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Interview de Keny Arkana
Keny Arkana
   
Il y a plusieurs sortes de rap, le rap à paillettes tendance variété qui ne demande pas un quotient intellectuel trop élevé pour l'apprécier (vous voulez des noms ?) et puis il y a un rap engagé, musicalement aboutit, quelque chose qui vous retourne, fait réfléchir et cerise sur le gâteau vous fait aussi bouger les fesses. Keny Arkana fait partie du second acabit bien sûr.
   
Quel est votre parcours ?
Keny Arkana : J'ai commencé à écrire mes premiers textes de rap il y a 10 ans. J'ai fait mes premières scènes il y 8 ans. J'ai toujours évolué en collectif, dans Mars Patrie d'abord, après Etat major. En 2002, on a sorti un maxi vinyle à trois, les aléas de la vie faisant que certains ont arrêté pour diverses raisons. Après j'ai sorti un maxi vinyle en solo il y a trois ans, puis un street CD et maintenant l'album solo, plus des collaborations diverses sur des compils et pas mal de scène.
Tu dis dans la chanson « le missile suit sa lancée », que tu n'es pas une rappeuse mais que tu es une contestatrice qui fait du rap ?
Keny Arkana : C'est toujours cette phrase qui ressort, c'est une phrase de journaliste. C'est juste pour remettre les priorités. Le but, ce n'est pas le côté show biz. Ce qui m'a poussé à faire du rap, c'est le côté contestataire. C'est cette contestation qui m'a poussé à m'instruire, à voyager, à faire de la musique. Le rap c'est un moyen. J'ai foi au changement. Mettre une graine et l'arroser, et voir ce que cela donne. Mais il existe d'autres moyens pour contester. Je voulais juste préciser que pour moi, même si je sors un album, je ne change pas de sphère. Les artistes choisissent de devenir ou non show biz. Moi, j'ai des haut-parleurs et je crie ce que j'ai à dire, mais je ne veux pas devenir la rappeuse du moment. Le rap c'est mon moyen d'expression.
Pour toi, le hip-hop français n'est pas assez engagé ?
Keny Arkana : Je dirais qu'il y a deux choses distinctes. Les passionnés qui font du rap dans la rue, seulement par passion. De cette manière, le hip hop est un mouvement de gauche. Mais il existe aussi ce qu'on appelle le rap Game, c'est le côté capitaliste du rap. Tendance américaine, chaînes en or qui brillent, grosses voitures et les pouffiasses qui dansent derrière moi, plus dans l'entertainement, donc perte de message. Mais le hip hop il est toujours là. Il y a une nouvelle vague de rappeurs qui arrivent super conscients. Chaque extrême apporte son contraire. Le rap est devenu la pute du capitalisme, aucune culture ne prône autant le capitalisme. Mais il y a une vague consciente qui essaie de retourner aux valeurs old school du rap à texte.
Tu as beaucoup voyagé...
Keny Arkana : A chaque fois pour des buts très précis, pour aller dans des lieux en lutte, où il existe des alternatives. Je suis un peu vagabonde. J'ai toujours vécu dans la rue, donc j'ai ce côté vagabond. Je suis allé au Mexique pour aller voir les communautés zapatistes. A Porto Allegre et à Bamako pour les forums social. En Argentine, pour mes racines et aller voir les piqueteros. A chaque fois pour échanger, pour discuter et apprendre les alternatives. Je suis pro zapatiste, dans le sens où je m'intéresse à la politique mais je ne soutiens aucun partis. Comme pour la religion, je suis très croyante, mais pas dans les religions. Le zapatisme est tellement universel puisqu'il touche la nature et dépasse l'humain, c'est une case sans étiquettes, je m'y suis reconnu.
Tu viens de Marseille, qui est une ville importante dans le hip hop, comment tu expliques cet amour réciproque ?
Keny Arkana : On a eu la chance d'avoir IAM, dès le début du hip hop, qui a mis Marseille dans la mouvance, et donc apporter une crédibilité directe pour les petits frères. Parce que quand tu viens de province, c'est très sectaire, ce n'est pas évident de dépasser le microcosme parisien qui concentre toutes les structures. C'est très fermé. Pour Marseille, on a cette chance d'avoir de bons artistes. C'est une ville qui inspire et pas seulement au niveau du rap. Mais je crois que le hip hop bourgeonne partout en France. Seulement pour les structures, c'est à Paris que ça se passe, il faut gratter à la capitale.
Quel pourrait être le rôle du hip hop dans la présidentielle ?
Tous ces rappeurs qui incitent à voter c'est une bonne chose, mais sans éducation politique derrière, je ne sais pas quelle est l'utilité. Hitler a été élu, ne l'oublions pas. Cette vague de conscientisation est très saine, mais si elle s'arrête après le vote, quel est l'intérêt ? Même si pour la symbolique, c'est important. On se bat pour éviter une dictature. Si le droit de vote avait le pouvoir de changer les choses, il serait interdit. Mais le politique n'existe plus, l'économique a pris le dessus. Le pouvoir national, non plus, c'est l'OMC qui dicte les lois du marché. Aujourd'hui, la solution n'est pas dans la politique. Les politiques sont des chefs d'entreprise chargés d'appliquer le nouvel ordre mondial. Que ce soit l'un ou l'autre...il faut juste éviter Sarkozy. Sarkozy est un dictateur en puissance. Il est contre la séparation des pouvoirs, base de la démocratie, si tu es contre cette séparation, c'est que tu es contre la démocratie. La solution est sans doute dans les poches de résistance locales. Le peuple est la solution, en créant des alternatives, des réseaux auto gérés. Pour faire une révolution, lutter contre l'inertie, il faut commencer par se révolutionner soi même. Il faut s'émanciper des mécanismes du système. En Amérique du Sud, cette conscience collective est très forte. Il y a un travail de fond à faire sur cette conscience collective. Epanouissons nous dans nos différences. Il faut continuer à engranger le savoir. La connaissance est une arme. Il faut se faire violence. On est tous doué pour quelque chose, il faut se faire mal pour le découvrir et après l'épanouir et l'apporter à la communauté.
   
Propos recueillis par Frédéric Fahy
     
     
     
     
 Interview(s) Date publication
 Interview de "Keny Arkana" 01/03/2007


 News Date publication
 Keny Arkana en concert à Marseille 07/12/2006
 Keny Arkana, la tournée 09/10/2007


 Aftershow(s) Date publication
 Keny Arkana : Printemps de Bourges 2008 19/04/2008


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