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Interview de Champion
Champion
   
Première question : Champion de quoi ?. En mélangeant habilement la plus pur électro et le rock le plus électrique, nous pouvons tout de suite le classer cet album Champion du grand écart musical. Et si on ajoute que ce fin met vient du Québec, pas de doute voici le champion du monde du grand écart rock québécois... ni plus ni moins...
   
Peux-tu nous définir la nouvelle scène indé montréalaise ?
Champion : La nouvelle scène est extrêmement saine. Elle est en forme, elle bouge bien, autant du côté électro que du côté rock indépendant. C'est sûr que l'électro, on s'aperçoit que, mondialement, il s'essouffle et Montréal n'y échappe pas. Mais il reste qu'il y a beaucoup de bons artistes qui sont venus s'installer pour profiter de l'effervescence de Montréal, d'autant qu'il y a beaucoup de choses qui se passent comme le festival Nuiteck ou au niveau du Nightlive. Du côté rock en général, il y a énormément de gens qui ont travaillé un style qui s'appelle Bande à Part. Il y a un organisme qui s'appelle le Sopref, qui s'occupe de promouvoir les artistes indépendants, de les aider dans leurs démarches de management, de demandes de bourse, au niveau d'un paquet de trucs. Ils sont associés à un distributeur indépendant. Il y a aussi les journaux, « le Nightlive », « Urbania » qui sont gratuits. Tous ces gens-là ont travaillé depuis une bonne dizaine d'années à promouvoir les musiques émergentes et maintenant ça paye, parce qu'il y a beaucoup d'artistes, beaucoup de groupes avec beaucoup de savoir-faire, de manière éclatée, du rock à l'électro. On dit que les Anglais sont prolifiques musicalement, on dit que Montréal est très prolifique, mais je me dis qu'il y a toujours le même nombre d'artistes talentueux partout tout le temps. La grande différence, c'est de savoir si nos aînés nous laissent une place ou s'ils ne nous laissent pas de place. Est-ce que les gens travaillent à promouvoir cette essence là ? Je crois que tout réside là-dedans. Il faut savoir qu'il y a beaucoup de groupes qui ne sont pas bons à Montréal, comme en Angleterre, la même chose aux Etats-Unis. Les groupes phares au Québec sont « Malajoub », qui travaille très fort, les « Breathfeelers », un peu à la manière de TTC, il y a « Onicrob », qui va sortir un nouvel album. Il y a « Acoufen », « Deadbeat », qui sont des artistes bien reconnus. Si on retourne dans le rock, il y a Yann Perrault, « Arquette Fire ». Les « Cow-boys Fringants » sont mi-majors, mi-indépendants, c'est un peu plus gros. Ce n'est pas la même saveur. Pat Watson à découvrir. Les gens se connaissent tous à Montréal. Tous collaborent avec tous.
Quel a été ton parcours musical ?
Champion : Mon père est un mélomane fini, donc à la maison il y avait beaucoup d'instruments de musique. Ils venaient beaucoup de musiciens, donc très jeune je n'ai pas eu le problème de savoir ce que je voulais faire dans la vie. A treize ans, j'ai focusé sur la guitare, ça a duré longtemps. J'ai joué du métal, après du punk, du top 40, de la pop commerciale. A vingt ans je déménage à Montréal et, là, c'est la rencontre avec la musique industrielle. C'était en 1990. Puis tranquillement, l'électro est arrivé. Je travaillais aux « Foufounes électriques », qui est un bar mythique, et je me suis mis à apprécier la techno industrielle. Des groupes comme Ministry flirtait toujours aux frontières de cette musique là. Aux « Foufounes électriques », le dimanche soir, c'était des soirées techno. J'étais guichetier, j'ai rencontré des gens, je me suis fait des copains et je me suis rendu compte que dans cette musique là, il y avait des gens sympas, intéressants qui aiment la musique et qui la font. A l'époque, c'était la fin du grunge. Je n'y croyais plus de voir des poseurs, aussi drogués et perturbés que Kurt Cobain ; c'était quand même des mecs qui étaient en représentation de soi, le côté théâtral du concert rock était très présent. Ça commençait à me gaver, de plus ce côté-là était inexistant dans la musique électronique, à peine une lumière sur le DJ pour qu'il puisse voir ce qu'il fait et c'est tout. Les gens étaient là pour la musique et non pour voir le DJ. Peu à peu, je me suis mis à faire cette musique là.
C'est un album très visuel, quelles sont les images que tu as pu imaginer ?
Champion : J'ai fait de la musique de film et de la musique de publicité. J'ai fait beaucoup de musique pour l'image. C'est important. J'ai l'impression que ça devrait être un passage obligé, pour tout compositeur de faire de la musique de film. Parce que ça aide à ne pas avoir peur de la musique. De ne pas avoir peur du country, même si t'es un artiste de rock. De se servir de la musique, de jouer avec la musique, avec toute la musique. La musique appartient à tout le monde, tout le temps, partout. Ca m'a beaucoup aidé, ouvert dans mon travail de composition. Sur mon premier titre, ça flirte avec le triolet comme dans les musiques de Sergio Leone. C'est un peu la seule image dont je me rappelle qui était claire. C'est avec une mélodie simple qu'on arrive à créer une image. Sinon l'image est trop complexe. J'ai travaillé ces images là, pour faire le play-list de l'album. Il n'y a pas toujours de l'image, mais l'idée est de créer une image.
Tu fais réellement de l'électro joué à la guitare. Comment y es-tu venu ?
Champion : Que ce soit Amon Tobin and the Herbalisers, Gotan Project, ou Saint-Germain, Rhinocérose, ces groupes composent généralement à partir d'une intelligence rock avec des sons électroniques. Moi ce que j'ai fait c'est de reprendre l'intelligence électronique avec des sons rocks. C'est là la différence. J'ai composé un show techno avec des boucles de guitare. Au niveau de la structure des pièces, c'est une structure typiquement techno. Les morceaux peuvent tenir verticalement. Toutes les mélodies d'une pièce peuvent tenir l'une sur l'autre, l'idée c'est de les étaler dans le temps, pour créer une pièce de trois minutes. C'est ce que j'aime faire. Et puis avant d'être des pièces, c'étaient des jams.
Comment ça se passe sur scène ?
Champion : Le but de la manœuvre, c'est de faire danser les gens. Les structures des pièces sont improvisées. Comme la forme musicale est verticale. Comme toutes les boucles de guitare peuvent être jouées en même temps, c'est extrêmement facile. Tout ce que je fais, c'est d'improviser avec mes drums machines. Les guitaristes connaissent leurs boucles, mais ne savent pas quand, ni comment ils vont la jouer. On part de la set-list. C'est à moi de leur indiquer les différents mouvements par un langage de signes. La tape sur la tête, ça veut dire stop, par exemple. C'est inspiré du jazz. En jazz, le signe stop existe. C'est plus des sections. Il y a des appels de sections. En musique classique, ce n'est que des intentions, pas d'improvisation. Pour les besoins de la cause, je suis allé plus loin que le jazz et le classique (rires). Quand je donne des shows en solo, c'est aussi de cette manière là que je travaille. J'ai une table de mixage avec huit canaux, donc huit volumes et huit boucles différentes. Mon travail pour construire la pièce, c'est d'enlever une piste, de la remettre avec une autre, puis une autre et de les enlever tour à tour. Quand est venu le moment de travailler avec les guitaristes, cela semblait évident que j'allais conserver cette manière de fonctionner.
   
Propos recueillis par Frédéric Fahy
     
     
     
     
 Artiste
 Champion


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