"On n'est pas vraiment technique. On est nuls en ordinateur. On utilise toujours que 1% des machines que l'on utilise"
Quel a été l’influence de So Me dans votre travail ?
Ca remonte à plus loin que ça, parce qu’on était amis avant de bosser ensemble. Il a une énorme influence, mais c’est un peu difficile de mettre le doigt dessus. On passe notre vie à parler ensemble, à faire des théories sur tout, sur la musique, sur les femmes, sur les images, la nourriture, c’est un peu notre jeu favori. Du coup, dans n’importe quelle discussion, il y a toujours des idées qui en ressortent et au moment où on doit trouver des idées pour faire des pochettes ou des vidéos, la plupart du temps c’est des choses dont on a déjà parlé une semaine avant, un an avant, parfois deux trois ans avant. On est assez sur la même longueur d’onde, on a, malgré nous, cultivé une manière de penser, qui nous est propre. Pedro est aussi dans cette boucle là avec nous, donc ça en fait un peu les troisièmes membres de Justice, mais parce qu’ils ont une influence réelle. On leur fait confiance quand on a plus le recul de savoir si c’est bien ce qu’on fait ou pas. Pour So me, c’est vraiment un personnage important qui va beaucoup plus loin que le graphisme, qui est finalement une toute petite partie de sa présence dans Justice.
Vous disiez que votre musique n’a pas vraiment de message, mais elle lui évoque quand même des images. Comment travaillez-vous avec lui ?
A chaque fois que l’on a l’occasion de travailler avec lui, on le fait parce que c’est super agréable de se retrouver. Parfois, ça n’est pas possible, alors il travaille tout seul. Je crois que ça n’est jamais arrivé qu’il nous fasse quelque chose qui n’est rien à voir ou que l’on trouve nul. Parfois, on prend part au processus, mais parfois non. Mais tout reste cohérent parce qu’ils nous connaît super bien. C’est pour ça qu’on voulait travailler avec lui.
Les artistes électro ont une image assez solitaire. Pourtant vous avez des connexions un peu partout, vous faites partie de la famille french touch. Avez-vous l’impression d’être un duo ou d’être un peu plus que ça ?
Nous, on est un duo, à l’intérieur de Justice. On ne fait qu’être amis avec ces gens que l’on côtoie. Après, même le plus solitaire des artistes électro a des amis ou une famille ou une petite copine parfois. Les gens des groupes présentés comme new-rave ou new french touch, ce sont des amis qui ne font pas du tout la même musique. Ce sont des relations amicales.
Vous parlez d’un manque de technique dans votre musique…
En fait, quand on parlait des techniciens, c’était pour leur redonner un peu l’importance qu’ils ont et que les gens ont tendance à négliger. C'est-à-dire que, sans cette équipe là, on n’est pas grand-chose sur scène. On ne peut pas faire les concerts de la manière où on les fait actuellement. C’est une chaîne assez longue où chaque personnage a son importance. Ceux qui bossent, c’est les techniciens. Il ne faut pas l’oublier, ce sont eux qui font avancer la machine. Après, l’autre truc, c’est qu’on n’est pas vraiment technique. On est nuls en ordinateur. On utilise toujours que 1% des machines que l’on utilise. En même temps, on ne veut pas trop en savoir, parce que c’est notre incapacité qui nous force à trouver des voies détournées de faire les choses. Par exemple, le processus de production de disques, que pas mal de producteurs ont aimé finalement, il est juste conséquent de notre nullité. C’est parce qu’on ne savait pas produire un disque qu’on l’a fait de cette manière là, c'est-à-dire en mettant des micros boucles de samples partout et avec des moulinettes. Les vingt premiers retours sur le premier disque étaient très positifs sur la production. Nous on se disait : « Merde, c’est ce qu’il y a de moins bien sur le disque ». Parce que c’est le truc où on a fait le plus d’efforts pour cacher la misère. Finalement, c’est devenu un genre de production après coup. Ce schéma là est plus cool que d’arriver et d’être le roi du studio. Parce que quand tu sais trop de choses, t’as trop de règles, trop d’automatismes. On ne voulait surtout pas aller en studio avec un ingénieur du son pour bosser la musique. Parce que dans la plupart des cas, ces gens ont trop de règles, trop de façons de faire desquelles ils ne peuvent pas sortir. Dans la musique électro, on ne chante pas beaucoup donc le seul truc auquel se raccrocher c’est le son, qu’il soit bien ou mauvais. C’est un peu la personnalité du groupe. Notre musique, selon les critères d’ingénieurs du son, sonne mal. Mais selon les gens qui n’y connaissent rien comme nous et qui écoutent les disques, ça sonne de manière spéciale, qui donne le charme de ce groupe là et qui le rend attachant ou pas.
Il y a deux morceaux qui ont été très fameux : « Dance », utilisé dans la pub et : « Never be alone ». Quels sont vos rapports avec ces morceaux que vous avez joués et rejoués ?
On se demande pourquoi les gens aiment ce morceau. On est ni fatigués de les écouter, ni émerveillés. On est toujours en train de se demander la différence entre ces morceaux et les autres qui n’ont pas le même impact. Des fois, ça peut se jouer sur une pub. Tant mieux d’être dans une pub de voiture ou quoi, si ça permet au morceau d’être apprécié et qui permet d’être une clé pour le reste de l’album ou les concerts. C’est une des conséquences assez agréables de la pub ou du passage sur les ondes des grosses radios. On ne se sent pas désappropriés.