A chacun, quel est le premier contact que vous avez eu avec la musique de Mozart ?
Florent Mothe : Cela devait être au collège, voir bien avant. Soit, c’était ma prof de musique au collège, soit c’était en cours de musique quand j’avais 7 ou 8 ans.
Claire Perrot : Moi, je n’ai pas de souvenirs précis du moment où j’ai écouté Mozart pour la première fois. Cela se trouve, j’étais dans le ventre de ma mère, vu que mon père a les vinyles. Par contre, j’ai le souvenir précis du moment où cela m’a marqué. A neuf ans, je jouais la marche turque au piano les yeux fermés.
Mikelangelo Loconte : Moi, j’étais dans ma chaise de bébé et j’ai été enchanté par la musique de Mozart qui passait à la télé. Cela a été ma première révélation. C’est à ce moment que ma mère a dit que je serais musicien.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet d’opéra rock autour de Mozart?
Mikelangelo Loconte : Ce qui m’a attiré, c’est le nom Mozart placé à côté du mot Rock. Tout le monde a associé Rock et Mozart, même dans le milieu de la musique classique mais personne n’a jamais rien fait. Mais j’ai eu en même temps peur parce que si tu te plantes avec un projet comme cela, t’es vraiment fini. J’adorai le projet, mais j’étais curieux de voir si le travail était à la hauteur de ce défi.
Claire Perrot : Moi, c’est simple : J’aime Mozart et j’aime le rock. Voilà.
Florent Mothe : Moi, c’est le projet dans son ensemble. Le fait d’être sur scène avec des musiciens, des danseurs, des chanteurs, des comédiens. Le fait de chanter sur des musiques de Pilot Schultheis et tous ces gens-là et d’être mis en scène par Olivier Dahan. C’est vraiment le projet dans son ensemble qui m’a enchanté.
Il y a des musiciens qui jouent avec vous sur scène comme un vrai concert. Il y a aussi tout l’aspect théâtral…
Florent Mothe : Ce n’est pas faire un concert, c’est vraiment faire un spectacle mis en musique avec tous les arts représentés. C’est une histoire mise en scène par l’image et la musique.
Il n’y avait pas d’appréhension à jouer sur de la musique ?
Florent Mothe : Non, au contraire. Par contre, le fait d’avoir de la musique live ajoute de l’authenticité aux émotions, tout simplement. Enfin, si on y arrive, c’est vraiment le but d’arriver à être authentique.
Claire Perrot : Les spectacles musicaux, c’est une chose que je fais depuis longtemps et justement, il ne faut pas dissocier les choses parce que, musique, théâtre, chant, danse, jongleries c’est une même chose, l’interprétation. Voilà. La différence entre la comédie et le chant, c’est que, sur le chant, on ajoute une mélodie sur des paroles. Pour la comédie, vous enlevez la mélodie. C’est de l’interprétation, c’est un spectacle. Et même ceux qui font des concerts font des spectacles et ceux qui font du théâtre chantent sur scène car il y a la musicalité des mots. Tout cela, c’est la même chose. On aime beaucoup les cases en France.
Florent Mothe : C’est l’humain en tant qu’instrument mis en scène pour la musique et le théâtre pour faire passer des émotions.
Est-ce que chacun d’entre-vous se retrouve dans son personnage ?
Florent Mothe : C’est cela le but. L’interprétation devrait nous faire pousser à aller chercher justement les traits de caractères de nos personnages en nous. Si nous sommes des humains, nous sommes tous pareils. Nous connaissons tous la colère, la joie, la tristesse et les autres émotions. Il faut donc aller les chercher pour donner vie à nos personnages. Ensuite, en tant que rôle de composition, je ne sais pas. Mais je me retrouve en Salieri, je déteste Mikelangelo.
Claire Perrot : Moi, en deux mots, je dirais que je me retrouve dans le personnage de Constance même si j’aime bien dans mon métier de toujours différencier la fiction de la réalité. C’est important si on veut bien travailler. Mais comme Constance, je suis matériel mais pas moins femme.
Les paroles se veulent sulfureuses. Pour vous, le rock est le seul genre qui aurait pu coller au style libertin du spectacle ?
Claire Perrot : On peut faire coller n’importe quel texte sur n’importe quelle musique à partir du moment où l’on décide de faire quelque chose d’harmonieux. Là, en locurence, ce n’est pas une question de texte mais de thématique. S’attaquer à Mozart, c’est obligatoirement quelque chose de pointu, de violent, de rentre dedans comme l’a été sa musique donc le rock s’y prête et les paroles vont s’y prêter aussi. Non ?
A l’époque de Mozart, les musiciens travaillaient pour les rois, les nobles. Pourriez-vous mettre votre art aux services de pouvoirs politiques ?
Mikelangelo Loconte : Cela dépend avec qui. On a vu les choses subversives de Mozart. En fait, il ne voulait pas travailler pour quelqu’un. Il voulait choisir ses sujets d’opéras. Parfois on lui imposait un livret. C’était difficile pour lui de faire passer ce qu’il voulait. Il a fait des choses très dangereuses pour l’époque. Il a fait « L’enlèvement aux serial », cela se passe en Turquie et dans un harem. Pour l’époque, c’était juste pas possible. Dans « Don Juan », on entend un serviteur qui dit « Je veux être un gentilhomme, je ne veux plus servir ». C’est un thème, qui à l’époque, on n’abordait pas. Voilà, il a couru des gros risques.
Florent Mothe : Mais tous les musiciens font cela…
Mikelangelo Loconte : Mozart a été le premier artiste free lance, c’est ce que je voulais dire. C’est le premier artiste vraiment libre. Il a eu un comportement de rockeur.
Florent Mothe : Salieri, comme Mozart, a monté un opéra avec Beaumarchais. « Tarare » véhiculait les idées de la Révolution française donc les artistes ont toujours été les vecteurs pour de nouvelles idées, pour la progression. Avec Mozart rock, c’est aussi un peu ce que l’on fait aujourd’hui. Un exemple, la musique classique, ce n’est pas poussiéreux, on peut faire de grands spectacles et des belles choses sans rogner sur tous les aspects artistiques mais aussi les belles idées, les beaux idéaux. Mozart a des paroles sulfureuses mais surtout des idées. Ecoutez la chanson « Le trublion »
Claire Perrot : Et contrairement à l’époque, on n’a ni besoin de l’argent de notre président de la république, ni de celui du Pape. Ce sont d’autres pouvoir, mais qui ne sont pas liés à des religions ou à la politique. Heureusement. Maintenant a chacun des artistes d’afficher sa couleur politique.
Florent Mothe : Au moins, nous sommes en démocratie.
Vous allez être révélé au grand public car c’est une grosse production. N’avez-vous pas peur d’être catalogués ?
Claire Perrot : Moi, j’ai fait « Cabaret », j’avais l’un des premiers rôles et ça, on me l’a répété sans cesse. Aujourd’hui, tous les gens que j’ai croisés, les fans qui aiment Mozart, à part peut être les journalistes et quelques gens plus adultes, personne ne m’a parlé de « cabaret ». Evidement un rôle reste, ensuite tout dépend de ce quel rôle vous voulez défendre. Si Mikelangelo veut rester Mozart toute sa vie, libre a lui de devenir taré comme le mec qui a fait Tarzan. Cela fait encore partie du métier d’artiste d’où ce que je disais tout à l’heure de bien différencier la fiction de la réalité. Nous sommes dans un projet qui fait partie de notre évolution personnelle.
Mikelangelo Loconte : C’est la continuité de notre carrière, c’est vrai. Pour moi, c’est un honneur que l’on me propose Mozart dans la rue évidemment, je suis un musicien. Sinon, je ne crois pas que je cours ce risque car mon évolution est toujours dans la continuité et dans la transformation. Je ne pense pas que je vais prendre exemple sur ce que je faisais avant pour être quelque chose aujourd’hui.
Florent Mothe : Tout le monde est unique, tout le monde a sa carrière et évolue suivant son propre rythme et l’on verra ce qu’il se passe.