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Interview de Cassius
Cassius
   
« On a envie de faire la musique comme ça, aussi, maintenant. C'est-à-dire vite. Vite par rapport à avant, au temps qu'on prenait. On arrive à être instinctifs mais avec de l'expérience. »
   
Ca fait 4 ans depuis votre dernier opus, 1 an depuis votre dernier EP et voici The Rawkers…
Philippe « Zdar » : C’était pas un EP, celui d’avant, c’était juste des faces B.
Hubert « Boom Bass » : C’était un vrai maxi !
Alors, entre temps, qu’a fait Cassius ?
Philippe « Zdar » : Très peu dormi.
Hubert « Boom Bass » : Moi beaucoup dormi, en revanche.
Philippe « Zdar » : Mais il a fait beaucoup de morceaux. Moi, pas beaucoup. Des enfants aussi.
Hubert « Boom Bass » : On a fait beaucoup de choses qui ne sont pas les mêmes choses chacun, liées à la musique. Ce qui fait que, dés qu’on se retrouve…
Philippe « Zdar » : … on est toujours aussi aiguisés.
Hubert « Boom Bass » : Aiguisés et complémentaires. C’est assez nouveau dans notre façon de faire. C’est pas calculé, c’est quelque chose qui se fait naturellement. Peut-être par rapport à notre expérience. Là, on a une nouvelle manière de travailler qui est en train de prendre forme.
Philippe « Zdar » : Disons qu’avant, moi, je travaillais beaucoup et Hubert ne faisait absolument rien chez lui et, quand on se retrouvait, il mettait vachement de temps à se mettre d’aplomb.
Hubert « Boom Bass » : Et vice versa.
Philippe « Zdar » : Maintenant, je travaille beaucoup. Et lui aussi ! Mais chez lui. Mais c’est vrai ! C’est une blague mais c’est vrai ! Par rapport à avant, on a un espère de système. Lui, il a jamais arrêté de faire des morceaux pendant tout ce temps où j’ai aidé Phoenix ou Arthur. Et lui, il faisait des morceaux et des morceaux. Et là, quand on s’est retrouvés, déjà, il avait 10 fois plus de morceaux que moi. Parce que, quand on fait producteur de groupe, ça prend vachement de temps. C’est un peu comme DJ. Et, du coup, là, on a une méthode démente où, quand on se retrouve au studio, ça nous permet d’éviter des périodes de très longue ré-acclimatation, de ré-apprendre… Là, le EP, on l’a fait super vite. On s’est retrouvés et c’était génial !
Hubert « Boom Bass » : Et, en plus, on a envie de faire la musique comme ça, aussi, maintenant. C'est-à-dire vite. Vite par rapport à avant, au temps qu’on prenait. On arrive à être instinctifs mais avec de l’expérience. Je sais pas si c’est clair. Mais c’est ça qui est intéressant.
Philippe « Zdar » : On a aussi moins de freins. On fumait beaucoup de joints avant, faut dire la vérité et ça freine.
Hubert « Boom Bass » : Et puis on se questionnaire vachement plus. Là, on est plus décontractés !
Est-ce que, justement, les shows, ça a changé votre façon de faire la musique ?
Philippe « Zdar » : Oui, c’est la clé de tout, ça !
Hubert « Boom Bass » : En tout cas, pour faire la musique qu’on fait, évidemment. Je vais pas conseiller de faire le DJ à un mec qui fait du hard rock.
Philippe « Zdar » : Mais pour toutes les musiques. Moi, je lui conseillerais DJ au mec qui fait du hard rock !
Hubert « Boom Bass » : Mais, dans la musique qu’on fait, ce qui est bien, c’est que c’est un contact direct avec notre public. Parce que, vraiment, y’a un truc qui est sûr, c’est que dans les clubs, les boites de nuit, les générations changent très vite. C’est-à-dire qu’il y a très peu de mecs qui sortent pendant 30 ans d’affilée en boite.
Philippe « Zdar » : Y’en a.
Hubert « Boom Bass » : Y’en a mais ils sont quand même très très peu. Donc, il y a un lien direct avec les générations qui arrivent et on comprend sur quoi ils réagissent, sur quoi ils réagissent pas. Donc, ça nous influence dans la prod, dans la musique. C’est vraiment important. Et c’est aussi un plaisir à faire.
Philippe « Zdar » : Et puis y’a encore d’autres dimensions. Y’a la dimension où on est obligés de se tenir au courant de ce qui se passe tout le temps. On achète des disques, que ce soir dans les magasins ou sur internet, toute la semaine. De toute façon, même, c’est une excitation totale. Donc on se tient tout le temps au courant, par rapport à des producteurs de rock qui auraient arrêté leur culture à un certain moment. Pas obligatoirement, je veux pas être méchant avec eux mais y’avait des mecs, on sentait que leur culture s’était arrêté à Rolling Stones. Et puis, quand les Strokes font de la musique, c’est super mais c’est une musique qui aurait pu être faite en 1960 aussi. Alors que la musique électronique est toujours en mouvement, des fois elle recule, des fois elle avant. Y’a ça et aussi le côté sélecteur, de faire du DJ. On est obligés d’affiner un sens de la soirée, savoir quel disque mettre au bon moment. Et ça, en studio, ça se retrouve. Y’a des morceaux qu’on sait utiliser pour faire un ordre dans un album. Mais même, y’a aussi des morceaux qu’on va jeter alors qu’on les aurait pas jeté avant. A l’époque, on se serait dit : « non, je suis sûr que les gens vont faire l’effort pour aller vers moi. » Alors que, maintenant, on se dit tous les 2 : « non, celui-là, il va pas dans cet album, on le mettra dans le prochain. » Et ça, c’est vachement dû au deejaying.
Hubert « Boom Bass » : Et pareil aussi sur les structures. Même en faisant la musique, au même titre que les concerts. Dans les concerts, avant, on faisait durer des morceaux et on s’est rendu compte que parfois, c’est hyper bien quand c’est long mais c’est peut-être aussi hyper chiant.
Philippe « Zdar » : Ca dépend du soir !
Hubert « Boom Bass » : Y’a plein de choses comme ça. On apprend tout le temps. C’est des phrases cliché mais on passe notre temps à apprendre et à corriger notre savoir. C’est ça qui est vraiment intéressant.
Philippe « Zdar » : Et là, ce qui est vraiment super, c’est qu’on se partage en plusieurs bouts. On apprend, par exemple moi, en faisant de la prod pour certaines personnes. On apprend en allant tous les 2 en boite et on apprend en faisant notre disque de Cassius et en voyant la réaction des gens. C’est tout un machin qui se nourrit et qui fait qu’à la fin, ça donne ça.
Hubert « Boom Bass » : Mais on fait ce qu’on veut. On n’est pas là à se dire, le public, il veut du bleu ou il veut de l’orange. On fait la musique qu’on aime.
Et quand on participe à de gros évènements, comme ce qui s’est passé à Coachella, quand on est DJ, est-ce qu’on s’imprègne de ce que font les autres ?
Philippe « Zdar » : En fait, quand on est DJ, c’est hyper rare qu’on écoute les sets des autres. Non mais c’est vrai ! C’est pas méchant, c’est juste à part. Justement, à Club 75, on est obligés d’écouter les sets des autres. D’ailleurs c’est insupportable. Mais en général, quand on est DJ, si on arrive en show. Par exemple, là, on va jouer à Lisbonne. Je donne un exemple qui est un exemple typique. Alors, c’est très fort donc on a nos boules Quiès. On arrive pas trop trop longtemps avant parce qu’il y a un truc horrible, c’est que, ça dépend des gens mais moi, si je reste 2 heures dans une boite avant de jouer, je m’effondre, je bois, bien évidemment, 3 gin tonic, je suis complètement bourré avant de commencer alors que normalement, il faut être bourrés à la fin. Donc on arrive, ½ heure avant comme ça on peut entendre un peu. Mais le temps qu’on arrive, qu’on marche, finalement, on entend ¼ d’heure du DJ qui est avant nous et on reste ¼ à la fin notre set. A moins que quelqu’un nous dise : « y’a Marcel qui est là-bas ! » Ou un mec qu’on veut vraiment voir. Et là, on arrive comme des fans et on écoute pendant 2 heures en plus. Mais c’est hype rare.
Hubert « Boom Bass » : Moi, je pense qu’on peut être influencé par un DJ qui met la musique qu’on aime. Par exemple, un mec comme Luciano, ça m’a influencé à un moment.
Philippe « Zdar » : L’autre jour, ouais mais parce qu’on est sortis !
Hubert « Boom Bass » : Au départ, j’avais écouté des mixs de lui sur internet et j’ai trippé dessus. Et puis on a eu la chance de le voir à Ibiza et on s’est retrouvés…
Philippe « Zdar » : Mais en sortant ! Pas en jouant ! Là, c’est marrant, c’est vraiment 2 trucs différents.
Hubert « Boom Bass » : Ca m’a changé ! Moi je suis rentré chez moi et j’ai jeté la moitié de mes disques. C’est vrai que ces moments-là sont vraiment importants ! Au même titre que tu vas voir un concert un jour d’un mec que tu aimes bien et tu vas tout changer parce que tu te dis que ça, c’est le futur.
Philippe « Zdar » : Ce que voulais dire par rapport à Coachella c’est qu’en revanche, là-bas, on a vu un maximum de concerts. Et oui, effectivement, ou ça t’imprègne ou tu te dis que t’es contents de faire ce que tu fais ou tu te dis que tu vas vers l’avant alors que d’autres vont vers l’arrière. Y’a des trucs hyper excitants. On a vu LCD Sound System, c’était génial. Le lendemain, on a vu un truc qui était moins bien. Ces grands festivals c’est bien pour ça !
Vous parliez de Club 75. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est quoi ? Une secte…
Philippe « Zdar » : Oui, c’est une secte, une franc-maçonnerie de DJs pour foutre un peu le bordel, avec Justice, Pedro Winter « Busy P », DJ Medhi et nous.
Hubert « Boom Bass » : Alors, là c’est mon point de vue mais je préfère quand on est comme ça tous ensemble en festival. C’est plus une espèce de machine à festival que club. Car comme on est 5-6, y’a…
Philippe « Zdar » : Beaucoup d’attente !
Hubert « Boom Bass » : Oui, déjà, t’attends que l’autre, il ait mis son disque…
Philippe « Zdar » : Non, c’est 2 disques en général. Ou 3. Et toi, t’es là, t’attends ton tour…
Hubert « Boom Bass » : T’attends tous les 10 disques dont t’as quand même une ½ heure d’attente et en attendant tu bois des coups et à la fin, t’es pas frais. C’est une espèce d’énergie qui se passe vraiment comme à Coachella ou Rockness. Moi, je préfère vraiment le faire en festival parce qu’on a la place de se mettre les 5, en Big Brother, on saute en l’air, c’est assez rigolo. C’est 5 cultures. C’est une rencontre. Parce que c’est 5 DJs en même temps et même si on peut aimer la même chose, c’est 5 choix de disques à des moments précis qui sont pas les mêmes. Et quand il se passe une alchimie…
Philippe « Zdar » : Quand c’est bien, c’est bien. Mais quand c’est pas bien, c’est horrible.
Hubert « Boom Bass » : Forcément, à 5, quand c’est pas bien, c’est une catastrophe.
Est-ce qu’il y a un état d’esprit Ed Banger. Quelque chose qui vous lie au niveau de la musique ?
Philippe « Zdar » : Avant qu’on soit chez Ed Banger, parce qu’il y a peu de temps qu’on est chez Ed Banger, on avait déjà un état d’esprit qui est véritablement Ed Banger. Oui, ya un esprit Ed Banger, un esprit de bordel, de dé-starification. Le Club 75, c’est pas pour rien que ça existe. A Ed Banger, je me rappelle, Amandine et Pedro avaient inventé le back stage unstage. Ils ont toujours été 15 personnes dans le DJ Booth, quand la plupart de gros DJs ne rêvent que d’une chose, c’est qu’on clear, qu’il n’y ait que eux et que, quand ils arrivent et qu’ils lèvent les bras au ciel, tout le monde fait ahhh ! Le génie ! Le messie est arrivé ! Et Ed Banger a toujours eu ce truc anti-star. Même si les mecs deviennent des stars. Xavier et Gaspard, quand ils sont dans la rue, c’est des stars. On rentre en boite avec Pedro, les gens ils ne vous voient même pas, ils croient qu’on est les mecs de la sécu. Tout le monde hurle : « Busy P ! Busy P ! » Mais avec un vrai détachement, un petit sens de l’humour, un truc rigolo. Et y’a aussi un amour de la musique qu’on partage.
Hubert « Boom Bass » : Et sans faire de phrases horribles, c’est vrai qu’on partage un amour de la musique.
Philippe « Zdar » : Pas tout le temps les mêmes.
Hubert « Boom Bass » : Non, justement, c’est ça qui est intéressant, c’est qu’on partage pas tout le temps la même chose mais on a tous ce même moteur qui est d’essayer d’aller plus loin. Cette recherche de surprendre musicalement et de progresser. Ca, c’est bien ! Mais je pense que c’est pas lié qu’à Ed Banger. La plupart des gens qui font de la musique font ça. Enfin, la plupart parce qu’il y en a quand même un bon tiers qui ne pense qu’au blé.
Philippe « Zdar » : Mais moins, maintenant, parce qu’il n’y en a plus, de blé. Ils sont partis dans la vidéo !
Pour revenir sur votre musique, on a l’impression que sur The Rawkers, y’a quelque chose de plus instrumental avec des touches dub step plus appuyées. Comment vous voyez l’évolution de votre son ?
Hubert « Boom Bass » : Pour le côté instrumental, c’est sûr que sur les deux albums d’avant, y’avait plus de voix.
Philippe « Zdar » : C’est plus un retour au 1er album.
Hubert « Boom Bass » : Oui, c’est plus un retour au 1er album mais, de 1999 à maintenant, y’a quand même 10-11 ans de travail ensemble et séparément, d’expériences de vie aussi parce que la musique, c’est pas la vie.
Philippe « Zdar » : Et de fantasmes. Parce qu’on rêve de certains trucs, d’achever certains trucs. Moi, Brotherhood ou Shark Simple, c’est des trucs que je rêvais d’achever depuis très longtemps. Je suis trop content qu’on les ait faits. Même I Love You So, on voulait faire un slow ! Alors, certains l’entendent comme du dub-step, pour nous, c’est vraiment un slow-jam. Il se trouve que le dub-step est à la mode et on s’est dit : « béh, tiens ! » Je sais même pas si on l’a fait vraiment exprès.
Hubert « Boom Bass » : En même temps, on en écoute. On passe notre temps à écouter de la musique. On a une culture hip-hop qui est forte. Le dub-step ça nous parle vachement parce qu’il y a un lien avec le hip-hop. Moi, à l’époque de Timbaland, dans ses débuts, je fantasmais qu’ils passent des morceaux à 130. Et aujourd’hui, quelque part, ça a lieu. Alors, c’est un peu immonde le truc insupportable de Will.i.am. Mais par contre, le nouveau titre, où il a repris Dirty Dancing, le couplet, c’est de la danse afro-jack style. Je sais pas comment le définir mais y’a quand même une démarche assez cool. Y’a une ouverture, tout se mélange !
Justement, par rapport à I Love You So, vous avez également lancé une application Iphone…
Hubert « Boom Bass » : Béh, c’est 3 jeunes gars et Pedro qui ont eu cette idée. Nous, on voulait faire un teaser, un petit montage vidéo qu’on voulait faire tourner.
Philippe « Zdar » : Même une vidéo. Mais ils ont dit : « non, non, on va pas faire de vidéo, on n’a pas assez de thunes. »
Hubert « Boom Bass » : Et ils ont dit : « on a une idée, on a trouvé des mecs supers, vous allez voir ! »
Philippe « Zdar » : C’est la démerde, la débrouille aussi. Faut dire les choses. Pedro il a dit : « j’ai 3000 euros pour faire un clip. C’est ridicule de faire un clip. Faisons une appli ! » Et nous on a dit : « banco ! » Nous on suit depuis le début les yeux fermés, chose qu’on n’a jamais faite jusqu’à maintenant. Je vais même t’avouer que l’appli, moi je l’ai que depuis une semaine. Je l’avais vu chez les autres, je trouvais ça chan-mé. Je me suis dit : « oh, c’est marrant, y’a des gens qui vont faire leurs propres clips avec ». Là, j’ai vu quelqu’un qui l’a fait avec un chien, qui a une tête de dingue. C’est marrant. Faut pas que ça bouffe la musique mais c’est super.
Hubert « Boom Bass » : Non, c’était bien, c’est moderne d’avoir cette petite application gratuite. T’as le refrain, tu peux faire ton playback avec les bouches. Ils ont mis 4 bouches, pas plus parce qu’après, ça devenait compliqué.
Philippe « Zdar » : 8.
Hubert « Boom Bass » : Ha ? Je l’ai pas, c’est pour ça ! Non, l’idée est hyper bien. L’idée qui est super coole, c’est surtout que ça puisse se propager, comme ça, que chacun peut faire le con, le mettre devant une affiche, devant son bébé, son grand-père.
Philippe « Zdar » : Moi, je l’ai fait avec mon fils.
Hubert « Boom Bass » : Les gens postent ensuite leurs vidéos sur You Tube, Daily Motion, sur Facebook. Sur la grande pieuvre d’internet.
Pas mal de vos fans trouvent que sur The Rawkers, vous avait encore étonné en n’offrant pas les titres clubs auxquels on aurait pu s’attendre…
Hubert « Boom Bass » : En fait, on a fait ça à chaque disque quasiment.
Philippe « Zdar » : Mais c’est pas fait exprès.
Hubert « Boom Bass » : On n’arrive jamais - et on aimerait bien, parfois, y réussir, à faire 2 fois la même chose.
Philippe « Zdar » : Moi je comprends complètement. Par exemple, c’est comme avec certains écrivains. Moi, y’a Will Self qui est un mec que j’adore. Je lis tous ses livres et je sais que c’est Will Self. Alors qu’ils sont tous complètements différents. Et quand on compare avec – là, je prends le plus grands cinéaste de tous les temps, c’est pas du tout pour nous comparer, mais quand on voit les films de Kubrick, d’Orange Mécanique à Barry Lindon en passant par 2001, c’est complètement différent à chaque fois, la forme comme le fond mais, putain, on se passe un week-end entier à regarde tous les films à la suite, c’est le même mec, c’est évident, ça transpire ! Moi, j’ai toujours aimé ça ! Et je crois que c’est en nous de faire comme ça. Je crois que pour les gens, ils se rendent compte, parce qu’ils ont un peu de recul, que c’est complètement différent de YSTC. Il faudrait être con pour dire non. Moi je suis complètement d’accord avec ça. Mais je nous ressens aussi complètement dedans ! J’entends 3 détails, je me dis : « mais oui, c’est nous ! » Y’a la grosse basse, ça déborde un peu dans tous les sens, c’est pas clean…
Hubert « Boom Bass » : Et puis on n’est pas très productif en quantité. On sort pas un maxi par semaine. Je pense que si on sortait un truc par semaine, y’aurait des trucs qui se ressembleraient. Là, on 3 albums et 2 maxis. Donc à chaque fois, c’est quand même un résultat de tout notre savoir, de notre travail avec 2-3 ans de break.
Philippe « Zdar » : Et des envies, à ce moment-là.
Hubert « Boom Bass » : Et on fait aussi une musique qui est de la famille de l’électronique. Donc on peut se permettre de partir dans plein de directions. C’est plus compliqué un groupe de 4 mecs basse-batterie-guitare-voix, à part harmoniquement, ce sera la qualité de la mélodie et du chanteur qui vont faire la différence. Nous, on compense tout ça par on part à gauche, à droite, en haut. Et on touche à tout tous les 2, du studio aux instruments. On a aussi cette indépendance-là de création.
Philippe « Zdar » : C’est plus simple pour un groupe normal de faire la même chose. Je lisais une interview d’Eddy Van Halen et j’avais pas suivi qu’à l’époque de Van Halen, qui était un groupe que j’adorais quand j’étais petit, quand y’a eu Jump, qui est leur plus gros succès, c’était la scission ! Tout le reste du groupe ne lui a plus parlé. Il le dit dans une interview de 1976. Et le journaliste anglais explique qu’il était invité au Texas. Il arrive dans la loge et personne ne parle à Eddy Van Halen. Il était dans un coin, il avait les mains pleines de sang parce qu’il se tapait les mains contre les murs. Plus personne ne lui adressait la parole. Et il venait dire : « je me suis battu pendant 8 mois pour mettre Jump sur l’album. » Et là, enfin, alors qu’ils venaient d’avoir le plus gros succès de leur carrière, c’était numéro 1 partout dans le monde et là, les autres, comme des faux-culs, sont venus le voir en lui disant : « ouais, t’avais trop raison ! »  Alors que le mec s’était battu des mois pour amener le synthé. Donc effectivement, quand on est un groupe de 4, la seule chose qu’on puisse amener c’est un synthé ou une choriste ou faire comme Talking Heads, agrémenter. Mais après, on se prend des tomates comme Bob Dylan qui arrive avec une guitare électrique et qu’on insulte pendant 2 heures. Donc c’est très compliqué. Alors que pour un groupe d’électronique, c’est d’une facilité déconcertante. Tu te prends juste des tomates, je me rappelle entre les 2 albums, y’a des mecs qui nous disaient : « oh non, on commençait juste à s’habituer à ça ! »
L’album qui pourrait arriver en 2011, vous avez une idée de vers où ça pourrait aller ?
Philippe « Zdar » : Ce sera dans le sillage de The Rawkers
Hubert « Boom Bass » : Je pense pas qu’on puisse partir dans une autre direction. Non, là, on a fait un truc, avec seulement 6 morceaux en plus. C’est un demi-album, quelque part. Je pense qu’on va rester dans cette direction-là.
Philippe « Zdar » : La direction bluesesque en fait. On est plus blues maintenant. A une époque on a été plus funk, je m’en rends compte maintenant. Un peu soul. Là, c’est vraiment blues. On revient à nos racines vers la musique de Detroit.
Ca veut dire quoi The Rawkers ?
Philippe « Zdar » : C’est une blague en fait. En tournée, dans notre bus, Hubert, il nous montrait un film jamaïcain qui s’appelle Rockers. C’est le meilleur film sur la Jamaïque que j’ai vu de ma life ! Le héros, il a une démarche hallucinante. Ce film-là m’a traumatisé dans le bus et un jour, on cherchait un nom…
Hubert « Boom Bass » : Et l’ouverture du film, ils sont enfermés, ils jouent…
Philippe « Zdar » : La zik est démente ! Et comme le mec dit tout le temps « rawkers », on l’a fait phonétiquement !
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 Cassius


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Cassius" 10/01/2011


 News Date publication
 Cassius au Grand palais! 08/10/2011
 Cassius au premier anniversaire du Social Club 06/01/2009



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