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Interview de Cascadeur
Cascadeur
   
« Il y a quand même beaucoup de choses importantes dans l’enfance pour beaucoup de gens. Et c’est normal, c’est tellement fondateur ! J’ai très envie, à travers mon histoire personnelle, de revisiter ces moments-là. »
   
De quel besoin, quelle envie est né le projet musical Cascadeur?
J'ai participé à pas mal de projets avec des amis chers. J'étais heureux de faire partie de ce collectif et d'être justement un homme de l'ombre. Mais y'avait une sorte de frustration parce que ça faisait des années que je faisais des morceaux et je les enregistrais à la maison. Ces amis m'ont d'abord fait comprendre que ça serait bien que je les fasse un peu connaître à d'autres personnes qu'à eux-mêmes. Donc j'ai écouté. J'ai fait mes premiers envois. J'ai eu quelques échos. Et puis, ensuite, j'avais quand même cette crainte, alors que je faisais quand même assez de scènes avec eux, d'exister sur scène, de me retrouver seul avec mes morceaux. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être un peu par timidité. Mais aussi, sans doute, parce que ce sont des morceaux qui sont, pour moi, assez émouvants. Donc je crois que le fait d'imaginer un seul instant de les jouer face à des inconnus, comme ça, je me disais que j'allais m'effondrer, que ça n'irait pas. Donc, quand j'ai fait écouter ces morceaux-là, sans qu'il y ait de nom à ce projet, mes amis m'ont dit que c'était risqué. Et je me suis dit: voilà le truc! Le risque, qu'est-ce que c'est? C'est ce que fait un cascadeur. Et qu'est-ce que fait un cascadeur? Il est une doublure. Donc j'ai répondu par un terme à plein de préoccupations. Après, c'est allé assez vite parce que je me suis dit: je vais faire comme quand j'étais enfant. J'avais ce goût du déguisement. Pour mieux apparaître, sans doute. Et puis j'avais eu un jouet d'enfant qui s'appelait comme ça. Un motard blanc qui était sur un tremplin. Donc ça a vraiment été très motivant et j'étais un peu survolté pendant des mois, j'ai composé de nouveaux morceaux. Et puis, j'ai constitué ma panoplie avec une combinaison, un casque? Ça a été comme un grand jeu. Qui m'a mis aussi en péril. C'est ça aussi qu'il faut comprendre. Ce n'était pas du tout une sorte de gourmandise. Je me suis dit: si je fais ça, je le fais complètement. Et je deviens quelque part cascadeur. Donc je me mets en péril et j'investis. J'avais peu d'économies, mais j'avais des économies de morceaux. C'était ma garantie, mon trésor. Et puis voilà, je me suis lancé comme ça. Ça, c'était en fin 2004. Et juin 2006, je fais mon premier concert. Y'a quand même eu un an et demi de péril. J'ai eu le temps de bien baliser. Et en même temps, ça a été une énorme libération. Quand j'ai fait ce premier concert, j'avais beaucoup travaillé. Y'avait déjà des projections, mais avec du Super 8. Qui prenait feu. C'était un peu de la pyrotechnie. Et à partir de ce premier concert, j'ai compris un certain nombre de choses. Et ça m'a conforté dans l'idée qu'il fallait que je joue sur scène. Que j'étais heureux sur scène. Alors que j'étais dans la hantise de la scène. Et puis ensuite, j'ai cherché des concerts, en écrivant, comme ça. Et, par le bouche à oreille, j'en ai trouvé. J'ai tenu le coup comme ça, très fébrilement, jusqu'en 2008 et le CQFD des Inrocks. Ça a été un coup d'accélérateur. Et puis après, ça a continué. Il fallait alimenter cette petite machine. Voilà, une grande aventure.
Du coup, Cascadeur, c'est qui? Une doublure? Un alter ego?
Pour l'instant, j'ai quelques réponses, mais je crois qu'il faut encore attendre. C'est sans doute moi. Mais alors qui suis-je? Ça pose d'autres questions parce que si Cascadeur est moi, qui est l'autre? Je m'interroge pas mal là-dessus. En tout cas, il me permet déjà de m'exprimer. Il me permet de dialoguer autour de ce que je fais. Ce qui est quand même un peu luxueux. Déjà ça, pour moi, c'est magnifique. Parce que j'ai un peu souffert de ne pas pouvoir tellement échanger autour de ce que je faisais. Donc maintenant, c'est génial. A ce niveau-là, je rencontre des personnes relativement sensibles à mon travail. J'ai l'impression de vivre des séances de psychanalyse gratuites. C'est déjà très beau, très bien comme ça.
Tu parlais du jouet cascadeur de ton enfance. Dans ton univers, il y a un côté très enfantin. Tu le vis comment?
C'est un travail de reconstruction, c'est surtout ça! Ce n'est pas la nostalgie de l'enfance. Parce que j'ai des souvenirs vraiment très prégnants. Et j'ai des preuves. Mais on les questionne toujours ces preuves-là! Mais je ne suis pas sans arrêt à dire à mes parents: alors, comment j'étais quand j'avais?? C'est pas narcissique, enfin je ne pense pas. C'est juste de me dire qu'à travers de ce que j'ai pu entendre, des parcours des humains que j'ai croisés et de ce que j'aime en regardant des films, lisant des livres ou en écoutant des disques, il y a quand même beaucoup de choses importantes dans l'enfance pour beaucoup de gens. Et c'est normal, c'est tellement fondateur! J'ai très envie, à travers mon histoire personnelle, de revisiter ces moments-là. Y'a vraiment aucune nostalgie parce que de toute façon, ça serait vain! Et ?est peut-être bien de n'être qu'un visiteur. C'est comme quand je viens ici à Paris?
Quand on se voit sur scène, on se dit qu'en plus de rêver d'être Cascadeur, tu aurais bien aimé être astronaute, avec toutes les étoiles qu'il y a dans tes vidéos?
C'est vrai. Y'a plein de trucs qui me plaisaient bien. Et, en même temps, quand j'étais enfant, moi, j'étais très casse-cou. Et plus j'ai grandi, plus j'ai mûri et plus j'ai mesuré les risques. Comme un vrai cascadeur, finalement. Mais oui, tout ce qui se passe au-dessus m'intéresse. Même en dessous! L'explorateur n'est pas forcément dans le ciel, il est aussi au fond de la terre. Le spéléologue, c'est aussi assez fascinant. Ou bien les plongeurs, tout ça m'a toujours beaucoup plu. Donc je ne sais pas si, véritablement, je suis aérien. Je suis peut-être aussi souterrain. Terrestre. Mais j'aime bien ces idées de prendre des ascenseurs. Pour le quatrième sous-sol ou pour le cent quatorzième étage? Mais c'est vrai que souvent on va moins profond qu'on ne va haut.
Tu parles d'exploration, ta musique elle-même est très exploratrice. Le CD de Cascadeur, tu le mettrais dans quel bac chez un disquaire?
Un bac à sable, ça, c'est sûr! Non, y'a tellement de choses qui m'ont traversé. Pour être compliqué, je dirais que c'est post-moderne. Dans le sens où c'est très lié à une histoire de la musique. J'ai la sensation de ne rien inventer. J'ai visité des terrains musicaux. Et ça m'abreuve. Et j'espère en découvrir plein d'autres. Une catégorie? La variété? Moi, ça ne me dérange pas. Ce n'est pas péjoratif. En tout cas, je ne suis pas un puriste. Je ne suis pas un jazz man. C'est juste plein de maladresses assumées. Et pas une volonté d'apparaître dans un registre. Parce que c'est ce qui me faisait peur dans la musique aussi. Je suis parti du classique et je voulais en sortir. En même temps d'y rester. Et j'ai vu d'autres choses. C'est bien, encore une fois, de s'échapper. Maintenant, c'est un long travail et on est toujours tributaire et redevable à plein de gens. Ce qui est mon cas. J'ai subi plein d'influences et je continue. Parce que c'est vrai que, quand y'a des morceaux qui me plaisent, ils me plaisent beaucoup. Et je me dis: tiens, j'aimerais bien écrire un truc comme ça. Et puis de fois j'essaye. Et je rate lamentablement. Et ça devient autre chose?
Il y a chez toi une fausse pudeur?
Un coquet! Je suis un coquet, madame! C'est un mélange de choses. C'est compliqué parce que c'est comme ma panoplie. Si on s'arrête à ma panoplie, on se dit: oh la la, c'est un poseur, c'es un frimeur! Ça me touche beaucoup quand on me dit ça. J'ai lu, une fois ou deux, des trucs comme: oh la la avec son casque, qu'est-ce qu'il fait? Je peux comprendre. Moi, c'est tout ce qui m'énervait, justement, depuis que j'étais enfant. Les gars qui jouaient aux artistes. C'est un truc qui m'a toujours rebuté. Et, du coup, peut-être que ça me rebute tellement que je suis pire que les mecs qui jouent aux artistes. Moi, je mets un truc qui me charge de plein de choses. Mais y'a peut-être des choses qui me semblent tellement inatteignables? Et c'est ce qui se passe. C'est vrai qu'à aucun moment, j'ai pensé vivre ce que je vis depuis un an et demi. Vraiment. Moi, ma volonté première, c'était juste de pouvoir écrire mes morceaux, de pouvoir continuer à les écrire. Après, tout d'un coup, y'a les rencontres qui font qu'on te propose de changer un petit peu d'échelle. Et la difficulté, c'est de rester et de garder les pieds sur terre. De garder l'identité de son projet. Parce que ce n'est pas un truc, comme ça, je n'ai pas envie de le pervertir. J'ai des idées qui me sont chères et j'ai envie de persévérer. Ça, c'est vraiment des questions importantes. Alors c'est peut-être pour ça que j'ai ce discours qui peut paraître particulier. Par moment, j'avance tout en reculant. Parce que, et c'est peut-être une forme de schizophrénie, c'est Cascadeur qui a l'air d'avancer. Peut-être qu'à mesure qu'il avance, l'autre personne se met un peu plus en retrait.
Tu parles de schizophrénie. Il y a à la fois un côté à fleur de peau, très émotif, dans ta musique et aucune expression sur scène, parce qu'il y a le casque. Tu donnes énormément d'émotion avec ta musique et tu as l'air de n'en ressentir aucune?
J'ai l'air? On me l'a déjà dit. Au début de Cascadeur, je révélais mon visage au milieu du concert. Et ce n'est toujours pas résolu ce truc-là: qu'est-ce qu'il faut faire avec son visage? Et il y a des gens qui m'ont dit: c'est quand même dommage que tu caches ton visage parce que t'es quand même très expressif quand tu chantes? C'est vrai. Et ça, j'y ai pensé. Mais en même temps, c'était aussi la gageure du projet, de se dire: j'ai une armure, mais je veux être un passe-muraille. Je mets en place un système qui pourrait complètement cloisonner ma musique et mes émotions. Et ce système de barrière apparente n'est en fait qu'un tremplin. C'est ce que j'essaye de faire. Parce que ? et je le crois de plus en plus, le casque ne me préserve de rien et la cagoule non plus. Au contraire, je prends tout encore plus fort. Oui, c'est un faux mur. Y'a des ouvertures. Je voulais vraiment créer une sorte de connexion évidente avec les personnes qui sont en face de moi. Et on le voit sur scène! J'entends tout et j'écoute tout. Les gens me disent: tu fais quelque chose de mélancolique, ne parles pas! Reste dans ce truc mélancolique, sois e cascadeur. Je le comprends. Mais, en même temps, en faisant ça, je rejoindrais des zones que je n'aime pas beaucoup. Pour revenir à ce côté: jouer à l'artiste. Moi, j'ai juste besoin d'être cette personne, peut-être un peu complexe, mais malheureusement très naturelle. Donc, quand ma nature prend le dessus, je dégoupille quelque chose qui va faire en sorte que l'on sorte de la mélancolie et que j'essaie de faire rire. Effectivement, parfois, c'est peut-être un peu dramatique. Mais j'aime beaucoup ça. Ça me permet aussi de retomber en pression. Parce que je ressens quand même beaucoup de choses avec cet attirail. Peut-être encore plus. Donc, plutôt qu'un écran, je voudrais que ce soit une source de projections. Et c'est le principe du cinéma. Cet écran blanc qui sert de projections rejoint plein de disciplines. C'est comme quand on écoute un disque. Je suis convaincu que, quand quelqu'un écrit sur un disque, ce n'est pas du disque qu'il parle. C'est de lui écoutant ce disque. Et quand je lis certains articles, je connais peut-être bien mieux le journaliste qui a écrit l'article que le disque qu'il m'a décrit. Dans Cascadeur, il y a aussi cette idée-là.
Pour mieux te connaître, il ne faut pas vraiment aller chercher dans les textes. Car on a l'impression que c'est plus la sonorité que le sens des mots choisis dans tes chansons qui importe?
J'ai un drôle de rapport au texte. Déjà parce que je suis français et que je ne chante pas dans ma langue. Le texte, je le fais toujours à la fin et j'y passe beaucoup de temps. Parce que là, je suis très complexé. Parce que là, je suis très handicapé. Comme tout français, je parle jamais anglais sauf quand je rencontre des anglo-saxons. Finalement, t'es handicapé au départ et peut à peu, ça revient. Mais tu touches à tes limites. Et je trouvais ça intéressant. Parce que, quand j'ai fait des projets en français, c'était un peu précieux, une musique de dandy et des textes de dandy. Mais en anglais, je ne peux pas. Parce que je n'ai pas la finesse d'expression. Mais, en même temps, comme je travaille autour de thématiques enfantines, c'est pas mal. Parce qu'ayant un vocabulaire assez réduit, je fais avec. Et ça me permet d'aller à l'essentiel sans avoir à passer par la sophistication pour démolir et retrouver l'essentiel. Mais après, le texte est vraiment important. Je suis plus dans l'univers du conte et de l'écriture, par moment, automatique, parce que j'associe des choses. Alors que si j'écrivais en français, on serait véritablement dans le sens et dans l'analyse. Là, j'espère ne pas bâcler mes textes. Mais ils sont plus circonscrits dans des limitations.
Quelles sont tes prochaines cascades prévues?
Y'en a pas mal! Mais le problème, c'est qu'elles sont souvent imprévues! Donc, prochaine cascade? On va dire un truc qui m'intrigue un peu. C'est que bientôt, je vais être en Angleterre et je vais faire mon premier concert en Angleterre. Et j'avoue que c'est un drôle de truc. Parce que là, on parlait du problème de la langue. Je vais me retrouver face à des gens qui vont être dans le texte. Là, c'est une cascade! Ma prochaine cascade, c'est donc d'aller chanter à Brighton. Et j'espère que j'en reviendrais!
   
Propos recueillis par Adeline Lajoinie
     
     
     
     
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 Artiste
 Cascadeur


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Cascadeur" 28/06/2011


 Chronique(s) Date publication
 Cascadeur : The Human Octopus 20/09/2011


 News Date publication
 Cascadeur à Solidays 2011 22/03/2011
 Cascadeur en goguette avec la SACEM 09/09/2010


 Aftershow(s) Date publication
 Cascadeur : Francofolies 2010 16/07/2010



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