Interview de Joyce Jonathan |
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Joyce Jonathan
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| « Récemment je suis allée au cinéma, le vendeur m'a tendu ma place et m'a dit « Ah bah tiens, je suis ton producteur » ! |
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| Est-ce que tu suis toujours des études de psychologie ? Est-ce que ça influence ton écriture ? |
| Oui, je les suis toujours. Je pense que ça m'influence un peu, parce que j'imagine que tout ce que je fais m'influence dans l'écriture vu que ça parle de ce que je ressens, de ce que je vis. En général une chanson naît de ce que j'ai vécu ou de ce que j'ai observé sur d'autres personnes plusieurs fois, et je me demande pourquoi est-ce qu'à chaque fois ça se passe de la même manière, pourquoi quand on se sépare on a plus ou moins tendance à dire tout le contraire de ce qu'on pense, par fierté. C'est plus des choses que j'observe chez les gens et dans lesquelles je m'identifie en fait. |
| Depuis toute petite tu voulais faire chanteuse, maintenant que tu l'es, est-ce que tu continues les études pour garder les pieds sur terre ou parce que tes parents t'y ont poussée ? |
| Non c'est moi qui me l'impose. Depuis que je suis née j'ai envie d'être chanteuse et de faire de la musique. J'ai vraiment l'impression d'être née avec cette envie. Il n'y a aucun jour où je me suis posé la question et je me suis demandé quel autre métier j'avais envie de faire. Au fil des années j'ai fait du piano, j'ai composé mes chansons, j'ai appris la guitare... J'ai passé mon bac il y a quatre ans, et c'est vrai qu'après l'avoir passé j'avais envie de continuer les études. Je n'avais pas envie d'arrêter, peut-être d'une certaine manière c'était un moyen de garder mon âge aussi, et de pouvoir me dire que j'étais comme les autres personnes de mon âge. Mais ce n'est pas une bouée de secours ou une sécurité en tout cas, c'est juste que ça m'intéresse. |
| Dans les remerciements de ton album il y a " M&M's "... |
| Les M&M's ouais ! Ca a un double sens. Déjà j'aime beaucoup les M&M's, et j'ai deux amis qui s'appellent Maxime et Maxime, et entre eux ils s'appellent les M&M's. Ils m'ont prêté leur studio, qui se trouve à Suresnes. C'est un grand studio, l'Omega, qui est assez connu. Ils me l'ont prêté pour enregistrer certaines de mes chansons, donc je tenais à les remercier. |
| Toujours dans ce livret, les dates qui y figurent sont toutes réelles, et remontent jusqu'à 6 ans. Pourquoi avoir conservé ces textes qui sont datés et ne te correspondent peut-être plus maintenant ? |
| En fait c'était difficile de faire un choix parmi plein de chansons, et justement les chansons plus anciennes que j'ai choisi de laisser, c'est parce qu'elles avaient un sens à mes yeux et que symboliquement elles étaient importantes. Les 2 titres en question sont " Le Piège " et " Un peu D' espoir ". " Le Piège ", je l'ai écrite quand j'avais 13 ans, et c'est lié à une histoire personnelle, et c'est lié à une époque où beaucoup de parents autour de moi divorçaient, mes parents aussi, et ça me frappait de voir à quel point c'était toujours la même chose, comme je te disais, les mêmes comportements. C'était toujours le père qui décidait de partir parce qu'il faisait une crise de la cinquantaine et de se remettre avec quelqu'un de beaucoup plus jeune pour avoir l'impression d'être lui-même aussi jeune. C'est vrai que c'est un truc qui me frappait, et qui me permettait aussi de faire le deuil de la séparation de mes parents. C'était donc important pour moi de ne pas laisser cette chanson dans un tiroir, d'autant plus que c'est la première chanson que j'ai chanté sur scène, quand j'avais 13-14 ans, c'était un peu la première compo que j'assumais. Et puis il y a la deuxième chanson qui s'appelle " Un Peu D' espoir ", qui est aussi une chanson assez personnelle, sur les changements familiaux. J'ai 2 grandes soeurs qui sont parties de la maison assez jeunes, je me suis retrouvée un peu seule chez moi, et c'est le genre de chose qui donne parfois des coups de blues. Le message de la chanson est donc qu'il faut garder de l'espoir. C'est un peu plus compliqué que ça mais c'est dur de les décrire précisément. C'est déjà une grosse confidence ! Je ne voulais pas abandonner ces chansons mais elles avaient vraiment du sens à mes yeux, et c'est pour ça que j'ai décidé de mettre des chansons de différentes périodes, parce que cet album ne s'est pas fait en un mois pendant l'enregistrement, mais depuis que je suis née et que j'ai envie de faire des chansons. |
| Le livret fait un peu office de journal intime, mais aborde des sujets universels. Est-ce que c'est dur de ne pas trop se livrer pour que les paroles puissent parler à tout le monde ? |
| C'est un truc que je ne contrôle pas. Je n'arrive jamais à me poser à une table en me disant qu'il faut que j'écrive une chanson, ou en me disant qu'il faudrait que je parle de tel thème parce que je ne l'ai jamais abordé. C'est quelque chose que je ne sais pas du tout faire. Quand j'ai une idée de chanson, je la fais instantanément. Quand j'ai une chanson qui me vient, je la fais par rapport à quelque chose que j'ai vécu ou observé, et le reste suit assez vite. Ca se fait assez naturellement, comme je passe plus de temps à écouter et observer les gens qu'à parler. C'est peut-être dans ce sens-là que les gens peuvent s'identifier et se dire que ça leur est déjà arrivé, parce que ce sont des choses qui peuvent arriver à tout le monde, quand on est confronté à telle ou telle situation. |
| Le titre de l'album, " Sur Mes Gardes ", est assez défensif, et les paroles traitent beaucoup de conflits, de ruptures... Est-ce que tu adhères à cette théorie qui dit qu'un artiste est plus inspiré, plus créatif quand il est en période de crise ? |
| Oui, alors moi j'ai une réponse à cette théorie. Je pense que pour beaucoup d'artistes -chanteurs, musiciens ou autres, l'art est une thérapie. Et forcément quand on va voir son psy, ce n'est pas pour dire qu'on a gagné au Loto, mais pour parler de ce qui ne va pas, ce qui rend triste... C'est en ça que je pense que c'est en effet un exutoire, un échappatoire, un moyen de se confier et de faire son deuil. Après il y a plein d'autres chansons que j'ai écrites parce que j'étais super bien, et je voulais aussi parler de ce qui allait bien. Mais c'est vrai que j'ai plutôt tendance à écrire après des événements qui m'ont fait beaucoup de peine, parce que c'est comme ça que ça se fait naturellement, et c'est vrai que je ne le contrôle pas. Mais " Sur Mes Gardes " ce n'est pas de la défense par contre. Déjà c'est le titre de l'album, et aussi un titre que j'ai partagé avec Tété. C'était très important à mes yeux parce que j'ai toujours adoré son travail, et le fait qu'il accepte de partager une chanson avec moi c'était impensable. Et en dehors de ça, c'était pour dire que cet album, je le sortais avec la tête sur les épaules, et qu'on allait voir ce qui allait se passer. Dans le sens, " on va voir " ! |
| Tu as démarché le directeur de My Major Company par mail, tu as fait la même chose pour Louis Bertignac : est-ce que tu dirais que le culot est ton principal moteur dans cette aventure ? |
| Oui, oui oui. C'est mon principal moteur même dans la vie. Depuis que je suis petite, je n'hésite pas à parler à des gens dans la rue, n'importe où, ça ne m'a jamais fait peur. Mais si je ne suis pas du genre à crier partout dès que j'arrive à un endroit, à me faire remarquer, je pense qu'il faut oser parler aux gens, parce qu'on a tendance à oublier que ça représente 50% de l'action. On est décisionnaire à 50% de ce qui se passe, donc si on ne le fait pas, nous, c'est sûr que quelqu'un ne peut pas le faire à notre place. Donc je n'hésite pas à aller parler aux gens avec qui j'ai envie de travailler, quitte à paraître ridicule, mais c'est pas grave au moins j'aurais osé ! Et c'est ce que j'invite à faire à tous les gens qui veulent faire de la musique ou des métiers comme ça, un peu public. On a besoin de toute l'aide et de tout le soutien des autres, il faut en parler, sinon ça ne sait pas tout seul ! |
| Tu as demandé à Louis Bertignac parce que tu aimais ce qu'il avait fait sur Carla Bruni, est-ce que c'est un modèle pour toi, notre première dame ? |
| J'aime beaucoup ses chansons, je trouve qu'elle a vraiment une jolie voix, mais je ne l'ai jamais vue comme un modèle. Il y a des textes de Carla Bruni que je trouve très très bien écrits, surtout qu'à la base elle ne faisait pas ça. Elle a l'air très philosophique, très posé... Après peut-être que le fait d'avoir travaillé avec Louis Bertignac m'a plus orientée vers ce côté-là, mais je crois qu'à la base je ne suis pas comme ça. J'aime bien crier sur mes chansons, j'aime bien bouger. Il ya des chansons dans l'album qui ne sont pas des singles, et qui sont très différents je pense du travail de Carla Bruni, et même si je prends très bien la comparaison et que ça me flatte, c'est quand même plus pop et un peu plus jeune aussi. |
| J'ai vu le clip avec la chanson en mandarin, parce que l'album va sortir à Hong Kong : comment cela s'est mis en place ? |
| En fait Warner Taiwan a voulu sortir l'album, et ils comptaient le sortir en français parce qu'il y a un marché français qui est assez important en Asie. C'est quelque chose qui me plaisait, mais surtout que j'avais envisagé depuis quelques temps déjà, parce que je voulais chanter mes chansons en mandarin. Mes parents ont beaucoup voyagé et ma mère tient une agence de tourisme à Paris. J'ai fait du chinois au collège, je parle un peu... Ca me plaisait beaucoup de chanteur dans une autre langue, surtout que le chinois c'est beaucoup plus mélodique que ce que l'on pense. Et j'avais déjà enregistré ces chansons en mandarin avant que Warner Taiwan ne nous demande de les sortir en français en fait. Alors quand ils m'ont demandé ça, j'ai sauté sur l'occasion en proposant d'ajouter sur l'album ces quatre versions en mandarin, ce serait vraiment l'occasion de les faire exister. L'album est sorti à Taiwan et je crois qu'il a été numéro 6 dans les charts, et j'ai prévu d'aller en Chine et à Taiwan en juin pour y faire des concerts. J'ai hâte de voir ce qu'il peut se passer ! |
| Tu as été récemment élue " Révélation du public " aux très controversés NJR Music Awards, est-ce que ça représente quelque chose pour toi ? |
| Oui, car forcément j'étais très touchée que le public vote pour moi et me choisisse, surtout que c'étaient de gros concurrents dans ma catégorie, et je m'attendais pas du tout à recevoir ce prix. J'étais très touchée de savoir que j'avais été élue. D'ailleurs je remercie tous les gens qui ont voté pour moi, et je sais qu'il y a des gens qui viennent aux concerts, et aussi les producteurs qui ont misé sur moi sur My Major Company. Je suis très reconnaissante envers le public en général, et c'est sûr que sans le public je ne serais pas là et je ne serais pas en train de faire cette interview. |
| En parlant de My Major Company, tu es la première fille à ne être sortie, tu as aussi commencé en utilisant les réseaux sociaux comme Myspace ou Facebook : est-ce que tu te sens comme le chef de file d'une nouvelle génération quelque part ? |
| Ohalala non je ne suis à la tête de rien du tout ! Mais oui c'est clair que je suis très contente d'avoir bénéficié de cette nouveauté. Quand j'ai entendu parler de My Major Company je trouvais l'idée juste géniale, et ça me plaisait d'avoir plein de producteurs. J'ai tenté, et en 5 mois j'avais 486 producteurs qui avaient misé sur moi, et c'était une très bonne expérience. Le jour où j'ai eu tous les sous nécessaires je n'ai pas dit " Salut je pars enregistrer mon album et je pars à Miami "! Il y a une vraie complicité avec ces gens, même si je ne connais pas les 486, je ne les ai pas tous rencontrés. Ils me soutiennent beaucoup, il y en a qui viennent à des concerts, il y en a que je croise à des moments... Par exemple récemment je suis allée au cinéma, le vendeur m'a tendu ma place et m'a dit " Ah bah tiens je suis ton producteur " ! C'était juste hallucinant de me dire que je pouvais en rencontrer n'importe quand, n'importe comment. Ils sont de très bons conseils : ils m'ont aidé à choisir les premiers singles, la pochette de l'album, des choses comme ça. Ils ont un vrai travail de producteurs au final, et ils gagnent des sous. |
| Est-ce que tu as déjà commencé à composer la suite ? Vers quoi ça s'oriente ? |
| Tout à fait. Ca s'oriente vers des nouvelles histoires, des choses que je ressens. J'ai fait quelques nouvelles chansons, il y en a que je fais en tournée, comme j'en ai fait une grosse partie d'octobre à décembre, et là je reprends en mars. Il y en a que j'ai fait en live, j'ai eu des bons retours. C'est vrai que c'est difficile de montrer des nouveaux morceaux alors que les gens viennent pour l'album, mais malgré tout je crois que ça a plu et je suis contente, parce que j'ai vraiment envie de les enregistrer. |
| Est-ce vrai que les percussions ont été faites avec de vrais balais pour l'album ? |
| Oui, exactement ! On a enregistré tout l'album chez Louis Bertignac. Ce sont toutes mes chansons, que j'ai écrites et composées, mais lui a fait tous les arrangements, donc les percussions, les balais, les batteries, mettre plusieurs guitares ou pianos. Il a une manière très artisanale de travailler. Par exemple pour enregistrer les voix, au lieu d'avoir un gros casque, j'avais des petits écouteurs d'I-Pod qui étaient soudés à un petit câble qui partait dans tous les sens dans sa maison... C'était vraiment très artisanal et très marrant ! Les balais je le voyais faire : il tapait sur une caisse avec des vrais balais, et d'ailleurs un jour sa femme de ménage ne trouvait plus les balais pour faire le ménage ! |
| Quel est le meilleur endroit selon toi pour écouter et apprécier ta musique ? |
| Je m'écoute assez rarement, donc c'est dur... Je pense que ce serait dans un transport, en métro ou en voiture. Ce n'est pas le genre de morceaux sur lesquels on court, on ne peut pas faire son footing dessus ! Peut-être le soir en rentrant du boulot, ou en voyageant ! |
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| Propos recueillis par Sébastien Delecroix
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