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Interview de Nosfell
Nosfell
   
"Moi, je n'ai pas de problèmes à jouer un morceau acoustique et envoyer ensuite le bouzin avec une guitare électrique parce que c'est comme cela que j'aime faire de la musique"
   
Ton dernier album est sorti en 2006. Comment ton monde, nommé Klokochazia, a t-il évolué depuis ?
Nosfell : Je me raconte ces histoires depuis que je suis gamin, j’ai une espèce de mue permanente. C’est plus la forme que le fond qui évolue ainsi que dans la vision que j’en ai. C’est-à-dire que j’arrive à comprendre pourquoi je me raconte ces histoires-là, pourquoi ce personnage existe, pourquoi il est intimement lié à ma personnalité alors qu’avant, c’était un peu obscur pour moi, tout cela. Je crois que j’avais peur de savoir pourquoi, que j’avais peur aussi de l’admettre. Ensuite, pour la forme, j’ai eu besoin avec ce disque-là, d’isoler chacun des morceaux alors que sur les deux premiers disques, même si il y avait une liste de chansons normale, moi je m’imposais une évolution d’un morceau à l’autre comme une sorte de dogme. Pour moi, cela avait du sens. Pour ce troisième album, chaque chansons est une cellule et est un peu indépendante l’une de l’autre. Le discours est plus direct et plus détendu, enfin j’espère. Malgré tout, tous les titres sont liés par une espèce de psychologie des personnages. Il y a toujours 13 morceaux comme sur les deux premiers albums, il y a treize personnages dont j’ai envie de parler et dont je n’ai pas fini d’évoquer. Pour moi, je résous une espèce d’équation ou, avec les trois disques, je décris brièvement le portrait psychologique de chacun des personnages. Cet univers a aussi évolué dans sa forme car parallèlement, je sors un livre disque avec un illustrateur qui s’appelle Ludovic Debeurme avec un autre disque qui est joué avec un orchestre philharmonique et qui est dans une forme totalement différente du nouvel album car je suis dans une narration où j’essaie de rendre hommage aux contes. C’est une forme littéraire qui m’influence et qui me touche beaucoup. Nous sommes dans un livre de conte avec des illustrations presque comme un livre pour enfants.
Ce n’est pas un conte pour enfants…
Nosfell : Je ne pense pas que cela soit un conte pour enfants et en même temps, les enfants sont tellement étonnants que je crois que c’est surtout à eux de me dire si c’est un conte pour eux ou pas.
Serais-tu capable de sortir un album ou un autre projet artistique qui ne fasse pas partie de cet univers ?
Nosfell : Je l’espère. Je crois que j’avais besoin d’aller au bout et de chanter sur cet album-là uniquement dans ma langue. J’ai aussi écrit en anglais et aussi en français car il y a Daniel Darc qui vient chanter en français, je n’allais pas lui faire l’affront de le faire chanter dans ma langue. Il y a aussi Brody Dalle et Joshua Homme qui chantent en anglais. J’ai d’abord écris les textes en français et ensuite, je les ai traduits dans mon langage. J’avais besoin d’aller au bout de ce travail, de ce langage parce qu’il vient d’une partie douloureuse de ma vie privée et à un moment donné, j’ai eu besoin de le considérer comme un outil musical, comme quelque chose que je peux regarder de loin juste en l’appréciant juste pour sa valeur artistique qu’il peut avoir. Du coup, j’ai l’impression qu’après ce disque-là, j’ai envie de passer à autre chose même si je prends beaucoup de plaisir à jouer les morceaux sur scène. J’ai envie de les défendre.
Ton nouvel album a un son résolument plus rock. Quel cheminement artistique as-tu pris pour évoluer vers ce son ?
Nosfell : En fait, cet album est comme le second, il est en résonance avec ce qui s’est passé sur scène pendant presque deux années de tournée. Sur le deuxième disque, nous avions envie d’ajouter de la batterie dans les arrangements. Cet instrument était, d’un point de vue dogmatique, totalement proscrit du premier album pour des raisons simples. Je ne me sentais pas à l’aise avec cette forme-là. Le rock a toujours été une influence pour moi, mais je voulais aller vers quelque chose d’acoustique et simple. J’avais peur d’aller vers la guitare électrique car à cette époque, je ne savais pas aborder l’instrument. Mais naturellement, la tournée du premier disque était plus électrique car nous jouions sur des scènes amplifiées, il y a eu un travail, une réflexion là-dessus, les amplis, les pédales, le son, la stéréo etc. Du coup, sur le deuxième disque, il y a eu un petit peu plus guitares électrique, de batterie pour des soucis d’arrangements. Nous avons donc engagé un batteur pour la tournée et là, on se laisse aller vers quelque chose de plus rock. C’est finalement une suite logique. Le batteur qui joue sur le troisième disque nous a rejoint sur les cent dernières dates de la tournée de second album. Au bout de toutes ces dates, il faisait partie du groupe et a donc participé à l’enregistrement du nouvel album.
Est-ce que ce son plus rock a changé quelque chose dans le fond du monde de Klokochazia ?
Nosfell : Non parce que ce qui est important pour moi dans Klokochazia, c’est que cela reste à la fois quelque chose d’intime et en même temps que cela reste très ouvert, très dynamique. J’ai besoin que cet univers reste très musical et cela ne me dérange pas de sortir en même temps un album très rock et un disque utilisant un orchestre philharmonique plus romantique, plus lyrique avec un chœur, ou je ne joue pratiquement pas de guitares. Il n’y a pas de batterie du tout. Malgré tout, je parle de Klokochazia. Pour moi, il n’y a pas de limites esthétiques, en fait. Je crois qu’aujourd’hui, c’est comme cela que les gens écoutent de la musique et aiment en faire. Moi, je n’ai pas de problèmes à jouer un morceau acoustique et envoyer ensuite le bouzin avec une guitare électrique parce que c’est comme cela que j’aime faire de la musique. C’est l’énergie qui m’anime, j’ai envie de dire cette chanson comme cela, de raconter cette histoire comme ça, alors j‘y vais. Ce qui ne m’empêchera pas d’en faire des versions acoustiques et très douces plus tard. C’est un moment et aussi la rencontre avec Alain Johannes, qui est le réalisateur du disque. Je suis allé le voir car j’avais beaucoup d’idées de riffs et je ne voulais pas jouer de la guitare électrique sur de la guitare acoustique. Ce n’est pas le genre de chose qui m’intéresse. Je suis son travail depuis longtemps et j’admire sa façon de travailler, sa façon d’enregistrer et quand je lui ai proposé le projet, il a accepté et nous a accueillie.
Comment s’est passée la rencontre avec lui ? Il a joué avec Queen of the Stone age…
Nosfell : Le directeur artistique avec qui je travaille depuis le début, même si pour cet album, c’est un travail un peu spécial car je suis un peu plus près de la maison de disques. Avant, j’étais en autoproduit. Il m’a proposé de travailler avec un réalisateur sur ce disque, ce qui pour moi, me semblait une évolution logique. Nous avons fait le premier disque et le dvd nous-mêmes. Nous avons aussi fait le deuxième disque nous-même, mais il a été mixé par Dominique Brusson qui est l’ingénieur du son de Dominique A. Là, il y a eu une démarche d’ouverture, nous sommes allés vers lui en lui proposant nos enregistrements et lui, après, il a fait un travail de réalisation mais dans le processus de mix d’un album. Pour nous, l’évolution suivante d’un troisième disque, c’était d’avoir directement un réalisateur lors des prises de sons. Donc, on a contacté Alain Johannes. Je lui ai envoyé un mot et il a répondu. J’ai eu la chance d’aller le voir à Los Angeles pour savoir s’il voulait bien bosser avec moi. Je l’ai rencontré chez lui, nous avons écouté de la musique, je lui ai fait écouter les maquettes, nous nous sommes maté des vidéos des concerts que nous aimions bien. J’ai découvert un type très ouvert sur l’occident, sur l’Europe, sur les musiques orientales. Il est extrêmement cultivés, très amoureux de musique. Deux semaines après, nous parlions des plannings et nous avons organisé cela.
Il te connaissait ?
Nosfell : Nous nous étions rencontrés après un concert des Queen of the Stone age. J’étais allé lui parler après le concert. C’était lors du festival Rock en Seine en 2005. Le mec était hyper cool, il parle français. Il m’a parlé de cinéma. C’est un type qui a appris à parler le français en regardant les films de Godard. Il a donc une tendance à bégayer, à agencer les mots d’une manière un peu étrange. (Rire). Non, il parle super bien français, allemand aussi, il a des origines autrichiennes par sa mère, c’est un type passionnant, il est né au Chili, a grandi à Mexico et parle couramment espagnol, évidemment.
Il vit dans une grande maison assez impressionnante. Tu peux nous parler de cet endroit ou tu as enregistré
Nosfell : C’est une grande maison des années 20 qui est très belle, de plein pied. Je ne saurais pas vraiment la décrire, elle est surtout chargée en émotion et surtout en musique car ce type-là vit dans cet endroit depuis des années et il a engrangé des instruments de tous les pays durant toutes les tournées. Il y a des instruments indiens, beaucoup d’instruments du Moyen-Orient, un clavecin, un piano, des harpes de tous les pays et aussi beaucoup de guitares électriques de rock’n’roll, des batteries de jazz entre autres. C’est un fan de Bonhame, il aime donc les très grosses caisses qui envoient bien du bas. Il y a aussi pleins de micros dans tous les sens, des trucs un peu pourris qu’on pense que l’on ne va pas pouvoir utiliser pour enregistrer mais en fait, c’est super étonnant et cela sonne super. C’est que de la bidouille mais en même temps, ce type sait exactement ce qu’il fait, ce qu’il aime. Il n ‘a absolument aucun tabou sur ce qu’il utilise en instruments ou en matériel d’enregistrement à proprement parlé. C’est une maison qui est complètement investie par la musique, il y a des câbles qui courent dans tous les sens. Dans sa chambre à coucher il y a les amplis qui sont installés, le patio, l’acoustique est tellement mortelle que l’on fait les batteries dans cet endroit, tout sonne super bien. C’est ici qu’a été enregistré le premier album d’Eagle of death metal. Nous avions écouté beaucoup cet album lors de nos tournées et nous avons vraiment reconnu la couleur de la maison. Nous avons été très émus par l’attention qu’il porte au son de cette maison. Nous sommes très sensibles à cela car nous avons enregistré les deux premiers albums dans des maisons dont une tout en bois.
Il y a Brody Dalle et Joshua Homme sur cet album…
Nosfell : En fait, cela s’est passé de manière assez naturelle. Ce morceau, j’y tenais, je l’aime beaucoup. Il y a une sorte de ritournelle qui fait penser à une comptine. Il y a un autre morceau dans le disque qui est aussi comme cela, un peu traditionnel. J’aime toujours garder ces choses-là dans la composition des disques. Contrairement aux autres titres qui ont été écrits en français, celui-ci a été conçu en anglais. J’ai commencé à le traduire dans ma langue. C’est un morceau qui a été mis de côté musicalement. Je ne l’avais jamais travaillé avec Pierre et malgré tout, je tenais à le mettre dans le disque. Nous avons déjà procédé à l’enregistrement des morceaux en trio dans les deux premières semaines, puis ensuite les arrangements avec Pierre et Orkhan. Puis les garçons sont repartis en France. Moi je suis resté et il subsistait ce morceau et nous nous sommes demandé ce que nous allions en faire. Nous avons repris les maquettes que j’avais faites avec Edouard Bonan qui est l’ingénieur du son avec lequel je travaille. Nous sommes partis de cette base-là avec des guitares, des beat box que j’avais fait et par-dessus nous avons empilé des banjos joués par Alain et des percussions que nous avons faites tous les deux. On s’est vraiment marré à trouver des sonorités un peu désertiques, un peu californiennes. A un moment donné, j’ai dit à Alain que j’aimais bien le refrain en anglais, qu’il se suffisait à lui-même et que je n’avais pas envie de le traduire. Il y avait Brody qui venait tous les jours chez lui pour finir son projet intitulé Spinnerette. Je suis super fans et je n’osais pas lui demander mais je trouvais que sa voix collerait bien sur ce truc-là et moi, je n’avais pas envie de chanter en anglais. Il m’a répondu que je pouvais lui demander directement et elle a accepté. Elle a écouté tous les morceaux et les a trouvés super bien. Cela lui faisait super plaisir de chanter et elle a dit que cela serait super cool que Josh fasse le solo des guitares. Finalement, Josh a chanté les refrains, fait le solo de guitare et elle a chanté les couplets.
Cela s’est fait d’une façon assez simple…
Nosfell : Ouai, cela s’est fait comme cela. En fait, Alain est super cool, quand il fait un projet chez lui, Josh, Joey Castillo ou Troy van Leewen, en fait tous les membres de Queen of the Stone age, c’est toujours un peu curieux de savoir ce qu’ils trifouillent. Quand ils passent à la maison, ils se font écouter des trucs. Du coup, puisque je travaillais avec Alain, il leur a fait écouter ce que je faisais. Le groupe était en pause à ce moment-là.
Pourquoi cette volonté de poser nu sur la pochette et les photos de presse ?
Nosfell : En fait, cela ne m’a jamais intéressé d’être pris en photo pour une pochette de disque et là, il y avait une demande. Ce qui m’intéressait moi, dans le fait d’être pris en photo, c’était que je sois vraiment en danger et je ne me sens pas forcément à l’aise avec mon corps même si sur scène, je travaille beaucoup sur le corps. Le geste, etc est quelque chose auquel je pense souvent, qui est très important. Je ne suis pas forcément à l’aise en séance photo, j’ai souvent tendance à faire la gueule. L’idée s’était d’être à poil et d’être encore moins à l’aise pour savoir ce qu’il allait se passer. Cette démarche, c’est juste ça. Etant très macho, je voulais me laisser dépasser par la nudité, par la fragilité, par le fait de ne pas être à l’aise en étant nu devant un objectif d’ un photographe femme, en plus… (Rire) Et puis il y a la rencontre avec la photographe aussi, c’est une amie. Je trouvais que c’était plus simple d’aller au Japon car elle possède une maison dans ce pays. C’est un pays où j’ai des affinités, nous avons chacun une histoire personnelle et différente avec le Japon. C’était le moyen de concrétiser quelque chose. Nous avons eu l’opportunité d’aller faire des photos là-bas, nous y sommes allé.
Tu vas faire une tournée. Comment vois tu les choses ?
Nosfell : Pour l’instant, il y a une amitié et une collaboration très fortes qui est née avec Ludovic Debeurme et le travail sur le livre disque et du coup, je ne sais pas trop mais je voudrais bien savoir comment lui va travailler là-dessus et notre éclairagiste qui travaille avec nous depuis le début. Je ne sais pas encore, mais j’aimerais bien que cela soit aussi direct que le disque, aussi brut et libre.
   
Propos recueillis par Frédéric Fahy
     
     
     
     
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 Artiste
 Nosfell


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Nosfell" 27/07/2009


 News Date publication
 Printemps de Bourges 2007 : Le programme du mardi 17/04/2007


 Aftershow(s) Date publication
 Nosfell : Printemps de Bourges, Mardi 14 avril 2007 18/04/2007



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