| Les rois du Garage band à la française sortent un nouvel album, l'excellent « Silence is golden ». Rencontre… |
| |
|
| Vous êtes un groupe de rock et vous avez appelé votre album « Silence is Golden ». Est-ce par manque d’estime de soi ou par ironie ? |
| C’est de l’ironie. On a voulu dénoncer tous les non-dits. Notre premier album était une observation du quotidien des cinq membres du groupe. Ce disque explique que les pires choses se passent quand les gens se taisent et ne réagissent pas.
Le silence est d’or signifie que si la société te bouffe et que tu ne réagis pas, la société apprécie. A l’inverse, il faut toujours dire les choses pour éviter cette situation.
L’ironie tient au fait que nous pensons que le silence n’est pas d’or.
On nous dit « Taisez-vous, ça va bien se passer », c’est ce qu’on dénonce et ce qu’on essaie de réfuter à notre niveau.
|
| Comment se passe le travail à cinq ? |
| Si notre musique est ce qu’elle est, c’est justement parce qu’on est cinq. On aime tous le rock n’ roll mais chacun apporte une touche plus hard, plus pop, ou plus électro.
Le rock vient du choc entre cultures et du choc du son. Il est plus intéressant d’avoir cinq personnalités qui s’entrechoquent qu’un leader ou un auteur qui prend le dessus. Quel que soit le talent de la personne, cela reste plus pauvre que cinq esprits ensemble.
Ce n’est pas toujours facile d’être cinq justement parce qu’il n’y a pas de leader. C’est souvent plus simple d’être une dictature qu’une démocratie.
|
| Vous composez toujours à cinq, en jammant ? |
| Oui . Ca vient d’un riff, d’une ligne de chant. Nous essayons de fracturer les styles. Notre nouveau single est né un jour où Frank a pris la basse. Les autres amènent le morceau dans d’autres directions. Le but étant d’arriver à une chanson qui plaît à tout le monde, ou tout le monde se retrouve, le tout avec un son très pop, contrairement à des groupes que l’on adore comme Death in Vegas ou Dandy Warhols où les titres sont moins structurés. |
| Quand on écoute l’album, on a l’impression qu’il pourrait être joué tel quel en live. Comment réussissez-vous à créer une telle énergie en studio ? |
| Tous les morceaux sont plus faciles à jouer en live que les anciens. Ils sont déjà denses et fonctionnent très bien en concert.
Cela vient de la façon dont on compose. On compose comme on joue, sans utiliser d’ordinateur.
On a choisi de travailler avec les mêmes personnes, Black Box et Peter Deimel, co-rélisateur du disque, de la même manière que l’on avait abordé le premier album. Nous sommes des amateurs du son analogique et vivant. On aurait du mal à défendre un album trop produit. Même si le travail sur l’univers de chaque chanson est plus travaillé, on garde la spontanéité des répétitions.
Si on optait pour un son plus policé, on sonnerait variété, sur lequel la musique passe au second plan. En revanche, quand tu écoutes de bons albums de rock on a l’impression qu’ils jouent en live chez toi C’est ce qu’on essaie de recréer.
|
| Comment s’est passée la rencontre avec Peter Deimel ? |
| On répétait avec un groupe du nom de Hopper qui enregistrait leur premier album sur Black Box et on partageait le même local d’enregistrement. Ils nous ont conseillée d’aller voir Peter qui était ingénieur du son là-bas.
Il a bien aimé nos maquettes. Peter est le seul à nous synthétiser aussi bien. Même notre manager et notre maison de disques n’y parviennent pas. Nous avons tous une confiance aveugle en lui. Il a tout de suite eu la bonne attitude avec nous.
C’est le coiffeur parfait. Tu sors du studio en n’étant jamais mécontent de ta coupe de cheveux, ce qui, par essence, n’existe pas. Le problème auquel beaucoup de groupes sont confrontés est de se faire comprendre pour leur ingénieur du son. Peter comprend tous les instruments, l’esprit du groupe et apporte sa valeur ajoutée.
Nous avons commencé par aller chez lui et enregistrer des morceaux. Il a participé à la phase d’élaboration des titres et nous a donné son avis sur les structures et les mélodies. Cela l’a aidé à cerner le style de son qui nous convenait.
Peter a progressé avec nous dans le sens où il nous suit et est toujours là où on l’attend. Humainement, il nous correspond très bien. Comme nous sommes un groupe d’amis, il fallait qu’il arrive à se faire une place.
Il est très discret et souvent en retrait tout en nous soutenant. La première fois que je l’ai rencontré, j’ai eu l’impression de découvrir le mec le plus cool de la terre. Il est toujours présent pour nous soutenir avec le sourire. |
| On vous définit souvent comme un groupe de rock garage mais il n’y a pas de parti pris rétro dans votre musique. D’où vient ce mélange entre influences anciennes et modernes ? |
| Encore une fois, cela vient en partie du fait que nous composons à cinq. A part Guillaume, nous avons tous écouté du garage dans notre vie, les Nuggets, les Peebles, Back From The Grave… A Perpignan, on appartenait à la scène 1960s. Mais c’était il y a quinze ans, on a rapidement évolué et fait notre propre musique.
Certains groupes ont juste envie de s’intégrer dans cette scène et utiliser ces codes-là. Nous n’avons jamais raisonné de cette façon.
En France, on ne connaît rien au rock. On nous fait passer pour un groupe mods et garage alors que ce n’est absolument pas le cas. Ce deuxième album va dans ce sens-là. On peut difficilement dire qu’il sonne 60s.
La plupart des gens ne connaissent pas vraiment ces références. Les puristes le savent mais le grand public nous classe facilement dans cette catégorie. |
| Êtes-vous des fétichistes des vieux instruments ? |
| Oui, on aime beaucoup ! On a tous des vieux claviers que l’on garde.
Pour moi, cela n’a rien à voir avec une mode. Pendant quinze ans, les meilleurs instruments de musique ont été construits. Aujourd’hui, il est impossible de retrouver une telle qualité.
Dans le studio de Peter Deimel, tu ne trouves que des vieux instruments des années 1950, des vieux micros à ruban. C’est pareil pour les synthétiseurs. Les rééditions sont parfois correctes. Des groupes comme Prodigy ou les Chemical Brothers utilisent aussi de vieux instruments. On trouve que le matériel moderne ne sonne pas. Certains groupes ne vont pas comprendre notre son et trouver que c’est lourd et cheap.
C’est un peu la différence que tu retrouves entre le vinyl et le CD. Nous sommes des inconditionnels du vinyl. Quinze formats différents sont sortis depuis la mort du vinyl. Ce n’est pas seulement une démarche de puriste mais une logique de qualité de son. |
| Que pensez-vous de ce que tout le monde appelle « le retour du rock n’ roll » ? |
| Il y a eu un retour du rock dans les médias et sur le devant de la scène. Des groupes phares comme The Strokes ou Franz Ferdinand ont plus marqué les esprits. Comme l’expliquait Guillaume, notre bassiste, à un moment la techno et les rythmes n’ont plus suffi et les groupes sont retournés au rock. Primal Scream a presque viré techno avant de revenir à leur son d’origine proche des Rolling Stones. C’est un cycle. Dans cinq ou dix ans, ce sera différent.
Le rock existera toujours même s’il n’est pas présent dans les magazines.
Comme le rock marche bien aujourd’hui, c’est une aubaine pour nous. Tant mieux pour les groupes de rock qui peuvent profiter de cette mode.
Le rock est beaucoup plus présent dans les films, les clips, la mode vestimentaire, et a pris une place si importante que je ne pense pas qu’il puisse vraiment disparaître.
Même dans un milieu aussi riche que le hip hop américain , il y a un retour vers ces racines ce qui est très significatif.
|
| Comment avez-vous vécu le succès de votre premier album ? |
| Nous avons été très surpris. Nous étions déjà contents d’entrer en studio et de sortir un disque ! Nous avons atteint nos objectifs.
Il y a quelques années, notre clavier a dit « Le jour où je fais La Cigale, j’arrête ». Tout cela prouve bien qu’on ne s’attendait pas du tout à ce qui nous est arrivé. Il y a quelques temps, nous avons fait l’Elysée Montmartre et réussi à remplir la salle ce qui était au-delà de nos espérances.
Nous n’avons aucune pression mais parfois le succès, à notre petit niveau de groupe de rock indé français qui chante en anglais, nous dépasse. |
| Comment l’écriture en anglais s’est-elle imposée ? |
| Nous avons fait deux chansons en français dont une en talk over un peu à la Gainsbourg. L’autre façon de chanter en français est de hurler, ce que nous avons fait sur « CPPDCC (Ca Peut Plus Durer Comme Ca) ». Nous avons écrit « Natacha » en français que nous aimons beaucoup. Mais si on la met dans un album, elle va devenir le single et nous allons passer pour un groupe de rock français, ce que nous ne sommes pas. Pour nous, le rock est anglo-saxon et l’anglais s’impose donc naturellement. |
| Vous faites de la musique depuis quinze ans. Avez-vou déjà envisagé de faire autre chose ? |
| C’est l’inverse. On a tous travaillé et on s’est retrouvé à Paris par hasard. J’ai bossé sept ans dans un laboratoire avant de quitter mon travail. On s’est demandé si on devait arrêter de travailler pour se lancer dans la musique.
Maintenant, on se demande si on pourrait un jour retourner à nos vies d’avant, ce qui paraît impossible.
Aujourd’hui, on arrive à vivre de notre passion. Reprendre un travail alimentaire serait difficile. Cela risque d’arriver à un moment mais nous appréhendons tous. |
| Quels sont vos projets ? |
| Nous sommes en tournée. On a déjà fait quelques dates et nous jouons à Cigale le 4 décembre pour présenter notre album à Paris. Nous ferons une dizaine de concerts jusqu’à Noël. On espère que la date à la Cigale se passera bien et on aimerait partir en tournée l’année prochaine.
Comme nous avons plus de notoriété, les directeurs de salle sont un peu plus frileux et cela prend donc plus de temps à mettre en place.
|
| |
|
| Propos recueillis par Isabelle Chelley
|