| "Le public m'avait peut-être trouvé un peu trop lisse. Maintenant que je suis devenue une femme, il y a des choses dont je peux parler plus facilement" |
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| Tu sors un nouvel album qui s’appelle Elle et Moi. Quel est ton rapport à toi-même ? |
| Lynnsha : Déjà, je vais expliquer pourquoi j’ai donné ce nom à l’album. Mon premier prénom c’est Sophie. Après c’est Lynnsha. Elle et Moi c’est sur, non pas ma double personnalité mais les choses que fait Lynnsha et que Sophie ne ferait jamais. En tant que chanteuse, il y a plus de choses que je peux me permettre. Sur cet album, je me suis beaucoup plus dévoilé. Il y a une vraie mise à nue. Parce que le public m’avait peut-être trouvé un peu trop lisse. Et que, maintenant que je suis devenue une femme, il y a des choses dont je peux parler plus facilement. C’est comme une thérapie de donner des choses plus intimes. |
| Toujours dans ton rapport à toi, le morceau d’introduction s’appelle… Lynnsha. Pourquoi ? |
| Lynnsha : Alors là, je remets un peu les compteurs à zéro, les pendules à l’heure. Je suis une jeune femme née en banlieue, originaire de la Martinique. Je dis qui je suis. Je connais mes qualités et mes défauts. Je dis stop, arrêtez de me juger sans me connaître, vous ne savez pas qui je suis. Je n’ai pas de temps à perdre avec les critiques, je fonce vers mes objectifs. |
| De quelles critiques parles-tu ? |
| Lynnsha : J’ai cru entendre, entre autre, que j’étais superficielle ou plutôt inaccessible. C’est vrai que, quand on fait des clips de R&B, il y a des codes très particuliers. C’est très visuel, très bling bling. Mais c’est juste une histoire, faut pas tout mélanger. La personne qui est dans le clip, ce n’est pas forcément la chanteuse et encore moi la personne qui est derrière. C’est vrai que ça a pu me toucher et me faire de la peine. |
| Quand on visionne tous tes clips et notamment le dernier, « Je veux que tu me mentes », on voit bien comment tu as évolué vers une femme ultra sensuelle. Comment l’as-tu vécu ? |
| Lynnsha : Je pense qu’en grandissant, on arrive un peu plus à s’affirmer. On se cherche au départ et je pense que là, effectivement, je me suis trouvée. Et c’est vrai que sur ce clip en particulier, j’avais envie de m’éclater. Et c’est la première fois qu’on m’a vraiment laissé me lâcher. Comme j’aime beaucoup le cinéma, jouer la comédie, j’ai adoré représenter ces quatre personnages différents. C’est vrai que j’aime véhiculer ce côté femme car je suis assez sexy et très coquette En grandissant, on fait moins de gaffes. Ca devient plus classieux, plus glamour. |
| Quel rapport tu as à ta propre sensualité pour ne pas en faire trop ? |
| Lynnsha : C’est vrai que j’aime être sexy mais sans jamais tomber dans la vulgarité. Même dans ma vie de tous les jours. On sait bien qu’on peut porter une robe super courte mais jamais avec, en plus, un décolleté. Il y a des choses à mettre en valeur et pas d’autres. Je ne cherche pas forcément à me mettre en valeur, ça vient naturellement. J’assume tout à fait d’être féminine jusqu’au bout des ongles. |
| Pour revenir à ta musique, tu t’es un peu retirée pendant deux-trois ans. Pourquoi ? |
| Lynnsha : Pendant ces années-là, il y a d’abord eu la fin de la tournée de mon premier album. J’ai fait trois tournées, autour de trois titres : La Rivale, Rendez-Vous et Hommes-Femmes. Entre temps j’ai aussi travaillé sur l’album Tandem, un mini-album de transition. Je voulais qu’on me retire cette étiquette de chanteuse de R&B. j’expliquais que j’téais chanteuse tout court de pop, de zouk, de variété française ou de gospel. Et après il y a eu le travail sur Elle et Moi. Le plus long a été de trouver une équipe qui comprenne bien ce que je voulais. Comme Zaho et Phil Grace, qui ont travaillé sur 4 titres. Dadou, Grégory Custos, Régis, Chéry Batri et Eddy |
| Sur ce nouvel album, il semble y avoir plus d’ambiances caribéennes. Pourquoi montrer ce visage seulement maintenant ? |
| Lynnsha : J’ai toujours été à la fois une chanteuse R&B et de zouk. Mais, sur le premier album, tout s’est fait très très rapidement. Sinon il y aurait eu plus de zouk. Sur Tandem, j’ai glissé un autre morceau zouk, Lova Girl. Donc l’envie était là depuis longtemps. Ici, j’ai pris mon temps. Il y a donc une introduction au zouk. D’autant plus qu’il va y avoir une déclinaison de cet album, Île et Moi, qui sera 100% zouk. |
| Au niveau de l’écriture, c’est toi qui as tout fait ? |
| Lynnsha : Non. Je n’ai pas tout écrit parce que j’aime les choses bien faites et que plutôt que de bâcler, je préfère faire appel aux autres. J’ai aussi parfois coproduit des titres. Sinon j’ai fait appel à des auteurs tout en donnant les thèmes puisque cet album devait correspondre à des passages de ma vie. J’ai passé des heures et des heures avec Zaho et Dadou à partager mes expériences. Ce sont des personnes qui ont très bien su retranscrire ce que je pensais. |
| Sur Désolée, par exemple, tu parles d’une amitié gâchée. Comment on fait pour chanter quelque chose d’aussi personnel ? |
| Lynnsha : Pour l’écriture, ça a été simple. Zaho est venue à la maison. C’est quelqu’un de confiance donc je lui ai raconté l’histoire du début à la fin. C’était une amitié spéciale dont je voulais parler. En grandissant les choses avaient changé avec mon amie d’enfance, on n’arrivait plus à se comprendre mais cela ne voulait pas dire qu’on ne s’aimait plus. Il y a eu des déchirures. On pardonne mais arrive un moment où on ne peut plus réparer, on ne peut plus oublier, on est obligée de se séparer. Pour moi c’était une amitié aussi forte que de l’amour. |
| En parlant d’amour particulier, il y a aussi le titre Vie, qui parle de ton désir de maternité… |
| Lynnsha : C’est un de mes morceaux préférés. Je ne suis pas maman mais j’espère l’être. Pas tout de suite parce que mon travail et ma vie privée ne me le permettent pas. J’explique mon rapport à la maternité. C’est plus qu’un besoin. J’ai carrément que je ne serais complète et totalement épanouie que quand j’aurais donné naissance. |
| Comment on choisit les petits morceaux de sa vie pour les mettre dans des chansons ? |
| Cet album c’est une thérapie. Donc c’est les morceaux de sa vie qui nous ont le plus marqués et qu’on a le plus besoin d’extérioriser. Le choix se fait tout naturellement. Comme, par exemple, sur le morceau Si Seulement où je m’excuse auprès de ma famille, mes amis, mon public. Parce qu’on ne m’a pas spécialement appris à extérioriser mes sentiments. Les personnes qui sont autour de moi et que j’aime, je leur dis très rarement. Je donne peu de marques d’affection. Je me sens très mal à l’aise quand on me prend dans les bras. Comme je le chante « j’essaie d’être une meilleure femme que ça. » |
| Il n’y a qu’un seul duo sur cet album. Pourquoi ? |
| Lynnsha : Effectivement, c’est le seul et c’est mon cousin. En plus ce morceau devait être sur son album et non le mien. Mais j’ai énormément aimé ce titre. Mais au départ, je ne voulais aucun featuring. Parce qu’on ne me connaît presque qu’avec des featuring. Avec Lady Sweetie, lady Laistee, D-Dy, Lord Kossity, Passy… j’avais envie qu’on apprenne à me connaître aussi en solo. |
| Toi qui as beaucoup fréquenté les rappeurs, comment as-tu vu l’évolution des rapports entre les milieux du rap et du R&B ? |
| Lynnsha : C’est vrai qu’auparavant, les rappeurs étaient assez cassants avec les chanteurs et chanteuses de R&B. Depuis ils ont mis un peu d’eau dans leu vin et ont compris, en voyant notamment les américains, que ce sont deux musiques très proches. Le R&B c’est le côté mélodieux du rap. Ca rend alors leur musique plus douce et plus accessible au grand public. Ca l’a rendu plus ouvert et c’est bien. |
| Tu as aussi partagé des morceaux avec des artistes reggae. Quels rapports as-tu avec cette musique ? |
| Lynnsha : Déjà, ce sont des musiques sur lesquelles j’adore énormément danser. Et puis ce que je préfère, c’est qu’and il n’y a plus de barrières musicales. Comme pour mon duo avec Faudel. Pour moi qui ait grandi en banlieue, où tous les courants musicaux sont entendus, c’est toujours un plaisir de tout mélanger, de ne pas me mettre de barrières. |
| Comment travailles-tu ta voix ? |
| Lynnsha : Pas assez, c’est clair et net. Mais je ne suis pas touchée par les prouesses techniques. Je préfère l’interprétation et la sensibilité. C’est vrai que je n’ai pas un coffre, une voix de dingue. Et ça ne m’intéresse pas plus que ça. Je préfère toucher les gens par l’interprétation. Sur cet album, j’ai fait vraiment attention au côté vrai. Je n’ai pas essayé d’imiter des gens. Je pense que ce qui me caractérise c’est le côté soufflé, doux, sensuel. Et je n’ai pas cherché plus que ça à le travailler…J’ai juste mûri avec ma voix, qui s’est plus timbrée. |
| Rapport au titre d’un de tes morceaux, est-ce que, pout toi « le cœur est ta raison » ? |
| Lynnsha : Que ce soit en amitié ou au boulot, c’est effectivement mon cœur qui gère tout et ce n’est pas toujours très facile. C’est vrai que c’est un album de partage. Et en parlant de moi, beaucoup de gens devraient se reconnaître. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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