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Interview de Missil
Missil
   
"Une bonne soirée, c'est quand je suis surexcitée à ne pas pouvoir me calmer et voir les gens torse nus, les jambes en l'air en train de slammer"
   
Vous avez commencé en tant que grapheuse et en tant que Dj…
J’ai commencé par le graffiti quand j’avais seize, dix-sept ans. Comme j’étais pas mal dans le dessin, je kiffais le côté art. Je voulais travailler dans ce milieu, alors j’ai fait des flyers pour mes propres soirées que j’organisais à l’époque et puis des pochettes d’album pour des amis. Toujours dans un univers très musical. Ensuite, j’ai commencé à faire les warm-ups pour mes soirées. J’ai joué à droite à gauche et je me suis fait repéré. J’ai joué à Paris. Après, je suis partie un an à Montréal faire de la 3D et du graphisme. Quand je suis revenue, j’ai fait les Transmusicales de Rennes en 2003. A partir de ce moment là, j’ai commencé à faire les festivals. J’ai réussi à être intermittente. J’ai sorti l’album de mix « Mash up », il y a deux ans, en 2005. J’ai fait 25 pays pour la promotion de l’album.
Quel a été le déclic pour vous lancer dans le hip-hop ?
Je viens clairement du hip-hop. L’univers me plaisait, le côté graffiti, le côté danse, le côté scratch, Dj, soirée. J’ai commencé par jouer du hip-hop. Je suis amoureuse de la musique, donc je ne vais pas fixer ça au hip-hop, mais je viens de là.
Qu’est-ce que ça change de passer du « dj-ing » à la production ?
Ce sont deux choses qui n’ont rien à voir, surtout du côté technique. Même si elles se complètent, dans le sens où j’écris les morceaux pour les jouer en soirée. Je testais les morceaux même si ils n’étaient pas finis, pour voir la réaction des gens. Sinon ça se passe plus derrière les ordinateurs en studio, assis sur une chaise, donc du coup, on se sent plus seule. J’ai quand même été bien entouré, que ce soit avec des chanteurs, des guitaristes, des ingénieurs du son. C’est parce que j’avais une idée précise de ce que je voulais, que j’ai réussi à le faire en si peu de temps.
Comment expliqueriez-vous votre technique de « Dj-ing » ?
J’essaie de passer, grosso modo, en une heure vingt, à peu près quatre vingt tracks. Ça va assez vite, ça passe par toutes les couleurs, un peu tous les styles. C’est pour ça que je voulais que l’album représente mon mix. Au début, je commence avec des trucs plutôt hip-hop, après je vais de plus en plus vite, en passant des trucs dancehall, ragga, plus délire funk, ghetto teck, baltimore, ska. Après ça passe plus dans des trucs électro, plus rock, plus intense. C’est vraiment une histoire, j’essaie de prendre les gens dès le début, par des trucs lents, et puis de gagner en intensité et en vitesse, pour que les gens dansent de plus en plus.
Comment avez-vous travaillé les boot-legs ?
Déjà, il y a plusieurs sonorités et plusieurs styles dans un seul track. Je voulais créer des tracks qui ressemblent à ce que je joue. Donc par rapport à chaque style, je voulais incruster les tracks en question en vue de les passer sur le dance-floor. Je voulais un peu tous les styles. Il y a aussi beaucoup de rock. L’album a un côté rock, intense. Je suis en train de travailler en live, je demande aux gars de rejouer les morceaux à la guitare. Ca se prête vraiment à ça. J’ai essayé de retranscrire toutes les facettes et la diversité de mes sets de dj. C’est pour cela que c’est inclassable.
Combien de temps avez-vous passé en studio ?
J’ai mis à peu près un an. J’ai commencé à développer mes idées, puis j’ai travaillé avec beaucoup de gens. DJ Ben, pour tout ce qui est mix, arrangements, PM, pour le côté hip-hop, Loris, pour le côté électro. Et puis des guitaristes, Tchernobyl, Zebra, Tess de Cocorosie, DJ Netik, qui est champion du monde. Il y a une quinzaine de MC, dont un brésilien, un australien, un jamaïcain, un allemand et une vénézuelienne. Je voulais essayer avec cet album de retranscrire mes dernières années de voyage et de rencontres. J’ai beaucoup bossé en studio, avec beaucoup de gens que j’ai rencontré sur la route. Ca marchait au feeling. Il y a eu un côté magique. Pour le clip qui a été fait pour « Furie, Furie », j’ai découvert le dvd en Asie, parmi une sélection d’animations en 2D et 3D, j’ai complètement flashé sur eux. Je les ai contactés par myspace, ne pensant pas qu’ils me répondraient, et puis finalement ils m’ont dit qu’ils avaient déjà mon cd et qu’ils l’écoutaient en boucle. C’est très excitant de voir l’évolution des tracks en fonction de chaque collaboration.
Quelle est la place des nouvelles technologies, comme Internet, dans ta manière de travailler ?
100%, comme tout le monde. Internet c’est notre téléphone, c’est notre vitrine, tout quoi. On ne peut pas vivre sans. C’est super important, Internet, pour moi. C’est aussi une exposition au reste du monde. Je fais une image et deux minutes après, elle est sur le Net visionnée par des gens qui réagissent aussitôt. C’est énorme d’avoir un retour direct sur ses tracks ou ses images. C’est très cool aussi d’avoir des emails de fans. Le matin, je mate les commentaires sur ma page myspace et ça me mets de bonne humeur pour la journée. C’est important d’alimenter ça et puis de donner avec le côté perso, un petit peu aux gens de mon graphisme. J’ai fait des petits personnages pour mes potes qu’ils puissent les mettre sur leur page myspace. Tout de suite, j’ai eu des demandes pour en faire à plein de gens. Mais je n’avais pas trop le temps de le faire. Alors des mecs ont carrément piqué les personnages de mes potes et ont remplacé les noms par le leur. J’ai halluciné. Donc j’ai créé un module où tout le monde peut personnaliser son perso, ses couleurs, ses baskets, les T-shirts. Il y a même un mode de battle entre persos, un petit côté trash.
Ta musique est péchue comme toi…
Si je dois résumer, je suis speed et « véner ». Donc l’album est un peu à mon image. Comme mes mixes. S’il y a une différence entre moi et les autres dj, c’est le côté énergie.
Ton but est de faire danser les gens…
Evidemment, le premier but d’un dj, c’est d’obtenir une osmose entre lui, les gens et le son. On est tous là pour être arrachés. Une bonne soirée, c’est quand je suis surexcitée à ne pas pouvoir me calmer et voir les gens torse nus, les jambes en l’air en train de slammer.
Y’a-t-il une soirée qui t’a marquée plus que les autres ?
Les soirées à l’étranger. Il y en a eu de très marquantes. Comme la Chine. En 2005, il n’y avait pas forcément toute cette ouverture, qu’il y a maintenant. Au tout début, c’était impressionnant. C’était les Transmusicales en Chine dans le parc central de Pékin. Normalement, c’est interdit de se rassembler. Des flics partout, quarante degrés. Deux ou trois rangées de flics entre la scène et le public. Les gens étaient éparpillés. C’était le début de l’ouverture. Le soir, j’ai fait le club, et là c’était l’euphorie. J’avais cinq cent punks chinois, comme des malades. J’y retourne régulièrement. En Indonésie, j’ai pris une claque également. En tant que Dj, je veux jouer pour les gens. A Djakarta, je me suis retrouvé à graffer avec vingt types sur des dessous d’autoroutes. Les flics s’en foutaient. Le lendemain, j’ai graffé sur un mur énorme sous un préau d’un ancien musée, et le soir, j’ai mixé dans cette espèce de cour d’école. Les gens étaient électriques, j’ai halluciné. J’ai eu deux trois malabars pour me protéger parce que ça poussait énormément. En Argentine, aussi. On peut en parler pendant des heures.
Y’a-t-il des groupes actuels qui t’ont influencé ou est-ce une inspiration quotidienne ?
Je crois que c’est plus une inspiration quotidienne. Les Dj’s sont des chercheurs. On creuse, on creuse et on finit par trouver le morceau. Tous les jours, je découvre des trucs que je ne connaissais pas. C’est un travail de tous les jours. Je prends régulièrement de grosses tartes sur des groupes ou des Dj’s. Mais, après, je me nourris plus de ce que j’achète comme musique que ce que je vois. Le mec qui m’impressionne le plus, c’est DJ Premier. J’ai joué avec lui sur un festival en Allemagne. En général, les Dj’s américain ne se prennent pas trop la tête quand ils viennent jouer en Europe. Lui, est super cool. C’est un mec authentique. Tout ce qu’il a joué étaient ses propres beats, qui sont tous des classiques. Les gens étaient comme des fous. Il relance avec le micro à tous les morceaux, il est impressionnant. Autrement, les Birdy Nam-Nam. J’ai joué plusieurs fois avec eux. Ils m’ont dégoûté. Pour les groupes, je prends plus de tartes avec le reggae, avec des groupes comme Fat Freddy’s Drop, Morgan Heritage.
T’es allé à Londres pour masteriser ton album, il n’existe pas ce genre de studio à Paris ?
Non, c’est étonnant. Il y a une différence de cultures entre les deux villes. En Angleterre, c’est tout le temps dans le rouge, ça ne pose pas de problèmes de booster le son. Alors qu’en France, ils vont favoriser les dynamiques, le côté propre, franco-chanson. Mais dans l’électro, on a besoin de l’intensité et de pousser le gain au maximum qu’il puisse être. J’ai vu la différence sur un track, que j’avais fait masteriser à Londres et à Paris. Ca n’est pas le même track.
Comment vis-tu par rapport au public ?
Je ne sais pas trop. J’ai quand même fait pas mal de tournées en France. Les gros festivals. Je pense que beaucoup de gens m’ont vu jouer. En général, c’est plus facile de percer en Allemagne ou en Angleterre, si on n’est bien placé au bon moment, qu’en France. Parce qu’ils ont peut-être plus l’habitude de voir débouler des trucs du jour au lendemain. En France, c’est plus long, mais en même temps, une fois que tu es installé, tu ne sors pas de la tête des gens, ce qui est peut-être mieux au final.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Interview(s) Date publication
 Interview de "Missil" 17/04/2008


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