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Interview de John Butler Trio
John Butler Trio
   
"Mon idée de la révolution se rapproche plus du concept d'évolution : ça arrive doucement."
   
Est-ce important pour toi de garder contact avec tes racines malgré tout le chemin parcouru ?
Je pense qu'il est important de garder les choses en perspectives. Je suis fier d'où je viens et je suis fier d'où je suis arrivé. C'est bien de ne pas oublier ça, car tu apprécies d'autant plus là où tu es aujourd'hui. J'ai de très bons souvenirs de ces moments, et je pense aussi que je ce que je vis maintenant est plutôt cool… C'est bien d'avoir des perspectives. Si ça (il écarte les mains) représentait tous les artistes du monde, seulement ça (il montre une toute petite portion) représenterait ceux qui peuvent se nourrir et payer leur loyer. Je me sens très chanceux de pouvoir vivre de ce que j'aime. C'est une chose rare.
Comment vois-tu ton évolution musicale à travers tes albums ?
Tout a commencé quand j'étais jeune, et ça a eu tendance à s'améliorer avec le temps. Mais mes albums sont comme mes enfants, donc je suis fier de chacun d'entre eux. Et je suis très fier de celui-ci. Je me suis beaucoup amusé en faisant April Uprising. Quand j'attaque un nouvel album, je le fais toujours avec un but à atteindre. Des fois tu l'atteins, des fois tu le rates, et des fois tu y arrives à peu près. Pour cet album-là, j'ai vraiment l'impression d'avoir mis dans le mille par rapport à mes objectifs. Pour moi c'est une réussite.
Tu as posté plusieurs démos sur ton site internet pendant l'enregistrement de cet album. Était-ce pour avoir un retour immédiat de tes fans ?
Je ne demande pas vraiment de retour à mes fans. C'est une étrange dualité : je fais de la musique pour des raisons très personnelles, pour me rendre heureux et éviter de devenir dingue. Je n'écris pas vraiment de la musique pour rendre mes fans heureux, mais je veux quand même qu'ils l'aiment. C'était plus une manière de les inclure. Je suis toujours très occupé, à faire des concerts autour du monde. Je ne viens en France que deux ou trois fois par an, le reste du temps je suis ailleurs donc c'est bien de laisser aux gens quelque chose à se mettre sous la dent, pour les motiver. C'est pareil pour les autres fans dans le monde, d'ailleurs.
Comment sont venues les chansons pour cet album ? Facilement ou difficilement ?
C'était différent pour chacune. Certaines chansons sont restées quasiment comme les démos que j'avais faites. Comme "Close to You". Par contre, une chanson comme "Revolution" a beaucoup changé entre le moment où je l'ai écrite et le moment où on l'a répétée. Et au moment de l'enregistrer, j'ai enregistré quatre refrains différents, j'essayais de trouver le bon. J'en enregistrais un un jour et je me disais "yeah, je l'adore !" et le lendemain en le réécoutant c'était "oh, mais c'est pourri !". D'autres chansons n'étaient qu'un riff de base que j'ai amené à Nicky et Bryon en leur disant "qu'est-ce que vous en pensez", ils disaient un truc du genre "ah ouais c'est cool…" et parfois je faisais des changements au dernier moment, d'autres fois ils me proposaient des arrangements différents. Et une fois le morceau enregistré j'écrivais les paroles… Chaque chanson était un animal différent à dompter tout en faisant bien attention à ne pas briser son esprit original.
Tu as encore changé de formation pour cet album. Comment était-ce de retrouver ton ancien complice Nicky Bomba à la batterie ?
C'était génial ! Bien sûr, j'étais triste de devoir laisser partir Michael et Shannon, qui sont des gens fantastiques, d'incroyables musiciens et des frères d'âme, mais d'un autre côté j'étais content de retrouver Nicky, avec qui j'ai cette super alchimie. Puis on a fait venir Bryon à la basse et c'était parfait. C'est comme si on avait deux côtés d'un triangle et qu'il était venu le compléter pour donner une figure parfaite. C'est allé comme un gant. C'était évident dès les premières heures qu'il se passait quelque chose de spécial entre nous. Au départ je ne savais même pas avec qui j'allais faire ce nouvel album, j'ai invité Nicky pour faire un bœuf et ça a tout de suite fait "boum" dans mon cœur et mes tripes. Je recherchais ce même genre de feeling pour mon nouveau bassiste, j'en ai auditionné quatre et Bryon est vraiment ressorti du lot.
Quoi qu'il en soit, tu restes toujours en trio…
Ça ne m'a jamais vraiment intéressé d'être à plus. J'aime garder les choses simples. Parfois les arrangements et la musique sont déjà assez complexes à trois. Avec un trio tu peux avoir un super gros son qui sonne comme si tu étais à six, ou alors tu peux sonner comme si tu étais deux. Ça laisse de l'espace, c'est une configuration malléable, versatile.
Quand on a reçu tellement d'énergie sur scène, le travail en studio n'est-il pas un peu ennuyeux après ?
Ce sont deux manières très différentes de créer. D'un côté tu peins sur l'instant et tu ne peux jamais revenir en arrière, tu ne peux rien effacer, c'est en live. Tu peins, et toutes les erreurs que tu as pu faire restent, tu n'as plus qu'à espérer que le résultat est quand même bon. D'un autre côté, enregistrer en studio c'est comme travailler sur un chef d'œuvre : tu peux peindre, effacer, rajouter, enlever… Le plus important dans les deux cas, c'est qu'il y ait la magie, ce sentiment unique. La plupart du temps on enregistre "live", pour conserver cette magie.
Peux-tu nous expliquer le titre de ton album, April Uprising ?
Il y a beaucoup de raisons. Quand j'ai terminé de tourner pour l'album Grand National, j'ai été contacté par une émission télé appelée "Who do you think you are?", qui est une série généalogique qui s'intéresse aux ancêtres et aux arbres généalogiques de certaines personnalités. J'ai tout suite répondu oui car j'ai toujours voulu savoir qui étaient mes ancêtres. J'ai appris beaucoup de choses très surprenantes, et notamment on s'est retrouvés en Bulgarie, dans une ville qui s'appelle Kapritska. Et en 1875 à Kapritska, mon arrière-arrière-grand-père a mené un soulèvement contre l'empire ottoman connu sous le nom de "soulèvement d'avril" (April Uprising), pendant lequel les Bulgares réclamaient leur indépendance. Cent ans plus tard, je naissais, puis mon fils est aussi né en avril et il m'a appris beaucoup sur le fait d'être un homme, et d'élever un garçon pour en faire un homme… Et puis j'ai coupé mes cheveux. Et j'ai dissous mon groupe en avril, j'ai enregistré en avril un album qui sort en avril… Cet album est donc une grande métaphore sur une révolution personnelle et musicale, une prise de pouvoir personnelle et une manière de célébrer tout ça. April Uprising fait a beaucoup de sens pour moi et capture assez bien le sentiment révolutionnaire qui le parcoure. Par exemple, j'avais écrit "Revolution" avant même de partir en Bulgarie, donc tout ça me paraissait logique.
Peux-tu justement nous parler de ce "sentiment révolutionnaire" ?
La chanson "Revolution" est une certaine idée que je me fais des révolutions. Je ne suis ni un préconisateur, ni un croyant, ni même un fan de cette idée qui veut qu'une révolution est quelque chose qui se passe en un jour, une semaine ou même un mois et qu'après ça tout va aller bien, que tous les politiciens vont dire la vérité, qu'il n'y aura plus de pollution, plus de guerres, et que tout le monde va marcher dans les rues avec des fleurs dans les cheveux… C'est complètement irréaliste pour moi. Mon idée de la révolution se rapproche plus du concept d'évolution : ça arrive doucement. Une révolution n'a pas vraiment de début ni de fin, c'est un état permanent. Je le sais parce que je le vois atout autour de moi, même si ça arrive très lentement. On a encore beaucoup de chemin à parcourir, la révolution ne sera jamais finie. On a vu la fin de l'Apartheid en Afrique du Sud, celle de la Ségrégation aux Etats-Unis, les femmes ont plus de droits qu'elles n'en ont jamais eus, mais d'un autre côté elles gagnent encore 20% de moins que les hommes, donc il y a toujours des choses à faire. Le changement se fait doucement. Il y a dix ans, personne ne parlait de l'environnement, c'était vu comme un idéal de hippie gauchiste mais aujourd'hui c'est au centre des préoccupations. Le sens commun commence enfin à s'imposer. Je ne pense pas que la révolution doit être quelque chose de politique, social ou économique ; la révolution est d'abord ici, dans nos têtes. Ça commence par la façon dont on se perçoit et dont on perçoit les autres. Lentement mais sûrement, les choses vont finir par aller mieux. Parfois c'est VRAIMENT lent, parfois c'est douloureusement lent, mais comme l'évolution, c'est lent : ce n'est pas quelque chose que tu peux observer, mais ça arrive. La révolution est donc en marche, tous les jours, constamment. Ça me rend heureux, ça me donne de l'espoir et ça me donne de l'énergie pour avancer.
   
Propos recueillis par Michael Rochette
     
     
     
     
 Artiste
 John Butler Trio


 Interview(s) Date publication
 Interview de "John Butler Trio" 13/04/2010
 Interview de "John Butler Trio" 10/04/2008


 News Date publication
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 Aftershow(s) Date publication
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 Video(s) Titre
  John Butler trio : Better Than



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