Interview de Médine |
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Médine
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| «Je ne veux pas passer pour une bibliothèque ambulante dans le rap français» |
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| On est là pour la Don’t Panic Tape et ton Don’t Panic Tour. Peux-tu m’expliquer quel en est le concept ? |
| En effet, c’est bien plus qu’un simple morceau ou qu’une simple tournée. Ca vient d’un slogan qu’on avait mis à la base sur un tee-shirt et qui disait « i’m muslim, don’t panic. » C’est un slogan qui vient un peu déconstruire tous les préjugés qu’on peut entrendre aujourd’hui sur la communauté musulmane, les jeunes issus de l’immigration et les jeunes de banlieue. Ca vient aussi informer les gens sur ce que sont réellement nos intentions. Ce slogan, on le brandit de la même façon que l’on fait les noirs américains dans les années 60 avec « black is beautiful » ou « i’m black and i’m proud. » Et puis on a décidé d’en faire une tournée pour informer et sensibiliser les gens à la fois. On est parti sur une trentaine de dates en France, Allemagne et Suisse. Puis on a continué à exploiter ce concept sur un CD. |
| Et sur ce CD, il n’y a que des inédits ? |
| Non, pas du tout. Ce sont tous des morceaux qui sont déjà parus, au moins pour les couplets. C’est un ensemble de couplets compilés que j’ai pu poser sur les projets de mes confrères comme sur le projet de Rim’K, la compile Hostile 2006 ; sur Taxi 4. En parallèle de mes albums. D’où le sous-titre discographie parallèle. Il y a aussi 3 inédits : Don’t Panic, Jo Le Taxi, une reprise humoristique du titre de Vanessa Paradis et Corde au Coup en featuring avec Tiers Monde. |
| Avec Din Records, tu as toujours fait primer le contenu sur le contenant. Pourquoi ? |
| D’abord, il faut savoir que je ne suis pas le premier au sein de Din Records à m’être documenté avant d’écrire des textes. Les grands frères de Ness&Cité travaillaient déjà comme ça. Ils avaient déjà ce côté engagé et revendicateur aussi. Aujourd’hui, c’est vrai que j’essaie de m’ultra-documenter au maximum parce que je pars d’un constat c’est que, dans le rap français, on effleure bien souvent les problèmes. On ne va pas des tenants aux aboutissants, on parle superficiellement des problèmes qu’on peut rencontrer dans les quartiers ou à l’échelle internationale. Pendant deux ans, j’ai donc arrêté toutes les scènes, je n’ai plus écrit et j’ai fait des recherches sur les enjeux géopolitiques de tel ou tel conflit. Maintenant, je ne veux pas passer pour une bibliothèque ambulante dans le rap français. Moi aussi je dois me forcer à lire, ce n’est pas plus instinctif que pour un autre. J’ai un effort à fournir à cause de mes lacunes à l’école. Je ne suis pas du tout l’historien du rap français. Moi, mon métier c’est rappeur. |
| Tu joues la provoc’ avec les titres de tes albums 11 Septembre et Jihad. N’as-tu pas peur que les gens s’arrêtent à la forme et n’aillent pas jusqu’au fond ? |
| Dans un premier temps, il faut savoir que toute cette provocation qu’on a mise en place, c’est quelque chose de voulu. C’est un piège positif. On a essayé de donner des slogans forts pour attirer les gens. C’est sûr qu’il y en a une partie qui est repoussée. Moi, je dis que si tu t’arrêtes devant un disque à la Fnac, c’est que tu vas avoir la même réaction en voyant, dans la rue, un barbu, une femme voilée, un noir, une femme portant un boubou… Et moi ce sont des personnes qu’au départ, je n’avais pas envie de convaincre. Mais, avec du recul, je me dis que ce sont ces gens-là qu’il faut que je touche. Et j’ai la chance d’avoir un public qui a tout compris et qui arrive à convaincre les sceptiques. C’est dommage de s’arrêter, comme bien souvent, à la façade, sans aller au-delà des préjugés. Parce que, par exemple, chacun de mes albums a un sous-titre : 11 septembre, Récit du 11° jour ou Jihad, Le plus grand combat est contre soi-même. |
| Ton message, finalement, c’est on peut venir de la banlieue, être rappeur, être musulman, être cultivé et ne pas utiliser la violence comme première arme ? |
| C’est exactement ça. Il y a une phrase qui résume bien tout ça, sur Don’t Panik, c’est « je suis un religieux avec un sens de l’entertainment. » Le religieux ce n’est pas une régression, ce n’est pas le moyen-âge. Moi, au contraire, la foi m’a ouvert, m’a élargit à beaucoup de choses. J’ai une compréhension qui va au-delà des littéralistes ou des laxistes de la religion. |
| Il y a une autre phrase qui est importante pour toi, c’est « le savoir est une arme », une phrase de Malcom X, une de tes références… |
| C’est vrai qu’il a été très important pour moi. Je l’ai « rencontré » dans une période difficile de ma vie. Je sortais d’un parcours scolaire chaotique. Je rentrais plus ou moins dans la vie active et je ne savais plus vraiment où me placer. J’ai découvert la biographie de Malcom X et ça a été une révélation. J’ai tout de suite relativisé par rapport à nos propres vies à nous. Je me suis demandé pourquoi je faisais du rap, si ma voix allait avoir un écho dans les temps à venir, si elle en avait déjà un. Et je suis passé par la documentation nécessaire afin de renforcer mon discours et de pouvoir être décomplexé devant n’importe quel inquisiteur. |
| Un autre personnage est important pour toi, c’est le commandant Massoud. Ton prochain album devrait sortir le 9 septembre 2008, jour anniversaire de sa mort. Pourquoi ? |
| Massoud, pour moi, c’est avant tout un grand personnage spirituel. En lisant le livre de sa femme, on se rend compte qu’au-delà du personnage de guerre, il y a une grande dimension humaine. C’était quelqu’un qui rentrait chez lui, qui avait un profond respect pour les valeurs familiales. Après, c’est aussi un symbole de résistance. Ca montre bien qu’il était autant critique contre le monde occidental que ceux de sa propre communauté. Ces exemples-là sont très importants. Et il faut mettre ces références-là au devant de la scène plutôt que Tony Montana, Ze Pequeno, des personnages de fiction qui crèvent à la fin de leurs films et qui sont malheureusement adulés dans les quartiers populaires. |
| Au niveau de la musique, beaucoup de groupes t’ont influencé et tu leur as rendu hommage sur le titre Lecture Aléatoire. Peux-tu nous en parler ? |
| Je voulais donner une dimension poétique à mon hommage. J’étais dans l’avion, j’étais en train d’écouter mon i-pod en lecture aléatoire. Et je me rends compte, en écoutant les morceaux, qu’il y avait un morceau d’Ali de Lunatic puis de Booba, il y avait un morceau de Kool Shen puis de Joey Starr. Il y avait comme un vrai sens. Et, rentré au Havre, j’ai directement écrit ce titre. Mais sans que ce soit un hommage basique. Je voulais faire quelque chose à la fois de poétique et de critique par rapport aux carrières des autres rappeurs. Je parle des bons comme des mauvais moments de ces rappeurs comme NTM ou Kery James. Quand les concernés l’ont écouté, ils n’ont pas été déçus. Au contraire, ils ont tous esquissé un petit sourire. |
| Justement, tu parles de Kery James. Quelle a été l’influence de ce rappeur pour toi ? |
| J’ai un profond respect pour le personnage et pour l’album Si C’était A Refaire. Ce sont des gens comme ça qui ont influencé mon parcours artistique et mon parcours scolaire. Son changement, après de tristes évènements, vers la religion est très compréhensif. Donc profond respect. Je l’admire toujours. J’aimerais pouvoir un jour collaborer avec lui. Il a beaucoup apporté au niveau de la forme comme du fond au rap français. |
| Le morceau Boulevard Auriol est très important pour toi comme pour ton public. Pourquoi ? |
| C’est fin aout 2005, qu’on eut lieu les tristes évènements du Boulevard Auriol (NDLR l’incendie d’un immeuble à Paris). Puis en Novembre sont arrivées les émeutes. Plutôt que de faire un morceau bête et méchant mettant le doigt sur le gouvernement et ses ingérences, j’ai prévu de prendre un fait divers sous-médiatisé pour prendre un peu de recul. Et comme pour tous les morceaux, je me suis documenté sur ces évènements. J’ai rencontré des familles qui avaient assisté à l’incendie. Et plus particulièrement un des habitants qui s’appelle waabou et qui m’a raconté comment il était arrivé dans cet immeuble-là. Son histoire part de la Gambie et j’ai trouvé intéressant de raconter ce parcours-là. |
| Tu fais partie de ces artistes, comme Sefyu, qui sont connus par le public mais sous-médiatisés. Comment l’expliques-tu ? |
| Je pense que le premier obstacle à cette médiatisation, c’est que je n’ai pas choisi un créneau très commercial, bankabale. Le rap conscient, ce n’est pas celui-là qui tourne en air play sur skryrock, qui est en tête des charts. Masi j’en suis fier parce que ça me représente bien. Il y a une deuxième cause qui est de la responsabilité des autorités musicales de marginaliser le rap. On n’est pas seulement des héritiers des poètes. On est nous aussi des poètes. Et ça, il faut bien l’intégrer ! On a notre place légitime au sein de la grande famille musicale et il va falloir le reconnaître. |
| Sur le DVD, on voit bien le côté « famille » de Din Records. Comment avez-vous construit le Don’t Panik Tour ? |
| Il fait savoir qu’il y a déjà deux bons mois de répètes, de montages audios. C’est beaucoup de temps morts, de reprises pour donner quelque chose de bien bondissant. Puis on répète devant un miroir pour essayer de chorégraphier le show au mieux. On a une salle à disposition à Gravanchon pour répéter ensuite en condition. On travaille dans le souci du détail. On a besoin d’être le plus clair possible. Parce qu’en concert, on est en situation de divertissement et avec des textes ultra-conscients, il faut trouver un juste milieu pour que ça ne fasse pas cours magistral. On veut travailler le visuel pour que les gens en prennent plein la gueule ! |
| Tu entames un second Don’t Panik Tour. Comment as-tu reçu ton rapport au public sur la tournée précédente ? |
| De façon générale, ça c’est très bien passé. Je n’ai eu que des remarques positives. Les gens ont du mal à donner des critiques négatives en concert face à nous. Par contre je reçois beaucoup de mails avec des remarques très constructives. Comme par exemple sur mon flow, qui est clairement trop linéaire. J’accepte très bien les critiques parce que je suis toujours en évolution. Malheureusement, il y a aussi des détracteurs qui donnent à mon message un autre sens que celui que j’ai voulu lui donner. J’ai eu, par exemple, droit à des accusations d’être anti-blanc. Parce que dans Petit Cheval je dis « les blancs sont des loups, ils nous chassent et s’imposent. » Mais bon, c’est un titre sur les indiens et je fais référence à un vocabulaire utilisé à l’époque. J’ai aussi eu le droit à des accusations d’intégrisme. Il faut que je fasse l’effort d’expliquer mes termes donc j’ai fait un morceau qui s’appelle Hotmail. Et en concert, on arrête ce morceau pour expliquer chaque phrase. On a l’habitude de dire entre nous que nos concerts sont les commentaires composés de nos albums. On essaie de vulgariser notre message. Il faut être le plus clair possible mais pas le plus simpliste. Il faut avoir un vocabulaire précis, c’est important. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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