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Interview de Mokobé
Mokobé
   
"En fait, ce disque, c'est l'histoire de ma vie à travers la musique. J'ai grandi avec le n'dombolo, le coupé décalé de Papa Wemba, la musique Youssou N'Dour."
   
Pourquoi prendre autant de temps pour solo ?
En fait, j’avais besoin de me retrouver, de me positionner. Avec 113, on a fait une longue carrière, une victoire de la musique et un disque d’or. A chaque sortie d’album, je mettais une pierre à l’édifice. Mon rôle dans 113, le fait de ne pas trop être mis en avant, me donner à fond dans les thèmes, les productions, ça me plaisait beaucoup. On a toujours dit, Mokobé c’est le VRP du 113. Au fur et à mesure, avec le temps, les voyages, la tournée, le public sentait que j’avais vraiment une attache à l’Afrique. J’ai fait des titres intéressants avec Magic System, Amadou et Mariam, Alpha Blondy. Et là je me suis dit que c’était intéressant d’aller beaucoup plus loin et d’en faire un album solo. Et donc, après 113 degré, j’ai commencé à construire le squelette et dés que la promo était terminée, je me suis mis dedans à fond.
Tu as dit avoir fait cet album pour réconcilier la rue avec ses pratiques ancestrales. Tu avais besoin d’un album solo pour ça ? Tu ne pouvais pas le faire au sein du 113 ?
Au sein du 113, moi, je suis d’origine malienne avec des racines sénégalaises et mauritaniennes. Donc je représente un peu l’Afrique de l’ouest. Rim’K représente l’Afrique du Nord, le Maghreb. AP c’est les Caraïbes. On bosse à trois. Quand tu fais un album solo, tu te lâches plus. Là, je ne me suis pas donné de limites. Ce qui était important surtout, c’était de retourner aux sources. Parce que si on est logique et cohérent, le hiphop est né en Afrique, berceau de l’humanité. Afrika Bambaataa, Grandmaster Flash, Run DMC, les pionniers du rap, étaient très attachés à l’Afrique. On a cette chance-là de pouvoir puiser dans la musique mandingue, des griots, qui sont celles de nos parents, de nos ancêtres, plutôt que la soul, le jazz américain. C’était aussi pour réconcilier l’Afrique et l’occident avec la musique.
Tu avais du coup tellement de musiques. Comment as-tu travaillé les productions ?
En fait, ce disque, c’est l’histoire de ma vie à travers la musique. J’ai grandi avec le n’dombolo, le coupé décalé de Papa Wemba, la musique Youssou N’Dour. Quand j’ai parlé de ça à mes producteurs avec la seule ligne de conduite de surprendre les gens en rajoutant des connotations africaines, ça a très bien fonctionné. Parfois, j’ai fait rejouer les morceaux avec des instruments directement en Afrique pour donner un côté plus originel.
Ton album a également un côté très politique. Dans quelle mesure était-ce important pour toi de t’engager contre le pillage de l’Afrique ?
Je pense que c’est effectivement important, quand on fait un album, de passer de l’utile à l’agréable. Avec 113, on a toujours eu ce côté engagé. Quand on parle de l’Afrique, il faut parler du coté joie, espoir mais aussi du côté souffrance. Malheureusement, ça fait des siècles et des siècles que l’Afrique souffre et pour moi c’était très important dans parler sur ce disque là avec des artistes comme Tiken Jah Fakoly, Amadou et Mariam, Manu Chao, Seun Kuti.
Est-ce qu’ils t’ont fait découvrir des choses nouvelles sur une Afrique que tu ne connaissais pas ?
Oui, bien sûr. Moi, j’ai une double culture. Ce qui est intéressant, c’est que j’étais très vite bousillé par le hip-hop. La musique africaine, ‘c’était une souffrance pour moi quand j’étais gamin. Quand ma mère mettait les cassettes de baptême, de mariage, c’était horrible pour moi. Mon déclic s’est fait en 1992 quand je suis parti au Mali. Là, tout de suite, mon cœur s’est ouvert et je me suis dit que cette musique était extraordinaire. Ensuite je suis allé au Sénégal, au Gabon, à Abidjan. Je pense que ce disque là avait besoin de saveur et d’authenticité et je devais l’enregistrer en Afrique, pas seulement à paris. C’est un disque qui s’est fait en 4 étapes : au Mali, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en France. C’est un voyage sans passeport, sans visa, avec plusieurs escales et des zones de turbulences comme les morceaux avec Diam’s, Booba, Seun Kuti…
Dans les featuring, il n’y a pas que des rappeurs et des chanteurs il y a aussi un comique ! Patson. Pourquoi ?
Moi je suis très fan de la bande à Jamel Debbouze et de Jamel lui-même, depuis toujours ! Avant tout, c’est un ami que je respecte. J’étais vraiment content quand j’ai appris qu’il faisait un stand-up à la française. Donc on m’invite, je viens sur place. Je vois Patson et j’adore, ça me saute aux yeux et au cœur. Je me suis tout de suite dis qu’il fallait que je l’invite sur mon album pour faire des ambiances. En plus c’était un rêve pour lui de faire un morceau avec moi. Tant mieux.
Dans la catégorie « les invités qui n’étonnent pas », il y a Booba sur Maman Dort. Et là, c’est le morceau qui étonne parce qu’on n’attendait pas Booba dans ce registre-là…
Au début, on ne partait pas sur ce morceau-là. On partait sur des instrus plus énergiques. Mais on trouvait tous es deux que Maman Dort, c’était un beau thème. Ca parle de notre deuxième maman, l’Afrique, qui est notre terre-mère. Avec beaucoup de regrets de ne pas l’avoir connue avant l’esclavage, la colonisation, le pillage. Moi je suis content que Booba ait pu me donner cette exclusivité d’un Booba très conscient, sage, posé, proche de ses sentiments, pas du tout egotrip. Il prouve bien ici qu’il est à l’aise sur tous les terrains.
Ca a l’air d’avoir été un album voyage. Et comme lors des voyages on apprend souvent beaucoup, qu’est-ce que toi tu en as appris de ce voyage-là ?
J’ai surtout appris par rapport aux artistes, à la manière de travailler parce que c’était mon premier album solo. J’ai aussi rencontré plein de musiciens sur le qui vive. J’ai appris aussi à gonfler mon inspiration. J’ai appris que l’Afrique avait une vraie dynamique mais souffrait beaucoup.
Ton disque est très dansant. C’est très étonnant…
Ca ne devrait pas l’être. Je suis un rappeur mais j’adore les morceaux festifs. Je pense qu’avec un titre comme C’est Dans La Joie, on revendique aussi. Je pense que c’est important de mettre en joie le cœur des gens, des les faire délirer. C’est d’autant plus important à une époque où tous les disques de rap se ressemblent, où tout le monde est vénère, parle de la rue de la même manière. Tout le monde titre sur tout le monde, tout le monde a vendu de la drogue. J’ai envie de dire « du calme ». Pour moi c’est important de ramener de la joie aussi.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Interview(s) Date publication
 Interview de "Mokobé" 13/03/2008


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