Interview de Marcel et son orchestre |
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Marcel et son orchestre
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| Tout le monde dorénavant connaît les Marcel et son Orchestre. Ils ont, à l'inverse de Danny Boon, commercialisé leur musique non pas sur un régionalisme bas de plafond, mais sur une envie de faire de la scène un terrain de foire et de fête et depuis 2 albums, en ayant pris le soin de soigner aussi leurs albums studio. Tout en n'oubliant pas de dénoncer certaines vérités qui s'accrochent plus au ventre par le rire que par la tristesse, ils ne veulent pas tout prendre trop au sérieux et continuer leur bonhomme de chemin sur les routes de province et d'ailleurs. |
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| « E = CM2 » c'est à peu près le niveau d'études des Marcels ? |
| Franck : «(rire) Non pas vraiment... malheureusement du reste. On a tous fait quasiment de bonnes études secondaires. Le principe de ce titre, c'est reprendre ce que dit Alain Souchon quand il dit « J'ai 10 ans ». Ce que j'aime bien dans cette tranche d'âge, c'est que les gamins ont parfaitement compris les tenants et aboutissants de notre monde et lorsqu'on leur expose un problème, lorsqu'ils prennent connaissance d'une difficulté ils connaissent parfaitement où se situe l'injustice, la cruauté, l'ignominie et pour eux, il leur suffit de dire « y a qu'à ceci » « y a qu'à faire cela ». Faut plus leur en raconter. A la différence des adultes, les gosses ne se sont pas (encore) fait contaminer par la morosité ambiante. Les adultes se sont fait avoir en se disant « bhen voilà il faut composer avec », le minot compose pas, il veut bouger les choses. Je trouve donc qu'il faut donc garder ce coté « J'ai 10 ans » et ne pas se laisser avoir par les détenteurs de la sinistrose.» |
| Avec ce dernier disque on dirait que vous êtes enfin considérés de la même manière comme un groupe de disque et de scène ? |
| Franck : «Merci. On reconnaît qu'on a eu quelques difficultés à comprendre que la scène et le disque étaient deux métiers totalement différents. Le premier album en 96 était un témoignage de ce que l'on donnait sur scène, enregistré en 9 jours avec des moyens extrêmement petits à l'époque. D'ailleurs nous n'avions pas l'ambition de faire un disque, on a lancé une souscription parce que des fans nous l'ont demandé. Y a 300 mecs qui ont donné 100 francs à l'époque pour que l'on puisse faire le disque. Le deuxième album ça avait changé mais on n'avait pas une vraie maturité et je pense que dès le 3ème on a réussi à maîtriser. « Un pour Tous... Chacun ma Gueule » est un album très produit. Celui ci, ce qui est intéressant, c'est qu'on a fusionné le coté jubilatoire de la scène tout en ayant un coté disque produit.» |
| Il n'y a plus ce sentiment qu'obligatoirement vous êtes obligé de défavoriser soit le coté spectacle, soit le coté chanson d'un album ? |
| Franck : «Pourtant « E = CM2 » fut enregistré à la maison. On a eu du temps, sans stresse de se dire une journée de studio coûte autant, faut aller vite. On l'a vraiment fait décontracté sans se prendre la tête. On s'est par contre beaucoup pris la tête sur le ton à donner. Moi j'étais encore dans le ton de « Un pour tous... » avec des textes vraiment bavards, avec l'envie de m'attaquer à la mondialisation, la délocalisation ou la bourse, aux fractures sociales. Et les autres m'ont dit que je l'avais déjà chanté, que je l'avais déjà dit à travers certains titres et ressenti ou réfléchi tout le monde fait le constat que cela ne va pas mais il faut aussi permettre à chacun de trouver un peu de gaieté et de se donner les moyens de rire à la gueule de nos peurs. Les copains voulaient faire quelque chose de joyeux, de convulsif donc ils m'ont demandé d'adapter mes textes. Je pense qu'ils avaient raison. Dans un texte rigolo comme « Bonne Fête Maman » il y a des vacheries pour qui veut bien les entendre. Y a des positionnements, idem pour « Un Prénom pour la Vie », c'est à dire qu'il y a un sujet prétexte et dedans on met nos valeurs.» |
| C'est surtout moins rentre dedans ? |
| Franck : «Je m'aperçois que ce n'est finalement pas la bonne solution. Ca fait 30 ans que les groupes font de l'anti-Le Pen et le présentent comme une grande menace et finalement ils ont réussi à en faire un gros caïd. Peut être que si on avait ri à sa gueule, si on l'avait vraiment présenté comme un bouffon, il se serait vraiment dégonflé comme un ballon de baudruche. Je crois que c'est ça qui leur fait le plus chier : c'est de ne pas prendre au sérieux tous ces cons là. Bien rire de leurs messages. D'ailleurs c'est devenu l'argument politique des 2 plus grosses formations politiques. S'il n'y avait pas eu l'argument Le-Pen je crois qu'il n'y a pas beaucoup de gens de gauche qui voteraient socialiste. C'est même honteux. Je me demande comment s'appelle un pays où l'on n'a pas le choix de voter pour qui on veut. C'est ça qui est épouvantable. On présente les autres formations politiques comme fantaisistes ou extrémistes. Une démocratie doit être plurielle et ne pas devenir surtout en France, un bipartisme à l'américaine.» |
| Tu ne penses pas cependant que tout ce que tu dénonces, il est déjà trop tard pour le changer ? |
| Franck : «Je ne suis pas fataliste. Il paraît qu'il faut être dans les plus grosses puissances économiques mondiales, mais je sais pas, il y a quantité de pays qui ne font pas partie de ce top et où l'on vit très bien. A un moment, à quoi ça rime quand tu dégustes, que tu es pauvre dans ton pays de savoir que tu es la 5ème ou 6ème puissance économique ? qu'est ce que ça change ce rang ? Ca ne peut pas tenir comme ça. C'est impossible.» |
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| Propos recueillis par Pierre Derensy
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