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Interview de Marina and the Diamonds
Marina and the Diamonds
   
"Je préférais être une artiste indé reconnue internationalement plutôt qu'être une star seulement dans mon pays."
   
Ton premier album, Family Jewels, a un peu moins d'un an aujourd'hui, est-ce la fin d'un cycle pour toi ?
Oui, complètement. Dès que j'avais fini cet album j'ai tout de suite recommencé à écrire. J'imagine que c'est typique des artistes, ça. Ils passent à autre chose très rapidement.
Comment a-t-il été reçu dans le monde ?
Très bien. Je disais encore hier que je préférais être une artiste indé reconnue internationalement plutôt qu'être une star seulement dans mon pays. Et c'est justement le cas. Je pense être bien connue au Royaume-Uni maintenant, l'album a bien marché mais au bout du compte je ne suis pas vraiment une artiste pop. Ça va être plus dur pour la suite. Mais quand on voit l'album tel qu'il est, je suis très heureuse. Mais pas assez pour m'arrêter et me dire "oh, je suis tellement contente que mon album soit enfin sorti". Je n'ai pas l'impression d'avoir encore achevé quoi que ce soit.
Qu'en est-il de la France ?
La France a été plutôt merdique (rires). Désolé d'être aussi honnête, mais j'ai l'impression que les radios ne me jouent pas ici. Mais les concerts sont toujours complets, et j'adore venir jouer en France. Sur le prochain disque, promis ça va mieux se passer. Mais c'est vraiment frustrant.
Penses-tu avoir en France ce qu'on appelle une dimension culte, réservée à un public averti ?
À 100%, oui. C'est très cynique de dire ça, mais si la radio et la télé ne te jouent pas, c'est très difficile d'atteindre une dimension commerciale, parce que les gens achètent ce qu'ils entendent en continu. C'est du lavage de cerveau, que ce soit moi que tu entendes ou 50 Cent (rires). C'est décevant, mais ça a tellement bien marché pour moi en Allemagne et dans d'autres pays d'Europe que je n'en suis pas non plus à pleurer toutes les nuits dans mon oreiller.
Tu te considères comme une artiste de "pop alternative", peux-tu nous expliquer ça ?
Je pense que c'est ce que je suis, oui. D'un côté il y a clairement un côté pop chez moi, notamment dans mes clips qui font beaucoup référence à la culture pop, mais d'un autre côté j'écrirai toujours sur la société et les problèmes que j'estime être pertinents pour ma génération. Je n'ai pas envie de chanter sur l'amour ou des trucs du genre. Par exemple, sur mon prochain disque je vais beaucoup m'intéresser à la politique des sexes, la sexualité, comment les femmes sont perçues… Des trucs qu'une artiste de pop n'est peut-être pas censée aborder auprès des garçons et des filles de ma génération, parce ce que serait pas pertinent. Je pense que je vais dire des choses qui n'ont jamais été dites auparavant parce que les gens ont trop peur ou qu'ils préfèrent s'accrocher aux vieilles traditions, aux vieux modèles de provocation par la "sexualité libérée" et qui selon moi ne marche plus du tout en termes d'évolution.
Est-ce que tu penses que le fait d'aborder des thèmes marginaux dans tes chansons t'éloigne aussi du succès grand public ?
Tu as absolument raison. Je pense que je ne serai jamais la bienvenue dans l'industrie de la pop et je pense que c'est la meilleure façon d'être. Beaucoup de grands artistes pop sont dans ce cas. Je crois que je suis trop intelligente pour me conformer à ça. J'ai été élevée par un papa merveilleux qui m'a appris à être très analytique vis-à-vis de la pop culture et des médias de masse. Je ne peux pas m'empêcher d'être comme ça. C'est ce que je suis. Et je pense que Family Jewels parle beaucoup du fait d'être marginal et de mal le vivre, tout en disant "mais qu'est-ce qu'on s'en fout ?"
N'est-ce pas un peu contradictoire de parler de marginalité et de rejet quand on est aussi jolie et talentueuse que toi ?
Pas du tout, non. Je n'y peux rien si je suis née avec un visage. Et puis c'est un peu facile de dire ça quand tu ne sais pas comment je me perçois, si ça se trouve je me trouve horrible et moche. Je suis sûr qu'il y a des top models qui se trouvent horribles, c'est une question de perception. Être marginal n'a souvent rien à voir avec ce à quoi tu ressembles mais comment tu le ressens à l'intérieur, et ton apparence extérieure tend à amplifier ces sentiments.
Tu as développé une base de fans gay qui t'adorent. Sais-tu pourquoi ?
Je pense que c'est justement ce sentiment d'aliénation auquel ils peuvent s'identifier. Être gay doit être incroyablement dur. C'est peut-être un peu plus facile ici, mais je ne peux même pas imaginer ce que ça doit être. Il y a l'isolation, la persécution, les stéréotypes, la discrimination… Ce sont des choses auxquelles je m'identifie car je refuse de me conformer à ce que les gens attendent d'une fille, ou ce que les filles attendent de moi. C'est la raison pour laquelle j'ai écrit "Girls". Quand je la réécoute aujourd'hui, je comprends qu'on puisse la trouver misogyne mais ce n'est pas ça. J'étais juste frustrée par l'idée qu'une femme doit forcément être considérée soit comme une sorte de déesse mythologique et gracieuse soit comme une esclave oppressée. Et ce n'est pas comme ça, c'est entre les deux. Moi je suis bruyante et j'ai une grande gueule, je pourrais très bien être un mec. Comme il y a des mecs qui peuvent être comme des filles. Pourquoi les mecs sont-ils élevés dans cette croyance que si on exprime ses sentiments on est forcément une lopette ? Pourquoi ne pourraient-ils pas être tendre et attentionnés ? Tout ça, ce sont des clichés que la société nous impose et qu'on suit.
Tu as une relation privilégiée avec tes fans, d'ailleurs ce sont eux les vrais "diamants" de Marina and The Diamonds…
Absolument, oui. Parce que tout ce que je fais, je veux qu'on puisse le partager. Je pense que ma génération est très attirée par le changement des statuts sociaux et je veux que les gens puissent m'aider. Je veux une relation d'égal à égal. C'est peut-être rattaché au concept de marginalité, mais j'ai toujours eu un rapport très conflictuel à la célébrité ; tu sais, genre "voici les stars et voici les mortels". Et je n'aime pas ça, parce que quand tu meurs ça n'a plus d'importance, on est juste des êtres humains.
Est-ce que comme l'héroïne de "Hollywood", tu es fascinée par les Etats-Unis ? Parce que beaucoup de tes influences s'y rapportent…
Certainement oui. Parce qu'en grandissant on m'a toujours dit que la pop culture c'était le mal, que je ne devrais pas aimer les pop stars et que Britney c'était le mal… Que c'était de la junk culture et que perdre ses valeurs traditionnelles était une mauvaise chose. Et comme toutes les adolescentes, j'étais forcément très attirée par ce qu'on m'interdisait. Et aujourd'hui j'ai un peu transformé tout ça de façon ironique. Par exemple, cette tournée s'appelle "The Burger Queen Tour", parce que le hamburger représente tout ce qu'il y a de pire dans la culture occidentale et américaine, mais ça ne m'empêche pas d'adorer ça (rires).
Est-ce que tout ça t'a amenée à créer ta vision personnelle de la pop star ?
Je ne pense pas, non. Car si tu regardes des photos de moi d'il y a trois ans, je ressemblais déjà à ça. Peut-être un peu plus grosse parce que j'étais déprimée à l'époque parce que ça ne marchait pas pour moi (rires). Je pense m'habiller de la même façon que quand je n'avais pas d'argent, et si tu n'as pas d'argent, c'est dur de toujours paraître bien.
C'est pour que tu t'es créée ta propre mode ?
Carrément. Par exemple, ce que j'ai autour des cheveux est une chaussette, que j'ai portée pendant trois jours durant (rires). Bon, seulement sur scène, hein, donc une heure par jour, pas plus. Mais ça rend bien, non ? On dirait "la Madonna de 2010" (elle éclate de rire).
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 Marina and the Diamonds


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Marina and the Diamonds" 03/01/2011



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