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Interview de Love amongst ruin
Love amongst ruin
   
"Mon départ de Placebo a été soudain et très bizarre, donc je me suis rendu dans un studio pour écrire des chansons à propos de ce que je pouvais ressentir."
   
Pourquoi avoir choisi de prendre un nom de groupe, et pas le tien ?
Parce que ce n'est pas un projet solo. C'est un groupe. Ca a commencé comme un projet où les chansons sont venues d'abord, et le groupe après. Un peu comme l'histoire de la poule et de l'oeuf. Mon départ de Placebo a été soudain et très bizarre, donc je me suis rendu dans un studio pour écrire des chansons à propos de ce que je pouvais ressentir. Et au fur et à mesure, je me suis rendu compte qu'il y avait une possibilité d'amener ça à un niveau supérieur. J'ai donc fini l'album, mais ça m'est apparu évident qu'il fallait amener ça sur la scène, le jouer en concert, et donc le groupe s'est formé. Voilà comment ça a commencé.
Et pourquoi avoir choisi ce nom ? Est-ce qu'il y a un rapport avec le poème du même nom de Robert Browning ?
Non. Je pensais que cela serait un nom unique, et ces trois mots convenaient parfaitement pour décrire dans quel état émotionnel je me trouvais. J'ai toujours eu en tête cette image du phénix qui renaît de ses cendres, je trouvais que ça me correspondait bien, parce que je jouais dans l'un des plus grands groupes du monde. Ca sonnait comme la phrase parfaite pour expliquer où j'en étais, et ou j'en suis.
C'est un peu une nouvelle naissance pour toi ?
Oui, oui, absolument.
Est-ce que tu as commencé à écrire ces chansons alors que tu étais encore dans Placebo, ou seulement après ?
J'ai toujours été co-compositeur dans Placebo, on composait à trois, même si Brian (Molko, le chanteur de Placebo, ndr) te dirait certainement le contraire, on fonctionnait vraiment comme un groupe, avec chacun qui s'investissait. Du coup quand je me suis retrouvé tout seul, j'ai commencé à écrire, ça me semblait naturel. Le plus gros challenge, vraiment, c'était que j'allais devoir me mettre à chanter ! J'avais l'habitude de chanter en studio avec Placebo, mais je ne l'avais jamais fait en live. C'était ma plus grosse appréhension. Mais il était vraiment temps d'aller de l'avant, après 25 ans à jouer de la batterie. C'était le moment de rester dans la musique, mais d'essayer quelque chose de vraiment différent.
La première de ces chansons que tu as écrite est « Love Song », que tu as fait écouter à ta femme, qui en a pleuré. Si elle n'avait pas réagi ainsi, est-ce que ça aurait affecté ta composition et ton orientation musicale pour cet album ?
Probablement. Ca m'aurait fait douter. C'était surtout pour voir ce qu'elle pensait de ma façon de chanter (rires). La nuit où j'ai terminé la chanson dans mon studio, qui est à l'étage, je lui ai dit de monter, d'appuyer sur « lecture » et de me dire ce qu'elle en pensait. J'attendais en bas, et elle est revenue en pleurant, ce que j'ai pris pour un bon signe. Elle l'a trouvé belle, ça m'a donc conforté et donné confiance dans ce projet de monter un groupe et de chanter des chansons. Donc oui, tu as besoin d'approbation avant de te dire « je suis fantastique ». Il te faut l'opinion d'autres gens pour te confirmer que tu pars dans une bonne direction et pas une mauvaise. Elle n'est pas du tout dans le monde de la musique, mais elle aime ça, elle n'est pas musicienne, et avoir son avis était la chose la plus importante pour moi.
C'était la première chanson, mais elle est en dernière place sur l'album...
Oui, c'est la première chanson que j'ai écrite. J'ai fait ça au piano, et elle est constituée de trois parties, ce que je trouvais ambitieux pour une première chanson. C'était en quelque sorte une sorte de catalyseur pour pousser les choses plus loin. Avec cette chanson j'ai compris que je pouvais développer mes émotions, les pousser, après que je me sois trouvé aussi mal, c'était une façon de dire « merci de m'avoir aidé, soutenu » à travers ces paroles. Et comme les 10 premières chansons que j'ai écrites figurent toutes sur l'album, voilà pourquoi celle-ci s'y trouve aussi. Je n'avais pas des masses de matière dans laquelle choisir, mais toutes les chansons sur l'album semblent être les bonnes, elles ont toutes ce ressentiment commun. J'ai l'impression que c'est un album très honnête.
Tu as été derrière la batterie pendant 15 ans, est-ce que tu as eu peur de te retrouver sur scène en tant que leader de groupe ?
Oui, carrément. Faire cet album était amusant, et écrire les paroles et chanter étaient de bons challenges, mais plus je le faisais plus ça devenait naturel. J'ai commencé à aimer ça. Quand on a fini d'enregistrer l'album, de le mixer aussi, j'ai pris un peu de recul et suis revenu sur le mix, pour m'assurer qu'il avait bien un potentiel commercial. Et j'ai commencé à flipper pendant ce remixage, parce que je savais que j'allais devoir monter sur scène, avec la peur au ventre. Mais j'ai surmonté tout ça. Je me suis donné assez de temps, et maintenant je suis bien dans ma tête, j'en ai fini avec toutes ces craintes. Ca a été un sacré challenge, mais c'est super excitant de faire quelque chose de complètement différent. Le changement a du bon, et aujourd'hui ce n'est que que du plaisir.
Comment as-tu constitué ton groupe ?
Il y a eu Donald Ross Skinner, il n'est pas dans le groupe. Il joue dans Julian Cope, et il joue beaucoup. Il a travaillé sur l'album pendant une pause. C'est un bon arrangeur, et un bon producteur, mais moi aussi. Donc il est venu à mes côtés pour l'enregistrement de l'album. C'était évident de l'avoir dans le groupe dans tous les cas, tant il a un talent naturel. Mon batteur s'appelle Keith York, et c'est quelqu'un que je connais depuis 20 ans. Nous jouons dans des styles similaires, donc je lui ai dit qu'il fallait qu'il intègre ce projet, ce à quoi il m'a répondu qu'il n'y avait pas de problème. L'autre guitariste, Steve Hove, m'a été suggéré par mon ingénieur du son. Il est venu écouter ça, il a adoré, et c'est le plus jeune d'entre nous. C'est un bon guitariste. Il travaille parfaitement. Il y aussi Laurie Ross, aux claviers, qui a travaillé en studio sur plusieurs instruments, et il n'en fallait pas plus pour me donner une raison de la joindre à l'aventure. Magnus Lunden est le bassiste, ce qui m'est apparu comme le choix le plus naturel après l'avoir vu jouer. Il est prof de musique, et n'a jamais été dans un groupe. Donc il n'y a pas eu d'audition ou ce genre de truc, ça s'est juste fait comme ça, et la sauce a bien pris, ça a bien marché.
Ton frère Nick s'est également retrouvé impliqué...
Oui, pour les sessions d'enregistrement. J'ai écrit toute la musique, et j'allais évidemment faire le chant et écrire les paroles. Je peux jouer de la guitare, mais je ne suis pas le meilleur guitariste du monde. Donc j'ai chopé mon frère Nick pour refaire tout ce que j'avais fait, mais le refaire proprement. C'était une bonne opportunité pour lui, et c'était bien de travailler avec lui. Mais nous avons cette espèce de rivalité fraternelle, un peu comme les frère Gallagher d'Oasis. C'est pour ça que Nick n'est pas dans le groupe, parce qu'il n'y a pas moyen que nous soyons en tournée ensemble, ça se passerait trop mal à cause de ça. Et il y avait Jon Thorn à la basse en même temps. Il fallait également refaire les parties basse, et il était disponible, donc il est venu pendant l'enregistrement pour nous faire ça. Il y avait donc vraiment un groupe de studio, et ils m'ont aidé à faire cet album, à transposer mes idées. Puis ils sont partis sur d'autres choses, et moi j'ai constitué mon groupe.
Il y a aussi ta fille qui chante sur le disque...
Oui, elle chante sur « Love Song ».C'était surtout un moyen pour moi de lui mettre un bon coup de pression, comme elle excelle dans tout ce qu'elle fait, de la faire rentrer dans la musique. Elle était pétrifiée en studio, mais je suis très fier. Je l'ai un peu forcé à le faire, mais c'était une bonne expérience à réaliser. C'était chouette de faire ça, c'était une journée remplie d'émotions.
On a vraiment l'impression que cet album te sert à dire « me voici, Steeve Hewitt, et voilà qui je suis aujourd'hui »...
Oui. Je veux dire, c'est exactement ça. Mais c'est aussi une expérience thérapeutique, pour faire sortir toutes ces choses enfouies en moi, tout ce qui s'est passé avec Placebo. Et également une façon de rappeler aux gens quel était mon rôle dans Placebo, à quel poitn je participais. Les gens pensent que ce n'est que Brian, mais non, c'était lui, moi et Stefen, et c'est ça qui faisait sonner Placebo aussi bien à mon avis. Mais les gens ne se focalisaient que sur une seule personne, et c'était important pour moi de montrer que je suis également un songwriter.
On ressent beaucoup d'influences, comme New Order, The Cure ou Queens Of The Stone Age. Etait-ce ton objectif, de brasser toutes ces influences et de te les approprier ?
Je pense que c'est important d'essayer de créer son propre son. Mais de toute évidence, même en tant qu'adorateur de musique, d'amateur d'autres groupes, tu dois aller plus loin dans ce que tu fais. J'évacue toujours la musique, je n'écoute pas d'albums quand j'écris ou enregistre, parce que je n'aime pas être contaminé par les idées d'autres gens. De cette façon quand tu travailles sur le disque, tu n'es envahi que par ton unique sens de la création. D'un point de vue sonique, c'est toujours en développement. Pour un premier album, je trouve que ça marche très bien. C'est très varié. C'est comme ça que j'aime les albums. Quand j'écoute un disque de rock, je ne veux pas entendre la même chanson encore et encore, j'aime être emmené dans une sorte de voyage, une échappée. Ca ne m'effraie pas qu'on se retrouve avec des chansons différentes comme « So Sad » ou « Truth », pour que ça fonctionne parfaitement pour les auditeurs. La liberté, plus d'espace, et les traiter avec intelligence, ne pas les prendre pour des idiots.
Il y a beaucoup de mélancolie dans cet album, mais toujours avec un fond d'optimisme. C'était toujours dans ce but de « contraste » ?
Tout à fait. Beaucoup de chansons sur cet album ont un message similaire. C'est à propos de la rupture, et pas seulement du point de vue amoureux, mais également de l'amitié, de tes amis proches, comme ce que j'ai eu avec les gars de Placebo pendant des années avant d'être mis de côté, et ce en laissant de côté des tas de questions qui restent sans réponses. Ce qui te met en colère, fait que tu as du mal à te regarder dans le miroir. Mais il y a moyen de prendre ça d'une façon positive ou négative, de contrôler ce que tu veux faire de ton futur, et ne pas rester à t'apitoyer sur toi-même. C'est très dangereux de rester trop longtemps dans cet état d'apitoiement, tu ne vas jamais de l'avant, et tu restes bloqué dans ta colère, ce qui je pense ne peut que t'apporter des problèmes. Il faut réussir à être positif et croire en toi à nouveau, et les choses pourront devenir plus lumineuses.
Les meilleurs groupes de pop-rock sont toujours anglais...
C'est un français qui dit ça... et tu as raison ! (rires) Il y a toujours eu quelque chose de spécial pour la bonne musique. Je ne sais pas si ça vient de la langue...
Peut-être de la pluie ?
(rires) Oui, ça permet aux gens d'avoir le temps de faire de la musique, bien sûr ! C'st vrai qu'on a de la chance d'avoir de la bonne musique depuis des années, comme aux Etats-Unis en fait. Mais je pense que ça se déverse en Europe également maintenant, comme en Allemagne, ou en France aussi. Je ne pense pas que ça soit spécifique au Royaume-Uni. D'un certain point de vue, j'irais même jusqu'à dire qu'il y a trop de musique au Royaume-Uni. Tellement que de bonnes choses peuvent êtres perdues, et ça c'est un des aspects négatifs. Mais dans les positifs, maintenant nous avons internet, tout est facilement disponible, et grâce à ça toutes les barrières peuvent être franchies. Les gens ont plus facilement le choix.
Est-ce que tu dirais qu'il est plus facile pour un artiste de créer quand il est triste ou en colère ?
Je ne dirais pas forcément triste ou en colère, mais je pense qu'une crise est toujours un vecteur parfait pour motiver quelqu'un à écrire, et s'exprimer. Que ce soit une bonne ou une mauvaise crise. Mais oui, il faut que quelque chose se passe pour que les choses puissent se faire.
Comment composez-vous dans le groupe maintenant, est-ce toi seulement, ou vous jammez ensemble ?
Pour l'album en Angleterre, c'était seulement moi, mais maintenant c'est le groupe, tous ensemble. Nous écrivons de manière différente. J'autorise tout le monde à apporter ses idées, et on peut vraiment commencer à être un groupe. Même si cet album est sous l'égide de Love Amongst Ruin et qu'il peut être assimilé à un projet solo, mais il ne l'est pas, parce que d'autres personnes ont été impliquées et ce n'est pas que moi. Si ce n'était que moi, je serais seul avec une guitare acoustique. Je pense que le futur va être très lumineux, le son du groupe va changer et grandir, ça risque d'être un voyage très excitant. On va bien voir comment ça marche. Mais de toute façon à la fin, c'est moi qui prendrai les décisions (rires).
La chanson « Blood & Earth » est la plus puissante de l'album. Comment a-t-elle été composée ?
Oui, elle a été conçue à partir du riff de guitare. C'est probablement la chanson la plus directe, la plus rock de tout l'album. C'est un bon gros riff rock'n'roll de guitare, qui va tout droit, avec une bonne ligne de basse directe et la voix avec des effets dessus. Les chansons « Heaven & Hell » et « Away From Me » sont partis des percussions et de la basse. Elles avaient un bon groove. Les chansons sont venues comme ça. J'écris de plusieurs façons en fait. C'est intéressant je trouve, de pouvoir partir de choses différentes, la guitare, les paroles, qui peuvent apporter une idée.
Quelle est l'idée derrière le mec un peu fou qui danse dans le clip de « So Sad » ?
Encore une fois, « So Sad » parle de la manière dont les relations peuvent mal tourner, c'est ce qu'il y a dans les paroles. C'est une chanson d'amour-haine. Tu en veux à la personne à cause de ce qui s'est passé. Tu ressens de la mélancolie, de la tristesse, tu es blessé, c'est ce qui se passe. Ce mec qui danse est l'expression de ce que tu ressens quand tu désires quelque chose, mais tu sais que ça va t'être retiré, qu'on va te le prendre. Au milieu de la danse, on ressent bien ça je trouve.
Pour terminer, pourquoi as-tu été viré de Placebo ?
Je ne sais pas pourquoi ! On venait de finir l'album Meds, et on avait tourné pendant 18 mois. Nous sommes revenus d'Amérique, on s'est dit au revoir, et 2 semaines plus tard, j'avais un mail de notre manager qui me disait que j'étais viré. Et c'est tout. Je ne les ai pas revus depuis le 2 septembre 2007 à l'aéroport d'Heartrow. Je n'ai pas eu de nouvelles d'eux, je ne leur ai pas parlé, on ne s'est pas vus, on ne m'a donné aucune raison... C'est très étrange. Mais bon, je suis là maintenant, et je vais bien.
   
Propos recueillis par Sébastien Delecroix
     
     
     
     
 Artiste
 Love amongst ruin


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Love amongst ruin" 18/10/2010


 Chronique(s) Date publication
 Love amongst ruin : Love amongst ruin 27/09/2010


 News Date publication
 Love amongst ruin : 3 concerts en vue 27/02/2011



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