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Interview de M83
M83
   
"Cet album a été construit un peu comme un film aussi. Il y a une intro, une fin, des moments où on a l'impression d'être dans un désert, des moments où tu gravis des montagnes.?"
   
Sortir un double album en ce moment, ce n'est pas un pari un peu fou contre le sort ?
Anthony Gonzalez : Ouais? Peut-être. Je n'ai pas eu spécialement de problème avec ma maison de disques pour le sortir, en tout cas. Mon label, c'est Mute aux Etats-Unis depuis un petit moment maintenant et ils n'ont jamais demandé à écouter une musique avant pour être sûr que ça leur plaisait? J'avais presque fini le mixage et puis j'appelle Nicole chez Mute à New York. Je lui dis, voilà, j'ai presque fini et ça va être un double album. Elle m'a dit, ah bon, tu es sûr ? Bon, ben j'espère que ça va être un bel album et que ça vaut le coup de sortir un double. C'est vrai que par rapport aux nouvelles technologies, à la manière dont on écoute la musique aujourd'hui, c'est un peu un challenge. Mais tant mieux, j'ai toujours fait les albums que j'avais en tête et que j'avais envie de faire et je n'allais pas m'arrêter à ces choix-là.
On a l'impression que plus ta carrière progresse, plus il y a d'emphase, d'espace dans les morceaux. Cette fois, on a vraiment un sentiment d'espace. C'était aussi dicté par le déménagement à Los Angeles où l'on se retrouve tout à coup dans une ville démesurée, surtout quand on vient de France ou bien était-ce une progression logique ?
Anthony Gonzalez : Je ne sais pas. J'ai toujours été influencé par les paysages, par les films ambitieux, par les road trips, par la musique ambitieuse et le fait de voyager depuis dix ans avec ma musique est une source d'inspiration assez grande. J'ai déménagé à Los Angeles il y a un an et demi, juste avant d'écrire l'album. Voilà, c'est cliché, mais les grands espaces américains, c'est quelque chose qui te porte au final. Ma musique a toujours eu ce côté un peu cinématique et grandiloquent aussi. Cette image de grands espaces colle bien à mon univers, à ma personnalité.
Ça a été un gros changement de partir s'installer aux Etats-Unis. Et je suppose qu'il y a aussi un changement énorme dans la façon de travailler. On parle toujours de professionnalisme américain, ce qui est un cliché? Mais est-ce que ça a bouleversé ta façon de travailler ?
Anthony Gonzalez : Pas vraiment. Je travaille énormément tout seul. Parfois, je retrouve pas mal d'artistes? Là, j'ai bossé avec un producteur, un ingénieur du son. Mais j'ai l'habitude de bosser seul. J'ai besoin de cette solitude pour ma musique et du coup, le professionnalisme américain, je ne m'en suis pas trop rendu compte. Je n'ai pas énormément changé ma manière de travailler. Ce n'est pas parce que je suis parti à l'étranger? C'est une nouvelle culture, un nouvel environnement et c'est sûr que ça change des choses, mais ça ne m'a pas tout bouleversé vraiment.
Tu parles beaucoup de musique cinématique et le fait de travailler seul, de tout faire par soi-même a un côté proche du metteur en scène. Tu n'as pas envie de passer à l'étape suivante, de mettre des images sur la musique ? D'autant qu'elle est très visuelle, elle raconte des histoires?
Anthony Gonzalez : Oui, j'ai toujours été influencé par le cinéma. Je regarde plus de films que je n'écoute de musique. Ou presque. Je ne sais? Depuis tout petit, je regarde énormément de films, j'écoute beaucoup de B.O.. Je trouve qu'il y a un truc assez fort dans le cinéma, quand il y a les images, les acteurs, la musique et une espèce d'osmose entre tout ça. Il y a une force? Je suis plus souvent bouleversé par un film que par un album. C'est un truc qui me parle plus et j'essaie de transmettre ça à travers ma musique. Cet album a été construit un peu comme un film aussi. Il y a une intro, une fin, des moments où on a l'impression d'être dans un désert, des moments où tu gravis des montagnes. Ça bouge tout le temps, il y a plein de styles de musique différents.
Il y a aussi des passages parlés qui sont assez bouleversants, "Raconte Moi Une Histoire" et "Echos Of Mine". Je les trouve très prenants, très poignants. Ces chansons sont très particulières, elles donnent vraiment l'impression d'être dans un film.
Anthony Gonzalez : Oui? J'ai commencé avec le premier album où je samplais des dialogues de films pour les mettre en musique, par manque de budget et parce que je ne connaissais pas d'acteur pour parler sur ma musique. Maintenant, je peux me permettre de bosser avec des acteurs et faire que ma musique soit vraiment personnelle. Je n'utilise jamais de sample. C'est quelque chose qui me passionne. J'aime bien écrire des textes avec mon frère et les faire lire par quelqu'un qui dégage une émotion par la voix.
Un album comme celui-là, ça demande combien d'heures de travail ? C'est une somme colossale de travail? Il est très riche?
Anthony Gonzalez : Je ne sais pas. Je me suis toujours considéré comme très feignant. Certains artistes sortent un album par an. J'ai beaucoup de mal à faire ça. J'adore la musique, mais j'aime autre chose. J'aime ne pas faire de musique aussi. J'aime me nourrir d'autres formes d'art. De temps en temps, il y a des périodes de ma vie où je n'arrive pas à faire de musique. Je sais que ça ne rime à rien. Je n'ai juste pas envie. Cet album, c'est un an et deux-trois mois de travail avec des pauses.
D'où sort la pochette ? Elle est incroyable, elle pourrait venir d'une expo contemporaine, on sent qu'il y a un concept derrière?
Anthony Gonzalez : Je travaille avec Anouck Bertin, une photographe qui vient de New York et que j'ai rencontrée à Paris. C'est une de mes meilleures amies depuis un bout de temps. On avait cette idée, cette espèce d'influence de l'innocence d'un enfant, ces films comme E.T. ou des trucs plus kitsch comme L'histoire sans fin. Enfant, j'étais baigné d'animation japonaise, par ces dessins animés qui se passaient dans l'espace, ces espèces de rêveries permanentes. Et cette pochette et cet album sont un peu un hommage à mon enfance, aux dessins animés, aux films et à la musique que j'ai pu écouter à l'époque. C'est un condensé de tout ça. C'est aussi une rétrospective de ma vie. J'ai toujours été baigné dans cet univers de rêve?
Quels sont les artistes ou les disques qui t'ont donné envie un jour de faire de la musique ?
Anthony Gonzalez : Il y en a beaucoup, mais le premier, ça reste Jean-Michel Jarre. Je regardais la télé avec mes parents tout simplement? Et je suis tombé sur une performance de Jean-Michel Jarre entouré de ses synthétiseurs. Visuellement, il y avait un truc très futuriste et la musique aussi dégageait quelque chose de très synthétique qui m'a fait penser à un film de science-fiction. Depuis ce jour-là, j'ai cet amour pour les synthétiseurs, les musiques électroniques et synthétiques. C'est vraiment le premier artiste auquel je pense quand on me pose cette question.
C'est drôle, parce qu'il a forcément influencé des artistes, mais peu de gens osent le citer. Il a été critiqué, limite ringardisé?
Anthony Gonzalez : Je ne sais pas, c'est un artiste qui m'a toujours inspiré, avec qui je rêverais de bosser. Je pense qu'il a les mêmes références que moi. J'ai découvert le rock allemand des années 70, Tangerine Dream, Ash Ra Tempel, Can, Neu!, Popol Vuh, ce genre d'artistes qui ne travaillaient qu'avec du vintage, des synthés analogiques et j'ai l'impression que Jean-Michel s'est pas mal inspiré d'artistes de cette époque-là. Il y a quelque chose de beau et d'étrange dans la musique synthétique et électronique qui m'a toujours fasciné. Pour en revenir à Jean-Michel Jarre, je pense que c'est quelqu'un qui, visuellement et musicalement, a été inspiré par les mêmes choses que moi.
Dès les premières minutes de l'album, on sent qu'il y a une fascination pour les années 80. Est-ce que tu te définirais comme nostalgique ? Y a-t-il des choses dans les années 90 et 2000 qui peuvent t'inspirer et te toucher autant ?
Anthony Gonzalez : Il y a vraiment un truc spécial avec les années 80. Le son des disques des années 80 m'a toujours plu. C'est la façon de produire les albums à l'époque, en fait. Les albums sonnent vraiment très ambitieux, il y a vraiment ce côté expérimentation, parce que les artistes à l'époque travaillaient avec de nouvelles machines. L'expérimentation avait pas mal de place dans la vie d'un artiste. Les albums sonnent bien, il y a ces guitares très bright, ça m'a toujours inspiré. Mais j'écoute énormément de choses des années 90 et 2000, je ne m'arrête pas aux années 80. Étant ado, j'étais à fond dans King Crimson, Pink Floyd, les années 70 aussi. Et ce que j'aime avec cet album, c'est que j'ai l'impression d'avoir fait un mix de toutes ces influences-là. Il y a un gros côté années 80, mais c'est aussi ouvert à d'autres instruments. J'y ai mis beaucoup de guitare acoustique, ce que je n'avais jamais fait avant. Il y a un peu de saxo, d'instruments un peu différents. C'est un mix de tous mes albums, mais avec quelque chose de nouveau.
Je suppose que tourner avec Depeche Mode a dû être un moment très fort et impressionnant, surtout s'ils faisaient partie des groupes des années 80-90 que tu aimais à l'époque. Est-ce que ça a eu un impact, ne serait-ce que de se dire, wow, je tourne avec Depeche Mode maintenant !
Anthony Gonzalez : Oui, c'est vrai que quand ils m'ont proposé de tourner avec eux, je n'arrivais pas à y croire. Depeche Mode c'est quand même l'un des plus gros groupes vivants. On parlait des années 80 et pour moi, c'est un peu LE groupe des années 80. Tourner avec eux en Europe, dans les stades, ça a été une expérience extraordinaire, même si ce n'est pas évident avec un groupe comme ça. Jouer sa musique devant le public de Depeche Mode, c'est très difficile. C'est un public très difficile d'accès, j'ai l'impression que c'est comme une religion pour eux, qu'ils n'écoutent que Depeche Mode et que les autres artistes, ils n'en ont un peu rien à foutre. Du coup, c'est difficile de se produire devant eux. Mais j'ai eu la chance de rencontrer le groupe, de discuter avec eux. C'est des passionnés de musique. Quand tu les vois sur scène, tu as l'impression qu'ils s'éclatent toujours autant. Moi, sur cet album, je chante beaucoup plus, c'est dû au fait d'avoir tourné avec les Kings Of Leon en Angleterre, les Killers aux Etats-Unis et Depeche Mode en Europe? C'est vraiment des performers, tu vois cette relation assez spéciale qu'ils ont avec leur public. On a l'impression que la voix, c'est leur manière à eux d'exprimer leurs idées, leurs émotions. J'ai vraiment essayé de m'inspirer de ça pour cet album, donc je chante beaucoup plus et avec une manière différente de chanter, également. J'ai dix ans de carrière derrière moi et je continue à m'inspirer d'autres artistes. Je continue à grandir et ma musique aussi.
Le titre de l'album, Hurry Up We're Dreaming est une belle contradiction et son contenu tourne beaucoup autour du rêve. Tu te souviens de tes rêves, tu y accordes beaucoup d'importance ? Tu y puises une inspiration, même si elle n'est pas littérale, qu'il ne s'agit que d'impressions ?
Anthony Gonzalez : J'ai déménagé à Los Angeles et les deux-trois premiers mois, ça a été assez difficile. Je me suis retrouvé seul dans une ville assez grande, sans trop d'amis. J'étais seul dans mon studio. Et j'ai eu cette espèce de flash, de souvenirs de mon enfance. Et surtout, je me suis souvenu de quelques rêves d'enfant. Je me suis dit qu'il y avait peut-être quelque chose à creuser là. Quand je disais que cet album était un hommage à mon enfance, c'est aussi un hommage à mes rêves d'enfant, à cette espèce d'innocence qui m'a toujours fasciné.
Tu rêvais de devenir quoi, quand tu étais enfant ?
Anthony Gonzalez : J'ai toujours rêvé d'être footballeur professionnel. Malheureusement, j'ai arrêté le football étant ado quand j'ai commencé à découvrir la musique et autres choses? Je rêvais de pleins de trucs. Quand tu es gamin, tu rêves de faire plein de choses. Je me rappelle de rêves que je faisais quand j'étais enfant et c'était souvent connecté à l'espace, aux aventures spatiales. Quand je parlais d'animation japonaise, il y avait des dessins animés avec des aventures dans l'espace? C'était vraiment ça, mes rêves d'enfant. L'album parle un peu de ça, aussi.
   
Propos recueillis par Isabelle Chelley
     
     
     
     
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 Artiste
 M83


 Interview(s) Date publication
 Interview de "M83" 19/10/2011


 Chronique(s) Date publication
 M83 : Hurry Up We're Dreaming ! 18/10/2011


 News Date publication
 M83 reprit par le Front national 14/04/2012



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