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Interview de Lord Kossity
Lord Kossity
   
« Je fais des morceaux sur lesquels les gens s'éclatent. Mais au bout d'un moment, j'ai un vrai vécu, des choses à dire et l'envie d'en parler. »
   
Tu sors un street album plus rap, plus dark, Koss. Peux-tu nous en parler un peu plus ?
Je suis très fier de cet album parce que j’ai passé pas mal de temps dessus. Contrairement à d’autres projets, j’y ai consacré plus de deux-trois mois. La différence avec mes autres albums, déjà, c’est que c’est un album de rap. Toujours avec de petites vibes jamaïcaines parce que c’est dans ma nature. Pourquoi du Hip-Hop ? Peu de gens le savent mais j’ai commencé ma carrière par un groupe de rap, en 1990, il y a 18 ans. L’une des autres raisons c’est que ça me permet d’aborder plus de thèmes. Le ragga c’est un débit rapide, des morceaux clubs donc on ne peut pas aborder tous les sujets. C’est un album très personnel qui parle de mon vécu, de mon expérience. C’est une synthèse de toute mon histoire musicale. C’est un projet que j’ai mûri depuis pas mal de temps. Ce n’est pas mon premier album rap, il y a eu Koss City il y a quelques années. Mais c’est un challenge de sortir cet album-là aujourd’hui. Ce n’est pas le type de musique sur laquelle on va m’attendre.
Tu as conçu pas mal de morceaux sombres avec MF…
En fait c’est lui qui a conçu tout l’album. C’est un compositeur avec qui je travaille exclusivement ces derniers temps. Il a un talent hors normes mais c’est un mec de l’ombre, qui n’aime pas les projecteurs. Il a su trouver l’univers qui me convenait. En Hip-Hop, il est arrivé à me trouver les sons que je voulais. Il a un gros son qui vient d’ailleurs.
Tu parles de thèmes que tu n’avais jamais abordés avant. Lesquels ?
Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que j’avais une image d’entertaineur. Je fais des morceaux sur lesquels les gens s’éclatent. Mais c’est un peu trop réducteur. Au bout d’un moment, j’ai un vrai vécu, des choses à dire et l’envie d’en parler. Donc, sur ces morceaux, par exemple, je parle de la nécessité, pour les jeunes qui viennent des banlieues d’être reconnu et de faire de l’argent. Parce que l’argent c’est aussi un moteur, qui permet de réaliser des projets, de créer des emplois, de prendre des initiatives. Pour moi, l’argent, c’est un booster de rêve. Aujourd’hui je suis un chef d’entreprise, j’ai des employés et je trouve que c’est quelque chose de bien. Quand j’étais jeune, j’ai fais des choses pas forcément louables. Et ca venait de la nécessité et du manque d’argent.
Tu es donc un chef d’entreprise. C’est-à-dire… ?
J’ai une boite d’édition. J’ai monté deux labels. Je sors ma marque de fringues. Je fais des jantes de voitures. Je suis vachement dans le commerce. J’aime vendre. Je symbolise à la fois une marque, une ambition et une énergie. J’ai toujours eu la volonté de m’en sortir. J’ai eu la chance d’avoir un peu de talent et une passion pour la musique. C’est un beau métier et je suis conscient de la chance que j’ai.
Toi qui es là depuis longtemps, aides-tu de jeunes talents à travers tes labels ?
Celui là c’est mon 11° album alors oui, je suis là depuis longtemps. Mais je suis encore jeune [rires]. Justement je viens de repérer de jeunes rappeurs, chanteurs et j’aimerais bien leur faire gagner du temps, les faire bénéficier de mon expérience, être à leur écoute. Moi, j’ai été obligé de faire mes choix tout seul et j’ai parfois fait des trucs catastrophiques. C’est parce que je n’avais aucune formation. Là, j’ai envie de redonner ce que la musique m’a donnée, de retransmettre ça. Mais plus avec un côté professionnel, en restant dans l’ombre. Pour moi, un bon producteur, c’est quelqu’un qui sait donner à l’artiste les éléments pour qu’il s’exprime de la meilleure façon possible.
Et tes petits poulains, c’est plutôt rap ou ragga ?
Ca peut être n’importe quel style parce que, pour mes inspirations, moi j’écoute de tout : de la soul, du jazz, de la musique classique, du rap, du dance-hall, du reggae, de la bossa-nova, du flamenco. Pour moi, la musique c’est quelque chose d’universel. Les gens ont besoin de ça. Ca correspond à des périodes de la vie de chacun, ça nous rappelle à tous des évènements particuliers. Je pense que la musique est indissociable de la vie du plus grand nombre.
Qu’est-ce qui tourne, au fait, chez toi ?
J’écoute beaucoup de rap en ce moment : Lil Wayne, Young Jeezy. Kool Shen, mon pote, m’a fait écouter quelques-uns de ses nouveaux titres et c’est de la balle. J’écoute aussi Zoxea, Rohff, Booba, Tunisiano, Sefyu. En fait j’écoute tout ce qui sort pour me faire une idée. Ca enrichit ma musique.
Sur ton nouvel album, les deux derniers morceaux, Roule Avec Moi et Viens Avec Moi ont des refrains en anglais. Quel regard tu as sur la culture américaine ?
Je parle anglais couramment donc ça m’arrive assez souvent de faire le refrain en anglais quand je suis en studio. Ensuite, quand ça ne sonne pas pareil, pas aussi bien en français, je ne traduis pas. Sinon, ce qui me plait dans la culture américaine c’est la culture du commerce, du business. Il y a plein de jeunes qui arrivent à monnayer leur talent là-bas. Ici, on peut être reconnu pour le talent qu’on a mais ce n’est pas pour ça qu’on peut être riche. Après je n’aime pas leur côté grand arbitre du monde. Je suis pour Obama. Et puis j’aime bien aller passer du temps là-bas. Au niveau artistique, j’apprends énormément là-bas, je bosse avec de grands professionnels.
Et au niveau de l’apparence, du côté bling bling, ça te parle bien, non ?
Oui, c’est vrai que j’ai toujours ma montre, ma ceinture qui brille… Il faut comprendrez un truc par rapport au bling bling. A la base, ce sont des extérieurs de richesse, de réussite, portés par des gens qui viennent d’un milieu modeste. Ca ne plait pas parce qu’il y a une énorme hypocrisie vis-à-vis de l’argent. Moi je fais partie des gens qui assument. Mais je peux aussi être super classe et m’habiller en costard. Je suis à l’aise dans n’importe quel vêtement.
En parlant d’image, l’année dernière, tu as fait un morceau avec Clara Morgane. Avec du recul, ça t’a fait plus de bien ou de mal ?
Ca aussi c’est bling bling ! C’est une meuf qui brille ! [rires] c’était un risque que j’assume encore aujourd’hui. C’est elle qui est venue me voir pour que je la produise. Pour elle, c’était comme si elle réalisait un rêve. En plus, j’ai accepté de le faire pour elle parce qu’elle a une image forte. Contrairement à ce que les gens peuvent penser, beaucoup de monde l’apprécie. Il y a des gens qui sont prêt à tout lui pardonner. C’est aussi un côté glamour que j’aime bien utiliser dans mes clips. Et puis je trouvais ça marrant. J’aime bien me mettre en danger. Ca reste une bonne expérience. J’ai aussi été réalisateur et producteur. Mais je ne vais pas me spécialiser dans la reconversion d’ex du porno. Il y en a d’autres qui m’appellent. Mais il faut faire gaffe, faut doser. [rires]
Parmi tes projets, tu as enregistré un morceau avec Shaggy qui va sortir…
J’avais déjà enregistré avec lui il y a deux-trois ans. C’est quelqu’un que je connais bien et à chaque fois que je vais en Jamaïque, j’enregistre dans son studio. Ca me fait toujours plaisir de bosser avec des artistes qui ont une renommée internationale. Parce que moi aussi j’ai des projets internationaux mais je ne les mets pas trop en avant.
Tu vas aussi faire partie de la tournée des NTM. Tu l’as vécu comment ce retour ?
Je trouve que c’est une bonne chose. Le morceau qui m’a fait connaître en France, en 1998, c’était Ma Benz. Si on est reparti pour un tour, c’est bon ! ca va faire plaisir aux gens. Et, au-delà de tout ça, ça correspond à une génération, il y a un phénomène social derrière. A plus d’un titre ça a du sens. Et puis c’est une belle aventure. Je sais que j’ai appris plein de choses à leur contact et j’attends avec impatience ces gros concerts. En plus, c’est un phénomène un peu nouveau de voir des rappeurs vieillissants, plus matures, qui ont déjà gouté au succès… Il y a plus de maturité dans les discours sans laisser tomber le côté subversif. Comme dans mon nouvel album, qui n’a rien de consensuel, lui non plus !
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 Lord Kossity


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Lord Kossity" 19/06/2008


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