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Interview de Jehro
Jehro
   
« L’album précédent s’est transformé en petit bateau et qui nous a fait faire un mini tour du monde. »
   
Ton nouvel album s'appelle Cantina Paradise, nom qui évoque l'ailleurs. Tes chansons, elles sont inspirées par des voyages?
Oui. Je suis un grand amateur de photographies. Donc, évidemment, la lumière ?ou du moins toutes les différences nuances de déclinaison de la lumière, ça me parle beaucoup. Et comme j'ai un imaginaire assez visuel, quand j'écris mes chansons, y'a toujours une texture de lumière particulière, des couleurs et des lieux.
Et comment on la traduit en musique, la lumière?
Justement, c'est toute la magie et tout le mystère du secret de la musique. Des fois, dans la chanson, on sent une charge comme ça. Ça se passe avec les notes, l'inspiration du moment. Tout ça, normalement, ça doit se mélanger pour donner quelque chose qui est chargé. Et après, les gens prennent un petit peu la musique et posent leur imaginaire dessus.
Tu as beaucoup voyagé, personnellement?
J'ai voyagé pas mal. Pas autant que Bernard Lavilliers, c'est sûr. Mais pas mal. Entre autres, avec l'album précédent, on est beaucoup partis. C'est vraiment un album qui s'est transformé en petit bateau et qui nous a fait faire un mini tour du monde. On a été au Japon, aux Etats-Unis, pas mal de pays d'Europe, Nouvelle-Calédonie, La Réunion, les îles. C'était vraiment une sorte de vrai voyage. Mais c'est un projet qui est parti de pas grand-chose. On a fait ça avec des bouts de ficelle. C'est ce qui fait le côté magique de ce métier.
Y'a un côté très ensoleillé dans ta musique?
Ça, c'est dû à mon accent!
? mais du coup, est-ce que tu composes plutôt dehors, sous le soleil?
Non. Moi, c'est plutôt la nuit. C'est le moment où je suis le plus calme. Où je n'embête personne. Et y'a une sorte de silence. Si le ciel est clair, on voit les étoiles. J'ai une petite terrasse là où je suis. C'est un peu le lieu idéal pour essayer de laisser venir les choses. Ça m'arrive aussi de travailler l'après-midi. Mais c'est vrai que les bonnes idées, elles viennent plutôt la nuit.
Petit retour en arrière. Tu as souvent dit que la musique était venue à toi à l'âge de 13 ans. Comment ça?
C'est une histoire assez étrange. A 13 ans, j'ai vécu dans un environnement quand même assez artistique. Parce que mon père était auteur-compositeur, de chanson française, plutôt rive gauche, dans la lignée des gens comme Brel, Brassens. Donc, à la maison, on écoutait pas mal de classiques. Et un jour, à 13 ans, je me suis endormi et j'ai eu comme un petit concerto de musique classique qui est venu dans ma tête. Avec tous les instruments. Ça jouait, comme ça. Finalement, je ne fais pas de musique classique mais c'est quelque chose qui m'a interpelé parce que j'avais passé un super beau moment tout seul avec mon imagination et je me suis dit qu'il y avait quelque chose d'assez naturel entre moi et ça. Mais à 13 ans, je n'étais pas en âge de formuler ça clairement. Ça s'est mis en place avec le temps, petit à petit.
Ta musique est aussi empreinte de tes rencontres, comme celle avec Seu Jorge. Est-ce que c'est pour ça qu'il y a un peu plus de samba sur cet album-là?
Ça vient aussi de là mais c'est vrai que je suis un grand amoureux de la musique brésilienne en général et plus particulièrement de la bossa nova. Parce que je trouve que c'est vraiment un moment privilégié dans l'histoire de la musique brésilienne. Et puis, c'est une musique d'une richesse harmonique et mélodique incroyable. Et surtout, c'est une musique où y'a une vraie poésie, dans les textes, qui est mise en musique avec une sorte de talent énorme de la part des trois créateurs. Et puis le fait d'avoir tourné avec Seu Jorge qui, pour moi, est aussi un héritier de la musique brésilienne, ça a été un super moment pour nous. On l'a accompagné sur une vingtaine de dates sud-américaines. Et ça a été un moment vraiment important pour moi parce que j'ai vécu plein de choses chouettes. Parce que c'est quelqu'un qui est généreux. Y'avait une ambiance super. Forcément y'a une chanson en particulier dans l'album qui s'inspire de ça. Mais ce que je fais, ce sont des mélanges. J'essaie de prendre les choses que j'ai vécues, les choses que j'aime et j'essaie d'en faire de petites chansons en mélangeant tout ça.
On a souvent parlé de tes influences reggae. Mais y'a aussi beaucoup de soul dans ta musique?
Dans et album plus particulièrement. Ça fait partie aussi de mes musiques de chevet et d'adolescence. Quand j'ai commencé la musique, à chanter dans des petits bars à Marseille, j'ai commencé avec ça en fait: la soul music, le rythm'n blues, James Brown, Marvin Gaye. Ça fait partie de ma musique de formation. Elle est partout de toute façon. Le reggae, ça s'inspire de la soul. Le rock steady, le blues aussi, y'a même des réminiscences dans le gospel. La soul, c'est une musique un peu centrale. Et je pense que je suis un enfant de cette musique-là. Même si je suis marseillais!
Mais Marseille, c'est aussi une ville de métissage!
Une longue longue tradition millénaire de métissages cultures. De voyages aussi parce que c'est un port donc ça rentre, ça part, ça sort. Marseille, c'est une ville aussi avec une tradition populaire, plutôt humble. C'est une ville qui n'a jamais été vraiment très riche. Déjà, de ce côté-là, ça explique aussi mon goût pour les musiques populaires, cette forme d'expression avec laquelle je me sens plus en phase. J'ai l'impression d'y être à ma place.
Y'a un métissage dans ta musique mais aussi dans tes langues puisque tu chantes en anglais et espagnol. C'est plus facile de faire chalouper les mots dan une langue étrangère?
Je ne peux parler que pour moi. Mais je dirais qu'en français, j'ai déjà essayé et ce n'était pas une expérience concluante pour moi. Je ne me sentais pas vraiment convaincu par le travail que j'avais fait. L'anglais et l'espagnol, ça a été quelque chose de plus naturel, de plus intuitif pour moi. Et, bizarrement, ces choses-là, elles raisonnent avec le public. Ce sont des réponses un peu étonnantes de la vie mais pour moi, c'est comme ça.
Tu as beaucoup tourné avec l'album précédent. Est-ce que, quand tu as écris ces nouvelles chansons, tu t'es dit: ouais, on va se marrer en les faisant sur scène?
Oui, comment tu sais ça? Je pense à ça parce que, pour moi, l'important, c'est qu'on renne du plaisir. Parce que je fonctionne au plaisir. Je ne suis pas un masochiste. Ni un sadique. Du moins, juste ce qu'il faut. Et sur cet album, y'a une matière live qui est un peu plus dense que sur l'album précédent. Parce que je voulais qu'on essaie d'être plus prés de l'instant. Et que, de toute façon, quoi qu'il arrive, on vit toujours dans le présent. Et l'idée de travailler du live, c'est toujours quelque chose d'intéressant, ça a une forme de pureté, on essaie de saisir un instant de musique. Et, dans cet album, y'a quasiment tout qui est enregistré en live. Et je pense qu'on va bien s'amuser à les partager sur scène.
Si Cantina Paradise, ça devait être un lieu, ça ressemblerait à quoi pour toi?
Ce serait forcément une plage. Ce serait un lieu perdu. Y'aurait une petite maison sur pilotis. D'ailleurs, y'a une photo sur la pochette, qui lui ressemble beaucoup. C'est pour ça qu'on l'a gardé, cette image. Un lieu comme ça où les gens pourraient venir boire un coup, manger un peu, regarder la mer, être tranquille et se réconcilier avec le monde.
   
Propos recueillis par Adeline Lajoinie
     
     
     
     
 Artiste
 Jehro


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Jehro" 30/05/2011


 Chronique(s) Date publication
 Jehro : Cantina Paradise 08/04/2011
 Jehro : Cantina Paradise



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