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Interview de Dj Cam
Dj Cam
   
"Je pioche parmi ce que j’ai fait et garde le meilleur"
   
Comment as-tu découvert le hip hop ?
J’ai commencé le piano vers 9 ans. Ensuite j’ai joué de la basse et de la batterie. A l’âge de 15 ans, j’ai découvert le hip hop avec le rap et le DJing. J’ai acheté des platines et commencé à mixer. J’ai poursuivi avec un sampleur et un séquenceur. J’ai organisé mes propres soirées à 18 ans et j’ai monté mon label en 1994. J’ai sorti mon premier album et signé avec Sony.
Ton père écoutait beaucoup de jazz et ta mère beaucoup de classique…
Mes parents étaient très mélomanes et j’ai grandi avec de la musique à la maison. J’ai une grosse culture sensorielle jazz et classique.
A tes débuts, ce qui étonnait était la présence de jazz dans tes mix hip hop…
C’est encore le cas aujourd’hui. Je n’ai jamais aimé les barrières.
En quoi le fait de connaître la musique t’a aidé à être DJ ?
Quand tu passes des disques, tu fais attention au tempo, aux gens et aux tonalités des morceaux.
Tu as aussi eu des contacts avec la French Touch…
J’en fais complètement partie. J’étais présent lors de ses débuts en 1996. J’ai toujours écouté de tout et on m’a un classé dans l’électro. On aurait pu me coller une autre étiquette : rap, soul, funk, dub. Mes mix restent black music mais touchent plusieurs styles.
Quand ton deuxième album est sorti, on a dit que tu étais celui qui faisait pleurer les machines…
A l’époque, j’avais un chef de produit chez Sony qui avait retenu cette phrase pour la promotion. J’ai tendance à faire de la musique cinématographique à tendance mélancolique, d’où cette appellation.
On t’a aussi beaucoup comparé à DJ Shadow…
Je me sens très proche de lui et le respecte beaucoup. Il a aussi un univers hip hop mais est capable de faire de la pop et d’autres styles très variés.
Peux-tu nous parler de Bouncer Crew ?
C’est un collectif sorti aux Etats-Unis qui inclut beaucoup de rappeurs américains et moi. Mon prochain album sortira en 2008. Ce sera la suite de « Substances » sorti en 1996 et auquel on avait attribué la phrase « l’homme qui fait pleurer les machines ». Il y aura une base hip hop mais sans rappeurs, un genre de retour aux sources.
Ta musique appelle à des images…
J’aimerais beaucoup faire des BO. J’ai placé beaucoup de morceaux sur des films ou des séries télévisée mais je n’ai jamais réalisé une musique de film en entier. Cela fait dix ans que je lance l’appel !
D’où te viennent les images que tu exprimes dans ta musique ?
Un film, une exposition, un titre de morceau, un paysage, une voix. Je fais beaucoup de photographies. J’aime beaucoup Cassavetes, Hitchcock, Wong Kar-Wai et George Lucas. Je bouffe du cinéma à longueur de semaine. J’ai des goûts très éclectiques et le cinéma est une sorte de nourriture.
Comment te nourris-tu musicalement ?
Je suis très vieille école. Je vais dans des boutiques, j’écoute des disques et je les achète. C’est ce que je dis aux jeunes : plus vous allez télécharger illégalement, moins il y aura d’argent dans la musique et moins on va vous proposer de travailler dans la musique. Internet aussi est génial, tu y trouves tout. Mais je suis assez fétichiste et j’adore posséder l’objet CD avec la pochette.
Comment travailles-tu ta musique ?
Au feeling. Soit ça marche tout de suite, soit je passe à autre chose. Même si je fais des morceaux minimalistes et basiques c’est toujours très travaillé. J’y mets mon cœur et mon âme. J’ai un studio chez moi et un autre ailleurs mais j’aime bien travailler chez moi.
As-tu l’impression qu’il reste des millions d’artistes à découvrir ?
De plus en plus. Maintenant, n’importe qui peut faire un album. Il n’existe plus de contraintes monétaires. Avec myspace, on s’en rend compte au quotidien. C’est infini.
Quel rapport as-tu au rap américain ?
J’adore ça même si je trouve qu’il y a un peu de fainéantise de la part des rappeurs américains. Ca tourne un peu en rond. Je découvre d’autres artistes de pop et de rock des années 70 et 80. Je ne suis pas trop dans le hip hop en ce moment même si j’en écoute beaucoup. Ca me fatigue un petit peu surtout les albums qui comportent 18 titres où seulement 4 morceaux sont intéressants. Je pense que les rappeurs américains sont un peu perdus et ne savent plus vraiment que faire avec cette espèce de crise du disque. Maintenant, tout le monde écoute de tout alors qu’à mon époque il y avait plus de clans. Les rappeurs sont aussi un peu trop motivés par l’argent. Il faut d’abord faire de la bonne musique, se faire plaisir, être en adéquation avec ce qu’on est, et là, ça fonctionne.
Qu’écoutes-tu en ce moment?
Je découvre la discographie de David Bowie, Jefferson Airplane et Led Zeppelin que je ne connaissais pas du tout. J’ai bien aimé le dernier album de Keren Ann et j’aimerais bien travailler avec elle.
Comment construis-tu un album ?
Je pioche parmi ce que j’ai fait et garde le meilleur.
Quel temps consacres-tu au DJing
Je reviens du Japon où j’ai fait une grande tournée. Le DJing fait partie de ma vie. Mes sets ont évolué et je joue beaucoup plus ma musique, mes productions et mes remixes. Le public était parfois frustré quand je jouais peu de mes titres. Je cherche à avoir une étiquette sonore.
Certains DJs français ont souvent une belle carrière au Japon et au Royaume-Uni avant d’être reconnu en France…
Ca a été le cas pour moi. J’ai eu un grand succès au Japon et aux Etats-Unis avant de percer en France. Les Français sont peut-être un peu plus lents mais ça ne me frustre pas du tout. Je pense que c’est un peu pareil pour tout le monde. Les Japonais me connaissent surtout pour mon travail avec DJ Krush et parce qu’ils ont adoré mon premier album. Krush, Shadow et moi avons un peu les mêmes origines. J’aimerais bien faire un album avec eux un jour.
Pourquoi l’électro marche-t-il aussi bien au Japon ?
Les Japonais sont passionnés de musique et de tout en général. Tu as des fans de tout. Tout ne marche pas au Japon mais ils sont fascinés par Paris et adorent la France.
Que ramènes-tu de tes voyages?
Des rencontres avec des gens, des idées et un grand enrichissement culturel.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Interview(s) Date publication
 Interview de "Dj Cam" 31/12/2007


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