Interview de Charlelie Couture |
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Charlelie Couture
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| « Etre un créateur, ça veut souvent dire suivre ce que j'appelle l'hyper caprice, plutôt que de réfléchir. » |
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| Pourquoi tant de temps, cinq ans, entre cet album et le précédent ? |
| Celui-là a mis du temps. J’en ai fait d’autres plus vite. Mais là, j’avais besoin de me retrouver, de faire le bilan. J’avais besoin d’en avoir besoin. A savoir que le disque avait déjà été fait, il y a deux ans, mais je n’aimais pas le son et j’ai tout recommencé ! Y’a cette fameuse crise du disque aussi qui nous fait entendre, à nous, musiciens, pour un oui ou pour un non, qu’on n’est pas désirés ni attendus ni espérés. Tout ça faisait que je me disais que si je sortais quelque chose, autant que ce soit quelque chose qui me fasse plaisir. Et comme je voulais absolument que les gens aient le beau disque, qui est quand même plus sexy qu’un disque « normal », j’ai perdu un peu de temps pour le sortir. Parce que je voulais que le disque retrouve une sorte de dignité. Et je pense d’ailleurs que si, petit à petit, les gens se sont lassés d’acheter des CDs, c’est parce que la proportion de 12 cm sur 12 cm ne correspond pas à l’attente et au plaisir que les gens ont quand ils achètent de la musique. Y’a besoin d’une certaine grandeur, d’une certaine taille ! Et ça a pris du temps, avec le partenariat sur vente privée.com. |
| Fort rêveur, jeu de mots sur « forever », pour montrer le lien avec la vile de New York ? |
| En fait, j’ai cherché pas mal de titres pour cet album. Un temps, d’ailleurs, ça devait s’appeler Zoo Zéro, qui faisait allusion à Ground Zero et au fait qu’il y a pas mal d’animalité dans le disque. Et puis un jour, j’ai trouvé ce titre et c’était tout à fait ça que je voulais dire. A la fois, dans mon cerveau, y’a une partie qui est plus matérielle, sur le construit, quelque chose qui a une valeur, du solide. Et puis y’a une autre partie qui est beaucoup plus abstraite, intuitive. Je n’ai pas cherché à me comprendre, mais maintenant, je me rends compte qu’il y a ces deux choses-là dans le titre. Etre un créateur, ça veut souvent dire suivre ce que j’appelle l’hyper caprice, plutôt que de réfléchir. Si on réfléchit les choses, souvent on ne les fait pas. C’est pour ça que j’ai écrit Les actes gratuits. Je pense qu’aujourd’hui, si quelqu’un arrivait avec le projet de faire la Tour Eiffel, il ne trouverait pas le financement. On lui dirait : « mais ça sert à quoi ? C’est nul ! Comment on va s’y retrouver nous ? Et puis qu'est-ce que les gens vont dire ? » C’est ça les actes gratuits, quelque chose que tu ressens comme une pulsion inexorable et qui te met quelquefois à la renverse. Qui fait qu’après, quand tu fais le bilan de ta vie, tu te dis qu’au moins, tu as fait ça. Et souvent, les choses qui restent, c’est celles que tu ne devais pas faire. |
| Dans Fort rêveur, il y a toujours ce côté onirique. Vos rêves, vous les vivez plutôt en musique ou en peinture ? |
| Moi, je crois aux rêves éveillés. Je ne suis pas un gros dormeur. J’adore ma vie dans toutes ses douleurs. J’aime la conscience de mon inconscience. J’aime considérer que l’inconscience, c’est un endroit où il faut aller puiser, comme on chercher dans une mine. Je suis dans un pays où on s’efforce tout le temps de transformer le rêve en réalité. Souvent quand on arrive à la réalité, ça tue le rêve, ça c’est vrai. |
| Pour parler d’introspection, y’a un morceau qui s’appelle Quelqu’un en moi. C’est qui ? |
| C’est le monstre que j’ai à l’intérieur de moi. Qui se réveille et qui me ferait faire des choses que je ne ferais pas, moi. Heureusement, il se trouve qu’il me défait de ma pudeur naturelle. Je suis beaucoup plus inhibé que lui. Et, comme je suis un artiste et un créateur, tous ces flux intérieurs se transforment par celui que j’appelle « celui-là». Mais je crois que c’est pas seulement une expérience personnelle. Y’a quelqu’un en toi que tu ne connais pas. Chacun a quelqu’un en lui qu’il n’a pas toujours la possibilité d’assumer parce qu’il croit qu’on attend de lui une certaine attitude. Et moi, New York m’a donné l’autorité d’assumer ce personnage. J’avais lu un livre sur les témoignages d’assassins en série e j’avais été vraiment surpris par le décalage entre ce que disaient des proches, qui les connaissaient et les horreurs absolues qu’ils étaient capables de connaître. Et je me suis dit qu’en fait, c’est presque la même chose sauf que, pour moi, heureusement, ça se transforme en acte d’expression. Ou comme chez les grands sportifs, genre Nadal et Federer, je suis sûr que dans la vie, on les croise, c’est des gens tout gentils. J’avais lu ce truc sr Michel Serrault aussi. C’était un petit bonhomme qui n’avait l’air d rien et il devenait complètement ouf quand il jouait. C’est le propre de tous les champions d’assumer un personnage qui, tout d’un coup, les sublime. C’est-ce qu’évoque e titre. Chacune de mes chansons est une métaphore, depuis le début. J’ai toujours écrit des chansons comme étant des prétextes à débat. Et les gens qui se sont arrêtés à l’expression seulement épidermique des images que je m’efforce de mettre en musique se sont fourrés le doigt dans l’œil jusqu’au surréalisme. |
| Sur cet album, il y a un vrai bestiaire dans quelques chansons. Pourquoi ? |
| C’est pour ça que je disais, tout à l’heure, qu’au départ, je me suis dit : pourquoi ne pas faire un disque dans lequel on rencontre plus l’animalité que l’homme dans son côté mammifère bipède, à la position verticale, éventuellement doué de raison. Il reste de cette envie première ces chansons-là. Mais je me suis dit que c’était un peu réducteur et que je pouvais toucher d’autres sujets. Mais il reste effectivement ces animaux. Particulièrement, j’avais été très ému par une vidéo sur internet qui était celle d’un éléphant qui tenait un pinceau et qui faisait une peinture qui représentait un éléphant. Y’a pas de trucage. A côté, y’a un autre éléphant, mais celui-là, je trouve que c’est complètement nul, ce qu’il fait. Le fait de cet éléphant représente un éléphant, c’est, pour moi, un truc incroyable. Ça veut dire la conscience de soi pour ce qu’on est. Et c’était très émouvant… Pour ce qui est des mammifères, je suis certain qu’ils ont cette conscience d’eux-mêmes au même titre que nous l’avons. C’est toutes ces réflexions qui m’ont fait choisir ce bestiaire qui est, je ne le cache pas, dans la lignée de Daumier, Crumb ou La Fontaine. |
| Et comme ces auteurs-là, parler des animaux, ça vous permet de parler de problèmes très humains. Comme les Ours blancs pour l’écologie… |
| Oui. C’est dire que ce qu’on fait aux ours en les abandonnant, on se le fait à soi-même. Quand j’ai entendu Poutine dire qu’il était très heureux de savoir que le pôle Nord allait disparaître, je me suis dit que ce n’était vraiment pas possible ! |
| Il y a un autre personnage très présent, c’est la ville de New York, avec ce Phénix de neuf minutes… |
| Tous mes disques ont toujours été des programmes, depuis le début. En tant que concept album, j’aimais beaucoup le double blanc des Beatles parce qu’on rentrait dans différents univers. J’ai toujours essayé de concevoir les albums comme si les différents personnages qu’il y a à l’intérieur se révélaient. Sauf que moi, dans mon sens de producteur, j’avais un peu tendance à souligner les effets : le mec en colère était vachement en colère, le mec gentil était vachement gentil. Et du coup, ça a peut-être créé un hiatus et un malentendu avec les gens qui ont écouté mes albums. Les uns trouvant que j’étais trop mièvre dans mes chansons un peu douces et les autres me trouvant un peu trop agressif dans les chansons plus dures. Et, au lieu de faire une sorte d’unité, de rassemblement de tout ça, ça a fait que les gens se sont séparés petit à petit, ils zappaient. Sur celui-là, Sean Flora, le producteur, a trouvé la même unité que Michael Zilkha avait trouvé sur Poèmes rock, en reliant ces différents styles et en trouvant une sorte de son cohérent qui fait que celui qui va aimer le premier titre va aimer le dernier. Ce qui n’était pas vrai sur tous les disques que j’ai faits. Sur celui-là, les gens retrouvent quelque chose qui doit faire partie de mon ADN puisque cet autre producteur américain a finalement sorti de moi des choses semblables à ce qu’avait fait sortir de moi Zilkha en 1981. |
| On a toujours des poèmes rock, mais aussi beaucoup de blues, du cajun. Ça vient d’où, ce côté New Orleans ? |
| Je ne sais pas d’où ça vient. Le blues fait partie de ma vie depuis toujours. Les premiers morceaux que j’ai joués sur ma guitare, c’était des blues urbains qui résonnaient dans la cage d’escalier. J’adorais ça, jouer dans la cage d’escalier parce que tu as au moins quatre à cinq secondes de pérennité de son. Surtout, le blues, c’est pas seulement un enchaînement d’accords. Le blues, c’est une question. Quand on parle du blues, c’est comme le flamenco, le vague à l’âme, une sorte de questionnement : putain, bordel, merde, qu’est-ce que je fais là ? Ne sachant pas à qui on s’adresse, on se tourne vers l’au-delà et on lui demande : pourquoi tu m’as mis dans ce merdier ? Pourquoi ça m’arrive à moi ? Pourquoi j’ai plus de boulot ? Pourquoi je n’ai plus rien à manger ? Pourquoi elle est partie ? C’est ça, le blues ! Et t’as jamais la réponse. En tant que questionnement existentiel, c’est en latence. Mais, deuxième étape, y’a le rock. Qui est l’amplification de questionnements personnels à une question de masse, de groupe. C’est une espèce de déclinaison de l’interrogation, qui devient non plus une interrogation personnelle, mais une interrogation qui va se poser ensemble de sociétés. |
| Il y aussi des questionnements qui viennent de l’extérieur, comme sur Légère. C’est une histoire vraie ? |
| Oui, c’est vrai. La relation que j’ai établie avec le public est une relation de personne à personne, d’intelligence et de respect, plutôt que de considérer qu’un bon concert, c’est un concert qui se termine par des cris de jeunes filles hystériques. Quand je rencontre des gens qui s’intéressent à ma musique, c’est effectivement des gens avec lesquels je pourrais être copain. Et dans le même ordre d’idées, il arrive que des gens qui sont perdus m’écrivent. Pour me dire qu’ils ne savent pas où ils en sont. Je lis des choses terribles des fois. C’est lié à des angoisses, le temps qui passe, le boulot, la famille. Et là, un jour, effectivement, j’ai reçu une lettre d’une femme qui était complètement désespérée parce qu’elle voyait, comme je le raconte, à côté d’elle, celle qu’elle aimait, sa jeune fille, qui refusait de se nourrir. Et elle ne savait pas quoi faire. Moi je me suis dit : mais qu’est-ce que je peux faire ? Je peux juste raconter que je ne sais pas plus qu’elle quoi faire. Je ne la juge pas, ni la mère ni la fille. Associé à une expérience personnelle qui m’est très proche, je me suis dit que cette chanson, toute délicate qu’elle soit, méritait d’avoir sa place sur le disque. Comme j’avais fait une chanson sr la disparition d’Estelle Mouzin, en tant qu’être humain. |
| Juste pour revenir sur Les ours blancs. Pour vous, l’écologie, c’est un des grands combats d’aujourd’hui ? |
| Non. Ce n’est pas un combat. C’est justement ce que je dis dans cette chanson. Aujourd’hui, l’écologie, c’est trop vrai pour être laissé aux hommes politiques. C’est plus un argument politique. Aujourd’hui, il s’agit d’apprendre aux humains le contexte, de les informer dans quel biotope, dans quel décor ils existent. Les gens ne se rendent même pas compte que tous les sacs plastiques qu’on leur distribue chaque jour, on ne sait pas où les mettre, comment les détruire. C’est comme les pneus de bagnole ! Les gens croient qu’il faut produire des OGM pour nourrir la planète. Mais, actuellement, dans une planète qui fait six milliards d’individus, on produit de quoi nourrir quinze à dix-huit milliards d’individus. Le problème ne vient pas d’un manque de production, mais d’un manque de répartition. Aujourd’hui, l’écologie devrait être enseignée. Ça devrait être une science qu’on apprend aux gens. Je crois qu’il y a une économie de l’écologie qui peut générer de l’argent. |
| Dans 58th Street, vous dites que New York, c’est le bruit de votre vie. Ce sont les bruits de New York qui vous inspirent ? |
| Quand je reviens à Paris, parce que j’ai gardé un pied à terre ici [NDLR : il se met à chuchoter], on n’entend rien, je ne sais jamais s’il est tôt ou s’il est tard. Sauf quand les voisins, ils écoutent de la musique à deux heures du matin. Mais je n’entends pas quand la ville marche ou ne marche pas. A New York, les seuls moments où y’a eu un peu de calme, c’est au lendemain de grosses nuits de neige. Mais sinon, cette espèce de capharnaüm, de bruits industriels, c’est super excitant. Alors, oui, d’accord, on a toujours l’âme en alerte, un mélange de cris, de fréquences graves, de vrombissements, hurlements de pneus comme de gens… Cette vie, c’est particulier à cette ville et quand on y a goûté, ça vous porte. Oui, c’est le bruit de ma vie ! |
| Quand on parle de vous, on fait parfois référence à Bashung ou Tom Waits. C’est une fratrie qui vous parle ? |
| Tom Waits, oui sûrement. Bashung, j’aimais beaucoup. Mais lui n’était pas auteur, il était musicien. Et on a essayé d’écrire ensemble. Mais je pense que lui-même serait aussi surpris que moi. Ceci dit, j’apprécie beaucoup et de tous les musiciens français, c’était le seul dont j’achetais les disques d’une manière systématique, chaque fois qu’ils sortaient. Je regardais à chaque fois où il allait. Des fois, je me sentais en avance sur lui, d’autres fois, c’était lui. Il était plus populaire que moi. Moi, je ne suis pas un chanteur populaire. Mais je ne venais pas de la variété. Lui, oui. Et puis moi, mes expériences de plasticien et le temps que je passe dans mes hibernations, dans ma solitude d’artiste visuel, font que j’ai un autre rapport avec le monde. Mais c’est un peu comme si tu disais à Léo Ferré : y’a du Brassens en vous ! Oui, peut-être. Je ne sais pas. Quant à Tom Waits, je vois plus la filiation avec Arthur H qu’avec moi aujourd’hui. Moi, si je dois montrer mes cartes, y’a 25 influences sous-jacentes, dont Beck, Eels, les Black Keys, Bob Dylan, Lou Reed… Mais aujourd’hui, j’ai 55 ans, une vingtaine d’albums, les gens peuvent savoir qui je suis sans faire référence à Bashung, Higelin, Lavilliers… |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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| Concerts billetterie |
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CHARLELIE COUTURE
Le 2012-03-30 21:00:00
L'ATELIER A SPECTACLE - VERNOUILLET De 27,00€ à 27,00€
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CHARLELIE
Le 2012-04-06 20:30:00
LE QUATTRO - GAP De 27,00€ à 32,00€
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CHARLELIE COUTURE
Le 2012-04-14 21:00:00
TH. DE L'ARCHIPEL - EL MEDIATOR - PERPIGNAN De 21,80€ à 21,80€
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CHARLELIE COUTURE
Le 2012-04-12 20:30:00
LE BIKINI - RAMONVILLE ST AGNE De 29,00€ à 29,00€
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CHARLELIE COUTURE
Le 2012-03-17 20:30:00
La Grange de la Tremblaye - BOIS D ARCY De 29,70€ à 29,70€
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SANSEVERINO ET SES INVITES +
Le 2012-03-31 20:00:00
SALLE DE SPECTACLES - GAILLAC De 28,00€ à 28,00€
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FEST.LES PTITS BOUCHONS - FORFAIT
Le 2012-04-01 23:59:00
SALLE DE SPECTACLES - GAILLAC De 85,00€ à 85,00€
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