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Interview de Ghinzu
Ghinzu
   
"On a essayé de restituer sur l'album cette espèce d'ambiance justement d'hystérie, de vibrations, de grondements qu'on peut avoir en live."
   
Le titre de l’album Mirror Mirror fait référence à Blanche Neige. Pourriez-vous à l’avenir faire tout un album qui ne raconte qu’une seule histoire ?
John Stargasm : Même si les différents petits contes ou comptines sont assez différents les uns des autres, ça n’empêche pas que ça traite du même sujet, d’un peu de notre époque. Et puis ça c’est vraiment quelque chose qui concerne les paroles, un petit peu moins la compo évidemment. Mais c’est vrai qu’on pourrait tout à fait envisager un album où musicalement, je dirais, du début jusqu’à la fin, ce soit peut-être le même morceau. Ici, c’est un peu le même sujet, même si c’est vu de différents temps.
Justement, il y a une chanson « Birds in my head » qui est quasi instrumentale, il y a quelques parties susurrées. Est ce que du coup, vous pensez que vous pouvez raconter une histoire juste avec la musique, en faisant évoluer juste les instruments ?
John Stargasm : oui, je pense que la musique et les chansons ont ça de particulier, qu’elles peuvent être écoutées sur différents niveaux, différents niveaux de lecture, que ce soit dans le principe des paroles, dans les paroles, dans la composition et aussi les arrangements. C’est vrai qu’on aime bien qu’il y ait des subtilités, que le disque ait une longue durée de vie, que quand on écoute l’album, finalement à chaque morceau, tu vas te rendre compte d’autres choses et tu vas le lire différemment, l’écouter différemment. C’est vrai que forcément la musique raconte aussi une histoire au même titre que les paroles ou que les arrangements, ça forme une ambiance. On est un groupe où on aime bien les images. En général on est fort inspiré. On regarde beaucoup de films, on est inspiré autant par les images que par la musique et donc quand on fait de la musique, forcément on essaye d’y mettre des images. C’est pour ça aussi peut être que des gens nous appellent pour mettre de la musique sur des films.

Mika Nagazaki : Et on aime bien aussi les films dans lesquels on comprend des choses nouvelles quand tu les vois une deuxième ou une troisième fois. C’est à dire qu’on aime bien aussi plein d’arrangements différents qui sont pas tout de suite perceptibles mais à la dixième écoute tu vas dire, ah tiens il y avait une petit note là derrière que j’avais pas entendu.

John Stargasm : Et quand tu la découvres et que tu réécoutes le morceau, tu n’entends plus que ça. Ca j’aime bien
Du coup quand vous écrivez une chanson, le texte par exemple, il y a une chanson c’est « Dream Maker » qui fait référence à la crise économique si j’ai bien compris l’ironie de la chose. Est-ce que le texte peut naître d’abord parce qu’il y a une idée qui vient et après c’est la musique qui va se poser dessus ou alors c‘est la musique qui inspire l’idée ?
John Stargasm : En général, plutôt la deuxième alternative. Peut être qu’il y aura un mot qui, dans le cadre de la jam ou de l’improvisation, va ressortir et va être le thème général de la chanson mais en général c’est plutôt la musique et ensuite les paroles viennent dessus ou le thème vient dessus.

Mika Nagazaki : On compose essentiellement en yaourt, donc parfois on garde une sonorité, des mots. En fait la musique inspire une ambiance ou des mots par exemple « Kill the surfers », c’est arrivé en improvisation et on a écrit le reste des paroles tout de suite.
Et les titres par exemple « The end of the world » c’est des titres qui peuvent paraître assez sombres comme cela, au premier aspect mais quand on lit les textes il y a une espèce d’ironie qui plane, est-ce que c’est un contre pied que vous aimez bien prendre ?
John Stargasm : Ben c’est vrai que « The end of the world » est un morceau où en gros la ville est en feu, tout s’écroule et la relation qu’il peut y avoir entre le monsieur et la madame est plus forte. En gros c’est le vieux concept de l’amour qui est plus fort que tout ou un truc comme ça. Et c’est vrai que c’est une musique qui est un peu tendue, je dirais que tu as l’impression que tu sors de chez toi et qu’il n’y a que des nouvelles de merde. Si tu mets le nez dans les nouvelles tu en as beaucoup de mauvaises, il y a une espèce d’angoisse généralisée, pas mal d’interrogations, on renégocie avec les valeurs. C’est comme ça que nous on le perçoit. Cela fait rarement l’objet d’une discussion intellectuelle, en général on voit quelque chose et puis on écrit et on exagère toujours tout. Et donc là c’est vraiment la ville qui est comme un bûcher et il y a ces deux personnes qui dansent dessus. Je crois même qu’elles s‘embrassent ou un truc comme ça et voilà. C’est la fin du monde et en même temps il reste une note d’invincibilité. C’est à dire que par rapport au discours qu’on a et à la musique qu’on fait, on n’aime pas se plaindre. On n’est pas sur une fibre avec tu comprends, t’es fragile, ça va pas et nous non plus … On est plutôt dans l’idée de donner aux gens justement la pêche, la niaque, l’énergie. T’écoutes la musique, t’as envie de changer le monde. Pour moi c’est quelque chose. C’est plutôt positif .
Sur l’album, vous partez sur pas mal d’univers différents aux niveaux des atmosphères, des dynamiques ou des mélodies, mais ça reste toujours très cohérent, du début à la fin on peut identifier le son Ghinzu. Est ce que c’est quelque chose qui vous est vraiment cher quand vous commencez à composer ou quand vous ordonnez l’album ?
John Stargasm : C’est un groupe très instinctif.

Mika Nagazaki : Ca va toujours sonner comme du Ghinzu quoi qu’on fasse. On peut essayer de sonner autrement mais on a pas des milliards de son de basse différents, de sons de piano différents, c’est un peu toujours la même chose. C’est la manière de composer qui fait que les morceaux sonnent complètement différemment, mais on sait que c’est nous qui jouons derrière.
Combien de titres vous avez composé avant de mettre les douze sur cet album là ?
John Stargasm : Plein, on en a plein, plein, plein. Mais si tu veux le problème qu’on a, c’est que dès que nous faisons un jam, on considère que c’est un titre. C’est ça le problème. Quand je dis un groupe instinctif, c’est ça. Tu composes et puis tout d’un coup il y a une idée forte et puis autour de cette idée forte, tu vas tout construire mais c’est vraiment des directions qui sont purement liées à notre émotion, à notre feeling. Tant qu’on a la chair de poule, on continue, dès qu’elle disparaît, on rechange on revient comme avant. Même chose pour les arrangements, même chose pour le mixage. Ca je crois vraiment que c’est le point commun entre les morceaux, nous on veut à chaque fois que ce soit prenant et que ça rende un peu hystérique, que cela soit un morceau calme ou un morceau avec de la pêche …
On parle de chansons avec la pêche, l’éponyme Miror Miror qui commence avec une super grosse poussée avec un riff à la Muse et après ça va vers des couplets un peu plus clinquant à la Frantz Ferdinand. Est ce que ce sont des groupes qui font partie de vos influences que j’imagine très anglo-saxonnes ?
Mika Nagazaki : Muse, pas vraiment

John Stargasm : Je crois qu’on a un peu les mêmes influences qu’eux. Je pense que dans Muse, il y a beaucoup de Queen, il y a quelque chose d’assez lyrique, quelque chose de composé au piano. Moi, j’écoutais du Queen … Dans Frantz Ferdinand, il y a tout cet esprit Gang of four, Raptures, ces trucs un peu old school, un peu plus années 80. Mika lui il adore les stranglers et les trucs comme ça donc

Mika Nagazaki : Les vieux Pink Floyd, plein choses … Divo
L’approche des morceaux est plus brut de décoffrage que précédemment sur Blow. Est-ce que c’est une volonté de votre part de retranscrire le son que vous faites en concert presque dénué d’arrangements ?
John Stargasm : Exact. En fait il y a plein d’arrangements ça c’est clair mais par contre on a essayé de restituer sur l’album cette espèce d’ambiance justement d’hystérie, de vibrations, de grondements qu’on peut avoir en live. Et les morceaux sont forts différents aussi parce que Blow s’appuyait sur certains gimmick d’arrangements, certains sons. Là, les morceaux sont plus écrits et clairement plus directs, plus concis, plus impactant. Et, en termes de production, l’idée de restituer la folie qui existe en live, en termes de sons, de chaos, de puissance. C’est un album tu n’as pas besoin de l’écouter à fond la caisse pour pouvoir t’imaginer cela. Ca retranscrit certaines sensations du live et en çà on trouve qu’en termes de production, c’est meilleur. On était toujours un peu sur notre faim avec Blow. Tu sais, dans Blow, c’est très dynamique et en même temps c’est quelque chose de très planant. En terme de production il n’y a peut être pas assez de pêche, pas assez de ce que c’est quand on jouait Blow en live. On veut faire un album live, c’est ça toute la difficulté du truc.
En parlant du live, au début on vous connaissait beaucoup pour vos tenues scéniques un petit peu extravagantes. Est ce qu’à l’heure actuelle où on peut avoir toutes les musiques à portée de clic, le but c’est d’exister avec le visuel directement, de pouvoir impacter l’auditeur dès le visuel ?
John Stargasm : C’est vrai qu’aujourd’hui je me surpasse parce que je suis en col roulé noir ce qui est un grand pas, presque l’anti-rock par excellence, mais je dirais que nous on a toujours mis des costumes parce que c’était plus simple, on aimait bien aussi ce côté un peu ordonné visuellement. Pour répondre à ta question, je crois vraiment que le rock, c’est très basique musicalement, après c’est vraiment l’attitude qui va derrière qui contextualise la musique et qui en fait du rock comme on l’entend. Je crois que le visuel a toujours été fondamental pour un groupe. Que des jeunes s’habillent en fluo et jouent du ZZ top, c’est pas la même chose que si c’est cette ambiance d’Amérique, un peu Texas, les longues routes, un peu les mecs avec leurs longues barbes … L’image derrière est toujours fondamentale. Voilà, derrière l’image des Beatles, il y a aussi l’image du succès qui a été réappropriée au fur et à mesure que les mecs ont été de plus en plus successful, et puis ils en remettaient à l’intérieur de leur image donc ils ont fait des clips où tu voyais des gens qui couraient derrière. Le visuel c’est fondamental, et nous on aime bien que quand les gens viennent voir un show, ils sont un peu extraits de leur quotidien et que pendant 1h30 ils prennent un peu une claque et ils sont comme nous quand on va voir un concert. Moi quand je vais voir un groupe en concert, j’attends d’être transporté, j’attends d’être ailleurs, j’attends d’être impressionné, j’attends de voir un vrai groupe. Souvent je juge la crédibilité du groupe en live, c’est très personnel, mais il ne suffit pas pour moi de faire un bon album, j’ai la culture du live, j’aime bien le live, j’aime bien voir des bons groupes live et ça me touche plus que juste un bon album.
Pour finir, votre manager s’appelle maman, c’est quoi la vie en tournée ?
John Stargasm : Mais non, c’est notre tour manager, c’est donc la personne qui nous accompagne et qui fait qu’en tournée tout se passe bien et c’est vrai qu’après une succession de dates, il y a beaucoup d’énergie qui est dépensée et qu’à la fin on se retrouve à lui téter le pectorau et à l’appeler maman, c’est juste une image parce qu’on sait plus très bien où on est.

Mika Nagazaki : c’est lui qui va rassembler ses petits. En plus il nous dépasse tous

John Stargasm : Il fait 2 mètres, il est très large

Mika Nagazaki : Et on l’appelle maman

John Stargasm : Et quand il nous envoie un mail pour nous prévenir, il nous appelle ses fils …. C’est comme ça. Tu vois c’est toutes les petites anecdotes qui arrivent quand on commence à tourner. Il y en a tous les jours. C’est pour ça aussi c’est assez chouette de faire de la musique, tu rencontres plein de gens différents et puis à chaque fois ….

Mika : Tous les jours tu as des occasions de te bourrer la gueule

John Stargasm : Il y a des choses absolument surréalistes qui arrivent à chaque fois. On a passé une semaine à inventer une langue, à la fin on parlait plus que dans cette langue. C’était pas très évolué mais ça marchait.
Cette recherche d’une nouvelle langue c’était une recherche pour unifier la Belgique ?
John Stargasm : Non, pas du tout, c’est parce que on se fait chier dans un bus …
   
Propos recueillis par Sébastien Delecroix
     
     
     
     
 Artiste
 Ghinzu


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Ghinzu" 27/11/2009


 Chronique(s) Date publication
 Ghinzu : Mirrror mirror 07/10/2009


 News Date publication
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