Interview de Missill |
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Missill
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| « Oui, c’est un album, c’est pas un mix. Dans un mix, je joue, en une heure, quatre-vingt-dix morceaux sur scène. » |
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| Ton nouvel album s'appelle Kawaï. Et pourtant, ton énergie et ta ferveur ne sont pas vraiment "kawaï"? |
| Béh, c'est bien d'être multicontrastes. Je suis moi et mes inverses. Kawaï, c'était parce que, déjà, en allant au Japon, tout le monde me disait: "kawaï, kawaï!" dans la rue. C'était cohérent. Et puis, j'étais dans une phase comme ça, genre: tout est beau, tout est mignon, tout est super. Ça correspondait aussi à la phase dans laquelle j'étais. Vers laquelle, aussi, je voulais aller. Je voulais sortir de cette image de vénère, trop agressive. Je ne suis pas que ça. Ça, c'est moi sur scène parce que c'est l'énergie que je donne. Mais heureusement, j'aime bien être douce, des fois. Et mignonne, aussi [rires]. |
| Ton dernier album était un mix, Mixshake. Comment on passe de quarante titres pour un mix à douze pour un album? |
| Déjà, avant Mixshake, y'a eu Targets. Mon premier album où il y avait treize titres. Je trouvais que c'était déjà pas mal, pour un album. Parce qu'en général, les mecs, ils ne se prennent même pas la tête à en faire autant! Ils en font huit et ça y est, c'est un album. Treize, c'est aussi parce que j'ai pris ça comme un jeu vidéo. Un par niveau. C'est pour ça que le dernier morceau s'appelle Game Over, qu'il y a des scénarios, des petites histoires. Oui, c'est un album, c'est pas un mix. Dans un mix, je joue, en une heure, quatre-vingt-dix morceaux sur scène. Ça va assez vite. C'est deux choses à part. Je suis artiste-productrice et DJ. Pour moi, ça va ensemble, mais en même temps, c'est distinct. Je n'allais pas faire quarante titres sur un album. Fallait que je travaille plus [rires]! Mais non, effectivement, je suis contente de ces treize titres. |
| Comme tu le dis, tu es artiste-productrice et DJ. Est-ce que tu mets une partie entre parenthèses pour faire l'autre? |
| Non. En fait, je suis une passionnée de la scène. C'est ce qui me fait vibrer, ce qui me fait vivre aussi. On ne peut pas me l'enlever. Si je ne joue pas pendant trop longtemps, je me sens carrément mal. Je continue à aimer faire le DJ. Je n'ai pas fait cet album pour mettre le côté DJ de côté. Au contraire! Faut continuer à créer de la musique, de l'actualité, pour continuer à jouer. C'est le but, d'être toujours là pour être là sur scène et faire bouger les gens. Et après, oui, y'a le côté artiste parce que oui, j'ai envie de continuer aussi à dessiner, à créer la musique qui va avec mes petits dessins. Et mettre ça sur scène. |
| Justement, tu peux nous parler d'un de tes souvenirs de scène les plus forts? |
| Y'a eu le concert dans une prison de femmes avec des potes Dj's brésiliens, Edu Ket Tchernobyl. C'était assez dingue. C'est deux super beaux gosses tatoués, grands, musclés. Genre, le cliché du brésilien beau gosse! Donc, c'était dans une prison de haute sécurité de femmes à Rennes. Et c'était assez dingue. Parce que, eux, c'est des chauds bouillants, ils ne font pas les choses à moitié! Au début, elles étaient toutes assises. Avec les matons, sur les côtés, qui faisaient un peu la tête. Deuxième morceau, on a demandé aux filles de se lever. Troisième morceau, Edu K était déjà dans le dancefloor en train de glisser sur ses genoux jusqu'aux femmes du fond qui ne voulaient pas bouger, qui étaient là depuis au moins trente ans. Il était là, à se frotter à elles. Quatrième morceau, toutes les meufs, elles étaient montées sur scène. Là, ça se frottait de partout avec les deux brésiliens. Moi, j'y ai eu droit aussi, forcément? C'était complètement dingue! Elles ont eu une heure d'évasion, c'était trois heures de l'après-midi, mais c'était leur soirée! C'était énorme! |
| Est-ce que, malgré ta longue expérience de Djette, faire de la scène ça t'apprend encore des trucs? |
| Bien sûr! C'est pas que dans la musique que ça m'apporte, c'est dans la vie. Parce que plus on voyage, plus ça nous ouvre les frontières, ça nous ouvre l'esprit et on voit le monde et la vie différemment. Et aussi humainement parlant. Parce qu'on rencontre des gens vraiment super. En Indonésie, quand tu vois des gens qui, avec très peu de moyens, arrivent à fabriquer leurs propres toys avec une espèce de boue. Ils sont quand même au courant de tout parce qu'il y a internet. Ils ont envie de créer. Toujours à faire des performances, des graffitis partout? Pareil au Japon, en Argentine?Du coup, ça influence mes albums. Là, j'ai une nana qui chante complètement en japonais sur un des titres. Après, comme je viens du hip-hop, je suis aussi influencée des States. On ressent forcément dans ma musique le fait que je sois ouverte musicalement. Parce que j'ai voyagé. |
| Quand on entend, justement, cette Tigarah, sur Feel That Bit, on a l'impression que c'est ton pendant en japonaise? |
| Oui, c'est ma meilleure pote! En fait, c'était complètement dingue avec elle. Elle pensait que j'étais chanteuse. J'ai été signée au Japon par un gros label de J-Pop. Ils m'ont placé dans un gros festival Diesel avec toutes les stars Dj's du monde. J'ai joué devant 5000 personnes, le lendemain j'enchaînais avec douze heures d'interview, j'ai fait des couvertures de magazines et tout ça. Et elle, elle est venue me voir là-bas parce qu'elle pensait que j'étais une chanteuse, vu visuellement, physiquement, à quoi je ressemblais. Elle a dit: "je veux faire un featuring avec elle. Je sais pas qui c'est, mais je veux la voir!" Elle m'a vu jouer. Et ce qui était dingue, c'est que moi, je l'avais déjà bootleguée parce qu'un pote brésilien m'avait passé un a capella d'elle! Quand je suis rentrée en France, on s'est fait un email en même temps. Complètement dingue. Et puis on s'est rencontrées en France ou en Angleterre et on s'est bien trouvées. On est devenues meilleures potes, elle habite à Paris maintenant. On est les mêmes! |
| Comment t'as choisi les artistes pour interpréter tes personnages de jeu vidéo inventés pour l'occasion? |
| Quand j'ai fait le titre Kawaï, je savais quels personnages il y allait avoir: le gentil kawaï, le méchant, carré, rouge, Terrible Square. Je recherchais depuis longtemps des petites voix de gamines donc j'ai trouvé Aluna et Rye Rye. Et Dynamite MC, pour moi, c'était l'évidence, la grosse voix, de lui demander de faire le méchant. A Rye Rye, j'ai envoyé des dessins, je lui ai dit: "toi, t'es ce personnage-là, voilà quel est ton univers, lui, c'est le méchant, tes amis, c'est les bubblies. Les Terrible Square, ils viennent voler les bubblies pour faire de l'oxygène dans ton univers." J'ai vraiment envoyé tout le scénario avec les images. En lui demandant de raconter une histoire par rapport à ça. Pareil pour Dynamite MC. Je voulais vraiment que tout veuille dire quelque chose, comme un dessin animé, avec les personnages qui parlent. Et je suis vraiment contente du résultat. |
| T'aurais pas envie de faire un dessin animé sans ta musique ou mettre d'autres dessins que les tiens sur tes sons? |
| Pour moi, tout est relié. Parce que c'est moi. Mais dans le futur, franchement, j'aimerais bien faire de la musique de dessin animé. Ou du dessin pour d'autres. Si un jour Missill, ça marche moins, c'est vers là que j'aimerais me réorienter. Clairement. |
| Ton son est très 8-bit. Ce sont de vrais bruits de jeux vidéos? |
| En fait, j'ai utilisé des émulateurs pour sampler des vieux jeux. Sinon, c'était des VST. Ça rassemble tous les samples de vrais sons de jeux dans une machine. Mais virtuelle. Du coup, y'a même plus besoin d'aller se prendre la tête à faire des 0 et des 1 dans une Game Boy. C'est en fait Fruity Loops et des VST téléchargés gratuitement. Rien de très mathématique. |
| Et toi, personnellement, à quels jeux tu joues? |
| A la base, j'ai joué comme tout le monde à Mario, aux shoots de canards, à Curly. Aujourd'hui, en fait, moi, ce qui me plaît, c'est vraiment l'univers des jeux. C'est pas forcément d'y jouer. Parce que j'ai pas trop de patience. Par contre, le fait d'avoir des personnages de cinglés, avec des décors de malades, rentrer dedans la musique qui va avec, pour moi, ça va plus loin qu'un film, qu'un dessin animé. C'est réel. Je suis pas une hardcore gameuse mais l'univers du jeu vidéo, ça m'a complètement parlé! |
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| Propos recueillis par Adeline Lajoinie
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