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Interview de Etienne Daho
Etienne Daho
   
"Un show comme celui-là qui dure 2h30 a besoin d'être organisé... Vous prenez les gens par la main pour un voyage de deux heures et demie et il ne faut pas une chanson qui fasse débander."
   
Nous sommes là pour parler de l’album en concert à Pleyel qui vient de sortir. Quelles images avez-vous de cette dernière date de la tournée de l’album « Invitation » ?
Etienne Daho : La dernière date n’est pas Pleyel mais Poitiers. On n’avait pas du tout l’impression que c’était fini. Nous sommes rentrés tous ensemble après le concert en bus. On s’est mis à l’envers, évidemment. Mais on s’est dit que ce n’était pas possible, que ce n’était pas fini. On n’avait pas l’impression de fin. Il a fallu que l’on voie tous ensemble les images quelque temps après, quand le montage a été fait pour se rendre compte que le temps avait passé. Je crois que personne n’avait envi que cela s’arrête. Cela a été une belle aventure de musique mais aussi d’amitié. Il y a plein de choses qui se sont tissées entre tout le monde. Très beaux moments, très belle tournée.
Pleyel est une salle assez mythique pour la musique classique par rapport à son acoustique. Est-ce que vous avez préparé ce concert de façon différente en ce qui concerne l’acoustique, la partie musicale ?
Etienne Daho : Non, c’est un concert qui s’intègre dans la tournée qui s’appelle « L’obsession tour ». Nous avons fait à peut près 80 dates et nous étions passés six soirs à Paris, à l’Olympia. On avait laissé du monde dehors et lorsque les programmateurs de Pleyel m’ont demandé de jouer dans cette salle, c’était une occasion pour moi de revenir jouer à Paris et dans une autre salle que l’Olympia qui est une salle que j’adore mais c’est bien d’aller voir ailleurs. Il y a aussi le prestige de Pleyel, on s’est dit que l’on allait enregistrer. En même temps, il y a beaucoup de pression car ce n’est qu’un soir donc il n’y a pas le droit à l’erreur pour les musiciens, pour moi. Alors on était vraiment très tendus pendant les trois ou quatre premiers titres. Après on oublie les caméras, on oublie tout. Ce qui est important, c’est d’établir le contact avec les gens qui sont venus nous voir. Les gens se sont levés, ce qui est très rare là-bas. A Pleyel, les gens sont assis, ils se tiennent, ils ne bougent pas mais là, ils se sont levés et ont dansé. Du coup, Pleyel est devenu un dance-floor par moments.
Ce concert a duré plus de deux heures. Est-ce qu’il y a une partie improvisation à la Higelin ou tout est calculé à l’avance ?
Etienne Daho : Alors moi, je n’aime pas du tout l’improvisation. Je déteste (rire). Je crois que nous pouvons nous permettre des libertés quand on a bien tous répété quelque chose. Un show, enfin un show comme celui-là qui dure 2h30 a besoin d’être organisé. L’organisation des chansons, leur ordre est excessivement important. Vous prenez les gens par la main pour un voyage de deux heures et demie et il ne faut pas une chanson qui fasse débander. Il faut que cela continue jusqu’au bout et que l’on passe dans des méandres, des chemins avec des chansons très connues et d’autres pas du toutes connues, des émotions contrastées. C’est pas du tout improvisé, j’improvise dans les talk, mais souvent je parle de la même chose. Mais je m’autorise de dire des choses pas écrites par ce que c’est spontané. Don, je présentais certaines chansons sur lesquelles il y avait des choses à dire et là, cela pouvait durer plus ou moins longtemps en fonction du public, de moi aussi, de tout ce que j’avais en tête. Ce sont les seuls espaces d’improvisation où quand les gens nous relancent. C’est-à-dire quand la chanson est terminée et qu’ils veulent la relancer et donc, on la rejoue de manière différente. Voilà, ce sont les improvisations que l’on peut faire mais je suis assez pour que quand quelque chose marche, c’est bien de s’y tenir. C’est un peu comme une pièce de théâtre, en fait.
Sur le disque, il y a un Ep avec quatre duos différents dont un avec Marianne Faithfull. Pourquoi avoir choisit ce texte « La Venus à la fourrure » ?
Etienne Daho : Alors en effet, il y a une chanson avec Marianne Faithfull qui s’appelle Le lien des roses dans lequel elle lit un texte qui est l’introduction de « La Venus à la fourrure » de Leopold von Sacher-Masoch qui est son arrière grand oncle. Et ce livre a donné le nom au sado-masochisme ou d’ailleurs, je trouve, on ne parle que de fringues, que de mode du genre : elle avait des bottes avec de la fourrure et des menottes comme-ci, comme ça. C’est plus un bouquin qui parle de mode pour moi. Et quand j’ai repris Epaule tatoo sur scène, je trouvais qu’utiliser cette introduction était parfaite parce que du fait que c’est un tube que beaucoup de gens connaissent avec tout le côté léger des années 80, en remettant ce texte en intro, cela permettait de donner une autre lecture et donc la lecture d’origine de la chanson. Cela permettait une plus grande cohérence après, comprend qui veut. (rire)
Après il y a Katerine et Camille qui sont deux artistes avec lesquels vous avez déjà un duo pendant le prix Constantin…
Etienne Daho : Oui, c’est arrivé à ce moment-là. En fait, on m’a demandé de chanter avec deux artistes que j’appréciais, que j’estimais. Alors j’ai choisi Philippe Katerine et Camille, ce sont deux personnalités que je trouve très intéressantes et je trouvais que c’était bien de se confronter d’une manière douce ? Vu que nous avons eu quatorze secondes pour répéter avant de chanter le soir du prix Constantin, cela permettait d’avoir une version studio qui soit à la hauteur de ce que l’on voulait faire.
Il y a aussi une reprise de Gainsbourg avec Jane Birkin. Cela ressemble un petit peu à un plaisir personnel…
Etienne Daho : C’est Jane qui m’a mise au défit de reprendre cette chanson, par lettre et voies de presses interposées, en disant que j’étais le seul à pouvoir la reprendre. Ce qui est à la fois flatteur et en même temps fout la trouille. C’est la chanson de rupture de Gainsbourg à Birkin donc il y a une deuxième lecture, une deuxième histoire. Moi, je l’avais lu comme une chose qui me touche et qui est un peu la manière dont je fonctionne, à savoir « Les dessous chics », c’est la pudeur des sentiments qui me parle particulièrement. Elle était difficile à reprendre parce qu’elle est construite en quatre temps, trois temps. La version d’origine est difficile à reprendre donc moi j’avais pensé à une version un peu plus simplifiée et puis j’avais surtout pensé au film de Gainsbourg « Je t’aime moi non plus ». On voit cette énorme pelle que se roulent Joe Dallesandro et Birkin avec la caméra qui tourne. Pour moi c’est une des scène les plus érotiques du cinéma français et mondial. J’avais envie d’avoir cette espèce d’ambiance un peu sixties vraiment déjantée et en même temps un peu lynchéen, avec quelque chose aussi d’un peu décalé. Je suis content que nous ayons réussi à faire cette version car ce n’était pas gagné.
La famille Gainsbourg est assez présente puisque vous reprenez If avec Charlotte Gainsbourg…
Etienne Daho : Oui, c’est une chanson que nous avions enregistré il y a quelques années et voilà. C’est une chanson qui nous va bien. J’avais envi de la reprendre sur scène et il y avait des grands écrans avec Charlotte. C’était beau à voir.
Quand on a autour de soi une grande famille de la chanson française, même si le concert dure deux heures et demie, comment fait-on le choix des personnes que l’on invite et qu’on n’invite pas du coup ?
Etienne Daho : C’est assez simple finalement car il y a peu de personnes avec qui l’on a des affinités. Il y a plein de gens pour qui j’ai de l’estime dans ce métier, pour mes collègues de bureau maos les gens avec qui l’on se sent bien pour travailler, avec lesquelles c’est fluide, finalement il n’y en pas tant que cela. Mais peut être que je ne les connais pas, les autres.
Vous dites souvent que pour travailler, vous avez besoin de relations amicales de vous sentir en famille. Est-ce que cela a été la même chose avec les personnes qui ont fait le dvd ?
Etienne Daho : Oui, tout à fait. C’est Fabien Raymond qui avait déjà filmé un show à la sortie de l’album qui s’appelle le Daho show. L’idée était de faire un show très sixties ou j’invitais plein d’artistes que j’aime. Cela allait de Jarvis Cocker à Vanessa Paradis en passant par Birkin, Air, Phoenix, Cassius… Beaucoup de gens qui sont des gens que j’apprécie beaucoup et nous nous sommes très bien entendu. Il a très bien capté la vision de ce que j’avais dans la tête et ce que je voulais faire. Et quand j’ai voulu capter ce concert de Pleyel, j’ai pensé tout de suite à lui. C’était vraiment la personne idéale, il a tout capté. Il est très ouvert. Il avait compris que j’avais envie de montrer notre groupe. Je dis bien groupe, que le batteur est aussi important que moi et le brief, c’était qu’il y ait autant de plans du bassiste, du batteur, du violoncelle que de moi. Et l’on voit beaucoup tout le monde. Je trouvais cela très important.
Et pour quelqu’un qui est très fan de vous, qui achète tout de vous. Qu’elle est la différence entre ce live là et « An evening with Daho » ?
Etienne Daho : Alors « An evening with Daho », c’est tout l’album chanté au Daho show mais qui n’avait pas été montré à la télé. C’est un show en playback comme dans les années 60, ce qui parfois a défrisé certaines personnes. Je trouvais que c’était bien de ne pas avoir de micro comme dans les clips, d’ailleurs. Et ce qui a gêné certaines personnes, c’est l’absence de simulations. C’est incroyable, mais c’est comme cela.
Vous avez toujours été intéressé par les groupes d’aujourd’hui comme Coming soon. Quels sont les nouveaux groupes qui touchent Etienne Daho ?
Etienne Daho : Alors justement, il y a un grand magasin qui m’a demandé de faire une carte blanche et j’ai donc compilé des titres que j’ai choisis. Cela s’appelle « Etienne Daho présente ». Il y a donc les Coming soon évidemment. Il y a plein de groupes que j’aime bien.J’adore The last shadow puppets, Jeremy Jay, Au revoir Simone, Jeffrey Lewis, Phoenix. J’adore un nouveau groupe qui s’appelle Girls. Il y a plein de choses que j’écoute et que j’aime beaucoup : Antsy pants. Voilà, tous les groupes que j’aime actuellement sont dans cette compilation. Elle est sortie en même temps que l’album à Pleyel.
On parle toujours de vos influences rock. On sait aussi que vous avez de très fortes influences groove et soul. Est-ce que un jour, on va entendre un album très soul d’Etienne Daho ?
Etienne Daho : J’aimerais. J’ai déjà essayé.Mais quand je fais des albums, je n’arrive pas à faire autre chose que des albums d’Etienne Daho même si j’essaie de m’imprégner de ce que j’aime. Il y a eu deux albums que je trouve d’inspiration soul mais en même temps, je ne peux pas m’empêcher d’y mettre ma griffe. C’est un album qui s’appelle « Paris ailleurs » qui est sorti au début dans les années 90 et le dernier « Invitation » était conçu comme un album de soul mais je ne peux pas faire d’imitation, c’est impossible, mais je peux m’inspirer de la manière dont ces groupes que j’ai aimé. J’adore par exemple le son Motown. Pour moi, c’est absolument ultime du point de vue du son, des compositions, de la représentation. Tout. Pour moi, c’est parfait jusqu’à 1969, jusqu’à la séparation des Supremes.
Pourtant il reste pas mal d’années Motown après…
Etienne Daho : Oui, il y en a pas mal, mais j’aime moins après. J’adore de 1961 à 1969. Je trouve que c’est très prolifique. Bizarrement à partir du moment où il y a les Jackson, j’aime moins parce que j’aime moins le côté funk en fait.
Et la suite de la carrière d’Etienne Daho, c’est un nouvel album en 2010, 2011
Etienne Daho : Alors là, il y a un album qui est enregistré avec Jeanne Morot qui est un album ou je reprend avec elle, enfin ou je lis avec elle Le condamné à mort de Jean Genet. C’est donc une œuvre plus littéraire, ce n’est plus du tout de la pop. C’est pour peut être mieux y revenir mais voilà, j’avais envie de prendre cette liberté. J’ai fait ce label pour pouvoir ^tre libre et artisan sur ce projet et je suis très fier de ce que l’on a fait. C’est très beau. Ce texte est incroyable et quand on est chanteur, d’avoir la possibilité de porter un texte comme cela, c’est une chance incroyable. Donc, il y a cela pour l’instant.
Avec en projet de le lire sur scène ?
Etienne Daho : De le jouer sur scène, je pense. Oui, bien sûr. Le seul problème, c’est que c’est un album court puisqu’il fait 40 minutes et c’est très difficile de le mélanger avec autre chose. Cela pourrait édulcorer l’intensité de ce texte qui est carrément inouï. C’est le premier texte de Genet, en fait. Il l’a écrit en prison sur ce qu’il trouvait, des bouts de sacs, sur des feuilles volantes. C’est quand même inouï ce mélange de l’argot et de la poésie et la difficulté avec laquelle il l’a écrite. Cela donne cette œuvre dingue, punk.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 Etienne Daho


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Etienne Daho" 06/11/2009
 Interview de "Etienne Daho" 14/04/2008


 Chronique(s) Date publication
 Etienne Daho : Tribute à Daho 25/02/2008


 News Date publication
 Étienne Daho change de crèmerie 10/02/2011
 Etienne Daho, président 30/06/2008



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