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Interview de Megadeth
Megadeth
   
“Les gens ne semblent pas se lasser de ce style de musique et je crois que nous avons encore quelques beaux jours devant nous.”
   
Cela fait plaisir de te voir à la fois de retour dans le groupe, depuis un an, et, dans ce festival, avec une réunion du Big 4 avec les icônes du thrash. Comment se sont enchaîné les événement pour toi ?
David Ellefson (Basse)- Tout ça a représenté une sacrée aventure, depuis mon retour dans le groupe l'an dernier. Nous avons parcouru la planète, d'abord pour célébrer les vingt ans de l'album Rust In Peace, qui est probablement l'album préféré des fans. Nous n'avions jamais effectué une tournée centrée sur un album auparavant. C'était idéal pour moi de revenir avec une tournée comme celle-là, plutôt que de commencer par un album. Il faut se remettre dans le bain avant de se lancer dans un nouveau processus créatif. Après cette tournée, nous avons bouclé l'enregistrement d'un nouvel album, Th1rt3en qui doit sortir avant la fin de l'année. Nous avons commencé après la dernière date américaine de la tournée du Big 4, en Californie fin avril, et tout terminé avant la première date en Allemagne, de nouveau avec le Big 4. Il ne nous a fallu que dix semaines pour enregistrer un album entier. Parfois, c'est une bonne chose d'être le dos au mur. Quand on a tout le temps, on fini par s'éparpiller. Quand on travaille dans l'urgence, on est obligé de rester concentré en permanence.
Souvent, le groupe s'était lancé avec l'intention de finir un album dans le meilleurs délais, mais il finissait par y consacrer des mois. Tu es certain qu'il ne reste plus rien à retoucher et qu'on ne se reverra pas plutôt dans deux ans ?
David Ellefson - Nous en sommes déjà au mixage et nous jouons même un titre sur scène (?Public Enemy No. 1?). Nous l'avons composé l'an dernier après l'un des shows avec le Big 4 à Vienne. Je me souviens que la chanson est venue toute seule. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que nous avons rejoué cette année au même endroit avec Slayer lors de la tournée European Carnage, et que, cette fois, nous avons composé ?Never Dead?. Il y a quelque chose de magique dans cette salle autrichienne. C'est plus que rassurant pour nous. Cette tournée Big 4 a été plébiscitée par les fans. Nous sommes des groupes importants et il était prévisible que l'événement soit de taille. Mais si les fans n'avaient pas suivi, tout aurait été inutile. Les gens ne semblent pas se lasser de ce style de musique et je crois que nous avons encore quelques beaux jours devant nous. Tout le monde prend beaucoup de plaisir et même pour les groupes, c'est exaltant. Mais nous avons aussi hâte de voir sortir notre nouvel album et de repartir en tournée pour le défendre.
Aurais-tu pensé qu'une réunion des quatre maîtres du thrash soit possible, surtout compte tenu des tensions entre Metallica et son ancien guitariste Dave Mustaine aujourd'hui leader de Megadeth ?
David Ellefson - Non, je n'y aurais jamais cru. D'accord, Anthrax avait tourné avec Metallica et nous avions aussi fait quelques premières parties de Metallica? Je me souviens que la première fois, c'était pour le nouvel an en 1986, au Civic Center de San Francisco. Il y avait nous, Metal Church, Exodus et Metallica. Nous tournions pour l'album Killing Is My Business? And Business Is Good!, c'était vraiment la fin de la tournée. Metallica venait à peine de finir l'enregistrement de l'album Master Of Puppets. Le décor de scène était encore celui de Ride The Lightning. C'était super sympa. Metal Church n'était pas vraiment un groupe de thrash, mais il n'en était pas loin et c'était assez proche d'un réunion comme celle du Big 4. Anthrax avait déjà tourné avec Metallica à l'époque. Je ne crois pas que Slayer avait joué avec Metallica. Nous avons ensuite tourné avec Metallica à l'époque de notre album Countdown To Extinction, alors qu'eux défendaient encore leur Black Album. Ce devait être en 1993. Une tournée dans les stades. Nous nous étions tous croisés au cours des années. Mais nous rassembler au nom de cette scène que nous avons créée était vraiment différent. Nous avons vraiment offert une chose exceptionnelle pour les fans.
En mettant de côté l'aspect humain, le style n'a pas toujours été défendu par certains groupes. Metallica et Megadeth ont rejeté leur association au genre pendant des années... Être ou ne pas être thrash reste toujours un sujet polémique pour le groupe ?
David Ellefson - Quelque chose a changé à l'intérieur des groupes. On ne peut pas complètement échapper à ce qu'on est vraiment. Lorsque nous nous sommes tous formés, alors que nous avions 18 ou 20 ans, nous étions dans le thrash metal. Nous vivions, nous respirions le thrash. Rien d'autre ne comptait. Nos pensées, nos vêtements, notre vision du monde, tout était lié au thrash metal. Mais on évolue aussi, comme tous les être humains. On grandit et on a de nouvelles expériences. On voit le monde différemment et ça a forcément une influence sur la musique, pour peu que tu restes honnête envers elle. C'est arrivé à tous les groupes, sauf peut-être Slayer. Et encore, même Slayer a changé un peu de son. C'était salutaire, en plus de trente ans. On n'allait pas tous refaire le même album à chaque fois pendant trois décennies.
Lorsque tu es revenu dans le groupe, dans un genre de musique comme le metal où les tensions sont presque obligatoires, l'ambiance n'est-elle pas devenue plus amicale avec l'âge, surtout entre Dave Mustaine et toi ?
David Ellefson - Lorsque Some Kind Of Monster (le film sur Metallica avec Dave pas vraiment à son avantage) est sorti les gens n'en revenaient pas de cette histoire avec un psychologue. Mais je vous jure que nous avons connu les mêmes problèmes plus d'une fois dans Megadeth. Nous avions largement dépassé ce stade entre nous, lorsque Metallica a vécu la même crise. Simplement nous n'en avons pas fait un film, mais nous avons connu tout ça. Lorsque l'on traverse des période d'addiction à la drogue, l'effet sur les gens est désastreux. Au-delà de la musique, il y a des êtres humains. Pendant un temps, c'est génial de vivre à cent à l'heure et de se croire un surhomme. Lorsqu'on est jeune, on survit à tout ce genre de choses. Mais, à partir d'un certain stade, soit on arrive à en sortir, soit on se retrouve piégé. C'est aussi simple que ça. Metallica a été critiqué par certains fans pour avoir montré tout ça dans un film, mais, personnellement, ça m'a touché car nous avons vécu la même chose. Ces tensions sont presque inévitables à ce niveau dans le rock'n'roll. Le rock'n'roll prend sa source dans les angoisses des adolescents. On devient ensuite un adulte et tout le problème est de trouver un équilibre entre sa vie d'adulte et ses convictions d'adolescent. C'est comme avec deux aimants, si on met les mêmes pôles en face, ils se repoussent. C'est ce genre de chose qui arrive et les fans le ressentent. Ils se disent : " ils ne sont plus comme avant ! Ce n'est plus le même album. " C'était le cas de nos albums, vers la fin des années 90, ou début 2000. Mais un beau jour, il faut accepter ce qu'on est. Nous nous sommes trop éloignés sur certains albums. Nous avions pourtant une grande latitude. Le vocabulaire musical de Megadeth est très étendu. Avec les grands musiciens qui ont fait partie du groupe, il était logique que cela élargisse encore plus notre horizon musical. Mais on a dépassé les bornes et, si le nom de Megadeth est imprimé sur la pochette, on ne peut pas non plus faire n'importe quoi ! Megadeth doit préserver un certain son. Nous avons traversé une période riche en enseignement et c'est pour ça que le thrash fait son retour. Nombre de nos fans on mûrit aussi. Ce ne sont pas non plus les mêmes adolescents. Mais il y a toute une nouvelle génération qui arrive, avec des gamins qui ont l'âge de mes enfants. Ils ont découvert Megadeth sur le jeu Guitar Hero et ils ont craqué sur ?Peace Sells?? ou ?Hangar 18?. Après s'être éclatés sur le jeu, des tas de gamins ont trouvé le groupe cool à nouveau et ont voulu nous voir en vrai pour la première fois. C'était une bénédiction pour nous de pouvoir jouer avec Slayer un répertoire vraiment heavy et, sur d'autres festivals, de jouer des titres plus mélodiques, comme ?Trust?ou ?Foreclosure Of A Dream?... Ce sont encore des morceaux typiques de Megadeth, avec un riff et une mélodie particuliers, mais ils sont plus modérés que ?Ashes In Your Mouth? ou ?Black Friday?? C'est agréable d'avoir autant de morceaux à dispositions pour varier les setlists. J'ai vraiment apprécié ces concerts de Metallica, avec tous ces vieux titres qu'ils ne jouaient plus depuis longtemps. Pour les premiers shows, l'an dernier en Pologne, on revenait juste de tournée et Metallica défendait encore Death Magnetic, qui marquait son retour à la guitare, avec des solos. Mais, je préfère un concert comme celui d'hier, à Knebworth, ils ont démarré avec ?Hit The Lights?. Je suis fan de Kill ?em All et c'est tellement cool des les voir rejouer ces anciens morceaux. Pour le Big 4, je crois qu'ils ont tenu à ressortir tous ces titres des débuts. En tant que fan du genre et des premières années de Metallica, ça me faisait vraiment plaisir d'entendre ça.
On attend avec impatience la grande réunion sur scène, sauf que ce n'est pas systématique (elle n'a finalement pas eu lieu à Amneville, ndr)?
David Ellefson - La jam est devenue une sorte d'obligation. On avait commencé avec ?Am I Evil? et on a depuis joué une autre chanson de Diamond Head, ?Helpless?, ou un titre des Misfits, ?Die Die My Darling?. Il est préférabe de jouer des reprises lorsque nous sommes tous ensemble. Ce sdrait un peu délicat de choisir un titre de l'un de nos groupes. Avec une reprise, on est en terrain neutre. Hier soir, Brian Tatler de Diamond Head est monté sur scène avec nous. C'était sympa de voir Lars (Ulrich) venir au micro pour dire : ?Hé les mecs, je vous présente Brian, sans lui, tous autant que nous sommes, nous ne serions probablement pas là aujourd'hui.? L'influence de Diamond Head a été déterminante pour Dave, James (Hetfield), Lars et elle a autant marqué Megadeth que Metallica. Dave a composé à la fois pour Megadeth et Metallica et, comme Kerry King (avant Slayer) a joué brièvement dans Megadeth et qu'il admirait Dave, cela s'est probablement transmis dans son jeu de guitare. Cela a dû aussi toucher Anthrax. Donc on peut d'une certaine manière remonter jusqu'à Dave Mustaine et Brian Tatler, sans oublier James et Lars. C'est la source originelle du thrash, au niveau du jeu de guitare ou du travail de composition. Le thrash sonnait complètement différemment de tout ce qui se faisait à l'époque. Même en incluant Motörhead, Judas Priest ou Black Sabbath? Je crois que nous étions les premiers gamins qui avaient grandi en écoutant aussi bien Kiss et Black Sabbath que les albums de punk, des Ramones ou des Sex Pistols? Dans l'histoire du rock on n'avait jamais eu de gamins qui écoutaient à la fois du metal et du punk rock. Avant, on était soit punk soit metal. C'est le fait que nous avions des albums des deux genres qui a engendré le thrash metal.
L'âge des musiciens était aussi un facteur, non ? Avant, lorsque un groupe commençait à marcher, il s'était passé des années et ses membres étaient déjà adultes? Pour la première fois, le public avait le même âge que les musiciens sur scène.
David Ellefson - L'un des avantages du thrash était que l'on n'avait pas besoin de déguisements, de décor avec des dragons qui crachent des flammes ou autre? On était des mecs normaux, en jeans et t-shirts. La moitié d'entre nous venait directement en skate. On le posait pour prendre une guitare et on montait sur scène. On jouait du punk rock avec des progressions d'accords de metal. C'était assez facile et ça permettait à plein de gamins de se lancer. Mais, à l'évidence, seuls les meilleurs ont survécu, aha ! Tout ne passe pas forcément le test du temps. C'est ce qu'a réussi le Big 4. Si l'on y réfléchit ce sont vraiment les quatre groupe de heavy metal les plus importants qui soient nés aux États-Unis. Quatre groupes qui ont lancé une scène encore dynamique aujourd'hui. C'est devenu si grand qu'il nous faut au moins des stades de football. Voilà une preuve évidente de la fidélité de nos fans et de leur nombre. Je peux vous dire que ça fait un paquet de t-shirts noirs.
Donc on attend le nouvel album avant la fin de l'année, avec une tournée dans la foulée ?
David Ellefson - Il est prévu pour fin septembre. Nous faisons notre maximum pour respecter ce délai, même s'il reste encore du travail de mixage (Th1rt3en sort finalement le 31 octobre, ndr). Il y a déjà des dates prévues en Amérique du Sud en novembre et une grande tournée mondiale est calée pour 2012.
   
Propos recueillis par Jean-Pierre Sabouret
     
     
     
     
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 Artiste
 Megadeth


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Megadeth" 02/11/2011



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