Interview de Moriarty |
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Moriarty
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| « Le premier disque, c’était la pointe émergée, mais dans le tréfonds de cet iceberg, si l’on fait des carottes, il y a plein d’autres choses, qui sont remontées dans ce nouveau disque. » Arthur B. Gilette |
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| Comme nous sommes au Printemps de Bourges 2011, pouvez-vous nous expliquer quelle est l'importance de ce festival pour vous? C'est quelque chose de fondateur, non? |
Rosemary: Fondateur, je ne sais pas, parce qu'on existe quand même depuis douze ans. Mais, en tout cas, y'a six ans maintenant, c'était la première fois qu'on allait au Printemps de Bourges et les personnes qui nous ont fait venir ici, c'était la scène Pression Live, la scène Kronenbourg, quoi? Dans la rue de la saucisse. Pour nous, c'était un gros évènement parce que, même si ce n'était pas dans le festival officiel, il y a beaucoup de programmateurs qui nous ont programmés après qu'ils nous aient vus sur cette scène. Et l'année d'après, on a été reprogrammés sur Pression Live. Et l'année d'après, on était dans le festival et on jouait au Phénix. Et ensuite, on est revenus jouer sur Pression Live.
Arthur: Juste après le concert.
Rosemary: Comme petit cadeau pour nous avoir fait jouer pendant deux ans sur leur scène.
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| Vous venez avec un second album, The Missing Room. Quand on a eu un premier album avec le succès de Gee Whiz But This Is A Lonesome Town, comment on construit le second? Avec appréhension? |
Arthur: En fait, il y a beaucoup de choses qui ont changé dans nos vies. On a appris la vie d'être sur la route, ce qu'on ne connaissait pas vraiment avant, avec le premier disque, Gee Whiz But This Is A Lonesome Town. Et donc toute cette façon de vivre a complètement changé notre façon d'être. Et on a appris à avoir beaucoup plus de libertés. Donc on s'est pas posés du tout ce genre de questions. Des libertés par rapport à l'industrie de la musique. On a fait notre label. Donc on a simplement essayé de faire les meilleures chansons qu'on pouvait et d'essayer de raconter des choses qui nous tiennent à c?ur.
Rosemary: Enfin, cela dit, on ne peut pas dire que ce soir toujours reposant d'être dans la création. C'est à la fois une émulsion et une angoisse de voir si le morceau, entre nous, va prendre. Si on va ressentir les mêmes choses que sur le morceau précédent quand on est en train de le créer. C'est plutôt ça l'angoisse.
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| Vous parliez de votre label indépendant. C'est plus de risque ou de détente, de quitter Naïve pour créer sa propre structure? |
Rosemary: C'est les deux, je crois [rires].
Arthur: Moi, je ne sais pas s'il n'y a que ces deux options: risque ou détente. C'est inéluctable aujourd'hui. Pour nous, c'était très important de faire les choses à notre façon. On a longtemps travaillé comme ça. Mais, bien sûr, c'est extrêmement difficile. Faut pas le cacher, ce n'est pas facile. Mais c'est bien.
Rosemary: Et je pense que le risque, il est de prendre plus de responsabilités, soi et de devenir totalement adulte. On est indépendants, mais on est quand même dépendants de personnes au-dessus de soi. Et là, on n'a personne au-dessus de nous. Et je crois que ça nous convenait beaucoup mieux. On est nos seuls maîtres du projet.
Arthur: Au risque de passer de l'âge d'enfant à l'âge adulte. Ce n'est pas facile. |
| Après le premier album, vous avez beaucoup tourné. Ces pérégrinations, elles ont apporté quoi au second album: des images, des thèmes? |
Rosemary: C'est évidemment beaucoup d'images, beaucoup de photos, beaucoup de dessins. Stéphane, qui n'est pas là, dessine beaucoup sur la route. Et tout le graphisme de l'album est tiré, justement, de photos ou de dessins qu'il a fait en route. D'histoires aussi. On a essayé d'écrire quand on était sur la route, dans le camion, dans un train, dans un avion. De gens qu'on a croisés parce qu'on a croisé beaucoup de monde. D'expériences de concerts qui sont toutes différentes. En fonction de si vous êtes au Japon, en Inde ou en Australie, les publics ne réagissent pas du tout de la même façon. D'histoires personnelles qu'on a vécues aussi. Et puis, évidemment, des histoires inventées.
Arthur: Mais c'est sûr que les rencontres? Je crois qu'il y a des groupes qui voyagent en tour bus, qui jouent le soir et qui repartent tout de suite après. Mais pour nous, ça a toujours été quelque chose d'important de rester quelques jours, d'essayer de faire des concerts en plus, pour une association locale, quand on peut. De rencontrer aussi des groupes locaux, de faire des premières parties. Au Japon, notamment, on a joué avec un groupe qui s'appelle Eagle Rapping and The Gossip of Jack. En Inde, on a enregistré avec des musiciens dans un studio de Boolywood. Une expérience très intimidante parce que c'est?
Rosemary: Des monstres de musiciens!
Arthur: Pour moi, c'est surtout ça qui a donné l'essence à toute notre tournée. S'il n'y avait pas eu ces rencontres, ces moments-là?
Rosemary: Le disque sonnerait certainement différemment.
Arthur: Le nouveau.
Rosemary: On a aussi récupéré beaucoup d'instruments sur la route. |
| Et ça vient de là l'esprit de liberté musicale qu'on sent souffler sur ce nouvel enregistrement? |
Rosemary: Oui. C'est difficile à définir. Nous, on l'entend pas comme ça. Mais peut-être aussi qu'il y avait déjà cette liberté musicale, avant. Mais on avait décidé, pour le premier album, de restreindre un petit peu, de concentrer les choses de manière plus acoustique aussi. Et là, c'est effectivement un peu plus ouvert. Mais parce que le premier album avait besoin, je pense d'être un peu plus identitaire. Et là moins. En tout cas, on s'est détachés de ça. On a pu rouvrir un peu et retourner à des racines un peu plus rock qu'on avait il y a plus longtemps.
Arthur: Moi, j'aime bien l'image de la musique comme un iceberg. Le premier disque, c'était la pointe émergée, mais dans le tréfonds de cet iceberg, si l'on fait des carottes, il y a plein d'autres choses, qui sont remontées dans ce nouveau disque. Et je pense que dans le prochain, il y a encore plein d'autres choses différentes qui vont remonter. On a été vite mis dans une catégorie, une section qui nous, nous a étonné. On n'a jamais eu l'impression de faire une musique aussi précise que folk, country ou blues. Donc je pense que, c'est ça qui est intéressant, à l'avenir, on va pouvoir élargir le spectre de plus en plus. |
| Vous parlez d'identité. Est-ce que ça aide, pour cet album-là, d'avoir comme réalisateur votre propre batteur, Vincent? |
| Rosemary: Béh ouais! Parce que c'est quelqu'un en qui on a totalement confiance. C'est quelqu'un qui nous connaît bien. Et je pense qu'il a su respecter à la fois ce qu'on était et donner des directions sur le disque. C'est vrai qu'on est difficiles, je pense, à, entre guillemets, diriger. Parce que c'est une espèce d'hydre à cinq têtes. Donc soit on est un peu tous dans le même sens soit ça peut partir dans tous les sens. Ce n'est pas évident, je pense. Ça n'a pas dû être évident pour lui. Mais je crois qu'il s'en est bien tiré. |
| Il ne s'est pas plaint? |
Arthur: Bien sûr qu'il s'est plaint!
Rosemary: Bien sûr que si [rires]!
Arthur: C'est quelqu'un qui a su vraiment respecter qui on était, qui n'a pas essayé de nous changer. C'est vraiment le rôle d'un producteur musical, de tirer le meilleur parti de nous. Donc, il nous a fait jouer dans la même pièce, sans casques.
Rosemary: Pour qu'on s'entende.
Arthur: Tous à côté, en live. C'est un disque qui a beaucoup d'imperfections, mais qui deviennent des choses, pour moi, en tout cas, qui sont des perfections. Et aussi, qu'on soit très à l'écoute de Rosemary, nous, les musiciens, c'est peut-être quelque chose qu'on n'avait pas fait assez sur le premier disque. Vincent, il fait essentiellement la rythmique et les harmonies, mais il pense aussi à la voix. Et il nous a donné cette façon de travailler. |
| Le côté live, c'est quelque chose de très important pour vous au point que vous avez présenté vos chansons en avant-première sur scène en proposant de créer l'album avec le public? |
| Rosemary: Je te confirme que l'album n'était pas fini du tout, il n'était pas enregistré. On a essayé de finir à peu près les morceaux pour tourner avec. Parce que c'était un fantasme qu'on avait. Je pense que beaucoup de groupes de scène font et ont, c'est-à-dire de faire tourner des morceaux nouveaux dans leurs sets. Et là, c'était tout l'album. Toutes les nouvelles chansons. Et, effectivement, on les a fait évoluer tous les soirs en fonction de la réaction des gens. Parce qu'on allait voir aussi le public et le public nous pré-achetait les CD's. Les chansons ont eu le temps un petit peu de mûrir sur une quarantaine de concerts. On a eu le temps d'essayer un petit peu des choses. Et ensuite, on est allés en studio. On a encore rechangé quelques choses, quelques morceaux. Et puis voilà, après, ça devient un objet indépendant. Mais les morceaux évoluent toujours sur scène, en fait. Encore maintenant. On avait pris cette décision par rapport au premier album. Parce qu'entre le moment où on avait enregistré et où on arrêtait enfin de tourner, des gens venaient nous voir et nous disaient: c'est incroyable, on ne reconnaît pas certains morceaux! |
| La musique, pour vous, ça tourne autour de ce rapport au public qui vous aide à changer? |
| Rosemary: Pas complètement non plus. On ne s'adapte pas complètement non plus au public. Si quelqu'un nous dit: ce morceau est pourri, faut pas le faire, ça ne va pas être ça non plus [rires]. Je pense que c'est plus une interaction. On est très sensibles au moment où on joue devant le public, à comment il réagit sur le moment. Et puis il y avait une donnée supplémentaire, c'est que, comme il y a eu ce fond qui est remonté dans l'iceberg, les gens n'étaient pas forcément habitués à d'autres formes de musiques qu'on a pu faire sur ce disque. Donc il a fallu pas trop faire confiance non plus à des gens qui s'étaient habitués au premier disque. C'était bien aussi de les remuer, de les secouer, de les choquer un peu. Et je crois que ça a marché. Je crois qu'ils ont été surpris. Mais heureusement, disons? |
| Il y a beaucoup de destins de femmes dans vos chansons. Il ya eu Private Lily, là, Beasty Jane, Julie Gold, Iabella? Pourquoi? |
Rosemary: Ce n'était pas une volonté particulière que ce soit des femmes. Il se trouve que c'est tombé comme ça. Peut-être, je ne sais pas, parce que je suis la seule fille. Je suis peut-être obligée de créer des personnages féminins pour que je me sente un peu moins seule [rires].
Arthur: C'est ses copines!
Rosemary: Non, je crois que c'est la volonté d'écrire des histoires qui, moi, me touchent. Pour pouvoir les chanter, j'ai besoin que les histoires me touchent. Mais il y a aussi des histoires d'hommes. Peut-être que je me sens plus proche de certaines filles quand elles me racontent leurs histoires. Je ne sais pas?
Arthur: Mais la façon dont on écrit, c'est qu'on fait la musique tous ensemble et puis il y a une sorte de panier avec plein de textes dans lequel Rosemary pioche.
Rosemary: Je crois que je sélectionne de manière sélective.
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| Un adjectif qui revient souvent pour qualifier l'ambiance de ce nouvel album, c'est "sombre". Vous le ressentez comme ça? |
Rosemary: Disons que, par rapport au premier album, il n'y a pas de textes comiques. Il y en avait un ou deux sur le premier disque. Mais je pense que c'est aussi ce qu'on est. Peut-être que c'est une période ou peut-être que c'est ce qu'on est profondément. En tout cas, ce n'est pas nous vraiment qui l'avons défini comme ça, ça s'est défini comme ça! C'est peut-être aussi une couleur musicale, qui est plus noire, plus triste.
Arthur: Disons qu'une des dernières chansons s'appelle The Dark Line in the Middle of Hope. La ligne noire au milieu de l'espoir? Mais je pense que le prochain sera un album de danse. Certainement? |
| Votre univers puise beaucoup dans celui des États-Unis, notamment dans les films. Si vous deviez être un film américain, ce serait quoi? |
Arthur: A Cat In A Hot Tin Roof? La chatte sur un toit brûlant?
Rosemary: Ou Un tramway nommé désir. Ou La ménagerie de verre. Ou Miracle en Alabama. |
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| Propos recueillis par Adeline Lajoinie
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