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Interview de Diamond Head
Diamond Head
   
“Dans un sens Metallica a permis à Diamond Head de continuer sa carrière, un peu comme avec un appareil d'assistance respiratoire.”
   
Sauf erreur, vous êtes le groupe le plus ancien du festival, non ?
Brian Tatler : Ancien ? (Rires) Je ne connais pas ce mot, désolé ! Non, je vois ce que tu veux dire. Nous avons commencé en 1976, bien avant la plupart des groupes qui sont à l'affiche ici, il me semble !
C'était une époque où le heavy metal était presque mort en Angleterre, même si quelques groupes, dont vous faisiez partie allaient le relancer?
Brian Tatler : Il y avait Judas Priest et l'album Sad Wings Of Destiny. Je crois que c'était en 1976? Mais, à cette époque, on ne parlait pas de metal. On appelait ça heavy rock avec Deep Purple, Black Sabbath ou Led Zeppelin. Et ensuite AC/DC, Thin Lizzy, UFO, Rush, Judas Priest?Nous écoutions toutes sortes de groupes. Pour ma part, j'ai grandi en écoutant les disques de mon grand frère, le Beatles et Genesis ou autre? Je crois que le punk rock a été également une grande influence. Il a explosé fin 1976, début 1977. J'avais déjà commencé à jouer de la guitare et j'ai fondé Diamond Head en 1976. Mais au lieu d'essayer de devenir aussi bon que Titchie Blackmore, ce qui m'aurait pris une éternité, j'ai vu Steve Jones jouer ?Pretty Vacant? ou ?Arnarchy In The UK? à la TV, je me suis alors demandé : " Pourquoi pas moi ? Ils n'étaient pas des dieux de la guitare. Ces types passent à la télé ! Ils ont signé avec EMI ! Nous aussi nous devrions juste monter sur scène et nous y mettre ! " C'était comme un coup de pied au cul. Dans le punk rock on faisait tout soi-même. Il fallait faire quelque chose : trouver un concert, faire une maquette, se montrer dans les magazines, peu importe, on devait nous entendre. Nous avions adopté l'attitude. Mais le but était d'obtenir un contrat d'enregistrement. C'était notre quête du Graal. Même si, au final, nous n'avons pas attendu et nous avons réalisé l'album. Nous avions un manager pour nous aider à tout financer. Nous n'étions que des gamins de dix-sept, dix-huit ou dix-neuf ans. Certains avaient un travail à côté. Il était tout de même difficile de réaliser un disque par soi-même dans les années 1970 en Angleterre. Mais on y est arrivé?
Puis vous avez été dans la vague des groupes de la NWOBHM (new wave of british heavy metal) avec Iron Maiden ou Saxon, qui ne faisaient pas exactement le même genre musique mais qui appartenaient plus ou moins à la même famille?
Brian Tatler : J'ai toujours trouvé qu'ils sonnaient tous différemment. Saxon était très différent de Angel Witch qui n'avait rien à voir avec Iron Maiden ou Diamond Head? Nous avions chacun notre style, mais nous avons tous contribué à ce qu'on a appelé le heavy metal, vers 1978. Nous ne réalisions pas qu'il existait autant de groupe de la même trempe jusqu' à ce que les journalistes de l'hebdomadaire Sounds, Geoff Barton et Alan Lewis, le rédacteur en chef, nous réunissent sous le nom de ?nouvelle vague du heavy metal britannique?. Iron Maiden et Samson faisaient alors la une des magazines. On s'est dit qu'il se passait quelque chose. Il y avait eu le punk rock qui avait complètement changé l'industrie musicale, surtout en Grande-Bretagne. J'ai pensé qu'on allait faire partie de ce nouveau mouvement, parce que nous étions heavy et nous jouions assez vite. Nous avons ouvert pour Iron Maiden, au Lyceum. La presse a commencé à s'intéresser à nous, même si nous étions loin de Londres. Nous avons eu une bonne chronique d'un concert à Leeds, qui est à des kilomètres de la capitale. Les maisons de disques ont commencé à chercher des groupes grâce à Sounds. Def Leppard a été signé, Iron Maiden aussi, puis Girlschool. On s'est dit qu'on allait être signés aussi. Après tout, on existait depuis trois ou quatre ans à ce stade. Cela a pris du temps, mais on a fini par obtenir un contrat.
Et lorsque votre carrière a été lancée, vous avez rencontré ce petit gamin, un fan bien particulier (Lars Ulrich, futur batteur de Metallica)?
Brian Tatler : Lars était déjà là même avant notre signature avec une maison de disques. Lars avait vu une annonce dans un magazine accompagné d'un coupon de commande pour notre premier album vendu 3.50£ par correspondance. Lars était à fond dans la NWOBHM et, comme il vivait à Los Angeles, il était abonné au magazine. Je pense qu'il a probablement écouté un de nos titres, ?It's Electric?, sur une compilation produit par la MCA, Brute Force. Il a commandé l'album et l'a adoré. Et il nous a écrit à l'adresse où il l'avait commandé pour nous faire des compliments. Nous avions un fan aux Etats-Unis ! Pour nous c'était énorme. En 1981, Lars est venu en Grande-Bretagne, pour voir Diamond Head en concert. Il est venu tout droit de l'aéroport et s'est présenté : ?Je suis Lars, je suis venu uniquement pour vous voir?? Je me souviens lui avoir demandé : ?Tu as quelque part où dormir ?? Et il a répondu qu'il arrivait directement et qu'il ne savait pas où aller. Je lui ai dit : ?Tu n'auras qu'à venir chez moi.? Je crois qu'il était ravi de traîner avec le groupe. Il était avec Diamond Head, son groupe préféré. En moins de dix minutes il est devenu un de nos potes, nous suivant partout. Il était toujours à l'arrière de la voiture, tout excité avec son accent mi danois, mi américain. Il est resté chez moi pendant une semaine puis chez Sean (Harris, chant, ndr) pendant un bon mois. Il dormait sur son canapé et dévalisait mon frigo au milieu de la nuit. Il nous a suivi sur deux ou trois dates. Il était aussi très fan de Motörhead et, un jour, il m'a dit : " Allons voir Motörhead au terrain de football de l'équipe de Port Vale (à Stoke ?on-Trent, ndr) ?. Ce devait être en juillet ou août 1981. Nous avons pris le train et Lars m'a dit qu'il connaissait Lemmy. Arrivés sur place, il est allé le voir et il est revenu avec des passes backstage gratuits. On a pu voir aussi Ozzy Osbourne, avec le Blizzard Of Ozz. J'ai vu jouer randy Rhoads et c'était formidable ! Ensuite il y a eu Motörhead? C'était toujours agréable de passer du temps avec Lars. Il n'était pas encore célèbre à l'époque, ce n'était qu'un fan, mais il était si passionné. On pouvait déjà deviner qu'il allait réussir. Il avait une telle énergie. Quand j'étais fatigué et que j'allais me coucher, il restait éveillé des heures à écouter des disques ou regarder des vidéos comme celle de California Jam avec Deep Purple, en 1974. Il la passait en boucle. C'était LE fan inconditionnel et le plus fidèle de Diamond Head.
Que s'est-il passé après cette période pour Diamond Head. Tout avait l'air si bien parti pour vous ? Vous deviez être le nouveau Led Zeppelin?
Brian Tatler : Pourquoi nous avons loupé le coche ? Je crois que c'est entièrement de notre faute. Nous avons changés de direction, au lieu de continuer sur nos acquis. Le premier album répondait exactement à ce qu'attendait le public de l'époque même si les labels n'en voulaient pas au départ. Ils pensaient que ce n'était pas assez commercial. Ils ne percevaient pas que c'était assez innovant et que ça valait le coup de creuser dans cette direction. En 1982, nous avons signé chez MCA, Mais ils voulaient des singles. Il aimaient la comparaison avec Led Zeppelin plutôt que l'association avec le metal. Nous étions plutôt un groupe de metal au départ. Nos chansons étaient assez rapides et puissantes. En évoluant, nous nous sommes de plus en plus rapprochés de Led Zeppelin et on s'est un peu calmés. Sean avait une voix fabuleuse et il voulait mieux la mettre en valeur au lieu de hurler tout le temps. Il tenait à chanter des titres mélodiques bien soignés, comme les grands chanteurs, style Robert Plant. On a adouci notre musique et peut-être que les fans n'ont pas aimé ce changement. Mais d'un autre côté, nous n'avions pas une super équipe derrière nous, ni de managers talentueux, ni même une grosse maison de disque pour nous avancer de l'argent. Nous n'avons jamais fait de tournée aux États-Unis par exemple. Iron Maiden y était allé, Def Leppard aussi, Saxon également. Diamond Head jamais. C'est là-bas qu'on peut décoller. On peut s'estimer heureux de pouvoir tourner deux semaines en Grande-Bretagne. En 1982 on a fait exactement quatorze concerts et on nous a aussitôt demandé de préparer l'album suivant. On a répondu : " On n'est pas censés tourner aux États-Unis ? Ce n'est pas obligatoire ? " C'était tout de même frustrant !
Puis, il y a eu ces reprises par Metallica?
Brian Tatler : Dans un sens Metallica a permis à Diamond Head de continuer sa carrière, un peu comme avec un appareil d'assistance respiratoire. La première reprise ?Am I Evil? sur la face B de ?Creeping Death? en 1983, j'ai été simplement flatté. Ils étaient encore sur un petit label, Music For Nation. Je n'aurais jamais pensé que ça rapporterait autant d'argent et de succès. Je n'ai vu que l'hommage d'un fan, Lars. Le titre était repris à la perfection dans ses moindres détails, dans les solos, les lignes de basses, rien n'était laissé au hasard. Après Masters of Puppets, en 1986, Metallica était devenu énorme alors que nous étions en pleine déroute avec Diamond Head. Ils ont été signés par Phonogram, ont sorti ?And Justice. Je regardais du coin de l'?il ce groupe grandir encore et encore jusqu'à l'explosion avec le Black Album. J'ai vu Lars passer de fan numéro un de Diamond Head, quand il avait 17 ans, au batteur du plus grand groupe de metal de tous les temps. Par la suite, ils ont repris d'autres chansons de Diamond Head. Ils en ont repris trois de plus, ce qui fait quatre en tout. Un jour, j'ai demandé à Lars : " Pourquoi continuez-vous à faire des reprises en face B ? Pourquoi ne faîtes vous pas des morceaux à vous qui sont moins bons que ceux des albums ? Vous vous feriez plus d'argent, au lieu d'en redonner aux compositeurs extérieurs. " l m'a répondu : " Tous les titres qu'on compose sont sur les albums. On n'avait jamais de chutes pour des E.P. ou des singles, et ils ont eu l'idée de privilégier des reprises. De plus cela permet de renvoyer l'ascenseur à ceux qui nous ont influencés, aux groupes que nous adorons. Cela signifie aussi qu'on ne se prendra pas la tête sur la production. Habituellement, les faces B sont bouclées en quelques heure. " Le 5$98 Garage Days?E.P. a ainsi été enregistré en quelques semaines. Avec des reprises, il est inutile de soigner autant la production ou de passer du temps en studio. Tout le monde était gagnant. Metallica avait des morceaux supplémentaires sur lesquels ils n'avaient pas à se fatiguer. Et les groupes recevaient des royalties inattendues grâce aux reprises de leurs compositions. Metallica a vendu plus de disques que tous les groupes qu'ils ont repris réunis.
Et vos impressions sur le Sonisphère, avec l'une des plus grosses affluences que vous ayez connues ?
Brian Tatler : Oui, c'était la plus grande foule devant laquelle nous avons eu l'occasion de jouer après 35 ans ! Vous vous rendez compte ? Nous existons depuis 1976, nous voilà en 2011 devant notre plus important public. C'est dingue ! La morale de cette histoire est sans doute qu'il faut s'accrocher à ce qu'on a et ne pas se disperser pour rester dans la course. On n'aurait jamais connu ça si on s'était séparés, non ? On ne peut pas improviser ce genre de concert, il faut être dans un groupe qui continue à tourner hiver comme été. Je tourne avec cette formation depuis 2003, ou 2004. Nous avons fait environ 130 concerts et nous sommes bien rôdés. Nous valons le déplacement. Il faut assurer pour ce genre de concert. Les plus petites erreurs prennent d'énormes proportions. Quand on te propose ce genre d'invitation et que tu as suffisamment fait tes preuves dans les plus petits clubs. Tu te dis que tout ça valait le coup quand tu te retrouves dans un immense festival. Et beaucoup de gens connaissent les chansons. Il y a quelques fans de Diamond Head, mais pour la majorité des gens, ce sont les versions de Metallica que l'on connaît. Là, ils ont le versions de Diamond Head, le groupe qui a créés ces morceaux au départ. C'est plutôt sympa, non ? C'est fantastique. Je me suis éclaté.
   
Propos recueillis par Jean-Pierre Sabouret
     
     
     
     
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 Artiste
 Diamond Head


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Diamond Head" 14/10/2011



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