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Interview de Cavalera Conspiracy
Cavalera Conspiracy
   
"Quand on va sur scène, c'est la guerre."
   
Pourquoi dix ans après Sépultura, avoir choisi de reformer un groupe ? Qui a eu cette idée de « Cavalera Conspiracy » ?
Max : Ca n’était pas vraiment prévu. Avant toute chose, Igor m’a appelé un jour en Europe après toutes ces années où l’on n’avait pas eu l’occasion d’être beaucoup ensemble. Il voulait qu’on se voie pour réunir nos familles, qu’on voie nos enfants respectifs. Comme un vrai coup de téléphone hallucinant. C’est le meilleur que j’ai eu en dix ans. Et bien avant que cela nous conduise à la musique et à enregistrer un autre album. Igor : Je blaguais avec les gens autour de moi, les amis, notre mère. Je leur disais que c’était un truc de famille d’abord, qui allait nous conduire à la musique. Chose que l’on savait mais que l’on ne voulait pas forcer. Ma femme, un jour, m’a chopé et m’a dit que je devais me réconcilier avec mon frère, que la vie était trop courte… « Ne pense pas à la musique, pense seulement à la famille. ». J’ai vraiment apprécié ce moment, j’ai besoin de ces personnes dans ma vie qui font des choses positives. Elle m’a montré le positif. J’ai été content d’être celui qui a décroché le téléphone pour appeler. Après, faire toutes ces choses, des tournées, des interviews c’est facile, vu qu’on est ensemble. Si ça avait été mon label qui avait téléphoné, en me disant : « Hey ! Max et bon paquet d’argent veulent te voir dans un bureau à New-York », j’aurais dit non. C’est comme le diable qui t’appelle. Mais ça a été l’exact opposé. J’avais un bon feeling. Presque comme une chose spirituelle. Une personne qui m’a touché et qui m’a dit de décrocher ce téléphone. Après on pouvait faire n’importe quoi ensemble, travailler dans une banque ou vendre du pop-corn dans la rue (rires). C’est très puissant que cela se passe ainsi.
Quelle est l’idée derrière Cavalera Conspiracy ?
Igor : On va renverser Bush et prendre le contrôle du monde avec notre conspiration « Heavy » (rires). Notre premier nom était Inflikted, mais beaucoup de groupes l’utilisaient déjà. On a cru bon de le garder pour un titre de chanson et pour le titre de l’album. On ne voulait pas jeter un nom que l’on aimait. Après Max m’a appelé pour ce nom, « Cavalera Conspiracy ». je trouve que c’est un nom cool, car, comme l’a dit Max, j’aime les noms qui ne vous piègent pas dans un genre musical. Cela pourrait être le nom d’un groupe de reggae ou de dub, voire d’un film. Max : Je ne suis un spécialiste pour trouver les noms de groupes, ça a été un moment rare d’inspiration. Par rapport au projet, je crois qu’on essaye d’enlever toute la merde, tout le coté négatif d’être un groupe et de se focaliser sur ce qui est positif. On s’est posé la question de savoir ce qui était cool d’être sur un projet, d’être un groupe. On a essayé d’éliminer tout le reste, c’est donc un nouveau format que l’on n’avait jamais testé. Une nouvelle expérience.
D’où vous est venu le nom de l’album « Inflikted » ?
Max : Cela vient d’un voyage en Indonésie. On a vu un rituel avec des Indonésiens en transe en train de se scarifier et de se planter toutes ces aiguilles dans le corps. Ils ont même cuit un œuf sur la tête d’un gamin avec du feu. C’était une nuit hallucinante, complètement folle, comme dans un film. C’était irréel. Igor : J’ai filmé tout ça. Et on a regardé ça, plus tard, à Hong-Kong. C’était complètement taré. Surréel. Max : C’était l’inspiration du nom « Inflikted ». Je trouvais ça cool. C’est comme pour notre musique, elle vous inflige de la peine, mais on ne sent pas la douleur. C’est comme les piercings, le sang, dès fois c’est si bon, que l’on s’en fout. Comme quand on joue, dans les pogos. Les gamins sont en sang, mais ils s’en foutent. Je me souviens d’un gamin, après un concert, qui avait perdu sa dent dans le pogo. C’était le plus beau jour de sa vie. Les gens le regardaient comme un fou. « Comment peut-il apprécier cela ? ». Ils ont l’état d’esprit « Inflikted ». J’aime bien l’idée d’infliger notre musique.
Etes-vous en colère contre quelque chose ou quelqu’un ?
Max : Bien sûr, qui ne l’est pas ? J’aimerais bien rencontrer quelqu’un qui ne le soit pas, il doit être sous Prozac (rires). Le fait est que nous, nous avons la musique pour décharger notre colère. Les gens non. Igor : Quand on avait onze, douze ans, Max et moi jouions la musique et mobilisions beaucoup d’énergie pour ça. Je parle souvent de ça à nos enfants. A un moment donné, ils seront en révolte contre quelque chose. J’essaie de leur inculquer qu’il faut canaliser ces énergies pour en faire des trucs. Que ce soit du skate, de la peinture. Il faut canaliser tes énergies vers cet objectif et alors tu pourras être une personne cool avec tout le monde et avec toi même. On a appris ça, il y a longtemps, avec Max, sans que personne ne nous le dise.
Votre musique est-elle un acte politique ?
Max : C’est un don, j’ai un don pour écrire des chansons conflictuelles, en colère, mieux que pour écrire des chansons d’amour. J’ai un don alors je l’utilise. J’inspire des gens à côté de moi, mais de manière très positive. A travers le négatif, nous verrons le positif. Ca a l’air très négatif vue de l’extérieur, l’auto-destruction, tous ces thèmes, mais ça ne l’est pas. Nos amis, pour la plupart, sont très calmes, comme nous. Mais quand on va sur scène, c’est la guerre.
Est-ce que vous pensez qu’il est possible de changer les mentalités ?
Max : Pas entièrement. Mais on peut changer un monde personnel ce qui est une chose excellente. Si notre musique peut te rendre meilleur, c’est super. Ca ne change pas le monde, mais ça change les gens dans leurs têtes. Igor : Max fait penser les gens. Il ne pense pas à changer le monde, mais à faire travailler le cerveau des gens, avec ses paroles, la manière dont il chante, dont il place ses mots. Toute ma vie, j’ai vu comment les gens pouvaient réagir à ses chansons. Pour moi, c’est le plus important. Il n’est pas un prêcheur ou un moraliste, il fait faire aux gens leurs propres trucs. Max : C’est tout le contraire de prêcher, car c’est très ouvert. Je ne dis pas ce qu’il faut faire ou comment le faire, mais que tout est foutu ici bas, alors pense à ça, fais toi-même ton jugement et décide de ton chemin. Je ne suis pas comme les politiciens sur CNN qui n’arrêtent pas de mentir. Il y a un autre truc. Je ne parle pas entre les chansons. Parce que je n’ai rien à dire qui ne soit déjà dans les chansons. Même si on me le réclame. Il n’y a pas de speech pour les fans. Je ne veux rien leur dire et ils ne veulent pas entendre. Du coup, on doit jouer quarante chansons au lieu de vingt (rires). Au tout début de notre carrière au Brésil, on entend sur des enregistrements deux trois speeches que j’avais fait et qui ne veulent rien dire (rires). Une espèce d’exorcisme.
Vous avez joué l’exorciste sur une face B, où et quand pourrons nous l’entendre ?
Igor : On cherchait à faire une face B avec des accords différents comme on aime bien l’idée de faire des choses que les gens n’attendent pas, de changer radicalement. A la même époque, je tombe sur les disques de « Little Igor », le fils de Max, qui écoute pas mal de choses que l’on écoutait quand nous étions nous aussi gamins, dont « Possessed », un groupe que l’on adorait. J’ai proposé à Max de faire cette chanson. On a enregistré un premier shot juste avec la batterie et Max au chant. C’était vraiment cool, de bonnes énergies s’en dégageaient. A la fin de la journée, on avait même une version dure du titre avec le chant, la batterie et une guitare. Max : On aurait du sortir celle-ci ! C’était une version Punk Hardcore de « Possessed ». Je crois que le Death Metal et tous ses dérivés sont très punks. Plus maintenant, mais avant, à l’époque de « Possessed ». Ils se foutaient de tout. Dans la mentalité, ils étaient les plus proches de ce que le punk devait être. Pas du pop-punk, ce qu’était devenu le punk à cette époque là. C’est pour ça qu’on les aimait tellement. Possessed, Hell Hammers. On a fait une version différente de « Possessed ». Quand tu fais une reprise ce n’est pas pour faire la même chose. Autrement autant mettre le cd… ! Igor : Je me souviens de discuter avec Max de cette version. Il me demandait s’il devait refaire le chant. J’aimais le côté punk du premier essai, une version courte, sans guitares ou voix doublées. Si on avait été « Possessed », on aurait pu pondre un truc dans ce genre là. Max : Et si on avait été Sépultura, on l’aurait chargé à mort… ! Notre version est plus courte d’au moins une minute. Ce qui aurait pu être moins, sans l’intro que Marc a repiqué en guitare acoustique flamenco sur l’original. C’était l’intro de la BO du film avec les claviers. Tout ensemble, cela fonctionne bien.
Vous avez appelé dans votre groupe un bassiste français, Joe Duplantier du groupe « Gojira », pourquoi ce choix ?
Max : L’idée originale était d’avoir un groupe peu plus international. Je le connaissais un peu. Je n’ai pas trop posé de questions. C’est un peu comme ça : Fais confiance à tes instincts, suis ton cœur et s’il y a quelque chose de cool dans ton âme, peut-être qu’il se passera des choses bien. C’est ce qu’on s’est dit, on va aller jouer avec ce mec-là et on verra ce qui se passera… beaucoup de groupes auraient été effrayé de faire ainsi, mais nous ne sommes pas comme ça. Nous sommes très différents, depuis le départ. Igor : J’étais très content quand Max m’a nommé les personnes qui allaient être impliquées avec nous. Parce qu’il avait cette vision d’un groupe international pour ne pas refaire un groupe brésilien ou américain. Mais de mélanger différentes cultures. Nos influences brésiliennes sont dans notre musique. Comme toutes les influences des gens qui y participent. Nous aimons casser les barrières, et encore une fois, c’est quelque chose dont nous sommes très fiers. En tant que groupe brésilien, on s’est battus pour les groupes qui existent en dehors des Etats-Unis ou d’Angleterre. En France, il y a une naissance de bons groupes comme Justice.
Comment avez-vous vu l’évolution de la scène hardcore depuis vos débuts ?
Max : Je crois que c’est cyclique. Tel mouvement va être plus populaire à tel moment, puis il va baisser et puis revenir après. Le Heavy-Metal ne meure pas. Les autres genres peuvent mourir pour de bon, mais le Heavy-Metal, non, il revient toujours. Mais maintenant, il a essaimé partout. Beaucoup de mecs qui font de l’electro, du dub, aiment le vieux punk, le gros son heavy. Et cela se retrouve dans leur musique, quelque part, dans l’attitude ou dans les paroles. Certains titres dub ont des paroles qui pourraient être des paroles de Heavy-Metal. Maintenant, on mélange beaucoup l’électro avec les gros sons saturés. J’essaie d’ailleurs d’importer ça aussi dans notre musique. La basse hyper saturée, ce genre de trucs…
Quels sont vos groupes actuels préférés ?
Max : J’aime pas mal de groupes français comme Zenzile, Dub Wiser…cela me rappelle la scène underground brésilienne d’où nous venons. Igor : Il y a pas mal de mecs en France qui font de la bonne musique. C’est une très bonne source créative. J’ai vu Justice en Italie et c’était presque comme un concert de rock, avec les Marshalls et les croix. Même si c’est plus dansant. On est vraiment connectés avec la France en ce moment. Autrement « Terroriser », « Napalm Death », Peter Gabriel…et pas mal de groupes brésiliens.
   
Propos recueillis par Torres Roland
     
     
     
     
 Interview(s) Date publication
 Interview de "Cavalera Conspiracy" 07/04/2008


 Chronique(s) Date publication
 Cavalera Conspiracy : Inflikted 03/03/2008


 News Date publication
 Nouveau projet pour Max et Igor Cavalera 20/09/2007
 Eurockéennes 2008, premier nom confirmé 15/02/2008
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