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Interview de Neg'marrons
Neg'marrons
   
"La chose pour laquelle on a le plus envie de se battre, c’est l’avenir, la jeunesse... on essaie de rester optimistes. On se dit que tout n’est pas perdu."
   
Votre précédent album datait de 2003, vous revenez avec un nouvel album : « Les liens sacrés », qu’avez-vous fait pendant ces cinq années ?
Rien, on est partis en vacances (rires). On a eu pas mal de concerts après la sortie de l’album, alors on a beaucoup tourné dans toute la France, aux Antilles, en Afrique, dans toute l’Europe, dans le Pacifique, donc ça nous a pris pas mal de temps. Et puis, en 2005, on est repartis en studio pour travailler sur le nouvel album des Neg’Marrons. On avait 4-5 morceaux, on était déjà sur une bonne lancée. Et puis après, je ne sais plus exactement pourquoi, on a dévié vers une autre route et on a travaillé l’album du Noyau dur, c’était la vibe du moment, on voulait passer à autre chose. Comme Arsenic venait souvent nous voir en studio, on s’est dit pourquoi ne pas faire un album de collectif. On est partis sur cet album et on a bossé dessus pendant un an environ. Après, il y a du temps qui s’est écoulé. Et puis, on s’est dit que c’était le moment de repartir en studio pour retravailler l’album des Neg’Marrons. C’est vrai que c’est maintenant que l’on se rend compte que cela fait déjà quatre ans. Mais on était toujours en activité quelque part, alors on n’a pas vu le temps passer. Notre public, lui le voit, donc on s’excuse.
Comment avez-vous enregistré cet album ?
Pour cet album, on est restés sur Paris essentiellement. On a bossé avec Sly and Robbie, qui sont deux pointures de la musique reggae, que l’on a fait venir à Paris pour bosser sur quelques titres avec eux. Autrement, on a travaillé essentiellement avec des compositeurs français et on a tout enregistré dans notre studio à Paris.
Dans votre précédent album, votre propos tournait autour de vos racines, il semble que pour le nouvel album, vous ayez recentré votre discours sur la famille, l’amitié qui vous unit…
Je pense qu’il y a encore toutes ces influences, dans un morceau comme « l’Union », on parle encore de nos racines, on essaie de faire le parallèle entre l’Afrique et les Antilles. On essaie de montrer que, à la base, on est un seul peuple. Dans un morceau comme « C’est pas normal », qui est un morceau plus engagé, on a fait ce morceau pour les sans-droits, pour ceux qui sont oubliés, pour ceux qui vivent dans des conditions précaires, pour les sans-papiers également. On parle aussi des conditions de vie et des considérations qu’a la France aujourd’hui vis-à-vis des immigrés. Donc cela fait toujours un peu référence à nos racines. Ce qu’on aime faire dans nos morceaux, c’est de faire ressortir les différents aspects de nos personnalités. On est bien conscients d’être originaires d’Afrique et vivant en France. Donc on fait ressortir ce côté-là. En même temps, on a vécu en banlieue, donc on y fait aussi référence. Cet album est aussi beaucoup plus personnel, d’où les « liens sacrés ». Neg’Marrons a toujours été un groupe pour le peuple. Qui parle au peuple avec des thèmes assez généralistes, rares sont les fois où l’on s’est vraiment livrés, comme dans cet album. Dans un morceau comme « A nos yeux », c’est un témoignage d’amour à ma famille, et pour Benji, à ses enfants. C’est le genre de morceaux que l’on n’aurait pas pu écrire il y a dix ans, parce qu’on avait pas ce même recul. Il y a dix j’étais plus en conflit avec mon père, parce qu’il y avait conflit de générations, alors qu’aujourd’hui mon père, c’est mon pote. On ne voyait pas les choses de la même manière. Pareil pour Benji, pour ses enfants. C’est un morceau dans lequel on se met à nu. Dans un autre morceau qui s’appelle : « Il y a des jours », on parle de notre expérience personnelle, quand j’ai voulu arrêter la musique. Plein de choses m’ont pris la tête. Comme c’est de la musique, on a scénarisé un peu le morceau. Ce sont des expériences personnelles que l’on relatait moins dans nos précédents albums. Et puis, on fait tellement de collaborations, d’apparitions sur d’autres projets à côté, qu’à un moment donné, on se sent obligés d’en donner un plus sur nos vies dans les albums des Neg’Marrons. Qu’on en dise un peu plus sur ce que l’on traverse, sur nos sentiments, sur nos émotions, sur nos joies, sur nos colères, sur nos peines. Sur les albums des Neg’Marrons, on essaie de recentrer les choses. Le dernier album a quand même quatre piges. Le premier a treize ans aujourd’hui, toutes ces années ont fait qu’on a évolué, qu’on a changé, qu’on voit les choses différemment. Un morceau comme « l’Encre du bitume », featuring Mr Thomas, évoque une vision du quartier qu’on n’aurait pas pu avoir dix ans auparavant. Avec la maturité, on se dit qu’on a grandi dans le quartier, qu’on est des mecs du quartier, que c’est le quartier qui nous a forgé, mais aujourd’hui on peut assumer et dire que ce n’est pas une finalité en soi. La cité ne doit pas être une finalité en soi. Si tu as les moyens de voir autre chose, essaie de t’en sortir du mieux que tu peux.
Comment expliquez-vous vos différences de vision entre « Rue Case nègre », datant des premiers albums et « l’Encre du bitume » ?
La différence, c’est que « Rue Case Nègre », c’était un morceau au cœur du quartier, qu’on a écrit sur le parking, par le balcon, c’est vraiment ce qu’on vivait sur le moment. Notre cité, c’était tout pour nous. « L’encre du bitume », c’est une autre façon de voir le quartier. Une autre vision. L’évolution, même si on restera toujours des mecs de quartier. Mais aujourd’hui on a assez de recul, pour dire que le quartier, si il nous a apporté des choses, il nous en a aussi enlevé.
Vous avez des liens forts avec l’Afrique, les Antilles, le Cap-Vert, quel est votre rapport à l’identité ?
Aujourd’hui, c’est un peu triste à dire, mais on se sent malheureusement plus proches de nos pays d’origine, que de la France. Parce qu’on nous fait vraiment comprendre qu’on est pas français en vérité. Il y a un malaise qui plane. On a toujours été proches de nos pays d’origine, on y retourne pour voir la famille, mais quelque part, on se sent français, parce qu’on est nés en France. Mais au quotidien, on nous fait comprendre que l’on n’est pas chez nous. Et ça ne se limite pas aux gens qui ont le pouvoir. Comme la voisine de 70 ans qui change de trottoir quand elle te voit, parce qu’elle a peur de ta couleur. On se sent français, on n’a aucun problème avec la France, elle nous a apporté beaucoup, c’est une chance de vivre ici. C’est un rapport un peu particulier. Maintenant, on aurait plus de facilité à dire que je suis originaire du Cap-Vert et Benji originaire du Congo, que de dire : « je suis français ». Même quand tu es né en France, on te parle encore d’intégration. Qu’est-ce qu’il faut faire alors ?
Quelle est la chose qui vous révulse le plus à l’heure actuelle, contre laquelle vous avez envie de vous battre ?
La chose pour laquelle on a le plus envie de se battre, c’est l’avenir, la jeunesse. On est conscients, on sait qu’il y a un malaise, mais on essaie de rester optimistes. On se dit que tout n’est pas perdu. On se bat surtout pour que ce soit plus facile pour les générations à venir. Qu’elles n’aient pas à se prendre les murs que l’on prend. Qu’elle ne se prenne pas les barrières que nous rencontrons. Qu’elles ne se prennent pas les portes au nez que nous nous sommes pris. On essaie de combattre pour ça à travers nos textes, nos messages à travers la musique, parce que c’est notre métier avant tout et à travers une association avec laquelle on travaille, qui s’appelle : « Débarquement jeune ». On voulait monter notre propre structure, pour commencer à aller sur le terrain et faire des actions concrètes. Et puis on a rencontré Stéphane Méterfi, président de l’association. Il y avait déjà des projets qu’il mettait en place. On a décidé de s’associer et de collaborer ensemble pour mettre à jour ces projets. Concrètement on parraine l’association pour une opération qui s’appelle le City Raid Andros, c’est un parcours qui se déroule dans une quarantaine de villes. Une espèce de chasse au trésor qui essaie de réconcilier les jeunes et les institutions, liée à l’éducation et au civisme, donc ça se passe dans les mairies, les commissariats, les casernes, tout ce qui est institutionnel. A la fin de la journée toutes les équipes se retrouvent à un point donné et nous on remet la récompense. On vient pour apporter un petit bout de force, un petit peu de notre message, pour faire profiter les jeunes de notre expérience et un petit concert pour tous ceux qui ont cavalé toute la journée. On essaie aussi de changer leur vision de l’artiste, beaucoup plus saine et beaucoup plus simple. On voulait être sur le terrain. Et on a encore d’autres projets qui sont en train d’être montés. On essaie aussi de découvrir des jeunes talents pour essayer de leur faire sortir un disque.
Vous êtes toujours optimistes…
La vie, il faut l’affronter, mais elle a aussi ses bons côtés, on est obligés de garder cette touche d’espoir. Il faut que l’on se batte pour changer les choses. Et ne pas baisser les bras et se lamenter sur notre sort. Notre état d’esprit est ainsi, naturellement. Il faut se battre pour que les choses évoluent et se battre pour, au mieux trouver des solutions, ou au moins faire évoluer la situation. Tout ce qu’on a toujours voulu, on est allés le chercher, malgré les obstacles, malgré les préjugés que l’on a pu avoir envers nous. A la base, on nous prenait plus pour des délinquants, des voleurs, des racailles. On s’est battus contre ça, contre tous ces stéréotypes. Même s’il y a beaucoup de choses négatives, il faut essayer d’en tirer le positif. Si tu as des rêves en tête, bats-toi pour tes rêves. Je crois que tout le monde peut y arriver, même si cela n’est pas évident. Même si des gens peuvent nous dire, que c’est plus facile à dire qu’à faire. Dans la vie, rien n’est acquis, qui que tu soit.
La chanson que vous avez faite avec Césaria Evora, c’est une rencontre ou c’est un sample ?
C’est un peu des deux, en fait. A la base c’est un sample d’un morceau à elle où elle chante en français. On a eu l’idée de reprendre ce sample, de travailler une musique autour et ensuite de partir lui faire écouter, parce que je la connais de par le milieu capverdien. Avec le Collectif Bisso Na Bisso, on avait eu l’occasion de faire sa première partie au Zénith. On est donc aller lui faire écouté cette version retravaillée, pour voir si ça lui plaisait. Quand elle a écouté, on lui a demandé, si elle voulait rechanter cette partie. Elle avait l’impression d’avoir chanter depuis toujours pour cette version. Elle nous a donné son accord. On a fait le morceau, et un clip, tourné au Cap-Vert. On a toujours eu sa bénédiction.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 Neg'marrons


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Neg'marrons" 11/08/2008


 News Date publication
 Neg'Marrons, un nouvel album et des concerts 21/05/2008
 Du rap français en 2008 31/12/2007


 Video(s) Titre
  Neg'Marrons : Interview 2008 - Partie 03
  Neg'Marrons : Interview 2008 - Partie 02
  Neg'Marrons : Interview 2008 - Partie 01


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