Interview de Morcheeba |
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Morcheeba
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| "Pour vous dire la vérité, mon frère est mort, il y a sept ans. Je l'ai tué. J'ai du louer un guitariste et prétendre que c'était lui, parce que je l'avais assassiné." |
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| Ce nouvel album est un album de changements considérables, vous avez fait appel à plusieurs chanteurs au lieu d’une seule collaboration, comme c’était coutume. Pourquoi cette envie ? |
| Nous avions fait une grosse erreur lors de notre dernier disque. On était un peu bloqués avant ça. On avait arrêté de communiquer et on avait d’ailleurs splitté avec Skye. Même si elle était fantastique, une grosse bosseuse, on n’a jamais manqué un concert avec elle, elle était vraiment brillante. Mais les businessmen nous ont fait savoir qu’il voulait qu’elle soit remplacée par une chanteuse black, pour que les gens identifient Morcheeba, comme le groupe était au début. Ce qui est une idiotie sexiste et raciste. Je comprends mon producteur qui marche avec des stéréotypes. Mais j’étais persuadé que si on faisait ça, on allait faire automatiquement quelque chose de différent. Et c’est ce qu’on a fait avec « Antidote », qui est un album up-beat, plus fort et plus agressif que les autres. Alors au moment de retourner en studio pour exploiter une idée parmi d’autres, mon frère qui vivait à Hollywood, m’a dit qu’il n’était pas impatient d’y retourner avec d’autres chanteurs qui lui feraient perdre son temps. J’ai donc exploré Myspace, i-tunes et d’autres sites de ce genre, pour y découvrir des gens capables de s’intégrer dans notre style. Et encore les producteurs ont insisté pour une chanteuse jeune et sexy, qui paraisse comme Skye. Mais Morcheeba est un plus un son que des personnes. Pour la première fois, comme j’étais confiant, je leur ai dit non. Je veux que cela se passe ainsi, des collaborations et c’est comme ça que notre musique sonnera. On a été chanceux, parce qu’on avait pas d’argent, donc à chaque fois que l’on allait vers quelqu’un, il collaborait parce qu’il voulait travailler avec nous. Les choses se sont faites naturellement et on a écrit de belles chansons. |
| Manda, comment s’est passé la rencontre avec les frères Godfrey ? |
| J’ai créé ma page myspace, il y a un an, fin août. J’ai découvert que Morcheeba en possédait une. Alors je leur ai écrit et Paul m’a répondu que mes chansons étaient bonnes. Je leur ai ensuite proposé mes services, parce que mon rêve était de travailler un jour avec eux, même si je ne savais pas qu’il était possible de le faire. Quand ils m’ont invité, j’étais choqué de surprise, j’avais même toujours un doute, jusqu’à ce qu’ils m’appellent au téléphone. |
| Etiez-vous inquiets des problèmes que cela pouvait engendrer de tourner avec plusieurs chanteurs ? |
| Non, mon frère était un peu nerveux de travailler avec plusieurs chanteurs. Parce que les chanteurs sont magnifiés dans cette grande position royale. Mais ils font partie d’un groupe, on est une équipe. Je sais que le public se focalise et s’identifie au chanteur. Mais vous avez besoin de tout le monde que cela se réalise. Alors on était nerveux au moment de faire l’album de trouver les bonnes personnes et ça a finalement marché. Manda est venu durant l’été jouer dans des festivals. Et puis tout le monde est venu par la suite, avec Jody Sternberg comme guest dans certains festivals. C’était assez marrant parce qu’on avait perdu toute confiance, on pensait en avoir fini avec Morcheeba, on était ruinés. On nous disait qu’on nous pensait morts, qu’on ne savait pas qu’on existait encore. |
| Vous avez pensé ça aussi par rapport à l’effondrement du trip-hop ? |
| Oui, comme la house dont on ne sait pas s’il existe encore quelqu’un pour la faire évoluer. Je crois que le trip-hop est très stylé. C’est un très bon véhicule pour de super chansons. C’est un très bon tempo. Du Neil Young, du Cat Stevens ou du Joni Mitchell, vous pouvez le passez à la sauce trip-hop. Mais pour nous, c’est très naturel, cela vient de nos backgrounds, moi, celui du hip-hop, mon frère, plutôt folk-rock et blues. Au début, on se battait pour ne pas nous faire qualifier de groupe de trip-hop, et puis un moment on a laissé tomber : «ok, appelez le trip-hop, on s’en fout ! ». On fait juste ce qui nous vient naturellement. On a arrêtés d’être à la mode. Et je crois qu’à partir de ce point, on a fait de la musique plus cool que ce qu’on faisait avant. |
| Dans cet album, vous brassez beaucoup d’influences musicales et on a l’impression que c’est la musique que vous vouliez écouter plutôt que celle qui aurait été à la mode… |
| Exactement. On s’est inspiré de Morcheeba, de nous-mêmes. On ne voulait plus être dans le coup, à la mode, copier nos héros. On a regardé ce qu’on savait faire et on s’est dit que l’on pouvait le faire bien et tranquillement, relax. Que l’on ferait du bon boulot. C’est de cette musique que l’on venait. |
| Est-ce facile de travailler avec son propre frère ? |
| Pour vous dire la vérité, mon frère est mort, il y a sept ans. Je l’ai tué. J’ai du louer un guitariste et prétendre que c’était lui, parce que je l’avais assassiné. |
| Est-ce que vous avez mangé des parties de son corps ? |
| Je n’ai pas voulu le manger. Il sent très mauvais. Mais il est toujours accroché dans mon garage. En fait, on commence à communiquer maintenant. Depuis qu’il est mort, il est très calme. Il est très rigide aussi. Il y a toujours des amis qui viennent le voir pour trinquer avec lui. Les gens l’acceptent comme il est. La vérité, c’est qu’il vit à Hollywood. Il conduit une ford mustang vintage. Il est très rock’n’roll. Il vit son rêve. Il adore Jimi Hendrix. Il vit son rêve américain et je crois que c’est fantastique. J’étais jaloux et en colère pendant longtemps. Quand j’étais en dépression, j’avais juste à comprendre qu’il avait choisi sa vie comme j’ai choisi la mienne. On a grandi chacun de notre côté, mais maintenant on est plus proches, parce qu’on n’est plus forcés. Quand on se retrouvait dans le studio, c’était parfois difficile. Mais cette fois, il est venu trois mois à la suite et c’était de bien meilleures relations. |
| Cet album a été comme une thérapie pour vous ? |
| Cet album a réellement été une thérapie pour moi. J’ai du faire face à mes démons. J’ai du me mettre sur mes deux pieds. Quand j’ai du commencé cet album, je devais rester là, dans un studio au milieu d’un groupe ennuyeux et j’ai du finir le travail. C’est effrayant. Parce que je savais que c’était un bon album. Ca m’a rappelé le bon vieux temps, quand on faisait de bons albums. On avait une telle attention de la part des gens, que c’était monstrueux. Mais si vous voulez qu’on vous laisse tranquille, il faut faire de mauvais albums. On a fait ça un temps et les gens nous ont laissé tranquille. Je suppose que j’ai grandi, que je suis devenu un homme. J’en suis très fier. |
| Vous développez une certaine peur du succès… |
| Oui, c’est très difficile parce que j’ai deux enfants. Et ça me manque de ne pas les voir grandir. La semaine où ma fille est née, mon père est mort et trois jours plus tard, il fallait que l’on reparte en tournée. J’ai loupé émotionnellement une grande expérience que je n’ai pas su gérer. Je crois que c’est de là dont vient ma dépression. Mon passé qui me rattrapait et qui me mordait le cul. C’était très dur, parce que j’adore l’attention que les gens portaient sur le groupe. J’ai commencé dans ce business pour avoir l’attention de mon père. Parce que j‘étais célèbre, je voulais faire plaisir à mon père. C’était impossible, parce qu’il était taré. Et en même temps, je me disais que je devais me trouver avec mes enfants et être un bon père. C’est très difficile de trouver un équilibre. Encore aujourd’hui. Tu penses que tu peux le gérer, alors tu pars et tu deviens fou et quand tu reviens à la maison, tu deviens fou aussi. |
| Y’a-t-il eu un artiste ou un disque particulier qui vous a donné la vocation ? |
| Ma mère m’a acheté un tourne-disques, sur lequel je passais les Rolling Stones et les Beatles, les Everly Brothers, Elvis, Otis Redding, Aretha Franklin, quand j’avais à peu près cinq ans. Mon père me haïssait, je ne sais pas pourquoi. J’étais toujours effrayé de savoir qu’il rentrait à la maison, car je ne savais pas quelle serait son attitude envers moi. Mais quand j’écoutais la musique, je me sentais en sécurité. C’était le langage universel que je recherchais. Qui pouvait m’emmener n’importe où je voulais aller. Après, mes parents ont acheté un magnéto avec un casque et un micro. Alors je pouvais m’enregistrer, rembobiner et écouter ma voix en pensant : « je suis toujours là ! ». Il y avait une vraie sécurité. Pour quelqu’un qui se sent incertain, enregistrer permet d’être permanent. Même si je suis un chanteur terrible. Mon frère aussi d’ailleurs. |
| Manda, quels sont les critères de choix pour être retenue par Morcheeba ? |
| Je ne sais pas. Etre naturel, être soi même, être normal. Aimer la musique et travailler. Etre content d’être en vie. |
| Vous êtes d’accord ? |
| C’est une réponse fantastique. Très profonde. |
| Après dix ans de carrière, aimeriez-vous changer quelque chose à votre parcours ? |
| J’étais un connard durant ces cinq années. Un homme horrible. Mais je suppose que c’était à cause de mes enfants qui me manquaient. J’étais en colère contre les gens qui m’entouraient, contre moi-même. Je ne savais pas gérer mes émotions. J’ai bu assez durement. J’étais juste très malheureux. Si je pouvais changer quelque chose, ça serait ça, mon manque d’humilité. Je sais que j’ai un cadeau entre les mains et je suis content de ça. Mais j’ai eu la sensation d’être faux. Je ne changerais rien artistiquement, parce que c’est ma vie, mais la manière dont je me comportais, ça je le regrette. |
| Quel a été le point culminant de votre carrière jusqu’içi ? |
| Il y en a eu tellement. Travailler avec David Byrne. Elton John est venu nous voir en coulisses quand on a gagné un prix en Irlande. Il y a eu les ozzbornes à notre show à Los Angeles. Les superstars aiment Morcheeba. Je croix que ça parle du volume de qualité de notre musique, bien plus que n’importe quelle critique. |
| Y’a-t-il une clé pour comprendre votre musique ? |
| Cela joue beaucoup sur l’humeur. Cela touche les textures des ambiances, l’atmosphère que l’on essaye de créer. |
| Il y a une atmosphère très aquatique dans le dernier album… |
| J’adore être dans l’eau particulièrement pour la pratique de la plongée en tuba, au milieu des poissons et le son dans cet élément, j’adore. C’est comme une évasion dans un monde où je me sens en sécurité. J’ai toujours été plus en sécurité sous l’eau qu’au-dessus. Comme l’homme de l’Atlandide. |
| Comment fonctionnent les dynamiques avec votre frère ? |
| La place de Ross est musicale. Il a une façon de tirer les sons des instruments. Vous pouvez en dégotter un dans un marché aux puces ou dans un pays musulman et le donner à Ross, il le fera sonner. Il est très musical. Ce que je fais, c’est d’organiser. Ross est très libre, c’est un Jimi Hendrix, flottant dans le vent. C’est un esprit fascinant. Je lui mets des harnais, je le ramène sur terre et j’organise. |
| Vous aimez les équipements anciens et les ordinateurs bizarres… |
| Vous venez de parler d’équipements anciens, vintages. Là, j’ai une érection. Notre studio est plein de vieux trucs. J’adore ça, comme les vieux micros. J’ai l’impression qu’il capte l’essence naturelle des sons, qu’ils n’essaient pas de les transformer en quelque chose de parfait. C’est comme ça que j’ai envie d’écouter la musique. Pas seulement pour entendre ce que l’on a donné, mais pour qu’il y ait des couleurs. Je suis un gros fan des vieux équipements. Mais aussi des trucs électroniques. J’ai certains logiciels que l’on peut customiser et réarranger. |
| Vous et votre frère possédez de fortes personnalités. Est-ce qu’il est difficile de partager le contrôle artistique ? |
| Quand Ross est parti aux Etats-Unis, il disait qu’il avait une vie super. Qu’il voulait simplement retourner chez lui et voyager, me laissant le champ libre pour les nouveaux albums. Alors j’en ai fait et quand il est revenu, il voulait à nouveau prouver sa valeur. Le truc sur lequel, on s’engueulait le plus, c’était l’espace laissé au silence entre les chansons. Ce qui à l’air débile, mais quand vous êtes passionnés… |
| Quels sont vos projets dans le futur immédiat ? |
| On va faire des lives pour la télé et une tournée internationale. D’abord en Europe, qui est notre base, puis aux Usa, en Australie, en Inde, partout où l’on voudra de nous… |
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| Propos recueillis par Isabelle Chelley
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