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Interview de Keziah Jones
Keziah Jones
   
« Cet album était un moyen de traduire la culture africaine en quelque chose que tout le monde peut comprendre et ressentir»
   
Comment avez-vous décidé de donner à votre nouvel album le nom de Nigerian Wood ?
Nigerian Wood, le morceau du même nom, est une chanson qui parle d’une fille, qui traite du sexe mais d’une manière très british, sans nommer jamais la chose. Et j’ai repris ce titre parce que cela montrait bien l’esprit de l’album, qui parle beaucoup des relations entre les gens.
Pourquoi avoir choisit comme premier single le titre My Kinda Girl ?
Je pense que c’est une chanson qui a des aspects très commerciaux et qui est très facilement mémorisable. En plus, c’est une chanson à laquelle tout le monde pourra s’identifier. D’habitude, j’ai toujours du mal à choisir les singles mais ça a été très facile avec celui-là parce que c’était évident.
Vous avez dit de votre album précédent qu’il était très organique. Comment ressentez-vous celui-ci ?
Celui-là est totalement différent. Il ressemble un peu au précédent du fait que les mélodies sont très organisées. Mais la grosse différence vient du fait que cette fois, la musique n’est pas basée sur l’acoustique. Il y a beaucoup plus d’instruments et un son plus dub. C’est une bonne progression pour moi parce qu’il est important qu’aucun de mes albums ne se ressemblent.
On entend effectivement qu’il y a plus d’instruments ici. Comment avez-vous produit cet album ?
Il y a beaucoup de différentes étapes. Je commence toujours avec une guitare-voix que je construis de mon côté. Puis on va en studio pour arranger la musique, on rajoute des percussions, des pianos, de la batterie... Puis j’arrange la partie chantée et les chœurs. Et enfin je rejoue toute la musique en live en studio avec des vrais musiciens. Et quand c’est terminé, je refais ma partie chantée, je rejoue ma partie à la guitare. Et enfin, j’ai le morceau tel que je le veux ! C’est un très long processus d’accumulations et de pertes pour ne garder que le meilleur.
Combien de temps avez-vous passé sur cet album ?
Deux ans en tout je crois. Parce que j’ai enregistré dans différents studios. J’ai commencé à Londres pour le processus d’écriture. Puis je suis allé à New York pendant un an pour le « co-writing ». Enfin je me suis rendu à Los Angeles où j’ai construit tout le corps de l’album. Et je suis revenu à New York pour le mixage. Bien sûr avant tout ça je suis allé trouver l’inspiration au Nigéria, mon pays. J’ai donc eu différents producteurs, qui m’ont permis de créer ce son afro-soul-nigerian-funk. C’est beaucoup moins jazzy que ne pouvait l’être Black Orpheus.
Vous avez défini votre musique comme du blue funk. Comment ce style a évolué au fil du temps ?
Je pense que c’est plus mature qu’avant. Quand j’étais plus jeune, mon blue funk était plus violent, j’avais besoin de prouver ce que je valais. Maintenant, c’est plus stable. Il y a plus de groove. On peut se relaxer en écoutant cette musique. On peut danser aussi. Avant, c’était très rapide et intense. Ma musique reflète l’évolution de mon esprit et il est apaisé, plus calme. D’où le groove qui entoure ma musique.
Vous avez dit que cet album tournait autour des notions de fierté et d’amour. Vous y parlez aussi beaucoup du Nigéria. On sait votre admiration pour Fela Kuti. Quel a été son influence sur cet album ?
Je me suis distancié de l’afro-beat originel. Je pense que ses fils, comme Femi et Seun, font ça beaucoup mieux que moi. Moi, je trouve que cette musique manque un peu d’innovation. J’avais envie de réinterpréter cette musique à ma manière, d’une manière que tout le monde puisse comprendre.
Et dans vos textes, comment Fela vous a-t’il influencé ?
Je suis bien plus circonspect quant à son message. Son combat lui a parfois fait oublier la musique. Il était trop impliqué dans la politique. Il a négligé la musique. Mes textes expliquent comment il est possible d’acquérir en Afrique une autre liberté, sans passer par l’immigration. On peut aussi régler ses problèmes au sein de son pays.
En parlant de fierté et d’amour, votre chanson My Brother est une des plus belles et des plus profondes. De qui parlez-vous ici ?
Au Nigéria, durant les 20 à 30 dernières années où j’ai pu faire des allers-retours, j’ai tenté d’analyser la situation. Et tout va en se dégradant. Et parfois je ne comprends pas vraiment comment ça arrive. Parce qu’il y a des moyens d’améliorer la situation. La monnaie, par exemple, s’est totalement effondrée. Et pour acheter un billet d’avion il faut une valise de billets à cause de l’inflation. C’est dingue ! Et tout le monde pense qu’en Europe, tout le monde a plein d’argent. Donc, quand je reviens au pays, tout le monde vient pour me demander de l’aide. Ca ne me dérange pas. Mais cela met à l’épreuve mes croyances et mes opinions. La conspiration internationale autour des finances globales est quelque chose que je vis de très prés parce que tous les membres de ma famille sont touchés. Ils subissent des décisions qui sont prises entre Paris, Londres et New York. Et dans les années 60-70, il y avait un mouvement black unitaire au niveau de la culture et des droits civils. « My Brother » était une expression qu’on utilisait tout le temps. Aujourd’hui encore, on l’utilise beaucoup mais elle a moins de sens parce que tout le monde essaie de faire de l’argent pour soi-même. Et je me demande pourquoi on a perdu cet esprit communautaire. Si tu es mon frère, alors pourquoi souffres-tu autant et pas moi ? Pourquoi ne sommes-nous plus unis autour d’un combat commun ?
Sur African Androïd, il y à la fois les rythmes africains traditionnels et des beats plus modernes…
Et cela montre bien ce que j’ai toujours voulu faire : mélanger mes racines avec quelque chose de plus moderne. Faire quelque chose d’hybride avec la musique nigériane. Cet album était un moyen de traduire la culture africaine en quelque chose que tout le monde peut comprendre et ressentir.
Avez-vous l’impression que cette volonté de tout mélanger est plus présente sur cet album ?
Je ne peux pas dire que c’est plus ou moins présent. J’essaie juste de faire de mon mieux pour créer le mélange le plus harmonieux, le plus parfait possible. Je pense que certains de mes albums sont plus réussis que d’autres en termes de mélange. Blufunk Is A Fact et Black Orpheus sont les deux albums où je pense être arrivé le mieux à mixer toutes mes influences. Je pense que celui là est très bon mais dans un sens différent puisqu’il est imprégné d’afro-soul.
Le rythme est très important pour vous. Ici, vous l’avez travaillé avec Karriem Riggins (batteur-producteur de Slum Village, Erykah Badu, Common, J Dilla, The Roots, Talib Kweli…). Que vous a-t’il apporté ?
Karriem est un personnage intéressant parce qu’il vient du milieu hip-hop et qu’il est aussi un excellent batteur de jazz. Il fait le pont entre le jazz et le hip-hop. On a également eu de longues conversations sur Fela Kuti parce que, comme moi, il a étéit très influencé par Fela. Il m’a donc aidé à construire mon album tout d’abord autour de superbes morceaux de batterie. Et il a aussi apporté sa sensibilité hip-hop. Ce n’est pas du pur hip-hop qu’il a mis dans cet album mais quelques touches très appuyées dans sa manière de jouer de la batterie et dans les productions.
Vous avez enregistré une grosse partie de cet album dans le mythique studio new-yorkais Electric Lady. Qu’est-ce que cela vous a apporté ?
C’est un immense studio. Là-bas, le travail est très organisé. Beaucoup de grosses stars comme Stevie Wonder y ont enregistré. Donc l’énergie est très intense. Et cela pousse à faire quelque chose qui marque, de significatif. Histoire d’être un peu à la hauteur. Le fait d’enregistrer dans un studio qui a une histoire augmente forcément la motivation à faire encore mieux.
Que pensez-vous quand des artistes comme Raul Midon disent avoir été influencé par des artistes comme vous ?
Je suis honoré pour commencer. Tout artiste rêve de créer un jour un genre musical. Moi, je me suis basé sur quelque chose d’existant, l’afro-beat, pour créer le blufunk. Mais ça a pris beaucoup de temps avant d’être reconnu. Les gens peuvent aujourd’hui facilement reproduire ce genre musical et c’était le but.
Vous avez joué pour d’autres artistes comme Amadou et Mariam. Vous être aussi auteur-compositeur. Dans quel rôle vous-sentez-vous le plus à l’aise ?
Je pense que je suis avant tout un performer. Ce que je fais de mieux, c’est de monter sur une scène et faire mon métier. C’est aussi l’endroit où je me sens le mieux au monde.

En termes géographiques, vous avez des liens avec Paris, New-York, Londres et bien sur Lagos. Quelle est votre identité, votre rapport personnel avec tous ces pays ?
Mon identité suit l’endroit où je suis. Je pense que mes racines sont surtout au Nigéria.
Sachant à quel point vous aimez la scène, vous devez déjà réfléchir à vos concerts, non ?
Bien sûr ! Je vais d’abord faire pas mal de festivals cet été pour tester ce nouvel album sur le public. Puis en octobre et en Novembre, je vais faire une grosse tournée avec un groupe de six-sept membres. On prépare activement tout ça. La scène, c’est l’endroit où je dois être absolument parce que c’est celui qui me procure le plus de plaisir.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Concerts billetterie
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Le 2012-06-09 17:00:00
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 Artiste
 Keziah Jones


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Keziah Jones" 01/09/2008


 Chronique(s) Date publication
 Keziah Jones : Nigerian Wood 15/09/2008


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 Aftershow(s) Date publication
 Keziah Jones : Printemps de Bourges 2009 02/05/2009


 Video(s) Titre
  Keziah Jones : My Kinda girl



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