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Interview de Elista
Elista
   
« On s'est mis à apprécier le bon vin, à porter des pantoufles, à fumer la pipe, on a tous des labradors »
   
Il s'est écoulé 5 ans entre le précédent album, "La Folie Douce", et celui-ci, alors qu'il a été enregistré en 2008 et mixé en 2009. Pourquoi autant de temps pour le sortir ?
Parce qu'on a pris notre temps pour mixer l'album, réécouter les morceaux aussi. On avait pas mal de petites modifications à faire parce qu'on est assez perfectionnistes. On a beaucoup travaillé entre l'enregistrement et le mix, et comme on a produit l'album, le temps que les choses se mettent en place avec la maison de disque, comme trouver la bonne date de sortie, parce que c'était bien de le sortir le 14 février. Il y a un morceau qui s'appelle "La Saint Valentin", donc on avaient envie de le sortir à ce moment-là. Les choses passent très vite dans la musique. Le temps file très vite, et quand on a 2 mois de vacances, il ne se passe rien.
Et comme les morceaux datent de 2008, est-ce qu'ils ne sont pas un peu ancrés dans le temps et peuvent ne plus correspondre à votre état d'esprit actuel ?
Oui c'est sûr qu'il y a des morceaux qui sont là depuis un bout de temps. Mais après il y a une sorte d'évolution. Il y a le moment où on fait les démos, celui où on les fait écouter, quand on enregistre, quand on répète, et là on va les jouer en live bientôt. C'est une perpétuelle évolution, et on est très contents de les mettre sur scène. Elles sont faites pour durer aussi. Les chansons qu'on a et qu'on enregistre, qu'on travaille et qui nous plaise moyennement, on s'en lasse, et elles ne finissent pas sur les disques. Donc en général celles qu'on retrouve sur les disques on sait qu'on va les avoir sur les concerts pendant longtemps, et elles passent bien l'épreuve du temps.
Pourquoi ce titre, "L'amour, la guerre et l'imbécile" ?
En fait l'album, comme tous les disques en général, il a plusieurs têtes. Il y a un côté très sophistiqué, très acoustique et délicat, cela serait pour l'amour. Il y a un côté toujours tendu dans ce qu'on fait, à un moment ou un autre c'est toujours nerveux. Quand il y a des chansons d'amour il faut toujours que ça se termine mal. Même dans la musique, c'est quelque chose de très doux, plein d'harmonies, mais toujours avec quelque chose de tendu à l'intérieur. Ca ça serait pour la guerre. Et puis l'imbécile, c'est très introspectif, c'est un regard en arrière. Qui que ce soit, quand tu fais un peu le bilan de ta vie, tu comptabilises beaucoup les conneries que tu as faites. Peut-être même plus que les réussites, parce que c'est très fondateur aussi, les conneries. Voilà ce qui ressort. Ca s'imposait, ça collait bien au disque.
Il y a un retour aux ballades, aux sonorités pop et acoustiques des débuts. Est-ce que ça s'est fait naturellement, ou est-ce que vous étiez partis dans cet état d'esprit ?
Non ça s'est fait naturellement. On avaient envie d'un peu de calme aussi. On a fait une grosse tournée, avec un deuxième album très électrique. On avait vraiment envie de revenir à quelque chose de calme, de serein. D'où l'idée d'aller enregistrer à la campagne, dans une maison. C'était quelque chose qui était normal pour nous de repartir dans quelque chose de plus calme, plus acoustique, plus terrestre. Charnel ? Plus spontané en tout cas. Quand on l'a fait on ne s'est pas dit que c'était un retour au premier album. C'est vrai qu'il en est plus proche, mais il n'a pas été pensé du tout comme le premier album. C'est presque un hasard, et quand on fait des morceaux on ne fait pas exprès de les mettre, c'est juste notre identité à nous.
Comme vous avez fait les 2, vous trouvez plus facile d'être efficaces en électrique ou en prenant soin des arrangements de l'acoustique ?
Ce n'est pas la même chose. Ce n'est pas la même énergie, déjà. Le côté plus acoustique nous a fait nous poser des questions différentes en termes d'arrangements. Au lieu de partir en se disant qu'on allait faire péter comme on dit, on ne fait pas monter de la même manière. On a plus utilisé les choeurs, les doublages de voix, les claviers. Du coup on n'a pas mis en place les choses de la même manière pour faire monter les morceaux. Après il n'y avait pas d'interdit. Personne n'a dit "pas le droit de brancher une guitare sinon je casse quelque chose !". Les arrangements s'imposaient par rapport aux chansons, mais c'est tout le temps comme ça. Ca reste naturel, ce n'est pas une obligation. Pour "La Folie Douce", on ne s'est pas dit qu'on allait faire un album rock et que tout le monde devait se brancher. Là on ne s'est pas dit qu'on allait faire un album plus soft alors tout le monde se débranchait. Ca servait les chansons, c'était le moyen de les optimiser. Quand on a commencé à faire de la musique, à faire des chansons ensemble, on avait banni un truc : la distorsion. On ne mettait aucune pédale de disto sur les morceaux qu'on composait. Ca a changé quand on a commencé à faire des concerts, on s'est rendu compte que la disto c'était sympa. Mais au début on s'était dit ça, et à un moment dans l'enregistrement de l'album, on en est revenus à ça, de faire monter les morceaux mais sans utiliser de grosse artillerie électrique.
On pourrait dire que vous passez de "la Folie Douce" à la "quiétude campagnarde"...
C'est vachement bien comme titre ! Pourquoi on l'a pas appelé "La Quiétude Campagnarde" ? C'est vrai qu'on s'est mis à apprécier le bon vin, à porter des pantoufles, à fumer la pipe, on a tous des labradors.
Est-ce que l'endroit a influencé votre état d'esprit, ou le fait d'avoir des enfants maintenant pour certains d'entre vous ?
Les enfants, d'un certain côté, quand tu maquettes, tu ne peux pas faire trop de bruit, donc tu ne peux pas avoir ton ampli branché pour essayer de jouer des trucs. Du coup tu joues en acoustique, tu t'entraînes en acoustique, et tu t'habitues aux morceaux comme ça, sans avoir envie de brancher une électrique pour en changer l'atmosphère puisque ça fonctionne comme ça. Il y a peut-être de ça, et comme on disait tout à l'heure, le fait de partir à la campagne pour enregistrer, c'était vraiment un choix pour retrouver cette quiétude.
La particularité du groupe est d'avoir en Benjamin un parolier qui ne joue pas sur scène. Est-ce que c'est facile de s'approprier les paroles d'un autre, ou alors vous en parlez ensemble, pour comprendre ce que les textes racontent ?
Ah bah des fois on comprend pas ce qu'il dit hein ! Les paroles on se les approprie comme ça, on est assez proches. On se sent de toutes façons concernées par les sujets, les thèmes abordés. Et puis ça parle de sujets universels, qui correspondent à tout le monde au moins à une période de sa vie. Dans la communication il n'y a pas de filtre du tout. Tant mieux, comme ça ça reste naturel, sinon ça serait rapidement laborieux. Le seul truc que j'ai entendu qui ressemblait à un mot d'ordre pour l'album, c'était de faire quelque chose d'un peu positif. On est partis là-dessus et chacun a fait un peu ce qu'il voulait où il voulait, au niveau des chansons, de l'atmosphère ou des paroles. L'appropriation se fait naturellement, mais pour la première fois sur cet album il y a des chansons qui parlent de ce qui est arrivé à tous les membres du groupe., des choses de nos vies. Il y a aussi des choses qu'on a en commun, comme être papa.
Et ces choses personnelles, est-ce que vous les livrez à fond, pour que les gens sentent le vécu, ou est-ce que vous restez assez cadrés, pour que le sujet reste universel et parle à tout le monde ?
Ca dépend. On ne ne considère pas les textes comme "sacrés". Ce n'est pas du tout le délire du poète maudit genre "si vous changez un mot dans la chanson je casse un truc". C'est une matière, elle peut être retravaillée autant que possible, et si au passage un petit truc autobiographique peut être changé, ce n'est pas grave, ça n'a pas d'importance : on s'en fout. Ca fait partie du plaisir de la chose, c'est comme un jeu. Il faut vraiment voir ça comme une matière à mon avis. Ca se pétrit, on fait des choses avec, ce n'est pas sacro-saint en lui-même. Par contre on essaie de ne pas trahir un message. Si on veut dire quelque chose, on ne va pas dire le contraire parce que ça passe mieux. Alors il y a un équilibre à trouver, entre ce qu'on peut pervertir un petit peu et ce qu'on doit absolument conserver tel quel. Parce que ça s'entend, une chanson trop travaillée. Quand tu gagnes en sophistiquation tu peux perdre en spontanéité et ça c'est dommage.
Du coup Benjamin, tu n'as jamais eu envie de monter sur scène pour chanter tes textes ?
Non, pas du tout. Déjà, ils le font super bien. Beaucoup de gens ont du mal à se rendre compte, mais c'est un super cadeau. Ce n'est pas comme si ils avaient déboulé, qu'ils m'avaient pris ma feuille. Ce sont vraiment nos chansons, je les regarde les chanter, c'est une super récompense. C'est un truc énorme, je suis hyper content. Ce n'est pas du tout mon rôle de chanter. Mon rôle me plaît, c'est extra. C'est même un bonus de les voir chanter mes chansons.
L'ensemble de l'album est assez positif, mais le dernier titre, "Le Royaume Des Cieux", contraste totalement. Pourquoi avoir choisi de finir comme cela ?
Déjà, on se voyait mal commencer par celui-là. C'est comme pour tout, dans chaque chose il y a des côtés positifs et des côtés négatifs, on ne peut pas non plus arriver avec des fleurs dans les poches, on n'est plus dans le "flower power", et des costumes roses en chantant que tout va bien. C'est un morceau qui peut refléter ce que l'on croise tous les jours dans la rue, et toutes les interrogations qu'on peut avoir sur la vie que les gens ont pu avoir pour en arriver là. C'est un morceau aussi personnel, qui nous paraissait important pour l'album, pour lui donner un autre relief.
Et c'est quoi, ces bruits qu'on entend à la fin de la chanson ?
C'est la maison ! Les bruits de pas dans la maison. En fait l'album était devenu tellement intime qu'à la fin on a voulu aller au bout de ce truc-là. Pour en revenir au "Royaume des Cieux", c'est aussi la chanson la plus ouverte, elle parle de l'extérieur alors que tout le reste de l'album est assez intime. C'est peut-être aussi pour ça que sa place était à la fin. Maintenant il y a une logique absolue au fait qu'elle soit là, parce que l'album ne parle pas non plus de tout et n'importe quoi. Il est concentré sur des obsessions. Il parle beaucoup de la perte, de la difficulté de s'engager, de la consolation... Elle est encore dans cette thématique-là, dans la peur de se situer. C'est quelque chose qui revient tout le temps, quelque chose qui nous travaille beaucoup. L'album en parle, et "Le Royaume Des Cieux" était très globale là-dessus, ça recentrait bien, et c'était un bon moyen d'ouvrir le disque sur celui d'après. Il y a certains albums, comme le troisième Miossec qui se finit par un morceau très chelou, on se demande sur quoi il va repartir après! Arrêter d'écouter le disque sur un questionnement, c'est parfait.
En parlant des thèmes de l'album, il y a celui du temps qui passe qui est omniprésent. C'est votre thème de prédilection ?
Oui c'est quelque chose d'important. Après on ne fait pas de brainstorming en se disant "bon les gars on va parler de ça". C'est quelque chose qui rejoint toutes les autres préoccupations. La peur de perdre les êtres chers et tout ça, tout est lié au temps qui passe. La difficulté à s'engager, le refus de grandir... c'est Houellebecq qui disait que quand on naît on est capable de faire plein de choses, et au fur et à mesure de sa vie on désapprend. Ce n'est as tout à fait faux, ni complètement vrai. En fait à un moment, on va tous mourir. En se demandant ce qu'on a construit. "Des Couleurs A Ta Ribe" elle le dit, ce n'est pas le fait de mourir qui est un problème, ça fera des vacances même. Qu'est-ce qu'on va laisser derrière ? C'est pas un truc ambitieux, c'est juste par rapport à nos proches, aux gens qui nous ont connus, aux enfants. Comment on va les aider à gérer tout ça...
Plus réjouissant, il y a la tournée qui arrive, comment s'arrange la set-list ?
C'est un vrai plaisir, maintenant qu'on a 3 albums. On a plus de morceaux, ça peut rendre ça plus cohérents, plus harmonieux. Et puis les morceaux plus calmes du troisième album, on peut aussi les énerver un petit peu, les taquiner. On a toujours été plus rock sur scène que sur les albums. Et encore plus dans la vie. Dans la vie on est complètement déglingués ! Ca donne aussi l'occasion de revisiter des anciens morceaux, qu'on a jamais joué.
"L'amour Sale", c'est un de vos titres, mais pour vous, c'est quoi ?
Heu... toi et moi dans de beaux draps ? C'est ce qui est dit dans la chanson, c'est l'amour sans l'amour, c'est le cul, c'est sale. Si l'amour propre c'est ne pas tromper, être straight, l'amour sale ça serait le faire pour le faire, sans engagement. C'est parce que le diocèse d'Orléans est partenaire de l'album, on devait faire un titre comme ça.
Si vous deviez recommander un endroit pour écouter et apprécier cet album ?
Notre Dame de Paris. La quiétude, le calme, Dieu, la mort. Ca, c'est Elista. On a toujours eu ce truc d'écouter nos chansons au casque. Dans les transports en commun c'est bien aussi. Ca favorise l'imagination. On a un partenariat avec la SNCF. On remercie aussi KFC d'ailleurs.
   
Propos recueillis par Sébastien Delecroix
     
     
     
     
 Artiste
 Elista


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Elista" 25/04/2011


 Chronique(s) Date publication
 Elista : L'Amour, La Guerre et l'Imbécile 11/02/2011



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