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Interview de La Phaze
La Phaze
   
"Tant que tu te sens en lutte contre les injustices, c'est que tu es en vie..."
   
Vous sortez un nouvel album : « Miracle ». Est-ce que vous pouvez nous définir ce qu’est la « pungle » ?
La « pungle » est le nom que l’on a donné à notre musique. Un mélange entre le punk-rock et les rythmiques électro que l’on utilise au sein de la musique. C’est un mix jungle, drum’n’bass avec une bonne dose de punk.
Cela provient-il de groupes qui vous ont influencé, cette envie de mélanger ces deux styles musicaux ?
On vient du rock à la base. C’est vrai qu’on a plongé dans l’électro dans le milieu des années 90 On ne se connaissait pas encore d’ailleurs. On s’est rencontré sur l’électro. La Phaze, ça a commencé comme une machine à danser. Au fur et à mesure des concerts, le naturel est revenu au galop. L’énergie était là. De fil en aiguille, le rock est revenu de par le live et par l’évolution naturelle de nos envies inconscientes.
Est-ce que vous êtes proche du milieu électro et de son côté revendicateur ?
Les teufs électro se sont un peu essoufflées. De plus, elles n’ont jamais été revendicatives, donc on ne se sent pas vraiment là-dedans, mais plus au niveau de l’énergie, de l’intensité, du bruit, du défouloir. Notre musique est assez contestataire, dure et radicale. Il y a une rage, une envie de révolution dans nos chansons.
Dans votre précédent album qui s’appelait : « Fin de cycle », cette envie de changement était présente. Comment avez-vous vécu l’évolution qui vous a conduit à « Miracle » ?
Déjà, il y a eu l’arrivée de Guillaume, donc ça a changé pas mal de choses. Dans la façon d’écrire les chansons, de jouer les morceaux, de travailler. Avant, on utilisait que des boites à rythmes, là c’est une autre énergie. C’est quelque chose de beaucoup plus vivant. On est en meilleure cohésion avec les amis. On a un truc beaucoup plus affirmé, plus mûr, on va plus droit au but quand il y a quelque chose qui nous touche. Que ce soit blanc ou noir. Entre-temps, la vie a pris le dessus. Avec « Fin de cycle », ça marquait la fin d’une époque pour nous. Du coup, elle était normale cette ouverture sur autre chose. Il y a une note plus positive. On a essayé aussi d’être plus direct, d’être plus concis, tant en matière des textes que pour la musique. On voulait produire un album plus coup de poing, plus direct, plus ramassé. C’est pour ça que l’on a un peu sabré les intros à rallonge, comme ça se fait dans l’électro, pour donner un format plus pop. Ca vient de l’expérience de la scène et de l’apport de la batterie dans le jeu et l’interprétation.
Guillaume, comment voyiez-vous « La Phaze » avant d’intégrer le groupe et que pensez-vous avoir apporté ?
Pour être sincère, je ne connaissais pas plus que ça. Bien sûr, j’avais écouté quelques morceaux et je les avais aperçu lors de la grosse campagne pour la sortie de « Fin de cycle ». Je me tenais au courant et, pour moi, c’était un peu mystérieux, parce qu’il y avait beaucoup de dates, mais ça n’était pas beaucoup relayé. Le moment où je me suis plus intéressé, c’est le moment où l’on s’est rencontrés. Ça s’est fait totalement par hasard, au départ, je suis peut-être plus venu écouter le disque, le discours, et je me suis dis : « Tiens, c’est des gens avec qui je vais me sentir bien et aussi au niveau de la musique avec des textes dans lesquels je me retrouve ». C’était un style que je ne connaissais pas et vraisemblablement, ils voulaient évoluer avec une batterie. Donc je me suis dis : « pour la musique on verra, chaque chose en son temps. On va déjà apprendre à se connaître ». L’album précédent était moins positif, un plus pessimiste. Mais il y avait toujours le côté combatif qui me plaisait assez, parce que j’aime bien le punk rock. J’ai plus été séduit par l’esprit que par la musique. Après, ce que j’ai apporté, ça n’est pas à moi de dire ça, mais je crois que j’ai apporté un peu plus de liberté dans une musique qui était figé par des machines. Un côté un peu plus live. J’ai plus regardé ce que ça pouvait m’apporter que ce que je pouvais apporter.
Vous êtes d’accord ?
Je crois que l’arrivée de Guillaume a décomplexée notre musique au niveau de la scène. Ça met un peu un turbo dans le moteur. Quand tu es sur scène et que tu as un batteur derrière, il y a un truc humain, qui n’est pas transcriptible avec des bécanes. Ça change tout, c’est de l’air, c’est de la vie, c’est aussi des accidents parfois.
Pareil pour l’enregistrement en studio ?
Oui, ça été un gros changement. Au début, c’était un peu un gros chantier, parce qu’on ne savait pas trop comment faire, ce qui devait prendre la place de quoi. C’était un peu compliqué. Il a fallu pour ma part apprendre beaucoup du jeu de Guillaume, puisque je m’occupe des bécanes. Après, au niveau des compos, on a épuré, on a resserré les trucs. Il fallait repenser toute les séquences en s’inspirant du jeu de Guillaume.
Au niveau des textes, comment travaillez-vous ?
C’est Dany qui écrit les textes et qui nous les présente, souvent on en discute. La plupart des textes sont des sujets de société, à part quelques chansons plus intimistes, plus personnelles, donc il y a toujours une discussion. On passe tellement de temps dans les camions, dans les hôtels, qu’on a le temps de s’informer, de discuter, de polémiquer, d’échanger, d’être d’accord ou pas. Je crois que ça nourrit l’écriture de Dany.
Pourquoi avez-vous des chansons en français et d’autre en anglais ?
Parce qu’il y a des mélodies qui sonnent mieux en anglais qu’en français. Je m’attache à faire de la qualité dans les deux sens. Mais majoritairement, c’est le français qui est utilisé. Un texte vient avec une phrase ou un mot, après il faut trouver la mélodie pour l’habiller. Mais si j’écris sur un mot anglais, la chanson sera en anglais. Mais il n’y a pas de règles. Depuis quelques années, on tourne pas mal à l’étranger et d’avoir quelques titres en anglais c’est bon pour nous. Pour les Européens, tout le monde parle un peu anglais, donc ils captent les chansons plus rapidement que les chansons en français, même si ils en captent l’énergie. En anglais, c’est plus évident, forcément. On a la chance de pouvoir s’exporter un petit peu, on peut se faire comprendre, et en plus on amène des chansons en français dans des pays qui n’ont pas l’habitude d’en écouter. Dans un morceau comme : « La langue », c’est un hommage à tout ça. La langue est toujours en mutation permanente, quelle que soit ta langue à vrai dire. Aujourd’hui, c’est aussi ça l’Europe. C’est de pouvoir mettre des ingrédients qui viennent du Maghreb, de Chine, des Balkans. On a une base que l’on a tous quand on naît, et puis on a le voyage qui permet d’élargir.
Votre base est le rock. Sur cet album, il y a un featuring de Keny Arkana. Comment s’est fait la connexion sur ce morceau ?
Keny est quelqu’un de très atypique, qui a une forte personnalité dans le bon sens du terme. Elle n’est pas parachutée par qui que soit. C’est quelqu’un qui rencontre les gens. Au départ, on partage le même label, donc ça simplifie le truc, mais ça n’est pas un truc de maison de disques. On s’est rencontrés sur un festival où elle jouait, on a discuté une première fois et puis on s’est revus. Tout s’est fait doucement et bien humainement. Elle m’a demandé un thème sur lequel on pouvait bosser. Du coup, on s’est retrouvé en studio avec chacun un texte. Ça s’est monté super facilement en fait, il y a eu un vrai plaisir. Un peu ludique. Elle aimait bien notre instru. Je pense qu’elle a aimé frayer dans d’autres registres que le hip-hop, même si elle n’est pas estampillée hip-hop. On est hyper heureux. D’ailleurs, on devrait la retrouver sur scène.
Son flow se marie très bien avec votre musique, comment avez-vous travaillé sur ce morceau ?
Elle ne s’est pas trop posée de questions, parce que c’est quelqu’un qui fonce. C’est peut-être ce qui la démarque des autres artistes hip-hop qui se posent beaucoup de questions. Peut-être pas les bonnes. Pour les rythmiques Drum’n’bass, ce sont juste des rythmiques hip-hop qui sont dédoublées. En Angleterre, quand la drum’n’bass est arrivé, le hip-hop n’existait pas là-bas. C’est venu bien après. C’est pour ça que maintenant il y a un hip-hop anglais qui est bien spécifique. La Drum’n’bass est à la base une musique urbaine, comme le hip-hop était la musique de la rue en France. Du coup, rythmiquement c’est un peu la même histoire. Keny y est allée franco. L’instru était déjà faite. Avant de la connaître, on connaissait son ouverture musicale, quand tu écoutes son disque ça se sent. C’est quelqu’un qui met les couilles sur la table.
Quel sont vos rapports avec Internet et la musique gratuite ?
Elle nous a beaucoup servie la musique gratuite. On téléchargeait les gens que l’on voyait en concerts. Et pour nous, ça permet de faire populariser le groupe et pas qu’en France. Après c’est un manque à gagner certainement, mais notre propos est sur scène. On fait de la musique pour que les gens viennent écouter ce qu’on a dire et partager un truc. Après, je crois qu’il faut arrêter des taper sur les internautes. Je crois que ce sont les fournisseurs d’accès et les maisons de disques qui sont fautifs. C’est un peu du délire, car ils mettent des outils dans les mains des gamins et après ils leur tapent dessus, en disant qu’il ne faut pas faire ça. C’est de l’hypocrisie totale. Quand il n’y avait pas Internet, on avait des cassettes avec deux albums dessus. Ça allait moins vite, mais bon. Maintenant, ce qui fait un peu peur, c’est le côté packaging de la musique sur Internet, je crois qu’on va se retrouver dans des grosses boites, comme un menu. C’est un peu triste, parce que c’est un peu de la grosse production outrancière, tu deviens un produit avec tout ce que ça comporte comme déclinaisons. Avant, tu allais chez ton pote pour enregistrer un disque que t’avais entendu deux trois fois. Que là tu télécharges des trucs que tu ne connais pas, parce que c’est un outil de recherche hallucinant. D’un autre côté, les kids consomment beaucoup plus de musique que nous à notre époque. Ça va tellement vite, qu’il y a un côté zapping, tu es beaucoup moins attentif. Tu survoles vachement. C’est le côté négatif. Ce qui nous fout les boules aussi, c’est que les jeunes ont pris comme argent comptant le format son MP3. La qualité est archi pourrie. Quand tu vois le temps qu’on passe pour faire sonner la musique, ça coûte de l’argent, tout ça pour finir sur un ghettoblaster ou sur un portable, je trouve ça un peu triste.
Est-ce que ça vous amène un public différent à vos concerts ?
L’atout majeur de la musique sur Internet pour des artistes comme nous, c’est qu’il y a du monde aux concerts. Parce que la diffusion est énorme. Je crois que la crise du disque va avoir un effet bénéfique. Ne vont rester en selle que les artistes qui ont quelque chose à défendre en live. Tout ceux qui vendent des disques à coup de marketing, mais qui ne valent pas une cacahuète en scène vont dégager et c’est tant mieux.
Certains de vos morceaux les plus rock ressemblent à des hymnes avec une vraie rage à l’intérieur. Contre quoi voulez-vous battre actuellement ?
Contre les injustices, profondément. Tant que tu te sens en lutte contre les injustices, c’est que tu es en vie, c’est pour ça que c’est important. Pour en revenir à Internet, via les blogs, on peut parler en temps réel d’un truc important avec des gens qui sont à l’autre bout de la planète. Ça nous met dans un rapport d’égalité avec le public, c’est très important. La métaphore guerrière est très présente sur scène, parce qu’on est là pour mener un combat et une espèce de guerre positive. Parce qu’on n’est pas là pour enfiler des perles. Les musiciens sont là pour mener ces combats.
Vous vous battez beaucoup plus pour quelque chose que contre quelque chose…
Le truc qui est extrêmement difficile dans les chansons, c’est de poser des questions et d’apporter les réponses. C’est super dur. Mais parfois, il faut le faire. Si je prends un morceau comme : « La fièvre de l’exil » qui parle des gens qui se font ramener en charter dans leur pays, c’est difficile de répondre à ce problème de frontières, de passeports, mais en même temps, c’est important d’être positif, de dire qu’on veut changer les choses comme ça, d’aller vers cette évolution là. Plutôt que de dire pourquoi on n’est pas d’accord avec machin. On n’a pas la solution en main, mais à notre niveau, on essaie de réfléchir à des solutions et d’amener les auditeurs à la réflexion.
Il y aussi beaucoup d’espoir dans vos messages…
Oui, c’est vrai. « A table », c’est un morceau un peu second degré, un peu Foire du Trône. Un peu circus malsain. Mais c’est aussi une plaisanterie à la face de notre président. Une manière de dire : « Arrêtons de se regarder dans la glace. De voir si on est bien tirés à quatre épingles, de voir si on est dans le bon format, si on a les bonnes ray bans. ». C’est ce qu’on veut défendre. C’est quand même cette putain d’humanité qui nous tient. Ce n’est pas le désir personnel d’arriver dans sa petite vie à son épanouissement mercantile.
Les concerts sont-ils encore plus péchus avec le batteur ?
C’est un ancien tox (rires). On essaie d’avoir la pêche. Pourtant on n’est pas tout jeune. Mais comme le rock, ça conserve, on est de plus en plus véner sur scène. Ca n’est pas près de s’arrêter. On a un côté équipe de foot commando. Et puis plus tu donnes, plus tu reçois. Un concert c’est comme un cœur qui sort de la poitrine.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 La Phaze


 Interview(s) Date publication
 Interview de "La Phaze" 14/08/2008


 News Date publication
 La Phaze en concert à Paris 24/05/2008


 Video(s) Titre
  La Phaze : Interview 2008 - Partie 04
  La Phaze : Interview 2008 - Partie 03
  La Phaze : Interview 2008 - Partie 02
  La Phaze : Interview 2008 - Partie 01


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