Waxx-Music
   
Rechercher par artiste ou mot clé
 
Waxx mobile
 
Accueil > Artistes > Interview > L-Algerino
 
Interview de L'Algerino
L'Algerino
   
« Même si des fois on traite de choses sérieuses dans des morceaux, une note, une mélodie, ça peut te faire voyager. Et, moi, quand j'écoute un album, j'aime bien planer. »
   
T’arrive avec un nouvel album. Quelle est la différence avec les deux précédents ?
En fait, moi j’ai toujours été un artiste qui travaille à l’instinct. Donc sur Les derniers seront les premiers comme sur Mentalité Pirate, c’était pareil. Et là, sur le 3ème album, c’était encore plus ! Je me suis vraiment vraiment lâché ! J’ai envie de te ire que j’écrivais même plus à la maison. J’arrivais au studio, j’avais le son, j’avais une idée du thème et j’écrivais carrément en studio. Donc c’était vraiment du free-style total. Et ça a donné des bons délires. Et c’est comme ça que j’ai construit mon album.
Mais c’est quoi la différence principale avec le précédent ?
Déjà, c’est la manière de travailler, qui était totalement différente. Sur le 1er album, j’étais vraiment tout seul. Akhenaton, il me laissait vraiment tout seul en studio. 2ème album, y’avait Karim et Nabil qui passaient parce qu’ils ne savaient pas, on commençait à apprendre à travailler ensemble. Donc c’était nouveau pour eux. En plus, un artiste marseillais, dans le délire c’était une approche différente. Et, sur le 3ème, ils ont vu que j’étais quelqu’un de super autonome. Et que j’aimais bien quand on me laissait faire ma vie en studio. Donc là, ils m’ont laissé carte blanche en studio, c’est même moi qui réservait les studios, qui appelait, qui allait au studio quand je voulais.
Artiste marseillais signé sur Six-O-Nine, un label parisien. Du coup, ton album, tu l’as enregistré où ?
Hé bé je l’ai enregistré un peu partout. A Paris et à Marseille. Surtout à Marseille les débuts. Et après, pour finaliser, je suis monté à Paris. Et tout ce qui est mix et mastering, on a fait ça à Paris. Après, c’est vrai que la 1ère particularité de L’Algérino, c’est d’être l’un des 1ers artistes marseillais à avoir été signé sur un label parisien. Après, c’est pas une nouveauté, côté majors. Tu vois IAM qui était chez Universal, Sopra chez Virgin. On a tous été sur des labels parisiens. Après, c’est plus facile pour la musique et businessement parlant, c’est plus simple !
Qu’est-ce qu’il y a de marseillais dans cet album-là ?
Tout de marseillais dans cet album-là ! Le délire est marseillais. En fait, j’ai envie de te dire que, cet album-là, c’est le délire que j’ai dans ma vie quotidienne. Forcément, géographiquement, j’habite à Marseille. Donc, ça devient, forcément, un délire marseillais. Mais après, y’a plein de gens qui peuvent se retrouver parce que j’ai mon délire à moi, j’amène des trucs nouveaux. Quand j’écris un texte, généralement tu arrives à voir les images. Je ne suis pas un mec qui rentrer trop dans la profondeur. C’est direct, c’est cash. C’est le quotidien de Samir à Marseille, à Paris, à Miami… De partout, quoi !
Ici, il y a plus que d’habitude de morceaux conceptuels…
Alors, je vais t’expliquer. Les gens, dans le grand public, m’ont connu avec des morceaux comme On est là, des morceaux un petit peu festifs. Ceux qui me connaissent vraiment, à la base, c’était sur des morceaux conscients. Après, c’est dans mon personnage de aire du délire et du conscient. Mais les morceaux conscients que j’ai voulu faire dans cet album-là, j’ai pas voulu les faire comme d’habitue, piano-violon et raconter sa vie, qui peut ne pas intéresser tout le monde. Par contre, c’est vrai que j’ai haussé le degré au niveau de l’écriture et de la conception des morceaux. C’est vrai qu’il y a beaucoup de fictions et j’ai tenu à ce que les gens rentrent direct dans le morceau, comme si c’était un film ou un clip. Donc, voilà, c’est très imagé, très terre-à-terre et on rentre direct dans l’ambiance.
Par contre, ton 1er single, Sur la tête de ma mère, est complètement festif…
C’est vrai. Je vais t’expliquer. Moi, je suis vraiment quelqu’un qui marche à l’instinct. C’est un morceau que j’ai fait vraiment à la fin de l’album. Y’avait des délires dans l’album. Y’a un morceau qui s’appelle Tireur de coup franc qui est sur les mythomanes. Tireur de coup franc, c’est une expression qui tourne en ce moment à Marseille. Et après, j’étais dans les délires et je tombe sur un morceau qui s’appelle Sur la tête de ma mère. J’étais au poker et je les vois tous jurer sur tête de leurs mères qu’ils avaient ci, qu’ils avaient ça, je me suis dit : pourquoi pas faire un morceau sur ça ? J’ai trouvé l’instru. J’ai fait le morceau en, je sais pas, une après-midi. Et tous ceux qui entraient dans le studio à ce moment-là, ils entraient dans le délire. La gimmick elle rentrait facilement. Et, à la base, c’était pas un single. J’ai dit juste à Nabil : pourquoi ne pas envoyer ce morceau, vite fait, pour voir la réaction des gens. On était loin de la sortie de l’album. On l’a envoyé 6 mois avant. Et c’était pas forcément la stratégie qu’on avait adoptée. Après, les gens ont commencé à rentrer dans le délire et pour aller au bout, on l’a clippé, il s’est retrouvé à tourner en radio et en télé. Donc voilà. Mais c’était pas intentionnel, comme certains ont pu le dire. Genre que c’était un morceau commercial. De toute façon, un morceau, quand il marche, quand il prend, ça devient directement un phénomène commercial. Mais à la base, ce n’était pas ça. Mais c’est vrai que c’est pas ce qui représente le plus l’album.
Autre morceau, Dérapage contrôlé, où tu racontes un parcours vers l’enfer. Y’a quoi de toi dans ce parcours-là ?
Dans ce morceau-là, il y a un peu de tout le monde. Il y a un peu de moi, surtout dans ma jeunesse. Il y a eu beaucoup de contradictions. J’étais un garçon un peu sage à la maison. Ma mère avait une certaine image de moi. Mais à l’extérieur, j’étais plus bordélique. A l’école, j’avais des petites facilités mais j’étais quand même un élément perturbateur. Donc y’a tous ces petits délires de rue que j’ai vécu et que j’ai vu. Après, c’est plus une narration. Ce morceau-là, je l’ai appelé Dérapage contrôlé parce qu’on a souvent l’habitude de raconter l’histoire d’un jeune qui, à la fin, se fait buter, qui meurt, comme s’il n’y avait plus d’issue pour un jeune qui a pris un mauvais chemin. Mais moi, j’ai voulu prendre les gens à contre-pied. Et finalement, c’est un peu une morale. Quand dans la vie, tu as fait des mauvais choix, que tu es parti un peu en biberine, y’a toujours moyen de finir bien, de se redresser tôt ou tard. Y’a rien qui est fermé dans la vie. Tant qu’à un moment, on a un déclic, une prise de conscience, on peut toujours se reprendre.
Un morceau très fort aussi, c’est Force et honneur, sur le handicap. Un sujet pas vraiment habituel dans le hip-hop…
Moi, comme je t’ai dit, je fais les choses quand je les sens. Quand j’ai commencé à rapper, je ne pensais pas qu’un jour j’aborderais ce genre de thème qui est à la fois très difficile et très délicat. J’ai rencontré, quand j’ai sorti mon 2ème album, Salim, qui est devenu mon poto, mon ami et qui est handicapé moteur. Et c’est la 1ère fois que j’ai été confronté directement au handicap. J’avais l’habitude de croiser des handicapés dans la rue mais, comme tout le monde, sans faire attention. On n’a pas assez de recul pour se mettre à leur place. Et quand j’ai discuté avec ce mec-là, c’est devenu mon poto, on s’appelait au téléphone, on se voyait dan des concerts et tout. Et c’est là que j’ai commencé à me mettre un peu à sa place. Et j’ai eu une autre vision du handicap. A l’époque, c’est vrai que, c’est humain, quand je croisais un handicapé, j’avais de la peine pour lui. Et ça, du fait de le connaitre, j’ai plus cette image-là. Le regard avec de la pitié, c’est tout ce qu’ils détestent. Ils veulent qu’on les regarde comme des gens normaux. Après, je fais du rap et je parle de tout ce que je vis donc je me suis dit, un moment, donné, pourquoi ne pas aborder ce thème-là. Alors on s’est posé avec Salim, on a fait 2 nuits blanches. Et j’ai même envie de te dire que c’est pas moi qui ait écrit le texte, c’est lui, en me parlant. Les phrases elles sortaient naturellement, les rimes elles venaient naturellement. C’est comme si c’était lui qui avait écrit le texte. Ce sont ses mots. Et je suis content parce que, quand il a écrit le morceau, il m’a dit : L’Algé, c’est une réussite parce que tu as raconté vraiment ce que je vis. Et je voulais lui être fidèle. C’est vrai que ce ne sont pas des morceaux courants dans le rap. Mais c’est des morceaux qui valent la peine d’être écoutés. Et si ça peut sensibiliser des personnes par rapport au handicap, c’est bien !
Tu parlais de ton côté conscient et dark. On le voit assez bien sur Un sourire cache une larme, qui parle de cette ultra-moderne solitude…
C’est souvent un sentiment que j’ai. C’est vrai que je suis un mec qui délire, qui sort avec ses potos mais y’a vraiment des moments où, malgré le monde, je me sens seul et je suis plus en mode gamberge qu’en mode délire. Et je pense que tout le monde a vécu ça. Des fois, quand tu sors en boite, t’es pas toujours là à délirer. Et un jour, moi, je sors en boite et je me retrouve à observer les gens plutôt que de m’amuser. Et j’ai dit, pourquoi ne pas faire un morceau sur ça, sur ces gens qui sont en boite, qui boivent mais qui portent des douleurs en eux, des trucs de fou. Et c’était aussi un exercice de style parce que, quand tu fais du dark, de la gamberge, des morceaux conscients, souvent tu t’attends à piano-violon, un truc mélancolique. Et là, pour le coup, j’ai voulu vraiment un morceau dancefloor. Le mec, quand il va entendre le morceau, il va s’attendre à danser dessus mais je le prends encore à contre-pied t je le fais gamberger. C’est un délire que j’aime bien.
Sur cet album, il y a une belle ouverture musicale. Toi, tu écoutes quoi, en dehors du rap ?
Tout ce que tu écoutes dans l’album, tous les instruments que tu as pu entendre, c’est des trucs que j’écoute dans la vie. Ca m’arrive d’écouter du rock, du raï en mariage, de l’électro quand je sors en boite. Et finalement, inconsciemment, tu es influencé par toutes ces musiques et ça se ressent dans ta musique. Et en plus, moi, je suis quelqu’un d’ouvert qui aime bien ramener plusieurs touches, plusieurs couleurs musicales dans mes morceaux pour que l’auditeur ne s’ennuie pas dans l’album. Et donc, voilà, ça fait aussi partie d’une prise de risque.
Halla Style est inspiré par la musique chaoui. Peux-tu nous explique ce que c’est ?
En fait, il y a beaucoup de gens qui écoutent du raï en France. Mais ceux qui n’ont pas l’habitude, dés qu’ils vont écouter de la musique orientale, ils vont dire que c’est du raï. En fait, dans le raï, il y a plusieurs styles. Et ce qui est marrant en Algérie, c’est que le style diffère selon les régions. Donc, tu vas aller à Oran, ça va être du raï un peu plus sentimental, Alger, c’est du raï avec Taliani et après, du côté de l’Est, chez moi, tu as du raï un peu plus dancefloor. C’est le raï staïfi, chaoui. Et, dans cet album-là, Halla Style avec Cheb Khalass, qui est de l’Est, on a fait un morceau électro et chaoui en même temps.
On retrouve ici des producteurs de rap comme Skalp, Enzo, Kore. Et aujourd’hui, on a l’impression qu’ils regardent plus vers les autres musiques…
Kore et Skalp, c’était déjà des mecs super ouverts à la base. C’est des visionnaires. Ils savent que la France, c’est un mélange de cultures extraordinaire. Et ils savaient qu’à un moment donné, il allait y avoir de la musique hybride, des mixs entre différentes cultures. Quand ils ont fait Magic System, y’a de la musique africaine et du raï dedans. Et eux, dés le début ils avaient senti ça. Et je pense que ça va se faire de plus en plus. Et pas que dans le raï ! Ya une communauté hindou aussi en France et tu vas voir qu’il y aura des mélanges hindous. Je pense que c’est bien parce que ça enrichit la musique. Et, comme je te disais, tu t’ennuies pas dans un album où il y a plein de trucs. Plein de couleurs musicales différentes, plein d’horizons. Ca te fait voyager. Parce qu’à la base, la musique, ça reste du divertissement. Même si des fois on traite de choses sérieuses dans des morceaux, une note, une mélodie, ça peut te faire voyager. Et, moi, quand j’écoute un album, j’aime bien planer.
Tu as un morceau qui s’appelle Marseille by night. Fais-nous rêver un peu. C’est quoi ta nuit marseillaise ?
Elle est complexe ma nuit marseillaise. Alors, je me lève à 14h du mat’, déjà. Je fais ma douche. Je prends ma voiture, je vais à Saint Antoine. Je bois mon café et je fume ma cigarette avec les potos. Tak, dans ma voiture y’a mon sac de sport, 17h je me retrouve à Marignane dans un city stade. On joue au ballon. Après douche, on rentre à la maison, on va voir le petit et la petite. On ressort, on va boire un verre avec les potos, ça s finit en resto. Toujours dans les quartiers nord. Mais on peut se retrouver dans un resto des quartiers sud. Peu importe. Et après, y’a deux bifurcations. Tu as les mecs de la night, qui vont se retrouver en mode night clubbeurs. Et tu as les floppeurs qui vont se retrouver en mode poker. Et souvent, je me retrouve en mode poker. Et ça, c’est ma nuit. Donc c’est à base de poker, de boite et, surtout, de baroudage. On est là, vitres baissées, on fait toute la corniche et on se détend. On pend du bon temps.
Pour terminer, Effet miroir. Ici, ça ne fait pas référence à un morceau…
Béh non. Comme je te disais, moi je veux que, quand l’auditeur va écouter le CD, il se retrouve à l’intérieur du CD et que, limite, il y ait des phrases qui le concerne. C’est pour ça que je l’ai appelé Effet miroir. Et je pense qu’il y a beaucoup de choses qui vont parler aux gens. Que ce soit dans n’importe quel délire. Je parlais de Tireur de coup franc qui reste un morceau léger sur les mythos. On connait tous des mythos qui oublient leur portefeuille au moment de payer l’addition. Forcément, bim, pour l’auditeur c’est une référence, une image. Un sourire cache une larme, c’est pareil. Et donc je pense que l’auditeur va se retrouver dans mon album.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 L'Algerino


 Interview(s) Date publication
 Interview de "L'Algerino" 31/05/2010


 Chronique(s) Date publication
 L'Algérino : C'est correct 21/11/2011
 L'Algerino : Mentalité pirate 25/04/2007


 News Date publication
 L'Algérino : Wesh Rhey, vidéo clip du jour 04/11/2011



Mon espace |           Pas encore inscrit ?

LOGIN :
PASSWORD :
*Vous avez oublié vos identifiants : cliquez-ici