| Enfin, il l’a fait ! Dominique A sort son premier album enregistré en concert, « Sur nos forces motrices ». Rencontre. |
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| Tu as quitté ton précédent label en 2004. Ta nouvelle maison de disques correspond-elle à tes attentes ? |
| Ca m’a enlevé un poids. Ca se passait bien chez Labels mais la maison de disques était liée à EMI et était en pleine restructuration. C’était devenu de plus en plus pesant pour les gens qui y travaillaient, surtout pour les artistes. Beaucoup de contrats ont été rendus. Je suis parti parce que je sentais que ça ne correspondait plus à mon caractère et à mon envie de faire les choses. Je suis allée chez Olympic Disk, une petite structure qui a un peu capoté car ils étaient à sec, mais il n’y a pas eu de temps mort. On a tout de suite rebondi et enregistré ces bandes live et on les a vite revendues. Le label Cinq Sept a rapidement pris le relais et je ne me suis pas inquiété. |
| Tu es avant tout un artiste live. Que représente la scène pour toi ? |
| C’est moins important pour moi que ce que les gens peuvent penser. Ce qui m’intéresse dans ce métier, c’est d’enregistrer et de faire des disques. J’aime créer des chansons et les mettre sur bandes. La scène représente l’excitation de partir en tournée avec mes copains et de créer ma propre bulle pendant quelques mois. Musicalement, c’est là que les choses se dessinent. Tu avances beaucoup en jouant devant des gens. Tu vois où sont tes points faibles et c’est ce qui génère toutes les envies liées à l’enregistrement, au studio et aux projets musicaux à venir. En terme de ressenti, ça peut être très gratifiant. Mais tu peux vivre des moments inoubliables comme des moments assez douloureux où tu demandes pourquoi tu n’es pas chez toi et pourquoi tu fais ce métier. La scène est un terrain de jeu assez agréable mais je préfère avant tout écrire des chansons et les enregistrer. |
| Faire des concerts pendant plusieurs mois consécutifs peut-il être dangereux pour un artiste ? |
| Je ne pense pas. Dans la mesure où le public ne se lasse pas, je ne vois d’inconvénient. Ca m’est déjà arrivé de faire trop de concerts et de ne pas retrouver de dynamique dans les salles. Mais ça n’a pas été le cas cette fois-ci. Il n’y avait pas de sentiment d’usure. Avec la fatigue, tu peux puiser dans des choses que tu ne soupçonnais même pas. Tu découvres que tu peux avancer. Tu as besoin de tourner à outrance pour découvrir cette capacité à rebondir. Si tu fais quinze concerts tous les trois ans, peu de choses vont évoluer. |
| La scène est-elle une occasion de te mettre en danger ? |
| Un peu mais sans que ce soit douloureux. J’ai peur d’ennuyer les gens alors j’essaie d’imaginer des choses où le public n’a pas l’impression de voir ce qu’il a déjà vu. Iles vieilles chansons aussi peuvent lasser. La scène est l’occasion de leur donner une autre dimension. Tout ça est lié aux personnes avec lesquelles je travaille. Comme le groupe n’est pas figé, les chansons évoluent naturellement ou sont jouées d’une façon spécifique à chaque fois. Parfois on laisse tomber certains morceaux ou on joue des titres improbables. Chaque musicien avec sa patte apporte quelque chose de différent. Ca va de soi et c’est tout l’intérêt, sinon je finirais moi-même par m’emmerder ! |
| C’est ton premier album live. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? |
| Ce n’était jamais le bon moment. Soit il n’y avait pas d’argent, soit les bandes qu’on avait enregistrées n’étaient pas bonnes, soit je n’en avais pas envie. Ce qui est frustrant après une tournée, surtout quand l’équipe change tout le temps, c’est qu’il ne reste aucune trace. Même dans la mémoire tout s’évapore. On ne souvient plus de ce qu’on a joué 80 fois de suite. Ca part tout de suite. Parfois je réécoute de vieilles bandes et je ne m’en souviens pas du tout. C’est assez troublant. Avec ce groupe, qui est relativement stable depuis trois ans, on a appris à jouer ensemble. Le côté sophistiqué de certains arrangements harmoniques, notamment les instruments à vent et les claviers, s’est affiné. Par rapport à la rythmique, je ne voulais pas de basse batterie qui figent les chansons. On a choisi d’avoir une batterie très minimale avec un tom basse, une caisse claire et une cymbale dont Jérôme, qui est aussi trompettiste clarinettiste, devait jouer sur quatre morceaux. De fil en aiguille, on s’amusait de plus en plus avec son côté novice à la batterie. Ce son brutal, primaire et le rapport entre le côté aérien des arrangements et cette sonorité presque bourrin me plaisent beaucoup. On peut jouer sur la sauvagerie de l’énergie d’un concert et par moment calmer la bête en marchant sur des œufs. On arrivait à un véritable équilibre. L’idée que tout cela se perde dans la nature me rendait chagrin. Je trouvais que c’était le bon moment pour faire un live. Beaucoup de spectateurs le réclamaient également. A l’avenir, je ne referai pas forcément une tournée de ce genre mais celle-ci était cohérente par rapport à l’album studio précédent. |
| Comment as-tu choisi les chansons ? |
Quand on est parti en tournée, on avait beaucoup de chansons du dernier disque studio et de vieux morceaux. Nous avons pioché dans les titres emblématiques, en tentant de nouvelles choses et en s’amusant. Parfois un musicien proposait quelque chose et on se disait pourquoi pas. Parfois c’était moi. On se disait que ce serait intéressant d’essayer de rejouer des chansons quinze ans après, comme « L’Amour » par exemple. Pour le disque lui-même, je ne voulais pas de compte-rendu de la tournée mais un nouvel éclairage apporté sur les vieux morceaux. On a choisi de mixer ceux-là. Il y avait aussi des morceaux que je voulais inclure mais dont je n’avais pas la bonne version alors on les a laissés tomber. A contrario, des titres que je ne voulais pas au début ont été gardés après l’écoute des bandes. La version de « La Relève » m’a donné envie de la conserver. Pour moi, c ‘était important qu’il y ait « La Mémoire Neuve », « Pour La Peau » et « Antonia » sur ce disque. Les versions me plaisent.
Une chanson comme « Tout Sera Comme Avant », où je ne suis pas très content de la version studio, prend un tout autre relief au niveau du ressenti avec une sonorité brutale beaucoup plus sèche. Il n’y a pas de continuité sur le disque car je ne voulais pas de formule « Un soir avec Dominique A ». Les live sont souvent un prétexte, un genre de carte postale pour les gens qui étaient dans la salle. Le but ici était que l’album puisse être écouté par des gens qui n’étaient pas au concert. L’ordre des morceaux ne correspond pas du tout à ce que l’on pouvait imaginer. On commence sur une pièce pop un peu enlevée et lumineuse ce qui permet de donner un éclairage différent. On voulait raconter une autre histoire et faire un disque de musique. Souvent dans les live c’est l’ambiance qui prévaut et moi je m’en fous. Sincèrement en tant qu’auditeur ça ne m’intéresse pas. Je voulais rompre avec cette pratique en proposant 75 minutes de live déconstruit.
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| Tu aurais pu reprendre les morceaux du concert et les rejouer en studio ? |
| J’y ai pensé mais quand tu fais ça il y a quand même une façon de jouer au concert au pied du mur que tu as une tension supplémentaire. Ca peut être un obstacle et tu peux jouer comme une patate. C’est le cas d’ « Antonia ». On ne joue pas ensemble mais il y a une sauvagerie intéressante. Il y avait de meilleurs versions musicalement parlant mais tu ne peux obtenir cette émotion que face à des gens. |
| « Dans Un Camion » ne figure pas sur l’album. Pourtant cette chanson parle de la vie en tournée. Pourquoi ? |
| La version de scène ne valait pas la version du disque. En concert, on l’exécute. On la passe par les armes de façon un peu bourrin, on n’a pas trouvé le truc. Le titre du disque « Sur Nos Forces Motrices » fait référence à la chanson. Je ne voulais pas mettre beaucoup de morceaux de « L’Horizon » à part le titre du même nom. On a mis « Music-Hall » pour laquelle j’ai beaucoup hésité et « La Relève » car j’aimais la version que l’on avait. |
| Tu sors un live et commence une nouvelle tournée ? |
| C’est une façon de marquer le coup mais on va jouer les mêmes choses. On prend les mêmes et on recommence pendant dix dates. |
| Tu pars au Chili et en Argentine ? |
| Oui en solo. Je touche du bois mais a priori les disques vont être distribués là-bas. Un groupe comme Holden, qui est très connu au Chili, a ouvert quelques portes. Je bénéficie de cet intérêt porté à la musique française et j’y vais avec la ferme intention d’y retourner ! C’est oxygénant de jouer à l’étranger devant des publics non francophones. Tu recentres tout sur la musique et le son plutôt que sur ce que tu racontes. En France, je suis souvent amené à parler du sens mais ce que je vise avant tout, c’est le son. |
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| Propos recueillis par Frédéric Fahy
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