| « Tu ne peux pas mettre de la créativité dans tes céréales le matin et en manger pour le petit-déjeuner. » |
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| Dans quel état d'esprit étais-tu quand tu as commencé l'enregistrement de ton albumm? |
| Quand il a été temps pour moi de faire un album, je ne voulais pas qu'il sonne comme une compilation de chansons, mais quelque chose de plus conceptuel. En fait c'est difficile de dire si c'est quelque chose que j'ai choisi, ou si ça c'est simplement passé comme ça. |
| Ta voix s'incorpore complètement aux chansons, est-ce que tu la considères comme un instrument ? |
| C'est exactement ça. Ma voix est un instrument sur l'album, et ça je pense que c'est quelque chose que je recherchais totalement. Je voulais créer un nouveau son d'une certaine façon, et la seule chose que j'avais à offrir en tant que nouvelle artiste qui fait une nouvelle chanson, c'était ma voix, parce que personne d'autre ne l'a. Elle est unique. |
| Pour en revenir au titre, The Ring, et cette notion de "tourner en rond", on dit des écrivains qu'ils écrivent toujours la même histoire, même si les éléments diffèrent. Est-ce que tu dirais que c'est la même chose des songwriters ? |
| Peut-être que certains chanteurs reproduisent toujours la même mélodie quelle que soit la musique oui. Certaines personnes peuvent employer encore et toujours les mêmes mots, en les arrangeant un petit peu. Je pense qu'il y a du vrai là-dedans, nous sommes des créatures de l'habitude. On sait ce qu'on aime, ce qui nous est confortable, surtout dans l'utilisation des mots, parce qu'on recherche à retranscrire précisément ce que l'on ressent, et le langage est trop limité pour ça. Du coup on cherche d'autres manières de dire les choses. Par exemple, je ne pourrais jamais exprimer toutes les facettes d'une humeur que je peux avoir. |
| Comment joues-tu les chansons en concert ? |
| J'ai un groupe avec moi. C'est quelque chose de tout récent. On a mis une vidéo en ligne où on peut nous voir jouer. C'est une moitié de groupe en fait, parce qu'il y a tellement d'instruments sur l'album qu'il était impossible d'amener autant de musiciens sur scène pour jouer les chansons. C'est un bon exercice. Il y a quelqu'un qui coordonne le tout, avec l'ordinateur et le synthétiseur. Il y a un guitariste qui ne s'occupe que de reproduire les samples de guitare. En gros, ça peut arriver que quand il joue des notes de guitare, il module les sons pour en sortir des notes de saxophone. Et le batteur a la même chose ! Il utilise des pads, et aussi des samples de l'ordinateur, une espèce de "boîte-cerveau" qu'il a dans son matos. |
| Tu as écrit l'album à Los Angeles mais vis maintenant à New York. Est-ce que tu penses que l'album aurait sonné différemment si tu l'avais écrit à New York ? |
| Absolument. J'en suis intimement persuadée. Mais je ne peux pas dire en quoi exactement. Selon l'endroit où je suis, l'atmosphère de l'endroit, je peux graviter entre différents sons. Là où je vivais à Los Angeles, il y avait beaucoup plus de végétation, d'espace pour apprécier la nature autour de moi. Depuis que j'ai quitté L.A. Je suis à New York mais j'ai également été beaucoup à Berlin, et cela m'a fait me tourner vers des sons beaucoup plus industriels. Ce sont de gros changements, c'est sûr, et j'imagine que les prochaines choses que je ferai sonneront encore différemment. |
| Et si l'endroit où tu es t'influence, on dit aussi que l'humeur peut aider, ou qu'un artiste peut être plus créatif quand il est triste ou en crise. Qu'est-ce que tu en penses ? |
| Je pense que les temps difficiles engendrent la créativité. Mais je ne sais pas si les bons moments... Je ne dirais pas que je me sens incapable de créer dans les moments heureux. Historiquement j'ai fait beaucoup de progrès pour créer alors que je me sentais vraiment mal à propos de quelque chose. Je ne suis pas sûre, je pense que c'est un code, une équation délicate. Il y a tellement de facteurs qui rentrent en ligne de compte en matière de créativité. Certaines personnes peuvent dire que la créativité est un fantôme qui hante votre corps, et qu'elle te possède avant de s'en aller ! Mais c'est aussi ce qu'on ressent quand on vit un moment de clarté, quand une chanson ou mélodie vient, quelque chose qui te fait te sentir bien. Et quand tu as vécu ça une fois, tu peux le faire à nouveau, mais cette motivation, cette inspiration n'est pas là, et tu as l'impression de poursuivre quelque chose qui n'existe pas. Tu ne peux pas détenir cela. Tu ne peux pas mettre de la créativité dans tes céréales le matin et en manger pour le petit-déjeuner. |
| Ce sont Yann Rivers et Subliminal Kid de Fever Ray qui ont réalisé ce disque. Qu'ont-ils apporté à ta musique ? |
| A la base j'ai travaillé avec un autre producteur, qui a bien dû signer 2/3 des chansons de l'album. J'ai rencontré Yann et Subliminal Kid quand ils tournaient avec Fever Ray, et on a assez vite convenu qu'on voulait travailler ensemble. Ils sont venus en tournée avec moi, quand j'ouvrais pour The XX sur ma première tournée. Ils ont produit 2 chansons sur l'album, mais ils m'ont surtout aidé à créer tous ces sons de transition qu'on entend entre les chansons. Nous nous sommes enfermés en studio pendant une semaine pour faire ça. Ils avaient juste toute une autre palette de sons et d'idées par rapport aux gens avec qui j'avais l'habitude de travailler. Je me sens très contente du résultat. Ils ont en quelque sorte apporté ce son industriel également. C'est ce pourquoi ils sont connus je suppose. Ils ont un son plus dur, plus propre, que celui autour duquel je me suis habituée à tourner et à travailler par moi-même. C'était sympa, parce que ça m'a permis d'apporter tous les éléments que j'apprécie. |
| Ton site a plutôt des allures de blog. C'est pour partager tout ce que tu aimes, et pas seulement ta musique ? |
| Le site de Glasser devait devenir un autre site, il était supposé être plein d'informations, parler des concerts, mettre des liens vers le label... mais je ne fais que parler de choses que j'aime. Peut-être qu'il y a plus dans la musique que juste une écoute. Il y a des humeurs. |
| Si tu pouvais choisir un film dont tu ferais la bande-originale toi-même, lequel serait-ce ? |
| Ouah. Heu... je ne sais pas... peut-être quelque chose comme "The Guards Must Be Crazy". Ca serait bien de faire The Labyrinth, de Jim Henson, et je crois que j'aimerais vraiment en faire la musique. Mais elle est déjà tellement parfaite, c'est vraiment dur de choisir ! |
| Les critiques te comparent beaucoup à Bat For Lashes, quelles seraient tes autres influences ? |
| Oh Bat For Lashes n'est pas du tout ma principale influence. Joni Mitchell est mon héroïne. Je pense que les gens parlent de Bat For Lashes parce qu'elle fait quelque chose de similaire... Enfin je ne sais pas, je ne sais pas ce qu'elle fait en fait. Je n'ai jamais écouté sa musique. Mais je crois qu'elle sonne comme Fleetwood Mac, ou quelque chose comme ça. Je pense que je ne sonne pas du tout comme ça. Enfin, ma principale influence est Joni Mitchell, parce qu'elle utilise sa voix comme un instrument, et c'est là que j'ai trouvé l'inspiration et l'envie de faire cela. |
| Tes parents sont également musiciens, avec ton père dans le Blue Band, est-ce que ça aide à mettre un pied à l'étrier ou bien est-ce que ça met un peu de pression ? |
| Ils m'ont totalement influencé dans le développement de ma personnalité musicale. Il y avait constamment de la musique à la maison. Ils ont été totalement heureux et supporters de ce que je faisais. |
| Quel est le meilleur endroit pour écouter ta musique ? |
| Dans le noir. C'est là que je préfère écouter la musique, pour la ressentir, et même la voir. |
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| Propos recueillis par Sébastien Delecroix
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