| Je dirais probablement un jour à mes enfants : « j'ai joué avec Prince. » Et ils me diront : « ouais, c'est ça ! » |
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| On ne te connait pas très bien encore en France. Peux-tu nous parler de cette enfance étonnante que tu as eue à cause de ton père… |
| Merci. Mon père est un pasteur donc on a énormément voyage à travers le monde. Ma famille vient d’Afrique du sud. Donc, nous avons vécu en Afrique du sud, en Afrique, en Australie, aux Etats-Unis. J’ai beaucoup bougé. Ma famille est très conservatrice. On jouait beaucoup de musique classique chez nous. Mon père jouait de l’opéra. Je n’ai absolument pas été exposé à la culture pop ou quoi que ce soit de ce genre jusqu’à ce que je déménage aux Etats-Unis quand j’ai au 10-11 ans. |
| Comment t’es tu sentie quand tu es revenue aux Etats-Unis ? |
| Excitée. Parce que, quand tu ne vis pas aux Etats-Unis et que tu es une enfant, tu vois ça comme quelque chose magique, une sorte de Disneyland. Je n’en avais aucun souvenir car j’ai quitté les Etats-Unis quand j’avais 6 mois. Donc j’étais excitée mais j’étais également très triste de devoir dire au revoir à tous les amis que j’avais en Australie. |
| Etait-ce difficile pour la jeune Diane de se faire de nouveaux amis aux Etats-Unis ? |
| Un petit peu oui parce que, quand tu es nouveau, à l’école, tout le monde se demande qui tu es et ils ont besoin de te sentir pour être sur que tu es normal. Mais ça a été. Parce que, même si c’était un peu plus difficile, je me suis toujours sentie déconnectée des autres enfants, même de mes anciens amis. Je me suis toujours sentie à part, comme une étrangère, surtout à l’école. |
| Côté musique, tu es une autodidacte? |
| Je n’ai effectivement pas suivi des cours classiques. Mais j’ai appris le piano grâce à une méthode que l’on appelle Suzuki, qui permet d’apprendre la musique à l’oreille. Je n’ai pas appris à lire la musique. C’était une méthode assez peu conventionnelle. Et quand j’ai déménagé en Amérique, j’ai été obligée d’apprendre la musique avec des méthodes plus traditionnelles. Et là, ça a vraiment été difficile ! |
| As-tu ce qu’on appelle l’oreille absolue ? |
| Non, je ne pense pas. Mais c’est vrai que quand j’entends un son, il reste bien ancré dans ma tête et je fais partie de ces gens qui n’ont pas besoin de grand-chose pour rejouer ce son juste après. Mais si tu fais de la musique devant moi, c’est pas la peine ! |
| Comment as-tu commencé à écrire des chansons ? |
| J’ai toujours improvisé de la musique. Je jouais mes propres versions des chansons que j’entendais. En musique classique, c’est très compliqué parce qu’on te demande de jouer tout à la note prés. Et moi je disais : « regardez, j’ai rajouté cette petite partie. » Et le professeur répondait : « Tu ne peux pas faire ça ! C’est interdit ! » Je me suis toujours sentie un peu à l’étroit et c’est pour ça que je faisais mes propres trucs au piano, que je composais mes propres chansons. Plus tars, je me suis installée à Los Angeles et je me suis rendue compte que je pouvais aussi chanter. Mais ça a été une route très sinueuse pour arriver jusqu’ici ? je ne me suis jamais dit que j’allais devenir un auteur-compositeur-interprète. C’est arrivé au fur et à mesure. |
| Te rappelles-tu le moment où tu as décidée que la musique serait toute ta vie ? |
| Je ne me le suis jamais dit aussi clairement. A un moment, j’ai déménagé en Angleterre et c’est là que j’ai signé un contrat avec EMI. Je pense que là, je me suis dit que je pouvais vraiment vivre de ma musique. Mais avant ça, j’étais assez indécise, je n’ai jamais pesé que ça pouvait vraiment marcher. J’avais des tonnes de chansons différentes, un peu indie. Ca ne ressemblait à rien d’autre, ça ne me semblait pas assez commercial. Encore une fois, je me sentais à part, je ne pouvais pas dut tout cataloguer ma musique. Ce n’est que quand j’ai commencé à vraiment jouer cette musique, quand on m’a donné des vis dessus que je me suis rendue compte que ça pouvait marcher. |
| J’ai entendu dire qu’à tes débuts, tu avais fait un bœuf avec Prince… |
| Oui ! Je jouais du piano dans un hôtel de Beverly Hills. Prince est arrivé. Il m’a entendu jouer. Et quelques semaines plus tard, quelqu’un m’a appelé pour me demander si j’acceptais de me rendre chez lui pour faire un petit bœuf avec lui. Ce que nous avons fait. C’était juste complètement dingue. Il était là, dans sa maison, avec tout son groupe, il y avait des membres de Sly & The Family Stone. J’ai joué quelques unes de mes chansons pour lui. Et j’ai joué avec eux un petit peu. C’est clairement un des moments les plus surréalistes de ma vie. Je dirais probablement un jour à mes enfants : « j’ai joué avec Prince. » Et ils me diront : « ouais, c’est ça ! » |
| Tes chansons sont assez autobiographiques. Comme Fools, qui parle de ta vie à Los Angeles… |
| Oui. Fools parle surtout de tous ces gens qui ont essayé de me fondre dans leur moule. C’est souvent arrivé dans ma vie. Comme je viens de la musique classique, j’avais déjà connu ça. Moi, je voulais m’évader du moule de la musique classique, mon esprit voulait aller plus loin. Pareil dans ma vie. Ma famille a toujours été très spéciale dans le sens où elle a toujours voulu que je vive ma propre vie. Que je ne me sente pas comme un mouton noir, que ce n’était pas mal de ne pas se conformer aux autres. Et quand je suis arrivée à LA, je ne me sentais pas du tout en accord avec le mode de vie des gens. Ma musique ne sonnait pas comme celle des autres. Ils me faisaient sentir que je n’étais pas assez bien. Mais moi, j’ai réalisé que c’était eux les imbéciles. Je faisais quelque chose de différente et c’était là qu’était ma force. |
| Quand on dit que tu es une nouvelle Motown girl, tu en penses quoi ? |
| Je comprends tout à fait pourquoi les gens disent ça ! Déjà, je suis très honorée d’être comparée aux artistes si talentueux de cette époque-là. C’était une des meilleures musiques que j’ai jamais écouté. Mais je n’ai jamais grandi avec ce genre de musique. D’abord, j’ai écouté de la musique classique et de l’opéra. Je suis ensuite passée par une phase gothique, où j’écoutais Bahaus, The Cure, Depeche Mode, Joy Division. Mais absolument aucune soul ! Ce n’est qu’il y a quelques années, quand je jouais du piano dans des hôtels très « mode » à Los Angeles, qu’un des serveurs s’est mis à me demander de jouer du Carole King. Je lui ai dit que je ne connaissais pas et que ce n’était pas du tout le genre de musique que j’aimais. Mais il a insisté, m’a dit que Tapestry était l’un des meilleurs albums de tous les temps. Un jour je suis allée travailler et il y avait ce CD qui était posé sur mon siège, pour moi. J’ai commencé à l’écouter et j’ai vraiment trouvé ça étonnant. J’ai écrit une chanson, Photographs, qui était un peu une blague au début. J’ai essayé de copier ces vieilles chansons des années 70. Je lai enregistré et quand je suis allée à Londres pour la faire écouter, tout le monde l’a trouvé génial, ils la voulaient sur mon album. J’ai alors réalisé que je pouvais aussi écrire de la musique de ce style-là. Et en fait, j’adore Bandy Newman, Carole King, tous ces classiques de la musique américaine. J’ai donc décidé que, si c’était ke genre de chansons que je pouvais écrire, il fallait les laisser sortir de moi. Peut-être parce que nous avons les mêmes références, moi et ces auteur-compositeurs des années 70 et 80, nous avons grandi avec de la musique classique. C’est une réponse un peu large, non ? |
| Quels sont les artistes qui t’influencent aujourd’hui ? |
| Je pense que MGMT est un groupe hallucinant. Ils m’inspirent énormément. Qu’est-ce que j’écoute d’autre ? Zaza, un très bon groupe de Brooklyn. J’écoute beaucoup de choses différentes, de Jay-Z à du dance-hall, du hip-hop, du classique, de la disco, des trucs électroniques comme Empire Of The Sun. Ma sélection musicale est un melting pot de différents styles. |
| Pourquoi avoir appelé ton album Bible Belt ? |
| Parce que ma famille est très conservatrice et la Bible était le point de mire e toute la maison. Le sujet de toutes les conversations. La religion a été quelque chose de très constructif et de très sophistiqué pour moi. J’ai eu un rapport très proche avec la Bible quand j’étais jeune. Et comme cet album est très inspiré de ma vie, j’ai trouvé qu’il était assez évident de ‘appeler comme ça. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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