| "Le plus important à faire pour que les gens ne téléchargent pas, est de faire un bon album." |
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| Danger Days : The True Lives Of The Killjoys est encore une fois un concept album... |
Gerard Way (chanteur) : Non non non non, ce n'est pas un concept album. Il a un concept artistique oui, parce qu'il se déroule en l'an 2019, mais c'est l'album le plus connecté qu'on ait fait. J'aime bien faire se rejoindre plusieurs sujets, ce qui nous permet de dépasser les limites, d'explorer de nouveaux horizons, mais selon moi il s'agit de notre album le plus direct, et avec le plus de connexion entre les chansons. Mais c'est vrai qu'il y a une notion de concept en même temps. L'esprit de Danger Days est tout autour de nous durant toutes les chansons, ce qui lui confère plus de cohésion que Black Parade.
Mikey Way (bassiste) : Oui il a des paroles fictives, c'est davantage dans un esprit « voilà ce que j'ai à dire ». Ce n'est pas comme si tout l'album était métaphorique.
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| Qui sont ces fameux Killjoys ? |
Gerard : C'est un peu comme un cours de peinture : qui sont les Killjoys ? Qui sont les fans des Killjoys ? Tous les artistes que nous connaissons... C'est de cela dont il s'agit dans l'album : l'art. Ca parle d'être libre, prendre des risques, être un artiste. C'est à propos de tous les artistes que nous avons rencontré. De Shaun Simmon qui m'a aidé à créer le comic, à Gabriel Bà qui fait Umbrella Academy avec moi, à tous nos amis, tous les musiciens dans le groupe, c'est notre communauté d'artistes, à ma femme et ses amis. C'est très artistique. Et aussi les kids. C'est un peu cheap de dire que c'est quelque chose à la Mad Max, c'est très éloigné de ça.
Mikey : C'est comme un état d'esprit. C'est un état d'esprit collectif.
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| Est-ce que c'était difficile de devenir ces personnages ? |
Gerard : Non, pace qu'on n'en était pas vraiment. C'est plus un ressenti de souffrance dans quelque chose de très direct. Si il y a bien une raison pour laquelle les Killjoys existent et le monde qui va avec, c'est pour s'amuser avec. C'est fun de créer des costumes, des pistolets laser, des méchants masqués qui nous poursuivent... C'est très amusant pour nous de faire ça. Je ne pense pas que l'on puisse créer un album fort sans y ajouter quelque chose de très artistique.
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| Et si vous avez encore changé vos coupes de cheveux, ce n'est donc pas pour camper de nouveaux personnages ? |
Gerard : Non, je ne suis pas un personnage (rires). En fait quand tu regardes les dessins, les costumes que j'ai créés pour les vidéos, il y avait cette veste bleue que je voulais, et je voulais du rouge en haut. Ca m'a aidé à choisir la couleur que je voulais, et j'ai dit à tous les membres du groupe quelle couleur ils devraient avoir. C'est plutôt un truc pour moi, je veux être coloré. J'ai grandi en me fatiguant d'avoir les cheveux noirs pendant 10 ans. Me teindre les cheveux, c'est ce que je faisais quand j'étais au collège, puis au lycée, puis en école d'art. C'est un peu comme si je retournais de là où je viens, avant de créer le groupe.
Mikey : Quand tu grandis avec les cheveux noirs, tu vas te les teindre. C'est un peu comme un cycle. |
| Le premier clip pour « Nanananana » ressemble au trailer d'un film. Est-ce qu'il faut s'attendre à ce que tous les clips tirés de Danger Days soient dans cet esprit, ou même de voir un film entier ? |
Gerard : Je pense qu'il vaut mieux dire qu'on verra bien ce qui se passe, parce qu'il n'y a rien de planifié. Je pense que nous ferons trois vidéos comme cela avant de passer à quelque chose d'autre. On a déjà enregistré la seconde vidéo. Encore une fois il n'y a pas de performance, c'est nous dans ces costumes, et on joue. Je suis très excité à propos de ça, et je suis en train d'écrire la troisième partie maintenant. Je veux dire, on ne sait pas ce qu'il adviendra au final. J'ai récemment regardé des séries de la BBC en 10 parties, comme Le Prisonnier, qui m'a vraiment inspiré quand j'étais adolescent.
Mikey : Nous sommes de gros fans se séries, je pense que c'est une belle façon de raconter des histoires. On peut y transposer toutes les émotions, tous les événements. C'est cool pour nous de faire un peu comme si c'en était une. |
| Quelle est cette seconde chanson que vous avez déjà mise en clip ? |
| Gerard : Je ne sais pas si on peut le dire... Si ? C'est SING, le second single sera SING. |
| Il y a une atmosphère un peu «perdu dans l'espace » sur plusieurs intros, c'est un effet que vous recherchiez ? |
Gerard : Il y a un côté très science-fiction dans l'album. Nous regardions beaucoup Blade Runner, c'est une grosse influence. Lost In Space ne m'a pas traversé l'esprit...
Mikey : Je crois qu'il veut dire comme la musique de Jerry Goldsmith. J'aime vraiment ce qu'il a fait, comme la Planète des Singes, c'est une grosse influence pour nous.
Gerard : Oui la Planète des Singes, surtout pour les percussions. Je n'avais pas compris ce que tu voulais dire. Oui, pour moi l'album a un aspect très science-fiction et très tribal. Il y a des côtés très « humains » dans la basse et les percussions, et c'est définitivement influencé par la Planète des Singes.
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| Il y a un rythme différent de ce que vous aviez fait auparavant sur « Planetary (GO) », entre Franz Ferdinand et Blur... |
| Mikey : Oui ça a un côté très pop britannique et ce genre de truc. C'est quelque chose qui nous tuait, de ne pas le faire sur les albums d'avant, et peu à peu on s'approchait de cela,. Il y avait un peu sur Bullets il y a Vampires, et To The End pour Black Parade. A chaque fois nous nous en approchions un peu plus, et cette fois avec Planetary je crois qu'on a réussi. |
| Les gens vous comparaient aussi à Queen sur les riffs de guitare. Est-ce que la musique britannique vous influence finalement plus que la musique américaine ? |
| Gerard : Oh oui, carrément. On a vraiment plus d'influences britanniques. |
| Il y a ces chansons pop, mais aussi « Party Poison », qui est peut-être la chanson la plus folle que vous ayez faite. Vous cherchiez à avoir ces deux facettes sur le disque ? |
| Gerard : Il fallait, il fallait. On en avait besoin, même pour nous, parce qu'on voulait s'amuser. Même sur les chansons rock sur cet album, on peut danser. Comme Party Poison, qui est très agressive, comme ce que l'on avait pu faire sur Revenge. Mais maintenant on en fait une paire comme cela, et c'est assez pour nous. On a déjà fait ceci, alors allons de l'avant, et explorons de nouveaux sons. C'est comme cela qu'on se retrouve avec des chansons comme « Planetary », « The Kids From Yesterday » ou « SING ». « SING » est très inspiré par les Chemical Brothers. |
| Est-ce que vous diriez que cet album est pour l'instant celui qui brasse le plus de vos influences ? |
Gerard : Oui il y en a bien plus. Notre album d'avant était musicalement était plus proche de musique théâtrale ou de Queen, une tentative de Night At The Opera. Là ça ressemble plus à liste des choses qu'on voulait faire.
Mikey : Oui. On s'est mis dans de bonnes dispositions en y mettant tout ce que nous voulions faire, et sans avoir de limite au-dessus de nos têtes. On a pris et construit avec toutes les choses que l'on aimait, pour montrer d'autres côtés de ce qu'on nous connaissait déjà et de ce qu'on fait. |
| Et vous avez créé un autre groupe : Mad Gear & Missile Kid », soit le groupe que les Killjoys écoutent : comment vous est venue cette idée folle, et comment est-ce qu'ils sonnent ? |
Gerard : Il y avait ces chansons qu'on aimait, comme une qu'on avait écrit pour l'album précédent, ou même Vampire Money. Et on ne voulait pas avoir deux chansons qui sonnaient pareil sur le disque donc on s'est dit : « oh et si on créait un faux groupe pour ces chansons agressives. » On a donc créé ce groupe que les Killjoys écoutent, qui s'appelle Mad Gear & Missile Kid, et ce sont des chansons vraiment folles et amusantes, du genre qu'on ne mettrait pas sur l'album, même dans les paroles, où ça peut parler d'un kid qui prend des leçons de karaté, qui va apprendre des techniques de la Black Dragon Phoenix Society, une autre est sur les vampires, une autre s'appelle « FTWWW», j'ai hâte que les gens entendent celle-là.
Mikey : La plupart des auteurs ou réalisateurs qu'on aime bien ont utilisé cette technique du faux nom pour faire d'autres choses. Stephen King l'a fait. C'est quelque chose de très cool, parce que ça te permet de faire quelque chose que tu ne ferais pas habituellement.
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| L'EP de Mad Gear & Missile Kid sera disponible dans le coffret collector qui contient aussi plein de choses comme un masque ou un pistolet. Est-ce que c'est selon vous quelque chose à faire pour éviter le téléchargement : rendre l'objet exceptionnel ? |
Gerard : Je pense que le plus important à faire pour que les gens ne téléchargent pas l'album est de faire un bon album. Si tu te concentres plus sur ce qu'il y a autour ça risque de ne pas marcher. Il faut se focaliser sur la musique. Il faut que les gens veulent la musique. Sinon l'édition collector avec tout le package, c'est vraiment un truc extrême. Ce n'est pas pour tout le monde. C'est pour les fans qui veulent s'amuser avec le pistolet, le masque, le disque, le bouquin qu'on a fini. Faire un bon album fait en sorte que les gens l'achètent.
Mikey : C'est un peu une autre vision de notre monde. Comme une échappée. Ca t'aide à vivre dans ce monde avec nous. |
| Les geeks ne sont plus vus comme des perdants, mais comme des héros, avec des films ou séries. Vous pensez que c'est parce que les gens veulent ne plus se prendre au sérieux ? |
| Gerard : Je pense que ce qu'il s'est passé, c'est que toute cette moquerie sur les geeks est très faible, c'est aussi puissant que porter un t-shirt. Mais les geeks sont devenus des réalisateurs, ce sont les gens qui débarquent avec toutes leurs idées. Ils rêvent de ces choses, et les gens les respectent. Par exemple Tim Burton se considérait lui-même comme à part, ou une créature ou un geek, je ne sais plus et ne veux pas lui mettre des mots qui ne sont pas les siens dans sa bouche. Mais au final je pense que c'est avec Edward Aux Mains d'Argent que tout ce changement s'est opéré. Les gens se sont dit qu'ils feraient mieux de respecter ces gens étranges, parce que ce sont eux qui imaginent les choses qui les font rêver. |
| « Nananana » est sur Guitar Hero. Est-ce que c'est important pour un groupe de rock d'y figurer ? Est-ce que vous aimeriez avoir votre propre jeu, comme Green Day ? |
Gerard : C'est flatteur d'avoir son propre jeu, mais il faut avoir plein de matière derrière, comme Green Day qui a une liste de tubes longue comme le bras. Pour nous les jeux vidéos sont importants, nous les traitons avec importance, et donc oui c'est important pour nous de figurer sur ceux-ci. Final Fantasy VIII, Gran Turismo ou les Sims 3... ce sont des jeux qui ont compté.
Mikey : C'est important ce jeu, parce qu'il permet à des gens qui ne se seraient jamais imaginés pouvoir jouer un instrument. Et ça permet aussi de mettre en lumière des groupes dont personne n'a entendu parler. Par exemple Dragonforce, tu te souviens ? Ils ont explosé après avoir été dans le jeu...
Gerard : Parce qu'ils avaient la chanson la plus difficile du jeu c'est ça ?
Mikey : Ouais, les gens l'adoraient, alors qu'ils n'allaient pas forcément aller acheter le disque. |
| Vous vivez maintenant à Los Angeles, mais vous venez du New Jersey, qui a un côté plus sombre que la Californie. Est-ce que vous diriez qu'un artiste eut créer plus facilement en période de tristesse ou de crise que quand tout va bien ? |
Mikey : Des fois oui.
Gerard : Oui, des fois. C'est vraiment important pour nous et moi, en tant que parolier, de ne pas me laisser submerger, et de vraiment trouver ce que je veux exprimer, à propos du monde. Je suis loin d'être malheureux, je viens d'avoir une fille et je me suis marié à quelqu'un dont je suis profondément amoureux. Quand tu embrasses l'art et la vie, tu deviens plus créatif que quand tu te tortures toi-même. Un artiste torturé évoque sans cesse la mort, et je ne voulais pas finir comme ça. Je ne voulais pas faire un album sombre, pour la première fois depuis longtemps.
Mikey : Le New Jersey est un endroit sombre. Il y a de merveilleuses choses, mais il y a aussi des choses dangereuses. Beaucoup de groupes comme Thursday abordent ce côté sombre de la vie, parce que c'est ce qui entoure les gens là-bas.
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| Pour finir, vous avez refusé de faire une chanson pour Twilight, vous avez repris Bob Dylan pour The Watchmen, mais si il y avait un film dont vous pouviez composer la BO, lequel choisiriez-vous ? |
Gerard : Dune, de David Lynch.
Mikey : Oh oui, Dune. C'est le meilleur film de science-fiction de tous les temps.
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| Propos recueillis par Sébastien Delecroix
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