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Interview de No one is innocent
No one is innocent
   
« Aujourd'hui si tu continues à faire de la musique, c'est que tu es un pirate dans l'âme ».
   
Le point de départ de l'album serait la rencontre avec Johnny Rotten, le chanteur des Sex Pistols. Que s'est-il passé ?
Kemar : On jouait en Bretagne, dans un festival, et on partageait l'affiche le même soir avec les Pistols, et il faut savoir que No One Is Innocent c'est un morceau des Sex Pistols, qui a été fait à l'initiative de leur manager, McLaren, et que Johnny Rotten n'a jamais été d'accord pour faire ce morceau. Alors peut-être que quand il a vu notre nom sur le côté de la caravane ça lui a hérissé le poil... Et le directeur du festival voulait qu'on fasse une photo avec les Pistols, et à priori ils n'étaient pas très chauds. Voilà, alors ça a commencé par des insultes du manager, et ça s'est terminé par une petite altercation avec Johnny Rotten, qui dans un anglais parfait nous a copieusement insultés. Nous aussi, mais en français. On sait que les anglais détestent se faire insulter en français, donc forcément il y a eu "bousculade", ça s'est un peu chauffé, et au final le directeur du festival m'a retenu en me disant qu'ils avaient déjà été payés et n'avaient pas encore joué, donc "pas d'embrouilles, je t'en supplie, pas d'embrouilles". Bref, ce soir-là on a fait notre concert le plus punk de la tournée, forcément, et en rentrant à Paris on était en train de chercher un son pour l'album, et cette histoire a beaucoup influencé Shanka et Camille, qui cherchaient le son. 2-3 jours après, ils avaient fait un morceau très anglais, avec un son très hargneux, et ça a été le point de départ de l'album.
L'album est en boîte depuis quasiment un an, pourquoi autant de temps avant la sortie ?
Shanka : Pas exactement en fait. Il était très très bien avancé il y a un an, mais on a pensé qu'il fallait encore quelques mois de travail pour ne rien s'interdire, et voir si il n'y avait pas d'autres titres intéressants qui pointaient le bout de leur nez. Par rapport à toute la recette de sons qui avait été trouvée, on avait envie de pousser tout ça un petit peu plus loin, et on a décidé de repousser la sortie, tout simplement.
Il y a des sonorités plus électro. Comment s'est déroulée cette intégration de nouveaux sons, tout en cherchant à garder la cohésion su on No One ?
Shanka : Tu sais c'est très simple. Camille en particulier a pas mal de synthés, c'est son truc. A un moment donné on en a branché un dans une pédale de disto, on a trouvé ça génial et on a tout fait comme ça. Après tu déroules le film, et c'est pas plus compliqué que ça.

Kemar : Rendre le truc cohérent c'est toujours difficile, parce qu'on est à la fois partagés entre notre culture française et notre culture anglo-saxonne, et je pense qu'à un moment donné ce sont les histoires, les textes des morceaux, qui influent aussi sur la musique.

Shanka : A partir du moment où on a trouvé les 2 aspects, c'est-à-dire synthé-disco et un peu plus blues, après c'est juste une histoire de tout mettre ensemble et de faire quelque chose qui tienne la route.

Kemar : Mais le truc qui est important c'est qu'on se dit à chaque fois : "un nouvel album, pourquoi faire ?". Nous dans nos têtes, on se dit toujours que le propre de l'artiste c'est de se renouveler constamment, et de ne pas toujours reprendre les mêmes recettes. C'est ça qui nous donne le désir et l'envie de continuer à faire de la musique. Sinon on ferait toujours "Revolution.com", "La Peau", etc... lors évidemment ça peut en surprendre plus d'un : "Ouais, où sont les grosses guitares ?". Parce que finalement, c'est quoi, être rock ? Etre rock, c'est pas parce que t'as des grosses guitares que tu vas être forcément rock. Il y a d'autres façons d'être rock et de proposer un autre son aussi.
Est-ce que c'est pour annoncer la couleur que "Cheri Moog", la chanson la plus planante, a été mise en première sur le disque ?
Kemar : Ouais, voilà. C'est l'entrée, c'est le hors d'oeuvre.
Et en parlant de couleur, il y a aussi la pochette, moins sombre que les précédentes. C'est pour illustrer le côté plus "lumineux" de la musique ?
Kemar : On a pas tellement cherché à coller à l'actualité. C'est un peu notre leitmotiv. Notre truc ça n'a jamais été de montrer nos gueules. On s'en fout de montrer nos gueules. A l'intérieur peut-être, mais recto-verso on s'en fout. Pour nous l'important c'est de montrer une image, montrer quelque chose. Après chacun peut y voir une signification particulière. Moi je commence à y voir un lien avec ce qu'il s'est passé en Tunisie, en Egypte et ailleurs. Il y a un jeune, c'est-à-dire la symbolique de 50% de la population des pays arabes dont on parle, avec un éclair devant lui, qui peut symboliser aussi tout ce qui s'y passe.
Les critiques ne sont pas très bonnes sur ce nouvel opus. Est-ce qu'on y fait encore attention quand on a 15 ans de carrière ?
Kemar : Moi ça me fait juste marrer. Les sales chroniques ça me fait juste marrer, parce qu'on les connaît. Ce sont des anciens fans d'Utopia, qui veulent qu'on continue à faire la même chose, qu'on reste toujours les mêmes, mais ça ne nous intéresse pas. Pour nous le propre d'un groupe comme le nôtre c'est d'avancer. Et quand on avait sorti Revolution.com, c'était un peu la même. C'est-à-dire qu'on changeait un petit peu, et il y avait toujours les mêmes intégristes qui nous tapaient dessus comme ça. Enfin ils sont 4, alors voilà... Ca n'a pas empêché l'album de se vendre à 50 000 exemplaires.
Si les chansons sont plus électro, les refrains sont taillés pour exploser en live, c'est ce que vous recherchez en composant ?
Shanka : Pas systématiquement. Ca dépend. Mais c'est ça qui est marrant avec un album qui est spécial, de faire tout le travail de reconstruction pour la scène, de voir comment on faire pour coller à la zic et tout, c'est super intéressant. Pour moi c'est pareil, j'ai toujours été partagé entre un artiste qui joue son album sur scène un peu en mode "fidèle", et à la fois j'ai toujours adoré entendre des groupes faire les morceaux de façon différente. Ca peut être mieux ou moins bien, mais au moins quand on a payé sa place et qu'on va voir le groupe en live, on ne va pas voir juste un défilement de morceaux bien exécutés. En fait tout ça ce n'est qu'une excuse pour aller faire des concerts.

Kemar : Ce qu'il faut comprendre aussi, c'est que pour nous, au stade où on en est, faire un album, c'est expérimenter quelque chose, pas juste poser guitare-basse-batterie, 1, 2, 3, 4, on y va.
Shanka : Bah ouais. Surtout dans une période où la prise de disque est vraiment mais à zéro, genre "c'est bien mais il faudrait mettre plus de synthé cette fois, plus à la Phoenix". Alors quand il y a un groupe comme No One qui a une étiquette où on peut se permettre de faire ça, c'est assez frais au final. Après on aime ou on aime pas, mais au moins il se passe quelque chose.
On vous l'a dit ça, "mettez plus de synthé pour faire plus Phoenix" ?
Kemar : A nous ? Non non ahah.
Sinon ça aurait été quoi la réponse ?
Kemar : Question suivante.
Au niveau des textes il y a aussi un pendant plus fun au contestataire, avec "Drugstores" ou "Paris", c'est parce que vous avez besoin de faire "respirer" l'ensemble ?
Kemar : Ouais. Sur Gasoline, on fait un album très politique alors on se fait taper dessus un petit peu par la censure, parce que des chansons comme "Salut l'artiste" à propos de Chirac ou "L'amour de la haine" sur Sarkozy...

Shanka : Ou même "La peur".

Kemar : ... ou "La peur", qui évoquait le choix de vote, ce sont des morceaux qui rendent les gens extrêmement fébriles dans les radios et les télévisions. Mais bon en même temps ce n'est pas pour ça qu'on a mis un peu plus de fun dans Drugstore. Mais au bout d'un moment, on a aussi envie tant au niveau de la musique que des textes de faire quelque chose de différent. Et comme je te le disais, les textes viennent aussi parce qu'il y a l'histoire d'une musique qui arrive. On a voulu commencer cet album un peu plus up tempo que d'habitude, c'est pour ça qu'il y a des chansons comme "Johnny Rotten Hates Me".

Shanka : Ouais, c'est tout simplement un autre moyen d'être subversifs. Les fenêtres se referment, donc il faut être un petit peu plus malins...
Kemar : Et à priori on dirait que c'est très subversif de commencer par des morceaux comme ça. Par rapport à ce que racontent certains fans tu vois...
Sur l'album précédent vous disiez "si la peur fait bouger, elle empêche d'avancer". Qu'est-ce qui vous fait avancer ?
Kemar : Se remettre en question sur ce qu'on fait, prendre des risques, lancer des débats par rapport à notre musique, à nos textes, rester un petit peu les vilains petits canards.
Shanka : Tu veux que je te dise, très simplement, c'est la passion ! C'est fini les années 80-90 où tu faisais musicien de carrière. Aujourd'hui si tu continues à faire de la musique, c'est que t'es un pirate dans l'âme. Ce qui fait avancer, c'est tout simplement qu'on ne peut pas faire autrement : on est passionnés. Le bon sens nous dirait "deviens trader ou programmeur en php", mais il faut bien qu'il y ait des gens qui restent, puisqu'il y en a qui partent...
En parlant des gens qui partent, vous avez fait le titre "Salut l'autiste"... euh, "Salut l'artiste" sur Jacques Chirac. Plein de sondages montrent qu'il est regretté des français. De vous aussi ?
Kemar : Salut l'autiste ! Pas mal, c'est bon ça ! Mais non, ça c'est le grand classique de l'homme politique. Moins il dit quelque chose plus il est fort dans les sondages. Strauss-Kahn le mec arrive, il a rien dit il est à 20 points de plus que Sarkozy. C'est n'importe quoi.

Shanka : Et c'est la nostalgie du personnage aussi. Là il est apparu au Salon de l'Agriculture, ça fait le papy sympa quoi.

Kemar : La seule chose qu'on peut regretter de Chirac à la rigueur c'est sa politique à l'international. Là au moins on avait une pseudo-aura.

Shanka : Il y avait une dimension gauliste de prestige, qu'on a... plus.

Kemar : Du tout.
Il y a la chanson "Qui je suis" avec Guizmo de Tryo. Est-ce qu'elle a été écrite en réaction au débat sur l'identité nationale instauré par l'UMP ?
Kemar : Il y a à la fois ça, et à la fois une petite histoire à propos de mon père, qui va changer son passeport à la mairie. Il a tous ses papiers avec lui, et on lui dit "non monsieur, vous n'avez pas toutes les mentions légales pour nous prouver que vous êtes français". Il a 70 balais. Donc un peu déstabilisant. Il rentre, et moi j'étais là par hasard, il me raconte ce qu'il s'est passé et il se met à pleurer. C'est la première fois que je voyais pleurer mon père. Et c'est dans ces moments-là qu'on se rend compte que quelqu'un qui perd son identité, c'est le pire des trucs qui puisse lui arriver. Je l'ai raconté après à Shanka, lui disant que je voulais en parler, et il m'a dit que la meilleure façon musicale de raconter cette histoire c'était de faire un blues. C'est pour ça qu'on a écrit ce morceau.
Et voir qu'un morceau comme "La peau" est encore d'actualité 17 ans après, ça met dans quel état ?
Kemar : Ca met dans un état d'énervement. Une grosse cochonne de Marine Le Pen avec des sondages à 17-18%, ce sont des trucs qui nous affolent. L'extrêmisme de droite est en train de grignoter l'Europe au fur et à mesure. Alors est-ce que c'est un grand classique en période de crise ? Nous on a été marqués, on l'a écrit dans une chanson, "Revolution.com", par 2002, Le Pen au second tour. On était en tournée à l'étranger à ce moment-là. On partait juste après, je peux te dire que nous notre discours, il est un petit peu de gauche quoi, et là où on jouait, on nous montrait du doigt sévère quoi. On ne veut pas revivre ça.

Shanka : En fait on serait super contents de pouvoir arrêter de la jouer. A part musicalement, elle nous plaît toujours. Idéologiquement, ça serait bien qu'on puisse juste jouer le morceau genre "ouais voilà, c'était du passé". Mais non...

Kemar : Après il faut prendre ce morceau comme un morceau optimiste aussi quoi. Ce n'est pas simplement pour dénoncer quelque chose. J'ai utilisé le vocabulaire de la culture indienne pour écrire la peau, une culture sur laquelle on devrait prendre exemple...

Shanka : Tu veux dire qu'on devrait monter des casinos ?

Kemar : Non ce qui me fait flipper c'est cet espèce de déballage xénophobe, c'est encore la même utilisation du discours sur l'immigration...

Shanka : Ce qui est marrant c'est que les ficelles sont super grosses, mais ça marche quand même.

Kemar : Mais ouais c'est super gros ! C'est vraiment un parti de guignols quoi ! Que les gens aient l'intention de voter pour ce parti pour voter "contre", c'est ridicule. C'est 100 fois plus facile de parler d'immigration que de parler de la crise financière. Demande à Marine Le Pen de parler de la crise financière, il n'y a plus personne derrière le pupitre !
Les musiques alternatives comme le punk, le métal ou le hardcore, puisent souvent leur inspiration dans ces périodes politiques un peu troubles, comme les USA sous Bush. C'est aussi votre cas ?
Shanka : C'est pas faux, mais la France c'est un peu particulier. On a été assez choyés au niveau culture. Là c'est une descente dans les conditions pour jouer. Je veux dire les américains quand ils viennent jouer en France, pour eux ce sont les vacances quoi. "On a des serviettes, des gâteaux et de l'eau ? Mais c'est incroyable !". Sérieusement, je pense que ça explique beaucoup pourquoi il y a des gens qui arrêtent d'essayer de faire de la musique en pro. Il n'y a plus de tunes, les salles fermes, c'est assez compliqué. En même temps je suis assez d'accord avec toi, c'est quelquefois dans l'adversité que se sont les plus belles choses, parce qu'elles se font avec tellement de passion et d'envie. Si ce n'était que du carriérisme ou de l'opportunisme, ça ne se produirait pas. Là c'est surtout mon côté producteur, je vois plein de groupes en ce moment quand je mixe des Eps et tout ça, qui jouent super bien, qui sont super vénères, et je me dis qu'à un moment donné, si Dieu veut il y aura un retour de bâton et qu'on va pouvoir à nouveau s'éclater.

Kemar : Je te connaissais pas aussi religieux toi.

Shanka : Ah mais moi, je suis ultra-catholique hardcore. C'est écrit sur ma page Facebook.
Shanka, tu donnais des cours de guitare et écrivais dans Guitar Part...
Shanka : Je donne toujours des cours en fait. La pédagogie musicale est ainsi faite qu'il y a une proportion de gens qui font ça par défaut, et qui transmettent de façon super mauvaise, parce qu'ils aiment pas ça en fait, ils font ça juste pour gagner un peu de sous. Moi j'en ai eu des profs comme ça, c'est assez désagréable. Moi j'ai toujours mis un point d'honneur à continuer à donner des cours, même au plus fort des tournées, pour au moins transmettre ce que je sais, ma passion du truc. Guitar Part par contre je ne le fais plus.
Est-ce que tu as changé ton jeu pour intégrer No One ?
Shanka : Non. Après forcément tu arrives dans un groupe, le premier truc que tu fais c'est parler de musique, en particulier avec Kemar. Moi j'avais une culture finalement plus punk-hardcore récente, avec lui j'ai redécouvert les premiers Stooges, les Black Sabbath, des trucs un peu plus seventies. Ca a pas mal fait évoluer mes influences, pas forcément mon jeu. Ca c'est l'histoire des rencontres avec les gens. On apprend d'eux, on s'intègre.

Kemar : Ouais nous les discussions qu'on peut avoir c'est vachement plus sur le mouvement de la musique. Plus ça va plus ça avance, c'est un truc qui revient assez a souvent. Il y a un piano, une guitare, une batterie... le mouvement. Pour moi c'est quelque chose d'assez obsessionnel.
Si vous pouviez choisir un film dont vous feriez la bande-originale, lequel serait-ce ?
Ensemble : Les Dents De La Mer !!

Kemar : C'est un méga-gros-fan des Dents De La Mer. En général il arrive dans le bus avec 2 DVDs, c'est Mean Streets et Les Dents De La Mère. Ouais on va dire les Dents De La Mère, ça serait culte avec les grosses guitares !
Et le meilleur endroit pour écouter et apprécier Drugstore ?
Kemar : L'écouter au casque déjà, c'est important. Hum je sais pas, autour d'une piscine, ou comme dirait Didier...

Shanka : ... sur le dancefloor !

Kemar : ... autour d'une barricade. Ouais, pas mal aussi.
   
Propos recueillis par Sébastien Delecroix
     
     
     
     
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 Artiste
 No one is innocent


 Interview(s) Date publication
 Interview de "No one is innocent" 02/05/2011


 News Date publication
 No one is innocent : Drugs 05/05/2011
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