| "C'est vraiment un album honnête donc je ne ressens pas le besoin de sonner comme Thom Yorke ou les Beach Boys" |
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| Le disque était sorti de façon digitale il y a quelques mois. Quel effet ça fait de l'avoir enfin en tant qu'objet physique ? |
| Je ne l'ai pas encore physiquement. On doit attendre le milieu du mois de Mars. Mais ça me satisfait de pouvoir continuer à avancer, de passer à quelque chose d'autre parce que je veux travailler sur le prochain très tôt. En fait j'ai déjà plusieurs chansons qui sont déjà écrites. C'est cool de se sentir enfin relâché de cet album. |
| Est-ce que tu as lu les critiques ? |
| Des fois. J'ai trouvé celle qui était dans -je vais prononcer ça minablement- Les Inrocks, ce qui est vraiment génial. Ca me fait rougir. Pourvu que ça continue. |
| Dans les chroniques tu es comparé à Thom Yorke, Sigur Ros, les Beach Boys ou Sophia Stevens, bien sûr. Comment est-ce que tu le prends ? |
| C'est un petit peu exagéré. Honnêtement je trouve qu'il y a une certaine forme de vérité et de similitudes, mais c'est vraiment un album honnête donc je ne ressens pas le besoin de sonner comme Thom Yorke ou les Beach Boys. Sincèrement je n'ai même pas écouté ce qu'ont pu faire les Beach Boys. Je pense que ma technique vocale vient plutôt du fait que j'ai écouté Stravinsky, et ce genre de musique, tu vois, c'est intéressant. |
| Tu as un passif en tant que chanteur de classique, puisque tu as été soprano. Comment est-ce arrivé ? Est-ce que tu as grandi dans une famille de musiciens ? |
| Pas vraiment. J'ai grandi dans une famille très artistique, ma mère était une actrice et écrivain, mon père un réalisateur. Ma mère aspirait à devenir musicienne, mais -sauf ton respect maman-, ne chante pas, n'ouvre pas la bouche! Elle est d'accord avec ça. Si elle m'entendait le dire elle serait d'accord avec moi. Mais j'ai commencé par être violoniste en fait, ce qui fût un choix difficile pour moi, parce que je n'avais aucun talent et mon professeur m'a recommandé, puisque j'avais une belle voix, de peut-être m'orienter vers le Bob Mitchell Boy Choir pour y faire soprano. En fait ça a été une drôle d'expérience pour plusieurs raisons. C'était un drôle d'environnement, pendant des temps étranges. Dans l'histoire de Los Angeles, les choses étaient violentes et le Boy Choir était très connu, très important dans les années 30, mais maintenant cela va plus mal et n'a plus rien à voir. Donc c'était une atmosphère assez dépressive. |
| C'était quand ? |
| Mon Dieu... Je devais avoir 11 ans. Je suis né en 1965... Je suis un vieux monsieur... Donc ça nous fait combien? 1976 quelque chose comme ça... Donc c'étaient vraiment des moments difficiles. J'ai été vraiment humilié de chanter après cette expérience, et je n'ai pas chanté la moindre note... Si, j'ai un peu chanté au lycée, désolé, je suis en train d'exagérer. Mais je me sentais vraiment embarrassé par ma voix et je ne chantais pas pour les autres, jusqu'à il y a de ça 5 ans, quand j'ai trouvé un site où de nombreux musiciens partageaient leur musique. J'avais enregistré ces chansons personnelles, et je me suis dit que faire un essai serait cool. La première chanson que j'ai partagée était très bizarre et très électronique, et personne ne l'a aimée. Je me suis alors orienté sur des chansons plus pop, et les gens ont adoré. Ca a été le commencement, l'encouragement dont j'avais besoin pour être plus courageux et commencer à expérimenter avec ma voix. Depuis tout va très bien, c'est très amusant. |
| Quel a été ton premier choc musical ? |
| Hum. Il y a tellement de chansons dont je ne peux pas me souvenir avant d'avoir eu 5 ans. Mais je n'ai jamais songé à être un compositeur, quand bien même j'adore Musorvski, les photos et l'exposition, c'est juste une jolie oeuvre musicale, et je l'ai redécouverte il n'y a pas longtemps, c'est vraiment une belle oeuvre musicale. Mais ce qui m'y a fait venir, c'est Kate Bush. C'est le rêve. Elle est tellement libre avec son imagination et ses chansons sont tellement au-delà de la simple musique, ça a mis mon imagination en feu, tout simplement, quand j'ai écouté son album. |
| Au lieu d'aller directement vers la musique tu t'es d'abord orienté vers la réalisation... |
| Oui. J'ai voulu suivre les traces de mon père, je suis devenu dingue de Fellini, et d'un tas de réalisateurs des années 60. Surtout Fellini parce que c'est grotesque, et c'est tout autour des masques. On n'est plus dans la réalité, il n'y a plus que des tas de masques. Mais ce rêve s'est un peu effondré après que j'ai été diplômé, parce que c'était vraiment très difficile. Pour faire un film il faut de l'argent. Et j'étais un jeune homme de 19 ans, un très mauvais assistant de production, à chercher des cigarettes, et tout ça m'a juste déprimé et m'a fait me sentir inférieur. Je me sentais mal, et se sentir inférieur est vraiment quelque chose de terrible en terme de créativité, donc j'ai abandonné. C'est probablement la meilleure chose que j'avais à faire parce que maintenant je fais de la musique pop sans me mettre la pression d'être le nouveau Fellini. C'est juste pour le fun et l'intérêt du projet. |
| Entre les deux, tu as bossé dans la publicité... |
| Oui. Je le fais encore. C'est un bon moyen de vivre. |
| C'est intéressant, car la musique que tu fais n'a rien de commerciale, ça fait une bonne balance... |
| Oui, je le fais encore et j'adore ça. En fait pendant les moments où je ne fais pas mon travail de publicitaire, je ne suis pas très créatif. On peut en faire pour internet, pour la télévision... Quand tu as 10 heures pour mettre au point un projet et tu y travailles de 11h à 3h du matin suivant, c'est tellement plus intense. |
| Tu disais avoir commencé à mettre de la musique sur ce site il y a 5 ans. A quel moment as-tu commencé à écrire cette musique ? |
| Quand j'étais petit j'avais pour habitude de jouer avec un enregistreur-K7 manuel. Il avait un problème bizarre. Quand tu retournais la K7 une fois la bande finie et que tu enregistrais, ça jouait ce qu'il y avait de l'autre côté. C'est comme ça que j'ai commencé à écrire des paroles. Ce qui est assez fou. C'était très étrange. Après j'ai eu du matériel plus sophistiqué sur lequel je pouvais créer davantage de loops, que j'intégrais avec mon synthétiseur Casio. J'ai eu quelques groupes quand j'étais au lycée, mais mon intérêt pour le cinéma m'en a éloignés. Etrangement, ça ravivait mon intérêt pour la musique. J'étais angoissé, l'Université a été un moment difficile. Et toutes les nuits la musique était pour moi un échappatoire, j'écoutais des trucs plus heavy, du côté sombre de la soul, comme Bartok ou Chostakovitch, que j'écoutais très intensément. Donc même si je ne l'étudiais pas à l'école, ça a été la période la plus formatrice d'un point de vue musical pour moi. |
| C'est intéressant parce que d'habitude les jeunes au lycée ou à la fac écoutent des trucs plus pop ou heavy... |
| Je pense avoir pas mal de problèmes relationnels dans ma vie sociale. Pour moi l'art est un peu mon chez moi. C'est l'endroit auquel j'appartiens. Donc à la fac j'ai réalisé que je devais devenir une personne plus sociable, j'ai diabolisé mon côté artistique. Pendant plusieurs années je n'ai pas écouté de musique et j'ai regardé beaucoup de films, mais j'ai essayé de me débarrasser de mon côté artiste prétentieux et d'apprendre à être une personne normale. Mais je suis revenu de ça. Ce mythe de la personne normal n'est pas réel, ce n'est pas quelque chose d'important. |
| Tu es un peu un phénomène internet, avec le succès de The Sad Song. Que s'est-il passé ? |
| C'était complètement dingue. Je participais à ce site, et c'est devenu de plus en plus ambitieux musicalement, un jour j'ai téléchargé une vidéo et je l'ai partagée avec les gens. On m'a dit que c'était cool et que je devrais la faire connaître. Ce que j'ai fait, en l'envoyant à deux sites de design. Et un jour, je ne sais même pas pourquoi, j'étais en train de vérifier mes stats sur Earthlink, ce que je ne faisais jamais parce qu'il n'y avait que 2 ou 3 personnes qui venaient. Et je n'aurais jamais dû, parce qu'il y avait un signal d'alarme rouge qui me disait "appelez Earthling, appelez Earthlink". Ils m'ont dit que j'avais eu beaucoup trop de visites et que je leur devais 8 000 dollars. Donc j'ai dû retirer ma chanson du net, et un de mes amis m'a aidé à la mettre sur son serveur gratuit. J'ai reçu un email de Neil Gammon, qui est probablement la cause de tout ça. Un critique de cinéma aussi, les Massive Attack. C'était un moment excitant mais effrayant aussi, parce que je n'avais jamais songé au monde de la musique, et je n'en avais pas le désir. J'ai eu le choix: est-ce que je voulais prendre ce chemin ou rester là où j'étais? Mais j'étais malheureux là où j'étais donc j'ai trouvé que c'était un bon changement. |
| Machin est celui grâce à qui tu as été signé ? |
| Oui. Je suppose qu'il a pensé que je pouvais faire de la vidéo, que je pouvais faire de la musique, un artiste pas cher. |
| Tu as fait l'artwork pour le site... |
| Oh non pas pour le site. J'ai une équipe en Espagne qui fait ça, mais j'ai fait pas mal de visuels qui sont dessus. La pochette a été faite par un artiste de Los Angeles appelé Richard Coldman, qui est très talentueux. Je suis vraiment heureux de pouvoir bénéficier de son travail. |
| Tu as travaillé avec Massive Attack. Comment c'était ? |
| Très intéressant et très effrayant. Parce que je n'avais jamais enregistré autre part que dans ma chambre à Los Angeles, et là je me suis retrouvé dans un grand studio à Bristol, avec ces musiciens super cools et bons, c'était flippant et intimidant comme expérience. Genre une semaine avant mon vol, j'ai chopé froid à la gorge. Comme si mon corps me disait "non, n'y va pas, tu vas échouer!". Mais c'était bien, c'était une expérience très importante, parce que jusqu'ici toute cette carrière a été jalonnée par mes confrontations à mes peurs, les unes après les autres. D'abord mettre les chansons sur internet, puis enregistrer à Los Angeles pour un film, enregistrer avec Massive Attack... Toutes ces choses ont été effrayantes. On part avec des idées reçues sur ce à quoi ça va ressembler où à quoi ça doit ressembler. Mais chaque fois j'apprends que tu ne dois te soucier de rien et que ça ne va pas ressembler à ce que tu crois. C'est juste un truc quotidien. |
| Tu as déjà joué en concert ? |
| Oui je l'ai fait quelques fois. |
| Quelle est ton expérience pour l'instant ? |
| Elle est très limitée. Et c'est très effrayant. C'est l'ultime peur à affronter. Pour être honnête, je fais ce que je peux pour le faire proprement. Mais c'est quelque chose de stressant pour moi, ça sera intéressant de voir comment ça va évoluer. |
| Quels sont tes plans, tes projets ? |
| Apprendre à faire un bon concert, c'est définitivement la priorité. Et c'est une chose sur laquelle je vais me pencher très bientôt. Voilà sur quoi je me concentre, mais je me concentre aussi sur la création de musique live, d'improviser des chansons à plusieurs voix. Faire des vidéos circulaires, et aussi une vidéo pour "The Original Man", qui est une chanson marrante. Après ça, passer à un second album. Pas de pause. |
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| Propos recueillis par Isabelle Chelley
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