aime aussi le fait que ces beats qu’ils ont mis sur ces chansons ont ensuite été copiés part tout le monde. J’aimais l’idée d’exploiter ce genre de rythmique à ma manière, m’en servir d’une façon qui n’avait pas encore été faite. Il y a quelques comparaisons, car des groupes comme Primal Scream ont déjà expérimenté des choses à partir de la dance music, et plein de gens ont essayé ensuite. Je n’ai pas voulu prendre une nouvelle direction, j’ai simplement expérimenté ces sons en faisant une sorte de chamanisme audio surnaturel. Les gens me disent que je fais une fixation sur les Rolling Stones, ce qui est faux, car je ne suis pas ancré dans le rhythm and blues, enfin j’en ai un peu utilisé, quelque chose comme trois chansons sur trois cent. Chez les Rolling Stones, tout est basé sur le rhythm and blues, mais chez moi, c’est autre chose. Je suis davantage intéressé par l’approche psychédélique de Brian Jones. Pour moi, même s’il y a des rythmes disco sur mon disque, c’est toujours de la musique psychédélique parce que je suis toujours attiré par l’ouverture d’esprit, avec des collages de différents éléments. Je suis également intéressé par le dub, surtout en ce qui concerne la production, encore une fois King Tubby. J’aime aussi le hip-hop, mais je n’apprécie pas les groupes qui se limitent à un environnement urbain. J’ai voulu créer un nouvel environnement urbain. Tout ça est comme un mensonge pour moi, tu sais, le gangsta rap. C’est pas des gros durs comme ils le laissent penser, il traînent avec des avocats et des patrons de maisons de disques toute la journée. C’est pas eux les gros méchants avec des flingues. Ils font la fête avec des businessmen des majors de Hollywood, toute la journée. Ils louent des voitures pour les clips, mais ce ne sont pas des criminels. Ils ont des cartes de crédit ! C’est juste une imagerie, moi je m’intéresse avant tout à la musique. |
| Tu as parlé de musique psychédélique. Comment décrirais-tu l’impact des drogues sur le disque ? |
| Tout d’abord, j’aimerais dire que je ne fais pas de publicité pour la drogue ou ce genre de mode de vie. J’ai d’ailleurs arrêté de boire, je n’ai pas participé aux alcooliques anonymes ou tout autre programme. Il ne s’agit pas non plus d’une crise religieuse, c’était simplement le bon moment pour moi d’arrêter. Je n’ai pas peur de parler de tout ça. C’est juste que je me suis intéressé aux expérimentations chamaniques, comme ce que font ces indiens en Amérique du Sud, prendre des drogues pour voir des choses… et ensuite les interpréter, peut-être en faisant une peinture d’un dieu imaginaire. Je fais la même chose, mais avec la musique. Ou avec des vidéos. Mais ce n’est pas important de prendre des drogues. Toutefois, il y a quelques moments effrayants sur le nouvel album, si tu planes lorsque tu écoutes le disque, ça va te terrifier (rires). C’est comme s’il y avait quelque chose de sous-jacent qu’on ne pouvait expliquer, ce qui est bien. Enfin, je trouve. |
| Quelques mots à propos de Joy Division puisqu’on retrouve la rythmique de She’s Lost Control sur This Is the One Thing We Did Not Want to Have Happen… |
| La rythmique, hein ? En fait, j’avais surtout envie de me moquer d’Interpol parce qu’ils n’évoquent jamais Joy Division alors que tout ce qu’ils font, de la musique à la voix en passant par le look découle à 100 % de Joy Division. Personne n’en parle jamais, alors j’ai décidé de faire la même chose qu’Interpol. Chaque chanson de Madonna part d’un même rythme (il bat la cadence de ses mains et chante le refrain de Like A Virgin et Papa Don’t Preach, Ndlr), est-ce que ça veut dire que si j’utilise un 4/4 je suis Madonna ? Non ? C’est la même chose pour les batteurs funk, ils font toujours la même chose, avec le même groove. Est-ce que c’est un pillage de James Brown ? Quelles sont les règles ? Et même s’il y a des règles, mon but est de les briser. |
| À propos d’Interpol, je ne pense pas qu’ils soient si proches que ça du son de Joy Division, leurs disques sont trop propres, il manque l’esprit punk… |
| Interpol ? Disons qu’ils sont très professionnels, ils travaillent bien leur style et leur image. Je préfère la musique folk, car il y a une certaine authenticité, sans tricher. C’est ce que j’aime avec la musique. Regarde DJ AM, ce mec qui est mort dans un accident d’avion aux États-Unis, tout le monde était soudain très triste, car il avait tellement de talent… Il y avait pourtant des photos de lui avec son Macintosh, et que faisait-il avec ? « Oh mon dieu, on n’aura plus jamais quelqu’un comme lui, qui appuyait d’une telle manière sur le bouton Play de son iTunes », car c’est tout ce qu’il savait faire. Regarde les Chemical Brothers en concert, qu’y a-t-il à part des lumières stroboscopiques et lancer la musique avec Play ? Je ne prétends pas être un grand musicien et je ne pense pas que ce soit important, j’essaie simplement de créer mon petit univers audio. Quelque chose pour hypnotiser les gens. Peut-être. Je ne sais pas. Ça m’éclate. Tu sais, le Velvet Underground et sa putain d’imagerie, c’était un mensonge créé par Andy Warhol. C’est juste de l’image, ce n’est pas la réalité. Ce ne sont pas quatre personnes qui se sont rencontrées dans le métro et ont commencé à jouer de la musique ensemble… C’est avant tout un look, une coupe de cheveux, des lunettes de soleil, c’est devenu un modèle. Tu rajoutes une mannequin blonde, tu portes ça, tu t’habilles comme une fille, comme un garçon, tu fais ça… Je m’en moque, je ne crois pas en tout ça, je veux juste faire de la musique. Mais c’est ok. Je ne sais pas. Peu importe qui c’est, mais il y a ce truc avec New York. C’est comme si tes parents te disent de devenir médecin, alors tu fais du rock’n’roll et tu passes pour le rebelle. « Je vais leur montrer, je vais les choquer, chanter des trucs sur l’héroïne, le bondage… », je crois que John Cale était un bon type, c’est lui qui a cassé cette image. |
| On connaît ton admiration pour le psychédélisme de Brian Jones, j’aimerais savoir ce que tu penses de George Harrison… |
| Comment une personne aussi incroyable a pu rester aussi longtemps dans cette position, coincé entre deux immenses égos comme ceux de John et Paul ? C’est étrange… Je ne crois aucune des conneries à propos de ce groupe. J’aime George Harrison, je pense qu’il était un très bon musicien et qu’il a fait du bon boulot avec le groupe. Mais c’est amusant de voir qu’une personne pouvait être aussi calme en étant coincé entre les deux types. C’est bizarre. En Inde, tu nais dans un système de caste, c’est un culte dont tu fais partie à la naissance. Tu peux être Hare Krishna et avoir toute la dévotion possible, si tu n’es pas né dans le système, tu ne peux pas être hindi, c’est impossible. Il n’y a pas de conversion, c’est la réincarnation, tu es né la dedans ou pas. Il est fou. C’est un putain d’idiot, car tu ne peux pas devenir hindi. Vraiment bizarre. Mais c’était quelqu’un de bien. Il est mort avec dignité, il n’y a pas eu tout un cirque autour de son décès. Ses proches ont bien fait les choses, ils ont été braves. Est-ce que tu te préoccupes de l’environnement ? |
| Oui, à mon échelle, j’essaie… |
| Que ferons-nous à la mort de Johnny Hallyday ? Est-il biodégradable ? Non ! C’est juste une blague (rires). Il a un visage super clean, comme s’il s’était mangé des radiations (rires).C’est comme les seins de Pamela Anderson, tellement refaits qu’ils ne bougeront pas, même pendant un million d’années (rires). |
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| Propos recueillis par Thomas Mafrouche
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