Interview de Carla Bruni |
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Carla Bruni
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| Carla Bruni, après avoir fait taire les critiques qui lui présidaient un beau plantage quand ils ont su qu'elle allait s'attaquer à la musique, se retrouve avec son nouveau projet (adapter en chanson des poètes du XIXème siècle), en proie au scepticisme ambiant. Mais comme la première fois : bis repétita : elle gagne son paris. Et haut la main. |
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| Y a t'il eu des inconscients qui vous ont dit « surtout ne fait pas ça » ? |
| Carla Bruni : «Non ! Ho si... en général globalement, quand les gens me demandaient ce que je faisais, je leur répondais que j'étais dans l'écriture d'un album ou en train de finir l'enregistrement, mais notamment en France, quand je disais que c'était un album en anglais, cela engendrait une perplexité ou un désintéressement. Ou alors de la curiosité pour les gens plus ouverts. Mais généralement un changement de langue laisse perplexe en soi. Mais vous savez, j'ai toujours changé de langue dans ma vie, cela ne fait pas le même effet vu de l'intérieur.» |
| C'était vraiment trop compliqué de reproduire la formule du premier disque ? |
| Carla Bruni : «Oui car ce n'était pas du tout une formule ! Il y avait une spontanéité, une légèreté car pour le coup, j'étais libre comme l'air pour ce premier opus. Personne ne me demandait si j'étais prête, où j'en étais. Le premier disque était comme... un très heureux hasard. Par contre, je fais toujours des chansons de la même manière, que ce soit avant ou après le succès. Donc j'ai effectivement trouvé une manière de « faire de la musique » plus qu'une formule. Je me mets à écrire mes chansons et j'y passe tout mon temps. Je me mets au boulot quand je le décide. Pendant ces 3 mois à peu près de cogitation, je ne fais que ça. Que des chansons... Je me mets à la disposition de ce que j'imagine créer. Ce qui en ressort par contre, ce n'est pas envisageable. J'adore écrire en français, ce n'est pas tant que je n'ai pas réussi à le refaire, c'est surtout que j'avais pas grand chose à dire. C'est dans le sens que je manquais de substance. Dans la forme, j'aurais toujours pu y mettre quelque chose avec de la malice. Mais dans le fond du fond, rien. Le premier album j'avais vraiment envie de chanter, de dire ces choses.» |
| Ne pas devoir fixer votre attention sur les textes, vous a t'il amené à être pointilleuse ailleurs ? |
| Carla Bruni : «Assez. Forcément on est concentré dans la musique. Avec Louis, nous avons été pointilleux en essayant de garder la tranquillité du premier album. Dans toutes les étapes : de l'écriture, à la maquette jusqu'au disque et l'enregistrement final. On a voulu garder cette fluidité, ce bonheur du premier album. C'est un peu plus blues, on a plus travaillé la musique sur cet album : moi comme lui. J'ai dit à Louis qu'il n'était pas du tout un rocker mais un jazz-man.(rire)» |
| Vous avez demandé à Marianne Faithfull d'être une sorte de coach pour votre nouvel album ? |
| Carla Bruni : «D'abord je l'adore, je la connais et je lui avais parlé du projet. Elle a une culture poétique et littéraire universelle. C'est sa passion. Elle lit avec une intelligence supérieure. Donc je lui ai demandé de faire des petites sections de travail qui ont finalement duré deux mois. Je dois vous dire aussi que c'était pour le plaisir (rire) car c'est le pied de bosser avec elle ! On travaillait mais qu'est ce qu'on rigolait.» |
| Le succès de « Quelqu'un m'a dit » n'était il pas exagéré ? |
| Carla Bruni : «Attendez, laissez moi vous répondre bien... je l'ai trouvé inespéré (rire). Je ne peux pas vous dire exagéré car cela m'a fait tellement plaisir (rire). Si j'étais honnête dans le fond de mon cœur je vous dirais « non ». Je l'ai trouvé miraculeux et un peu inquiétant. Inquiétée car j'ai bien vu que cela dépassait le stade de l'engouement habituel d'un disque. Ca m'a même dépassée moi même. Pour moi, au delà de 400 personnes qui achètent un disque c'est déjà dingue. 400 personnes ça peut être les copains de vos copains, votre famille et des curieux. Bon je sais que si j'avais atteint cette limite de 400 je n'aurais plus jamais signé (rire). Quand j'ai demandé à Naïve le nombre de disques pour le premier jour de sortie, ils m'ont dit 10 000 ! Ce qui est énorme. Je pense que d'être connue comme mannequin m'a amené à avoir plein de presses. Je pensais que ce serait une catastrophe, je ne pensais pas que 10 000 personnes allaient sortir de chez elles pour aller acheter ce disque. Les chiffres dont ils m'ont parlé, après, je les entendais même pas. On était stupéfait. C'était comme une vague, elle partait sans moi. En plus, j'étais de plus en plus nulle pour la jouer car j'étais écrasée par la pression. J'avais écrit des chansons dans ma chambre de bonne et d'un coup, je me retrouvais au Zénith pour les victoires de la musique. J'ai d'ailleurs cru me liquéfier.» |
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| Propos recueillis par Pierre Derensy
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