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Interview de Deftones
Deftones
   
"Cette fois, nous étions enfin tous ensemble sur la même longueur d'onde."
   
Tout d’abord, pouvez-vous nous donner quelques nouvelles de Chi Cheng ?
Stephen Carpenter (guitare) : Il faut aller voir sur oneloveforchi.com pour avoir les dernières news sur son état de santé.
Frank Delgado (DJ, claviers) : C’est vrai, c’est sa famille qui tient le site et donne des infos, vous pouvez aussi les soutenir avec des dons. D’après ce que nous savons, il est à la maison désormais, il n’est plus à l’hôpital. Il est plus ou moins dans le même état de santé, mais Chi est sur le chemin de la guérison, ça prendra le temps qu’il faudra…
Vous avez initialement commencé à travailler sur un album appelé “Eros”, mais finalement c’est “Diamond Eyes” qui sort. Ce choix, c’était vis à vis de Chi ?
Stephen : Mon ami Chi a eu cet accident de voiture et je ne voyais pas comment finir “Eros” en son absence, lui qui fait partie intégrante de ce disque.
Frank : Ça s’est fait comme ça. On aurait certainement pu finir l’album et le sortir, mais ça ne marche pas comme ça. Alors on a invité Sergio (Vega, le bassiste remplaçant de Chi pendant sa convalescence, Ndlr) et ça nous amenés à “Diamond Eyes”, c’était très spontané, rapide et… lointain. C’est simplement arrivé, sans qu’on s’y attende. On est très excités concernant cette nouvelle sortie.
J’ai lu que “Diamond Eyes” est le premier album depuis “White Pony” à avoir été entièrement composé avant d’entrer en studio. D’après vous, est-ce que ça pourrait expliquer l’urgence qui se dégage des morceaux ?
Stephen : Oui, une grande partie était terminée, même si les titres ont également évolué en studio. On a travaillé longuement sur les morceaux, en jammant tous ensemble sur plusieurs mois… Il y a avait une bonne ambiance, tous réunis à travailler constamment sur ces chansons et à les modeler. C’était différent des fois précédentes où nous étions tous en studio, mais en fait chacun était dispersé un peu par ici et un peu par là. Cette fois, nous étions enfin tous ensemble sur la même longueur d’onde.
Comment s’est déroulé le travail avec Nick Raskulinecz, un nouveau producteur après la longue collaboration avec Terry Date et la parenthèse Bob Ezrin ?
Stephen : C’était génial, je retravaillerais bien volontiers avec Nick !
Frank : Oui, moi aussi.
Stephen : Il a réussi à rendre le processus de création d’un album vraiment très fun, maintenant constamment l’excitation, même lorsque nous étions au plus bas. On a passé un très bon moment.
Le travail sur le son est fantastique, je pense notamment à ce mur de guitare qui vous saute aux oreilles dès le titre d’ouverture...
Stephen : Nick déchire.
Frank : Ouais !
Stephen : Je n’ai pas écouté la totalité des disques qu’il a produits, mais de ceux que je connais, je peux dire que je les aime tous ! Il a emmené le groupe ailleurs, c’est certain.
Quels sont les albums qu’il a produits que vous appréciez ?
Stephen : Le dernier album d’Alice In Chains, il sonne bien. Le dernier Death Angel aussi, il est terrible.
Le travail sur le son de guitare était-il collaboratif avec Nick ?
Stephen : C’est un sacré ingé son, il a pris mon petit son et en a fait un monstre.
Frank : Petit son !
Tu as enregistré sur une 8 cordes, c’est ça ?
Stephen : C’est le premier album que j’enregistre avec une 8 cordes, mais j’en ai une depuis 2007. Je l’ai achetée au moment de bosser sur “Eros”, et donc aussi sur ce nouvel album. Je pense qu’on l’entend surtout sur “Diamond Eyes”, ce son de la 8e corde qui est très particulier, j’étais à fond dedans et c’est ce que j’ai cherché à travailler. C’était fun. Meshuggah est un groupe que j’adore, ils utilisent une 8 cordes depuis un moment déjà. Lorsque je jouais sur une 6 cordes, tout le monde était déjà depuis longtemps sur des 7 cordes et ça sonnait d’enfer. J’ai fini par m’y mettre aussi, c’était il y a 10 ans, au moment de “White Pony”. Aujourd’hui, je me suis dit que je maitrisais assez la 7 cordes et que je pouvais peut-être enfin saisir l’opportunité de passer sur une 8. Tout le monde ne s’y est pas encore mis, alors cette fois je commence en même temps que les autres.
6 cordes, puis 7 et maintenant 8, où cela va-t-il s’arrêter ?
Stephen : Tu sais, je dirais que je vais m’arrêter à 8 cordes, mais je commence à entendre parler de quelques types qui commencent à jouer sur des 9 cordes… Alors qui sait ? Il n’y a pas de limites, en tant que musicien, j’ai par le passé utilisé un accordage différent par album. J’en ai assez des accordages, je veux simplement utiliser le matos et les guitares que je ramène en tournée.
Parlez-moi de Sergio Vega, était-il partie intégrante du processus créatif ?
Stephen : Absolument !
Frank : Depuis le début, oui, il a écrit avec nous.
Stephen : Nous étions 6 membres du groupe à travailler sur cet album, dont Nick. De la première à la dernière chanson, chacun de nous était impliqué.
Frank : On m’a souvent demandé si certaines chansons ou idées utilisées ici venaient des sessions de “Eros”. Mais non, rien du tout. Tout a été construit en une fois. On a écrit “Royal” lors d’un jam, le jour où Sergio est venu pour la première fois. On s’y est remis la semaine suivante et rien n’a été utilisé de “Eros”.
À l’époque de “Saturday Night Wrist”, je crois qu’il y avait eu des conflits entre toi Stephen et Chino...
Stephen : Non, c’était entre nous tous et Chino.
Ok. Justement, comment étaient vos relations, entre vous tous, pendant l’enregistrement de “Diamond Eyes” ?
Stephen : Que ce soit durant ce nouvel album ou “Eros”, c’était formidable. Une fois “Saturday Night Wrist” terminé, nous nous sommes tous enfin retrouvés. Et depuis 2005, tout se passe à merveille.
Frank : Après la tournée “Saturday Night Wrist”, nous sommes tous rentrés chez nous et y sommes restés pendant un mois. Puis, nous nous sommes retrouvés en répèt’, on a reconstruit un studio et enregistré. Il y avait plein de bons moments, on faisait des choses ordinaires. Raconter des conneries, être créatifs, prendre des risques, jouer au poker, des amis qui prennent du bon temps si tu vois ce que je veux dire.
Ce que je comprends, c’est que le travail était collaboratif. C’est ce qui pourrait expliquer, d’après vous, le sentiment d’alchimie qui se dégage du disque et qui était absent sur les albums précédents ?
Stephen : Je ne pense pas, je crois qu’on peut entendre de chacun de nous sur tous les albums de Deftones, et ils sonnent tous bien. On a tous travaillé sur chacun d’eux sans lassitude et avec le même niveau d’excitation. J’aime chacun de nos albums et toutes les chansons qui ont été publiées.
Frank : Moi aussi. C’est juste qu’il y a différentes choses qui arrivent à différents moments de la vie de certaines personnes, et ça se ressent forcément à travers la musique. Je veux dire, comment se sent chacun de nous et nos relations… c’est quelque chose qui influence le son d’un album. Mais faire cet album, c’est quelque chose que nous n’avions jamais vécu. C’est arrivé sans prévenir.
Stephen : Tu ne peux pas savoir comment va sonner un album avant de l’avoir terminé.
Il y a plein d’émotions différentes sur le disque, de la mélodie et de la mélancolie mais aussi de l’agressivité et de la violence. Comment définiriez-vous tous ces états d’esprits ?
Frank : Ce serait une question pour Chino. Il exploite toujours le même type d’imagerie, j’ai toujours respecté la manière dont il peignait ses images sonores, c’est ce qu’il fait littéralement, il dessine des peintures. Ce n’est pas une approche très simple, mais il a toujours procédé comme ça. L’imagerie violente et tout ça, c’est une question pour lui. Comment ça sort ? Peut-être s’agit-il de paroles, ou la façon dont il se sentait à ce moment-là. Qui peut savoir à part Chino ?
Stephen : Après l’avoir vu travailler, ce que je peux dire c’est que quoi qu’il fasse, au bout du compte, c’est un artiste. Il peint littéralement ses paroles avec des couleurs, ce n’est pas vraiment le sens des paroles qui le guident, mais ce qu’il aime à ce moment-là, ce qu’il veut faire et ce qu’il ressent. C’est comme ça qu’il crée. Il s’ennuie très facilement, il a besoin de maintenir l’excitation.
La musique peut aussi être vue comme une peinture, il y a de nombreux arrangements qui donnent certaines couleurs aux chansons je trouve. Écoutez-vous de longues pièces instrumentales, je pense notamment au post-rock ?
Frank : Nous sommes fans de toutes les musiques, je pense que le seul point commun se trouve au niveau du groove. J’aime quand il y a un certain sens du rythme, ça doit pulser comme les riffs de Stephen. Mais ça peut aussi être dansant, dans le bon sens du terme, que ça funk ou que ça groove. C’est la même chose pour Sergio et Abe. Abe est très funky d’ailleurs… Je pense que tout ça vient de nos influences hip-hop. C’est une grosse influence, elle est présente, même si ce n’est pas parce que nous aimons le hip-hop que nous devons rapper. On a surtout piqué le rythme.
Stephen : C’est faux, je pratique mon rap !
Frank : Sérieusement, je pense que de nombreuses chansons de Deftones ont cette influence groovy, ça peut même être sexy. Je crois aussi que même les titres les plus hardcore peuvent avoir un côté dansant.
Parfois la superposition des guitares et des claviers donne un petit côté metal-indus, sur “You’ve Seen The Butcher” notamment...
Stephen : Ah, c’est cool !
Frank : J’aime la musique industrielle depuis que je suis môme. Je ne suis pas un fan hardcore, mais je m’y suis intéressé lorsque je bossais dans un magasin de disques étant gosse. Lorsque tu travailles chez un disquaire, tu finis par découvrir tous les styles de musique, il y avait un rayon goth/indus et on avait le droit de passer les disques qu’on voulait. Ça m’a mené à découvrir plein de choses : Front 242, Meat Beat Manifesto, Skinny Puppy…
Stephen, tu es impliqué dans un groupe appelé KUSH. Tu peux nous en dire plus ?
Stephen : C’est un groupe metal, avec B-Real de Cypress Hill. Mon approche avec ce groupe n’est pas différente de celle que j’ai avec Deftones. J’essaie simplement d’écrire des chansons groovy en m’amusant. Voilà comment ça sonne, on retrouve un certain esprit même si Chino et B-Real sont des chanteurs différents.
Quand l’album va-t-il sortir ?
Stephen : Oh, tu sais c’est difficile à dire, ça dure depuis des années. Les trois personnes impliquées sont sur trois labels différents et les conflits d’intérêts sont l’unique raison pour laquelle l’album n’est pas encore sorti. Aucun label ne veut laisser son artiste partir chez quelqu’un d’autre. Un jour, on fera tout ça nous-mêmes, d’ailleurs on avait mis quelques chansons sur MySpace il y a quelques années, c’était fun. C’est aussi un problème d’agenda entre Deftones, Fear Factory et Cypress Hill. Mais j’ai surtout passé les cinq dernières années à jouer au golf !
   
Propos recueillis par Thomas Mafrouche
     
     
     
     
 Artiste
 Deftones


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Deftones" 28/05/2010


 Chronique(s) Date publication
 Deftones : Diamond eyes 12/05/2010


 News Date publication
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 Aftershow(s) Date publication
 Deftones : Hellfest 2010, Vendredi 18 juin 2010 22/06/2010
 Deftones : Paris, La Boule Noire - 10 mai 2010 11/05/2010



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